De la vigne au vin
Influence du climat et de la localisation sur les particularités organoleptiques et la composition chimique du vin
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I. PARTICULARITES ORGANOLEPTIQUES

A. Variations climatiques

La qualité et l'originalité d'un vin sont étroitement liées aux caractères climatiques qui existent dans la région d'où est issu ce vin. Ces variations auront une incidence sur le type de vin tant dans le temps que dans l'espace.

Dans le temps, celles-ci s'exprimeront à travers le millésime. Ainsi chaque vin aura un caractère propre en relation directe avec les données climatiques de l'année. Ce profil distinctif sera la résultante de l'état sanitaire du raisin et de l'évolution de sa maturation.

Dans l'espace, ces variations s'exprimeront à travers la diversité régionale des vins. Ainsi les vins d'Alsace seront différents des vins de Provence par exemple. Dans ce cas extrême, c'est bien évidemment le climat qui sera l'élément de différenciation déterminant.

B. Éléments du climat

La vigne est essentiellement une plante qui donne ses meilleurs résultats sous un climat tempéré chaud car elle est exigeante en chaleur pour mûrir ses raisins et elle est sensible aux fortes gelées d'hiver.

Nous allons donc passer en revue tous les éléments du climat qui sont susceptibles d'avoir une incidence sur le type de vin.

1. Intensité lumineuse.

La lumière c'est à dire le rayonnement solaire reçu par la plante est un élément déterminant de la photosynthèse, processus qui permet à la vigne (et à tous les végétaux chlorophylliens) d'élaborer les éléments hydrocarbonés nécessaires à sa vie mais également à l'accumulation de réserves (sucres) dans ses fruits. Lors de ce processus, de l'oxygène, déchet de la réaction, est libéré dans l'air. L'équation de cette réaction est :

6 CO2
+
6 H2O
+
675 cal
C6H12O6
+
6 O2
        Lumière        

Pour préserver l'équilibre de la nature, l'opération inverse (dissociation) est réalisée pendant la nuit (en l'absence de lumière) : la plante emploie alors l'oxygène de l'air et rejette du gaz carbonique de manière analogue au processus respiratoire de l'Homme.

Figure 3 : Schéma de la photosynthèse

En général, toute chose étant égale par ailleurs, le rayonnement lumineux n'étant pas un facteur limitant de la photosynthèse, plus l'insolation sera importante pendant la période végétative de la vigne, plus les raisins obtenus seront riches en sucre et de faible acidité. De ce point de vue, la vigne exige des climats relativement lumineux pour donner le maximum de ses possibilités.

2. Température

Le facteur thermique intervient dans le développement de la vigne et notamment dans sa distribution géographique à travers deux composantes: les températures extrêmes et les moyennes de température.

a) Températures extrêmes

Basses températures

Les conditions climatiques ont peu d'influence sur la vigne au cours de son repos hivernal mais il ne faut pas oublier que les fortes gelées (inférieures à -15°C) peuvent provoquer la destruction partielle ou totale de la souche, et que les gelées de printemps causent souvent des dégâts importants après le débourrement . Si cet incident ne met pas en péril la vie de la plante, il hypothèque gravement la production de la récolte future.

Hautes températures

Des températures estivales élevées associées à une forte sécheresse ne sont pas davantage favorables à la vigne car elles provoquent un ralentissement voire un blocage de la vie végétative de la vigne et notamment de l'accumulation de réserves.

b) Calcul des moyennes de température

Pour mener à bien son cycle de vie, la vigne a besoin de chaleur. On définit ainsi la période favorable annuelle comme l'époque pendant laquelle la température moyenne journalière est égale ou supérieure au zéro de végétation. Celui-ci constitue le seuil à partir duquel la vigne vit sur ses réserves (d'octobre à mars). Ce zéro de végétation varie avec le cépage et la région viticole mais on peut admettre que sa valeur moyenne se situe autour de 10°C.

Il a été démontré que la culture de la vigne n'est alors possible que si la somme des températures journalières moyennes dépasse 2 840°C pendant la période favorable annuelle (de début juin à fin septembre, soit de la floraisin à la maturité du raisin) ou, ce qui revient au même, si la somme des températures journalières moyennes supérieures à 10°C est au moins égale à 1 000°C pendant cette période.

Tableau 2 : Zones thermiques de WINKLER et AMERINE

Somme (S) des températures actives (>10°C) pendant la période végétative
 
Localisations
S < 1 371 °C
Reims (993 °C)
Beaune (1 310 °C)
1 372 °C < S < 1 648 °C
Bordeaux (1 381 °C)
Tain l'Ermitage (1 593 °C)
1 649 °C < S < 1 926 °C
Montpellier (1 693 °C)
Fitou (1 861 °C)
1 927 °C < S < 2 204 °C
Bandol (2 027 °C)

 

3. Précipitations

Dans la vie de la vigne, le facteur eau tient une place capitale car il assure diverses fonctions dans la plante (métabolisme, transports...) et dans la liaison sol-plante (alimentation minérale).

Le facteur eau intervient donc sur le régime d'alimentation hydrique de la vigne. Il sera sous la dépendance du type de sol et de la quantité de précipitations.

Celles-ci se mesurent par les quantités totales d'eau tombées au cours d'une année. A Montpellier par exemple, il tombe 750 mm d'eau par an alors qu'à Colmar, il n'en tombe que 520 mm.

Ces précipitations peuvent également être caractérisées par leur répartition au cours de l'année. Selon l'époque où interviendront les maxima ou les minima, la réaction de la vigne sera différente. Par exemple, à Montpellier, les maxima de précipitations interviennent au printemps et en automne (pluies d'équinoxe) alors qu'à Colmar, ces maxima interviennent en été.

Il ne faut pas non plus négliger la forme que peuvent prendre ces précipitations : pluies fines et régulières ou pluies orageuses par exemple. Les premières étant les plus bénéfiques.

C. Exposition du vignoble

Les causes de variations de ces éléments climatiques résideront dans des facteurs régionaux et dans des facteurs locaux liés à l'exposition, la pente, l'altitude et l'environnement.

1. Pente

La quantité de rayonnement solaire recueillie par une parcelle dépendra étroitement de son exposition et de sa pente.

Dans notre hémisphère, les expositions Sud-Sud-Est sont plus favorables car elles reçoivent un ensoleillement plus important.

Les pentes fortes, quand à elles, favorisent la réception du rayonnement solaire, l'écoulement des masses d'air froid ou brumeux pendant certaines périodes climatiquement délicates ; elles favorisent également le drainage des eaux.

Pour toutes ces raisons, les situations de pente sont très favorables à l'implantation de vignobles.

2. Altitude

En un point donné, lorsqu'on s'élève, la température diminue. Ce gradient thermique, de l'ordre de 0,6 °C par 100 mètres, dépendra de la région considérée, de son environnement...

Ainsi, tous les éléments climatiques étudiés précédemment seront modifiés en conséquence par l'altitude.

3. L'environnement

Dans une région donnée, l'environnement pourra avoir une incidence non négligeable sur le type climatique, on peut citer :

· la présence de massifs montagneux à proximité de la région considérée ayant pour conséquence un rafraîchissement général du climat. On peut citer comme exemple, la région de Boisseson dans la vallée de l'Orb au pied du massif central.

· la présence de masse d'eau (lacs, rivières...) ayant pour conséquence une régulation thermique du climat considéré et une amélioration du rayonnement lumineux par réflexion sur les surfaces d'eau. Une partie des vignobles de Savoie répondent à ces conditions.

· la proximité de forêts pouvant constituer un abri contre les vents froids ou empêcher l'écoulement des masses d'air.

Remarque générale

Outre les caractères climatiques décrits précédemment, on a recours à une classification simplifiée selon l'étendue des zones influencées par un même climat :

· On parle de climat régional ou macroclimat lorsque le secteur considéré est plus ou moins vaste (côte méditerranéenne). Trois macroclimats entrent en compte pour le domaine viticole français : ils sont appelés méditerranéen, océanique et continental.

· Le climat local, ou mésoclimat, caractérise, au sein d'une zone de climat régional, une petite région présentant des éléments climatiques relativement homogènes (la vallée du Rhône).

· Un microclimat correspond à un ensemble de conditions climatiques régnant sur une superficie réduite. Il s'apprécie généralement à l'échelle d'un quartier cadastral, d'un lieu-dit mais aussi au niveau de la plante elle-même (réactions aux microvariations climatiques liées à son environnement proche). Par exemple, les vignobles situés sur un versant exposé au Sud (adret) jouissent d'un microclimat différent des vignobles situés sur un versant exposé au Nord (ubacs).