Une découverte capitale

Les recherches consacrées aux Néandertaliens sont un chapitre important de l'histoire de la paléontologie humaine. Au 18ème siècle, l'histoire naturelle est marquée par deux développements essentiels : l'introduction par Charles Linné d'une nomenclature permettant de caractériser et classer les espèces selon des règles qui permettent aux naturalistes de comparer leurs observations et l'introduction du facteur temps, par Buffon notamment, qui doit amener à admettre l'existence d'espèces disparues. Or à cette époque, on considère que le monde tel qu'il est connu est le résultat d'un peuplement neuf ayant suivi le Déluge du récit biblique. Dans ce cadre, l'existence d'un homme fossile est totalement écartée.

En 1830, un médecin liégeois, Philippe-Charles Schmerling découvrit 2 calottes crâniennes à Engis. Associées à des mammifères aujourd’hui disparus, elles lui donnèrent la conviction de l’existence de l’homme fossile. Cette idée audacieuse resta sans lendemain durant un quart de siècle.

Calotte de l'enfant "Engis2" reconnue
néandertalienne un siècle après sa découverte.

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En 1856, dans la vallée de la Düssel (appelée Néanderthal), Johann Karl Fuhlrott, instituteur, sauva quelques restes d’un squelette mis au jour par des ouvriers. Il estima qu'il s'agissait des restes d'un humain ancien. Recherchant l'aide d'un professionnel, il s'adressa à un professeur d'anatomie de l'université voisine de Bonn : Hermann Schaafhausen qui n'hésita pas à déclarer qu'on était en présence des ossements de la "race la plus ancienne". En dépit de plusieurs oppositions, son opinion trouva immédiatement de nombreux échos.

Dans le courant de pensée issu du succès des idées évolutionnistes de Darwin notamment, les recherches consacrées à l'homme fossile prirent de plus en plus d'importance. Les trouvailles se multiplièrent mais restèrent difficilement interprétables (pièces trop fragmentaires, absence de contexte, insuffisance des connaissances de l'époque,...).

Si la découverte d'une mandibule dans la vallée de la Lesse par Edouard Dupont, en 1866, suscita l'intérêt en raison de son caractère nettement primitif, c'est la richesse et la diversité des documents découverts à Spy, en 1886,  qui permirent de fixer pour la première fois un point de référence incontestable.  Ainsi, les ossements humains associés aux données géologiques et paléontologiques recueillies et aux traces d’une industrie du Paléolithique Moyen firent admettre  définitivement l’existence d’un type humain plus archaïque que l’homme moderne.

La première sépulture néandertalienne

La première sépulture néandertalienne acceptée comme telle est celle de La Chapelle-aux-Saints, en Corrèze (France, 1908). Toutefois, aujourd'hui, la plupart des scientifiques s'accordent pour attribuer la primeur historique au site de Spy. En effet, si les fouilleurs de 1885-86 ont le plus souvent réfuté la possibilité de l'existence d'une sépulture à Spy, plusieurs arguments étayent pourtant cette hypothèse, au moins pour " Spy 1 ", l'un des deux squelettes principaux découverts sur le site : les os étaient en connections anatomiques, la position du squelette est fort semblable à celle d'autres sépultures connues aujourd'hui (Spy 1 était " couché sur le côté droit, la main appuyée contre la mâchoire inférieure. Il était placé à peu près en travers de l'axe de la grotte, la tête vers l'est, les pieds vers l'ouest " diront De Puydt et Lohest dans un de leurs premiers rapports), et du matériel archéologique était directement associé au squelette, suggérant une offrande. Le manque de finesse dans la fouille et dans les observations stratigraphiques a malheureusement effacé une grande partie de l'information. Ajoutons toutefois que, si on se replonge dans le contexte de l'époque, l'important pour les fouilleurs de Spy était surtout de démontrer la réalité de l'homme de Néandertal en tant que race humaine différente de la nôtre et qu'à ce titre, la fouille de Spy a pleinement et magistralement rempli son rôle !

L’appellation "Neandertal"

Cette appellation signifiant "vallée de Neander" trouve ses origines dans le courant du 17ème siècle. Le poète et prédicateur Joachim Neumann, né en 1650, vanta la beauté de la vallée de la Düssel dans ses écrits et particulièrement les environs de la localité de Mettman où se trouve la grotte de Feldhof dans laquelle furent découverts, en 1856, les premiers restes néandertaliens. Or à cette époque, l’hellénisme étant à la mode, ce nom de Neumann (NEU signifiant "nouveau" et MANN "homme") fut transformé en Neander (du grec NEOS signifiant "nouveau" et ANDROS "homme"). La tradition populaire, depuis le 17ème siècle, a désigné le lieu-dit du nom de Neanderthal. Ce mot est orthographié de nos jours "Neandertal" (excepté dans l’appellation scientifique "Homo neanderthalensis") suite à la réforme de l’orthographe allemande de 1904.