Beaucoup de gens passent à côté du chant choral, un art qui pourtant à de quoi surprendre par sa beauté.


Je vous propose ici un texte tiré de la lettre de l'IEL (Institut Européen de Loisir pour le développement social et culturel) qui, par certains côté, mets bien en mots ce que l'on peut ressentir lorsqu'on chante avec d'autres.


Le chant choral ou la musique de l'être

André DESSYMOULIE


 

«La musique est une loi morale ; elle donne une âme à l'univers, des ailes à la pensée, un essor à l'imagination, un charme à la tristesse, de la gaieté et de la vie à toutes choses. Elle est l'essence de l'harmonie, qu'elle rétablit et élève vers tout ce qui est bon, juste et beau dont elle est, bien qu'invisible, la forme éblouissante, passionnante, éternelle »

(Platon, la République)


La musique, et plus particulièrement le chant choral, porte en soi les plus riches valeurs de l'être humain : L'expression de soi, la solidarité, la passion du mieux, la convivialité, l'exigence. Et l'avantage que procure la pratique du chant, c'est que la personne tout entière se mobilise psychologiquement, physiquement, techniquement et spirituellement pour extraire et offrir tout à tour les manifestations de la vie, de la mort, de l'amour et du rêve.

Nous avons déjà indiqué dans ces colonnes un petit aperçu de l'historique et du renouveau du chant choral en France, et nous insistons encore aujourd'hui sur son caractère éclectique et ouvert, sans y attacher, comme le voudrait la rumeur publique, une exclusivité religieuse. 

Le chant choral doit d'abord être populaire, dans la meilleure acception du terme, et, à ce titre :

Cet admirable moyen d'expression communautaire ne doit pas nous étonner à la pensée que l'on peut faire chanter, et bien chanter, toute personne motivée, voire hésitante. Le vrai travail appartient au chef de choeur : il lui faut de bonnes qualités techniques et humaines pour être l'animateur d'un groupe dont il saura tirer le plus beau. Pour donner confiance, pour communiquer un souffle, un élan, il lui revient de prendre et de vaincre les difficultés en lui, afin que rien ne transparaisse dans l'apprentissage. Ainsi, il apprivoisera peu à peu le choriste qui franchira plus aisément les obstacles mélodiques, rythmiques et harmoniques.


Cela demande une culture musicale appropriée, de l'enthousiasme, de la persévérance, de la patience, de l'oreille, le sens d'autrui, la foi en l'homme, la conviction de la mission éducative de l'art, et, de plus, le besoin de donner, d'ouvrir et d'aider.

Alors peut s' élancer une chorale qui, ne sachant pas lire la musique, la découvrira et la vivra sensoriellement, car le choriste est lui-même son propre instrument. Un instrument tout neuf, sensible, fragile, délicat, qu'il faut connaître pour le façonner et l'améliorer. La moindre maladresse d'une oreille ou d'une attitude peut paralyser l'être et bloquer la voix. 

Les conditions de réussite du chant choral populaire résident dans la symbiose qui s'établit entre le responsable et le groupe, avec le souci permanent d'une recherche de la qualité individuelle et collective. Avec quinze, vingt ou trente voix débutantes, moyennes ou entraînée, il s'agit d'en construire une, qui est belle : celle du choeur. Un choeur qui s'équilibre et s'épanouit les uns par les autres, les uns avec les autres.

Mais cependant, ne rêvons pas. Les petites discordances entre les personnes sont normales : c'est la vie. On ne peut pas aimer ni même apprécier tout le monde ; on peut au moins s'accepter lorsqu'on se donne librement un objectif commun : faire et vivre une musique qui nous rend meilleurs Ce faisant, on admet volontiers que vivre, c'est traverser des tempêtes, et chacun alors, doit ramer dans la même direction avec la même conviction.

C'est une richesse incalculable que de sentir l'espérance d'un groupe capable d'aller à contre-courant du déchaînement de haine et de violence qui déchire le monde et bafoue la dignité de l' homme.

C'est aussi respecter l'être humain que de refuser, pour le choriste, comme pour le public, la facilité démagogique de l'à-peu-près et du n'importe quoi qui scintille de paillettes et d'artifices aussitôt oubliés.

C'est enfin parce que l'art choral est difficile, souvent ingrat, parfois déroutant, que le participant a le devoir de le mériter, de se mériter, afin de cultiver sans cesse les fleurs les plus chères, les plus subtiles, les plus discrètes: la foi réelle que l'on met et que l'on partage dans son engagement, avec la volonté de donner un sens et une dynamique à l'action.

Notre génération a une tâche bien plus lourde que celle de refaire le monde : elle cultive, avec l'art, des valeurs qui permettront d'éviter qu'il soir défait. Ne vaut-il pas mieux rêver que gémir sur les malheurs des temps, surtout si le rêve est agissant ?

Considérons, par exemple, l'apport de la chanson populaire et du folklore dans notre culture chorale.

Pour sentir et comprendre cette culture, il faut avant tout sentir, comprendre et aimer la nature et les hommes, la terre, la vie rurale, avoir parcouru les campagnes, fréquenté leur peuple, erré longuement à la recherche de ces véritables fleurs du sol que sont nos chansons paysannes. Si l'on ignore la nature vraie, comme sentir la poésie profonde, puissante, qui se dégage des chants de plein vent, des chants de bergers dont le dialogue lancé d'un sommet à l'autre dans les crépuscules d'été, semble un arc-en-ciel sonore, tendu au-dessus des plaines, collines, rivières et vallées. Comment peut-on entendre la beauté virile des chants des moissons dont les notes prolongées dans les soirs bleus, se mêlent étroitement à l'effort humain. Comment vibrer à l'austère et profonde grandeur des chants des labours qui sont comme le cri d'amour du sol, sous le soc qui l'entrouvre pour le féconder.

Ces chansons populaires, ce folklore, ne représentent pas un simple divertissement régional, plus ou moins sentimental ou pittoresque. Elles constituent une authentique sève lyrique, une véritable musique porteuse de l'âme et de l'histoire d'une province ou d'un pays, car elles tiennent à son sol comme la chair tient aux os. Elles y tiennent étroitement parce qu'elles sont le fidèle miroir des peuples qui les ont perpétuées.

L'expression populaire du chant choral folklorique reste une forme simple ; elle est à la fois imagination, observation, poésie et sentiment. Le peuple ne sait pas mentir dans ces chants : ils portent le poids d'un passé nourri d'une création collective qui a grandi à travers les siècles ; et leur retransmission orale, toujours vivante, prend autant d'importance que le mystère de leur naissance. 

Imprégnés de joies, de douleurs, de souffrances et d'aspirations, ils expriment une âme à la fois une et multiple que l'harmonisation du compositeur soutient et remet en lumière.

« Ne pleurez plus, la belle,
Ne vous désespérez !
La terre produira toujours,
Des fleurs seront nouvelles ».


L'art choral ; expression de vie, expression de fraternité, est l'art éducateur par excellence, car il contient les germes du beau, de l'exigence, de la recherche d'une qualité sans cesse renouvelée. Il crée, chez la personne, le désir et le bonheur de l'accomplissement de l'ensemble de ses facultés pour un mieux être avec lui-même et avec les autres. L'harmonie des sons fait l'harmonie des groupes.


« Lorsque les voix s'unissent, les coeurs sont bien près de se comprendre »

César Geoffray


Ajoutons ce beau proverbe de l'est de la France qui nous permet de croire que tout est possible :

« Tu peux frapper sans craindre à la porte derrière laquelle tu entends chanter ».

André DESSYMOULIE

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