Aurélie Dupont

 

- Une intervieuw

- Sa biographie

- Des photos

Intervieuw

Aurélie Dupont : danseuse étoile.

Elle vient d'être nommée danseuse étoile de l'Opéra de Paris. Une consécration, à 25 ans. L'émotion, les larmes d'une jeune femme de 25 ans, c'était hier soir, sur la scène de Garnier, à l'issue d'une représentation de Don Quichotte. Rideau baissé, comme le veut la tradition, Aurélie Dupont vient d'apprendre de la bouche du directeur et devant le corps de ballet, qu'elle accède au Nirvana de la danse.

- Aurélie Dupont : "Me faire si plaisir en une seule phrase, je crois que, je m'en souviendrai."

- Le journaliste : "Et cette phrase, c'était ?"

- Aurélie Dupont : "Vous êtes nommée danseuse étoile, je crois qu'il n'y a pas de phrase qui me fasse plus plaisir que celle-là, qui est si simple et qui représente énormément."

- Le journaliste : "Depuis toute petite, c'était un rêve ?"

- Aurélie Dupont : "Oui, oui, c'est un rêve depuis des années, ça arrive comme ça, en deux secondes. C'est, en plus moi qui suis nulle en date, je ne sais jamais quand j'ai dansé tel ou tel rôle, je pense que cette date-là, je ne l'oublierai pas, c'est un 31 décembre, je pense que ça ne s'oublie pas."

Mais cette récompense suprême, dont tout danseur rêve un jour, ne doit rien au hasard ni à la moindre parenté d'ailleurs avec Patrick Dupont, autre étoile de la compagnie. Fille d'un chercheur et d'une infirmière, toute petite, elle est éblouie un jour par un spectacle de ballet. À 10 ans, elle passe le concours ultra sélectif de l'école de l'opéra, elle en franchira tous les échelons au prix d'un entraînement tyrannique 6 heures par jour, c'est la rançon pour accéder à ce cercle très fermé.

- Aurélie Dupont : " Ça aussi, on s'en rend compte quand on prononce la phrase magique d'hier soir, parce que, tout d'un coup, il y a une espèce de, de film qui défile dans votre tête et vous vous rappelez le moment où vous avez dit, à votre maman par exemple, "je veux être danseuse étoile". Tout ça, c'est déjà des choses qui vous reviennent, avec les concessions et les choses que j'ai pas fait quand j'étais enfant. J'ai pas eu une vie tout à fait normale, entre guillemets."

Après le départ de deux stars "maison" : Sylvie Guillem, partie à Londres et Marie-Claude Piétragala, qui fera ses adieux demain. Aurélie Dupont incarne, sans complexe, dans tous les registres, classique et contemporain, la relève de la danse à l'Opéra.

Sa biographie

Il y a un an, Aurélie Dupont devenait étoile du Ballet de l'Opéra de Paris. Un honneur, un métier... Portrait.

Brigitte Hernandez

Cette Belle au bois dormant ne dort pas. Elle file. De répétition en répétition. Elle surfile. Chaque pas, chaque détail de la périlleuse et magnifique chorégraphie de Rudolf Noureïev qu'elle dansera pour la première fois, le soir du 22 décembre, à l'Opéra Bastille. Prise de rôle, prise de risques.

Aurélie Dupont, 26 ans, visage d'ange, yeux immenses, sourire craquant. Il y a un an, le 31 décembre, une fois le rideau baissé après « Don Quichotte », Hugues Gall, patron de l'Opéra de Paris, et Brigitte Lefèvre, directrice de la danse, s'avancèrent sur la scène. L'annonce fut faite à Aurélie : le titre d'étoile lui était décerné. Cris, applaudissements : « Tout le monde était là : les machinistes, les perruquières, les danseurs. La famille de ce théâtre. » Pour Aurélie commence alors le plus dur : prouver aux autres, mais avant tout à elle-même, qu'elle est à la hauteur de cette récompense suprême.

Etre étoile, un honneur. Un métier. Un grand écart permanent entre le parquet des studios et le firmament de la scène, là où aucune faute n'est permise. « Il ne s'agit plus de briller par la technique seule, mais de répondre parfaitement au désir du chorégraphe, de porter de bout en bout le ballet, de ne jamais faillir et d'être soi-même... » La Belle sourit, soupire : « Plus j'ai avancé, plus j'ai douté. » Etre étoile... le songe d'Aurélie ? Enfant, elle n'y pensait pas. La danse ? Elle n'en a aucune idée lorsque, à l'âge de 10 ans, elle pénètre dans le studio de la grande ballerine Liane Daydée. Celle-ci recommande à ses parents de la présenter au concours d'entrée de l'Ecole de l'Opéra de Paris. Aurélie ne sait rien. Aucun pas. Douée, simplement. Elle sera reçue.

Pina Bausch la bonne fée

Un cauchemar que ses premiers mois d'école. L'un de ses professeurs ne trouve rien de mieux que de la forcer à monter sur des pointes à semelle... de fer. Douleur. Rage. Mais le défi est lancé. Qu'elle relève. Elle y arrivera. Force son corps, forge son caractère. Puisqu'il faut une carapace, elle se blinde. Six ans de chemin de croix, de régime « bettes à l'eau, radis, yaourt », de brimades mesquines et la voilà admise dans le corps de ballet de l'Opéra. A 16 ans, l'âge de la Belle au bois dormant.

Un répit de courte durée. Au lieu de s'endormir sur ses lauriers, Aurélie se réveille sur un lit d'épines. Pendant quatre ans, elle encaisse les remarques sur son poids. Jusqu'au jour où elle envoie au diable tous ceux qui la déstabilisent : « J'ai décidé de m'occuper de moi sans m'occuper des autres, j'ai maigri et trouvé ma place. » Depuis, lorsqu'elle entend des remarques de ce genre faites à une jeune danseuse, elle la rassure. « Quand on entre dans le ballet, régler ses problèmes personnels est la première chose à faire. Sinon, on se laisse dévorer. » Savoir se préserver, elle l'apprend à son corps défendant : lorsque à peine nommée étoile un accident au genou l'oblige à s'arrêter pendant six mois. Petite déprime. « Et puis, j'ai compris que c'était l'idéal pour digérer cette nomination. » Et comme la belle princesse Aurore qui dut dormir cent ans pour enfin devenir femme, la plus jeune des étoiles met à profit son temps de repos forcé : sort, dort, dîne... Elle vit.

Sa bonne fée fut Pina Bausch. Lorsque la longue dame brune arrive à Paris pour diriger les danseurs de l'Opéra dans son « Sacre du printemps », Aurélie, alors première danseuse (grade de soliste avant le titre d'étoile), se précipite à l'audition. Danser ce ballet de vie et de mort, elle en rêve. Le rôle de l'Elue ? A peine si elle y croit. Ce qu'elle veut, c'est faire partie de ce groupe qui respire au même rythme, se jeter au sol cent fois si nécessaire. Répétitions éprouvantes. Fabuleuses. « Pour chacun d'entre nous, cette rencontre a été une révélation. Pina nous rendait à nous-mêmes. D'un mot, toujours avec humanité, elle touchait les points sensibles : "Pourquoi montres-tu tant de force, Aurélie ? Laisse faire ton corps, accepte-toi comme tu es." »

Personne ne lui avait jamais parlé de cette façon. S'accepter, quelle gageure, quelle peur ! Reconnaître ses blessures, savoir où le bât blesse, où le fonds l'emporte... Elle est une Elue déchirée, déchirante. La belle aventure terminée, elle se sent seule. Pina lui manque. Le groupe lui manque. « Le sacre » a ouvert une porte. Aurélie s'y glisse, reconnaît sa fragilité. Sa force. Elle avance.

Dans la belle rotonde Zambelli de l'Opéra Garnier, avec Manuel Legris, son prince dans « La belle », elle travaille le troisième acte. Celui du mariage. Un pas de deux étincelant, truffé de difficultés, qui laisse à peine le temps de respirer. Son élan, sa mesure, elle les trouve dans la musique. Le piano, son premier amour. « Je me revois, petite, accrochée à la barre, presque collée au piano, c'était ma place, mon havre, pas question qu'on m'en déloge. » C'est aux Etats-Unis, où sa famille vécut quand elle était enfant, qu'elle comprend la force de sa passion et déclare qu'elle veut être pianiste. Une obsession. Elle sera pianiste ! Ses parents disent non. « Alors, j'ai étudié la danse, comme mes soeurs, mais je n'ai jamais renoncé à... » Légère fêlure dans la voix. « J'ai commencé à apprendre il n'y a pas longtemps, mais impossible. Il m'aurait fallu le même acharnement que pour la danse. Alors... »

Chaque nouveau ballet est une épreuve. Parce qu'Aurélie est la « baby star » du ballet, les autres étoiles se montrent attentives. Isabelle Guérin l'encourage, Elisabeth Platel trouve les mots justes pour l'aider. Alors elle repart au combat. Et répète, et écoute, et recommence. Pour vaincre la peur, le doute. « Mais, sur scène, j'ai confiance, je sais où je suis. » La princesse Aurore attend l'étoile Aurélie. A l'atelier de couture, la Belle essaie une robe divine, couleur du temps. Le miroir réfléchit une silhouette exquise. Et Aurélie sourit à Aurore.

Des photos

 

retour à la page d'accueil