De toute la Caraïbe, l' île de la Jamaïque
est sans doute celle qui a gardée l'attachement le plus fort avec
l'Afrique. Au 18ème siècle, les marrons (esclaves Jamaïcains)
ont vaincu les colonisateurs anglais. Ces derniers, pour calmer les envies
de révoltes, cédèrent aux esclaves rebelles un territoire
au cœur de l' île. Là, les jamaïcains affranchis conservèrent
leur culture, leurs traditions et leur musique.
Dans les année 50, ces musiques
folkloriques (le Mento et le Calypso) sont surtout écoutées
dans les campagnes. En ville, le Rhythm'n'Blues Américain remporte
un franc succès véhiculé par les "Sound Systems".
Lorsque le R&B n'est plus à la mode aux États-unis, les
DJs jamaïcains doivent se fournir en disques d'artistes locaux. Avec
le temps, un mélange entre le style jamaïcains et le style
R&B va se dérouler. Guitare, piano et trompette marque désormais
chaque contretemps d'une pompe. Le SKA est né. L'invention de cette
pompe à chaque contretemps reviendrait à Prince BUSTER et
son guitariste Jah JERRY, ou peut être à Ernest RANGLIN.
Les groupes les plus célèbres
à cette période (au milieu des années 60) sont bien
sur The Skatalites (formé en juin 1964), The Maytals, Desmond Dekker,
ou encore The Wailers illustrant bien le SKA originel jamaïcain.
Au milieu des année 60, des changements
interviennent dans le SKA. La musique se ralentit, les cuivres laisse place
au chanteur et la contrebasse laisse place à la basse électrique.
C'est la naissance du Rock Steady (l'anecdote dit que ce genre est né
durant l'été 66 et il fit tellement chaud que les danseurs
ne pouvait suivre le rythme endiablé du SKA). Mais la vague du Rock
Steady ne dura que 2 ou 3 ans et laissa comme grands noms The Paragons,
Alton ELLIS ou encore Ken boothe.
En effet, en 1968, un titre de TOOTS and The Maytals apparaît : "Do The Reggae", qui devient pour beaucoup l'acte de naissance officiel du REGGAE. Cette naissance a donné lieu à d'autres interprétations sémantiques : selon certains, ce nom tire son origine du mot "streggae", voulant dire "violent" ; pour d'autres, "reggae" provient de la contraction des deux mots "regular" et "guy" ("regguy").
Qu'est-ce qui distingue le REGGAE
des styles précédents ?
Principalement trois éléments.
D'abord, l'importance accrue de la section
rythmique, en particulier d'une basse au son imposant et de la batterie,
dont le rythme syncopé est essentiel. Ensuite, son aspect "ondulant"
et progressif, qui fera que le REGGAE sera rapidement considéré
comme une musique "hypnotique" (avec l'imagerie afférente aux substances
illicites...). Enfin, dès ses débuts, le REGGAE s'affirme
comme un style musical revendicatif, prônant des thèses politiques
et religieuses, en accord avec l'évolution de la Jamaïque,
et en particulier le message du rastafarisme.
En peu de temps, le REGGAE trouve dans
le public rock occidental une sorte de relais de ses thèses, d'autant
que celui-ci se lassait des frasques de ses rock stars.
Les messages du REGGAE sont simples :
oppression de "Babylone" (l'occident), amour, conscience universelle, émancipation
du TIERS-MONDE... C'est justement cette simplicité qui va rapidement
convertir les publics occidentaux.