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C’est que Georges Guétary,
au fond,
avait été victime de ses exigences : interpellé
par
sa découverte du métier aux Etats-Unis, il avait
insisté
auprès de Lopez et Vincy pour changer deux options majeures :
1. marier intensément charme et
comique
à l’exemple des Bing Crosby/Bob Hope;
2. oublier l’espagnolade convenue au
profit
de la tonalité autochtone, soit française.
Naît LA
ROUTE FLEURIE longue, longue, longue, infinie.[6],
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De la place du Tertre
parisienne au
Midi français, valse, valse musette, fox-trot
remplacèrent
ainsi boléro et autres tempos exotiques, et, surtout, surtout,
Bourvil
conquit le public… au grand dam de Georges Guétary d’abord
perplexe
et inquiet, mais qui bientôt put par ce défi se remettre
en
question et en scènes, aller plus avant vers le tournant qu'il
avait
entrevu : bannir l'éternel séducteur conventionnel au
profit
d'un personnage moins sclérosé, moins fade, moins
attendu,
plus divers, vulnérable, humanisé, commun…
surprenant.
De la presse de
l'époque, nous reproduisons
ci-après un entretien avec Germaine RAMOS, celle-là dont
nous vous communiquerons un jour la perception de georges
Guétary
à ses débuts, tant elle fut une des plus justement
pénétrante.
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Photo
X, DR
Le quatuor équilibré
n'exclut
pas l'amitié
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Si
l'on compare le Georges Guétary d'hier à celui d'il y a
huit
ans, on constate avec surprise et plaisir qu'il est plus vif, plus
nerveux
et plus jeune qu'alors ! Plus jeune par l'expression la
gaieté,
l'allant -plus jeune surtout en scène.
Vous
qui
l'avez vu dans son «tour», naguère, charmantmais
très
«chanteur de charme», allez le voir dans La route
fleurie.
Vous constaterez que ce fantaisiste à la belle voix est un autre
garçon qui, pour le talent -et pour le charme- a gagné
cent
pour cent !
- La
route
fleurie, m'a-t-il dit, a été réalisée
au
rebours de toute tradition. Quand il s'est agi de situer l'action, j'ai
demandé à Vincy et à Lopez qu'elle se passe en
France,
et non aux antipodes, comme dans toutes les opérettes !
«Mais
voyons, leur ai-je dit, la France apparaît à tous les
étrangers
comme le paradis! Quel besoin de chercher ailleurs un cadre
enchanteur
?» Aussi, la «route fleurie» est-elle la route
de Paris - Côte-d'Azur…
«Par
ailleurs, on ne concevait plus l'opérette que vi-suelle,
à
grand spectacle, avec des dizaines d'artistes! J'ai
insisté
pour que le dialogue soit drôle, fasse rire, et pour qu'il y ait
une histoire qui tienne debout, plaisante à suivre...
-
Il est
visible aussi que votre rôle de jeune premier est conçu de
façon assez «révolutionnaire» ?…
-
Parce que
j'ai senti que la conception du jeune premier qui entre en
scène,
attendu, appelé, et chante , la main sur le cœur, est
complètement
périmée ! J'ai voulu des gags, même pour
amener
mon entrée, naturelle et gaie. Ensuite je chante, et
brusquement
je m'arrête, -je parle,-ce qui coupe mon effet de chanteur.
Mais c'est voulu !…
«A
l'habitude,
avant l'air du chanteur, l'orchestre joue une ritournelle : on a
supprimé
ça qui est faux et fastidieux. A la place, je dis par
exemple
cinq ou six vers, et j'enchaîne une chanson, qui fait toujours
corps
avec l'action, au lieu de i'interrompre. Des détails comme
ceux-ci sont si nombreux que le public ne 1es remarque pas. Mais
ils donnent à l'opérette son originalité et son
tour
nouveau, moderne. |
-
Vous risquiez gros en jouant avec un comique qui, forcément
déchaîne
les rires ! Chevalier en a su quelque chose, jadis, avec Dranem…
-
Je sais
! Pourtant,j'ai demandé à jouer avec une seconde
vedette
comique. On m'a dit : «Vous êtes fou! Un gros
comique
«ramasse» tout». J'ai répondu : Eh bien,
qu'il «ramasse» ! J'ai accepté, en pleine
scène
d'amour, d'être mis en boîte, de chanter sur un gag…
Et je m'en félicite : l'opérette y gagne, et nous y
gagnons
tous ! Pour moi, j'ai beaucoup appris auprès de Bourvil, cet
excellent
comique.
Voilà
qui est parler -et agi,- en véritable artiste, Ce que
Guétary
a non seulement accepté, mais voulu, dans cette opérette,
on ne voit pas quel autre chanteur aurait eu «l'estomac» de
l'accepter ! Ce ne fut pas sans crainte, il l'avoue : durant les
premières semaines, il trembla que le public n'admît pas
très
bien cette formule nouvelle : qu'allaient dire les spectatrices qui
avaient
de lui une certaine idée, de le voir danser, sauter en chantant,
(ce qui n'est pas facile !...) de lui voir faire un duo burlesque avec
Bourvil, se jetant par terre, s'enlaidissant à plaisir!…
N'allaient-elles
pas être déçues ?
Mais
on
constata bientôt que «la Route», était un
triomphe;
le public s'amusait, surpris et content. Guétary n'a
jamais
reçu autant de lettres de spectatrices, qui toutes le
félicitent
de sa fantaisie et de sa gaîté. Et il est à
croire
que nous n'avons pas fini de le voir, dans les opérettes et les
films, l'étonnant tandem Guétary-Bourvil.
A
la Radio,
Guétary passe sans cesse. En particulier dans la Ronde des
chansons, chaque dimanche sur Paris-Inter. Il vient d'avoir une
série
de trente émissions sur la Chaîne Parisienne dans
Panoramiques
(émission de Pierre Lhoste et Gérad Néry) et toute
une longue série sur Radio-Luxembourg avec J .-J. Vital.
Il
est en pleine montée. Pourquoi ? Parce qu'il
n'a
pas craint de jouer un jeu difficile, de risquer : il s'est
obligé
lui-même à se renouveler, el il a gagné la partie
avec
éclat.
C'est
une
preuve qu'en art il n'y a pas de situation acquise : il faut se
renouveler
-ou mourir… |

Photo
X, DR
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Il surprit même en
marchande des
quatre saisons agressée par sa concurrente… Bourvil.
Mais la convention même
de ce
Gala
de l'Union des Artistes de surcroît éphémère
et s'adressant à un public réduit eut pour effet
qu'on
ne prit pas ce moment au sérieux : Bourvil, on l'admettait, bien
sûr, dans cette farce, mais Guétary, allons donc !
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Le trio serré menacé
par
le
charme d'amour
Photo
X, DR Berolina
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Et -enfer !- voilà que
ce Chemin
du Paradis lui restituait, dans la lignée même de Plume
au Vent d'ailleurs (autre reprise pour laquelle c'est lui encore
qui
fut idéalement choisi), et quoique la fantaisie et autres
ingrédients
assez pareils à ceux de La Route Fleurie y fussent
présents, son tracé de charmeur. Que les suivants
en
outre (Le Baron Tzigane, puis Amour, Tango, Mandoline)
souligneront
davantage encore… jusqu'au point final cinématographique de
Georges
Guétary avec Une Nuit aux Baléares, qui fixe en
point
d'orgue l'Image, après que disque et radio dans ses
débuts
l'avaient typé vocalement par la coda caractéristique de
maintes de ses chansons.
Toutes les cartes s'emmêlent :
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