
ESQUISSE DE
L'HISTOIRE DU CHANT CHORAL
DES ORIGINES à 1940
" L'origine du
chant remonte à l'enfance mène du monde. "
BOSSUET
Le sens du sacré, né dès l'origine du monde de l'angoisse de l'homme devant le mystère de l'univers, fit infailliblement s'éveiller, dans l'humanité primitive, le sens musical.
Seul être doué du privilège de la voix articulée, l'homme, qui a toujours été une espèce sociale, a éprouvé de bonne heure le besoin de chanter collectivement. A l'époque de la pierre polie, lors de l'institution des premiers chantiers ou ateliers, ou encore, au delà des temps et des âges, dès que les hommes eurent l'idée d'organiser les premières assemblées civiles ou religieuses, les mêmes manifestations vocales s'imposaient à tous les membres du groupe, du clan, ou de la tribu. Ainsi donc, en tout temps et en tout lieu, quand des hommes se trouvèrent réunis ensemble dans l'intention de conjurer les dangers qui les entouraient, ou dans le but de se concilier les Esprits du monde invisible, le chant choral dut s'organiser, d'une manière spontanée, sous forme d'invocations ou de litanies avec reprises en chœur, de même qu'au chantier ou à l'atelier, un motif choral rudimentaire a pu scander le geste ou l'effort des travailleurs.
Lorsque les premières représentations figurées de chanteurs ou de musical firent leur apparition, il y avait déjà de longs siècles que le chant collectif était cultivé dans le monde habité, avec une intuition évidente de l'influence que la musique pouvait exercer sur les hommes par une sorte de pouvoir magique.
Mais l'évolution des sociétés primitives ne s'accomplit pas sans rivalités ni luttes fratricides, alors les hommes inventèrent des chants de guerre pour l'appel aux armes, des lamentations pour pleurer les morts, ou des chants épiques pour célébrer les exploits des braves. Virgile, décrivant les peuples guerriers de l'Italie préhistorique, n'a-t-il pas nommé ceux du Soracte et des monts Ciminiens qui marchaient en chantant ? Ainsi donc, accompagné ou non de la danse, et associé comme élément organique aux actes de la vie religieuse et de la vie profane, le chant en solo et en chœur peut être considéré comme l'une des premières institutions sociales.
Les bas-reliefs, les fresques ou les papyrus de l'ancienne Égypte suggèrent l'idée d'une culture musicale déjà avancée; de même, les anciens monuments des Assyriens, des Chaldéens et des Hittites, nous montrent la musique chorale associée à la musique instrumentale et pénétrée par la vie religieuse, guerrière ou civile.
Environ trois mille ans avant notre ère, chez les Sumériens, un rôle important était réservé à la musique chorale dans les cérémonies religieuses au cours desquelles étaient exécutées des hymnes, des lamentations et des litanies dialoguées, formes primitives du lyrisme spirituel.
Chez les Perses, dès leur jeune âge, les enfants apprenaient par le chant les exploits des dieux et des hommes illustres.
Les Hindous considéraient la musique vocale comme la plus importante; la littérature védique n'a-t-elle pas conservé le texte de cantilènes liturgiques suivies d'un refrain destiné à être chanté en chœur ?
A Jérusalem, Onze siècles avant la venue du Messie, plusieurs chœurs se répondaient l'un à l'autre dans le temple, pour chanter les louanges de Javeh sur des tons extrêmement diversifiés en raison du sujet, historique ou moral; c'était précisément l'époque où le roi David venait d'organiser la musique sacrée, et son institution devait durer jusqu'à la ruine de la Ville Sainte.
Chez les Grecs, « toute la musique, même celle que nous appelons profane, était inspirée par un souci religieux et moral » (Mario MEUNIER).
Ce sont les Dieux, dit Homère (Odyssée, VII, 34) qui ont appris le chant aux hommes, et ce sont les Phrygiens qui ont eu l'honneur d'avoir répandu ce présent divin dans nos régions classiques. « L'Orphée légendaire était Thrace et Phrygien. Il chanta la lutte entre les Dieux et les Titans Hyagnis de Phrygie, l'inventeur de l'harmonie, vivait vers 1500. Et c'est encore un Phrygien nommé Olympus qui, selon Plutarque (Musique, III), apprit aux Grecs à toucher les cordes. » (Arthur LEFEBVRE.)
Achille, qui semble avoir eu un Phrygien comme précepteur, charmait ses loisirs ou se consolait de ses ennuis en chantant les héros (HOMÈRE, Iliade, IX, I, IX). Strabon, né à Amasie, en Cappadoce, et par conséquent très au courant des antiquités locales, fait remarquer que ce sont les Phrygiens qui ont inventé les instruments à cordes et à vent et qui les ont fait connaître aux Grecs sous des noms barbares. En Grèce, de bonne heure, la musique chorale était devenue véritablement une affaire d'état.
Les Pélasges déjà, si l'on en croit une vieille légende attique chantaient et dansaient, les jours de fête, au pied de l'Acropole, là même où de longs siècles plus tard, d'immenses foules viendraient se presser aux concours musicaux organisés à l'occasion de grandes solennités religieuses et des représentations dramatiques. Cet exemple devait être suivi à Olympie, à Delphes, à Sparte, à Délos, à Thèbes, à Corinthe, à Mégare, et dans toutes les cités aristocratiques de la Doride et des îles ioniennes. Là de grands ensembles composés d'amateurs distingués, instruits et dirigés par un maître de chœur, accompagnaient le culte de Dyonysos.
Au
Vème siècle, les Etrusques avaient déjà acquis en Italie une solide réputation
musicale. Dans la Rome primitive, des chœurs nombreux prenaient part au chant des processions; en l'an 346, furent
donnés les Jeux séculaires, grand festival avec chœurs et danses sacrées que l'empereur Auguste tenta de faire
revivre en l'an 17 avec le concours du poète Horace. En
Extrême-Orient, au IIIème siècle, la musique des rites majeurs religieux et palatins, chez
les Chinois, comprenait des hymnes chantés en chœur avec accompagnement d'instruments. On
sait qu'au IIème siècle, chez les Gaulois, les fêtes comportaient des représentations
dramatiques; leurs bardes, écrit Ammien Marcellin, chantaient en vers héroïques les exploits
des héros. Tacite,
d'autre part, a évoqué le souvenir du bardit des Germains, chant de bataille qui enflammait les courages
des guerriers et faisait présager l'issue des combats (Mœurs des Germains, III.) La
Rome impériale ne fit d'abord qu'imiter l'art grec; mais le public était plus sensible à la
quantité qu'à la qualité des exécutants. Sénèque rapporte qu'il y a plus
de chanteurs dans les théâtres de son temps qu'il n'y avait de spectateurs dans les théâtres
d'autrefois. Les empereurs, de Néron à Alexandre Sévère, ont été presque
tous des amateurs de musique zélés et éclairés; cependant ils ne purent empêcher
l'art vocal d'évoluer dans un sens peu artistique, sous l'influence de professionnels et d'un public imbus
uniquement de cet esprit de virtuosité, qui a toujours été la brillante folie des périodes
de mauvais goût ou de décadence. Jusqu'à
l'édit de Milan (313), les chrétiens persécutés n'eurent guère la possibilité
d'organiser le chant choral au cours des cérémonies du culte, mais dès que l'ère de
la liberté eût sonné pour l'Église, l'art vocal collectif fut pratiqué partout. Saint
Paul, dans ses Épîtres aux Ephésiens et aux Colossiens, exhorte les fidèles à laisser
leurs cœurs s'épancher vers Dieu par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels; et Origène
nous apprend que vers l'an 250, les chrétiens d'Égypte chantaient déjà des hymnes appropriés
aux divers temps liturgiques. La
psalmodie à deux chœurs, pratiquée avec succès à Antioche dès le milieu du IVe
siècle, passa rapidement dans toutes les églises, d'Orient en Occident; et l'hymnodie syrienne, après
s'être répandue dans l'Église grecque, fut révélée à l'Église
latine par un Gaulois exilé, Hilaire, évoque de Poitiers, lequel, après avoir été
mêlé aux disputes suscitées par l'arianisme, et banni en 356 par l'empereur Constance, avait
pu ensuite revenir dans son diocèse. De
grands noms se détachent parmi les promoteurs du chant choral en Occident: les papes saint Léon et
saint Grégoire; les évêques saint Ambroise à Milan; saint Augustin à Hippone;
le moine Cassiodore en Calabre; l'archevêque Césaire en Arles; les évêques Guy, au Mans;
Augustin, à Cantorbery; Bède le Vénérable, à Yarrow; saint Léandre et
saint Isidore, à Séville; tous déployèrent une prodigieuse activité d'organisateurs
influents et infatigables. Vers
540, l'empereur Justinien, qui sut donner à l'architecture religieuse de Constantinople un essor incomparable,
s'affirmait également comme protecteur du chant choral en s'occupant de la réorganisation de la schola
dans la basilique Sainte-Sophie. Moyen-Age
Au
milieu du VIe siècle, saint Germain, évêque de Paris, décrit avec exactitude l'organisation
liturgique dans sa cathédrale, et Venantius Fortunatus, auteur de l'hymne « Vexilla Regis » aumônier de Sainte-Radegonde, puis évoque de Poitiers, dans ses pièces
écrites à l'honneur du clergé de Paris sous le pontificat de saint Germain, signale le chant
des enfants et loue la qualité de leur voix. A
cette époque, où commençait l'indépendance de la France sous le gouvernement de princes
semi-barbares, mais dont quelques-uns furent amis de la musique (Chilpéric notamment et son frère
Gontran, roi de Bourgogne), les évêques, seuls gardiens des Beaux-Arts, s'intéressaient tout
particulièrement à l'organisation de la musique dans leur école épiscopale. Les enfants
y étaient occupés d'abord à chanter l'office, à servir les cérémonies
sacrées puis à étudier les lettres. Arrivés
au terme de leur éducation ils pouvaient rentrer dans la vie civile ou devenir diacres. prêtres, chanoines,
dans l'église qui avait pourvu à leur instruction. Quelques-uns même, parvenaient à
l'épiscopat: on peut citer après saint Marcel, évêque de Paris au temps des premiers
rois mérovingiens; saint Brieuc, l'apôtre de la Bretagne; saint Bertrand, évêque du Mans;
saint Cloud; Pierre de Luxembourg, frère du roi Louis VIII, et les futurs papes Innocent III et Adrien V. L'organisation
presque complète du chant liturgique à Paris date du siècle de Dagobert (l 638); dans sa Vie
de saint Éloi, saint
Ouen nous l'apprend; on célébrait alors selon le rite gallican; mais déjà au IXe siècle,
la maîtrise de Notre-Dame avait adopté les livres grégoriens. Primitivement, le culte chrétien
n'admettait que l'art vocal; l'usage des instruments ne semble
donc pas avoir été d'abord admis dans le culte; mais l'étude du chant était très
poussée concurremment avec celle des études sacrées et profanes: grammaire, rhétorique,
poésie, musique, et bientôt dialectique et théologie, formaient déjà tout un
programme; à l'école toutefois, l'étude des instruments ne devait pas être négligée,
car chaque institution devait posséder son monocorde, ses vielles, ses flûtes, son jeu de clochettes,
et plus tard, son orgue, après que cet instrument se fût peu à peu répandu en France
à la suite de sa réapparition en Occident à la cour de Pépin le Bref. Dès
le Xème siècle, les documents concernant la maîtrise de Notre-Dame de Paris, se font plus nombreux;
on connaît le nom du cantor Adelelme lequel, de 992 à 1040 environ, fut chargé de régler
l'ordre des chants et de surveiller les enfants du choeur. A
côté de la maîtrise de la cathédrale fleurissait la « Scola
Palatina » ou Ecole
du Palais; celle-ci fut, au VIIème siècle, gouvernée par saint Léger, la future victime
du cruel Ebroïn ; les élèves de cette école prêtaient leur concours aux offices
de la chapelle royale durant le séjour à Paris des rois mérovingiens. Ces
deux institutions, communément désignées sous le nom
d'Ecoles Parisiennes se tenaient dans le cloître Notre-Dame, quartier paisible isolé à la
pointe de la Cité à l'emplacement du jardin actuellement situé au chevet de la cathédrale.
C'est de ces écoles que devait sortir la future Université de Paris. «
Charlemagne, dit Eginhard, avait fait écrire pour les sauver de l'oubli les poèmes barbares et très
anciens où les Francs chantaient les belles actions de leurs ancêtres et leurs guerres. » D'après
Arthur Lefebvre, ces chants nationaux et très anciens « ne pouvaient provenir que de cette littérature
phrygienne qui, avec les trésors matériels de Troie, était tombée entre les mains du
Grec vainqueur ». On
sait que la ville de Troie, avant son anéantissement, avait été le plus riche foyer de la
poésie épique. En
imposant le chant grégorien dans l'empire d'Occident, Charlemagne vit se multiplier les écoles de
chant choral imitées de la schola romaine; le fameux capitulaire daté de 789 est significatif: «
Que les ministres de Dieu attirent auprès d'eux, non seulement les jeunes gens de condition servile, mais
les fils d'hommes libres. « Qu'il
y ait des écoles de lecture pour les enfants. Que les psaumes, les notes, le chant, le calcul et la grammaire
soient enseignés dans tous les monastères et tous les évêchés. » Alors les écoles d'Aix-la-Chapelle, de Metz, de Rheinau
et de Saint-Gall notamment, rivalisèrent de zèle pour devenir en Europe civilisée les foyers
alors les plus rayonnants du chant collectif. Chaque église eut sa maîtrise paroissiale; chaque cathédrale,
son école épiscopale; et chaque monastère son institut abbatial; maîtres et élèves
y étaient soumis à une discipline hiérarchique pour assurer le rayonnement de la pure tradition
grégorienne, et même capter dans les mailles des cantilènes liturgiques le monde profane; car
le peuple chantait avec les clercs, Psaumes, Répons ou Antiennes; et les fidèles aimaient les réminiscences
du chant de l'Église, au point de marquer les diverses époques de l'année agricole par les
premiers mots de certaines Antiennes dont les mélodies leur étaient demeurées familières.
Parmi les grands centres musicaux qui occupèrent le premier rang du IXème au XIIIème siècle,
il y a lieu de distinguer les cathédrales de Paris, de Reims, de Metz, de Strasbourg, de Fulda, de Cologne;
les abbayes limousines de Saint-Martial et de Saint-Léonard; les monastères de Saint-Amand, de Saint-Benoît-sur-Loire,
de Sainte-Odile, de Murbach et de Reichenau, véritables conservatoires de musique et de chant liturgique
dont l'enseignement se répandait fort loin au dehors. Parallèlement à la diffusion du chant
religieux, les troubadours, les trouvères et les
Minnesinger qui furent les premiers théoriciens de l'amour courtois, cultivaient la lyrique
profane et répandaient du nord au midi, de l'est à l'ouest, la chanson en langue vulgaire; en même
temps, dans tous les pays, d'innombrables chansons rustiques se transmettaient par tradition orale à travers
le temps et l'espace,
pauvrettes anonymes du génie populaire dont l'ensemble constitue dans chaque pays un trésor artistique
qu'il importe partout de conserver et d'inventorier avec soin. A
Paris cependant, dans le cloître de Notre-Dame, se développait un art nouveau: celui du contrepoint
vocal, sous la direction des maîtres déchanteurs et organistes de la basilique nationale. Pérotin,
entre 1181 et 1236, écrira des motets polyphoniques qui demeureront l'une des créations les plus
originales et les plus fécondes du siècle de saint Louis. Pierre de La Croix, originaire d'Amiens.
et Philippe de Grève continueront Pérotin. Le
XIVe siècle fut un siècle bouillonnant de musique. Jean de Muris, Philippe de Vitry et Guillaume
de Machaut enrichiront encore l'héritage de leurs prédécesseurs en exerçant une influence
considérable non seulement en France, mais encore à l'étranger, notamment en Italie, à
Florence, puis à Padoue, à Bologne et à Pérouse. Froissart,
grand voyageur et qui « moult bien s'y congnoissoit » a
multiplié dans ses Chroniques les descriptions des manifestations musicales organisées dans les « solempnités
et festes », auxquelles il a pu assister un peu partout: à Valenciennes d'abord, « ville
sonnante, riche et bien marchande » ; à Reims, au sacre de Charles VI; en Bretagne où
il entendit un chant de guerre « que proprement, les enfants et les jeunes fillettes avaient faict »;
à Orthez, chez Gaston de Foix où il y avait «foison de bons chantres », et des orgues
jouées remarquablement. C'est
encore au cours de ce siècle où la musique eut tant d'importance dans la vie mondaine et religieuse,
que le roi de Bohême Charles IV, qui avait été élevé à la cour de Philippe le Bel organisa le chant
choral à la cathédrale de Prague, et que Guillaume de Machaut, à Reims, donna le premier modèle
du quatuor vocal mixte avec sa Messe dite du Sacre de Charles V (1364. Les laborieuses expériences de ce poète-musicien, le maître par
excellence de l'ars nova, expériences poursuivies pendant le cours du XVe siècle par les maîtres
franco-flamands, anglais et florentins, et jusqu'en Catalogne et en Aragon par le roi Jean Ier, auront pour aboutissement
les polyphonies audacieuses, mais déjà bien équilibrées, des Richard Loqueville, Jean
Ciconia, Gilles Binchois, Guillaume Dufay, Nicolas Grenon, Jean Brasart, Arnold et Hugo de Lantins, valeureux précurseurs
de Jean Ockeghem et de Dunstable. Vers 1420, la chapelle pontificale était peuplée de chanteurs français
et flamands; il en était venu de Liége, Tournai, Reims, Noyon, Beauvais, Rouen, Evreux, Le Mans et
Toul. Les musiciens polonais entretenaient avec les franco-flamands fixés en Italie des rapports suivis,
et l'on peut constater, dès la première moitié du XVe siècle, l'influence de l'ars
nova florentine
unie à celle d'un Ciconia, d'un Binchois et d'un Dufay dans les œuvres des musiciens de la cour de Ladislas
Jagellon, Nicolas de Radom, par exemple. Josquin
des Prés, Pierre de La Rue, Loyset Compère, Jean Mouton et leurs disciples fonderont ensuite le contrepoint
moderne et domineront tout l'art européen jusqu'à l'époque de Palestrina, à qui incombera
la mission de consacrer définitivement la gloire de l'école romaine.
Dès
le premier quart du XVe siècle, quatre grandes chapelles musicales se disputent la prééminence
la chapelle du Pape ; celle du roi de France; celle du roi d'Angleterre et celle des ducs de Bourgogne comtes
de Flandre, dont la cour brillante était rivale de la cour de France. Sans doute, la protection éclairée
que ces princes musiciens accordaient aux artistes constituait un important facteur social de cette heureuse période
de l'histoire du chant choral ; il en sera de même au siècle suivant, au cours duquel l'exemple
donné par la Maison de Bourgogne alors à l'apogée de sa puissance. sera suivi par le duc de
Bavière qui s'assurera, pour la direction de sa chapelle, le concours d'un chef de génie, Roland
de Lassus. Martin
Luther, en adoptant la forme du cantique populaire pour la célébration des offices du culte réformé,
doit compter parmi les apôtres les plus zélés du chant choral. Il
s'intéressa personnellement, en effet, à la fondation de nombreuses sociétés chorales
(Kantoreigesellschaffen), non moins qu'à l'institution de groupes de jeunes élèves et étudiants
des écoles (Kurrenden) capables d'exécuter à l'église les nouveaux chants liturgiques et
même des pièces polyphoniques. Calvin
ne pensait guère à réserver une place à la musique dans l'exercice du culte, mais quand
il eut entendu, en 1539, sous les voûtes de la cathédrale de Strasbourg, les cantiques luthériens
alterner avec les lectures et le prêche, il reconnut par expérience que le chant choral avait « grande
force et vigueur d'émouvoir et enflammer le cœur des hommes pour invoquer et louer Dieu d'un zèle
plus véhément et plus ardent ». Il autorisa donc le chant des Psaumes à l'église,
concession qui donna naissance à un admirable répertoire de mélodies populaires harmonisées
avec art par les maîtres français de la Renaissance, répertoire qui forme encore le fond du
chant choral dans l'Église réformée La contre-réforme n'apportera pas moins d'intérêt
à la protection et à la diffusion de la musique polyphonique. Saint
Philippe Néri, en instituant la Congrégation de l'Oratoire, donna un grand élan au chant populaire
en favorisant l'éclosion de Laudi spirituali, spécialement composés pour le choeur des fidèles qui les exécutaient
au cours des réunions de cette pieuse association. En France, en Italie, en Espagne, en Hongrie, en Bavière
et en Autriche, les collèges des Jésuites deviendront autant de foyers d'art choral. Partout,
de brillants mécènes entretenaient des chapelles privées en s'assurant le concours des meilleurs
virtuoses du chant et des instruments, tels à Mantoue, les Gonzague, ou à Tivoli, le cardinal Hippolyte
d'Este. En
France, il n'existait pas d'écoles de musique en dehors des maîtrises; d'illustres fondations similaires
existaient à l'étranger, tels le chœur des Thomaner de Leipzig fondé en 1312; celui de la cathédrale de Ratisbonne (les Regensburger
Spatzen); et
celui des Petits Chanteurs de Vienne, les Wiener Sangerknaben, choeur institué en 1498, par décret de l'empereur Maximilien, pour rehausser
la magnificence des offices à la chapelle de la cour impériale; on citera encore l'École de
la Croix, de Dresde, dont l'activité remonte au XIVe siècle; l'école de Saint-Michel de Lunebourg;
les maîtrises des Dômes d'Aix-la-Chapelle, de Cologne, de Salzbourg, de l'abbaye de Saint-Florian près
de Linz; et en général, toutes les institutions des monastères d'Autriche, de Bavière
et des basiliques italiennes, espagnoles ou anglaises. Le
XVIe siècle fut, en France, une époque privilégiée pour le développement du
chant choral. La vie de cour italienne transportée chez nous favorisait l'éclosion
de divertissements musicaux de bonne compagnie auxquels prenaient part des rois chevaliers et toute une noblesse
revenue des guerres d'outre-monts. A la ville et dans les châteaux retentissaient les chansons de nos maîtres
de la Renaissance; il n'était alors de gentilhomme ou de gracieuse dame qui ne fût capable de tenir
sa partie dans un quatuor vocal, et l'on ne voit guère dans toute notre histoire, de moment où la musique et la poésie se soient trouvées dans une plus étroite dépendance
réciproque. Après Guillaume de Machaut et avant Baudelaire ou Verlaine, Ronsard ne fut-il pas le
plus musicien de nos poètes ? Aussi
bien, avait-il une parfaite conscience de la musicalité
de son oeuvre, se flattant lui-même: De
marier les odes à la lyre Les
autres poètes de la Pléiade, Baif, du Bellay, Rémy Belleau, Ponthus de Thyard, Jodelle et
Daurat, caressaient également le rêve de rétablir l'antique accord entre la musique et la poésie. Lorsque
Baïf et Thibaut de Courville se proposèrent de ranimer l'idéal de la Grèce, n'avaient-ils
pas convenu « dresser, sous le bon plaisir du Roy, une Académie ou Compagnie de Musiciens et
Auditeurs » ? Et
Charles IX, poète et musicien lui-même, tout comme son aïeul François Ier, s'en déclarait
sur-le-champ « premier auditeur » et prenait en même temps sous sa protection l'institution
nouvelle. De
Josquin des Prés et Clément Jannequin à Guillaume Costeley et Eustache du Caurroy, tous le
musiciens répondirent avec empressement à l'appel des poètes, pour tenter, chacun à
sa manière de solutionner le difficile problème des rapports de 1a musique et de la poésie.
Aussi Rabelais pouvait il citer au Prologue du quart livre de son Pantagruel (1552), une soixantaine de compositeurs
célèbres, d'Ockeghem à Arcadelt. On
avait, d'autre part, conservé ou fait revivre l'usage des Puys ou concours de musique dont l'institution remontait au XIIe siècle;
le plus fameux était celui d'Evreux qui se tint annuellement de 1570 environ, à 1614, le jour de
la sainte Cécile, et auquel se rendaient en foule les meilleurs musiciens du royaume; il en venait même
d'Italie. On
y exécutait motets latins et chansons françaises. Nommons parmi les plus fameux lauréats : Il
y eut encore des lauréats venus de Coutances, d'Autun, de Rouen, de Tours, d'Orléans, sans compter
les musiciens ébroïciens. Un tel palmarès
en dit long sur la noble émulation qui régnait entre les artistes français et sur la diffusion
de la culture musicale par tout le royaume. Enfin,
dans toutes nos églises, vers le même temps, retentissait une musique appropriée. Entre tant
de documents qui s'offrent à le prouver, on citera quelques lignes empruntées au récit du
voyage que fit en 1517-1518, le cardinal Louis d'Aragon, envoyé en mission auprès du roi François
Ier: «
Il n'y a pas en France, dit ce voyageur, une église un peu grande, où, toute l'année, l'on
ne puisse entendre de belle musique figurée, et où ne se chante au moins une messe par jour. Chacune
de ces églises possède un groupe de six ou de huit jeunes garçons, tous vêtus de rouge
comme nos chanoines italiens, et que l'on instruit à chanter et à servir au chœur. » A
ce précieux témoignage, on ajoutera celui de Claude Bendier, chanoine de la collégiale de
Saint-Quentin, en 1656: « Le seizième siècle, dit-il, était à peine commencé,
que cette collégiale passait pour entretenir la meilleure musique qu'il y eût en ce temps-là.
Presque tous les enfants de choeur qui y étaient élevés devenaient habiles et fournissaient
de grands maîtres de musique à toute la France et aux Pays-Bas. » Et Paul Colliette, dans ses
Mémoires pour servir à l'histoire du Vermandois (1771), ajoute: « Louis XII aimait passionnément la musique et avoit
toujours à sa cour une grande suite de belles voix, il les salarioit par des bénéfices. Il
est le Prince qui ait le plus rempli l'église de Saint-Quentin de musiciens et de chantres de sa chapelle.
» De
fait, cette insigne collégiale a compté parmi ses dignitaires éminents, Josquin des Prés,
Jean Mouton, Loyset Compère et Simon Alard, rivalisant ainsi avec la métropole de Cambrai, centre
fort important de culture musicale depuis le XVe siècle, et où s'étaient illustré tour
à tour, Guillaume Dufay et Jacob Obrecht qui allèrent porter leur art en Italie, Van Stappen, Mathieu
Gascongne et Van Pullaer qui devint, en 1507, maître de chapelle de Notre-Dame de Paris. A
Valenciennes, bien avant 1577, existait la société musicale « du
Salut de Saint-Pierre », institution qui était à la fois une école et une société
de concerts spirituels. Depuis
la fin du XIVe siècle, la chapelle du Pape était peuplée en grand nombre de chanteurs français
et flamands, tous compositeurs et capables de diriger le répertoire polyphonique. Leurs
successeurs Robin Mallapert, Firmin Lebel de Noyon, et Adrien Willaert de Roulers, furent les véritables
maîtres des Palestrina et des Gabrieli, les fondateurs des écoles romaine et vénitienne. «
Les Belges, les Picards et les Français, écrivait en 1552, Adrien Petit, dit Coclicus, ont un talent
naturel qui leur permet d'arracher aux autres la palme. » Ce ne fut guère avant 1550 que les Italiens
vinrent à côté d'eux prendre la direction du mouvement musical européen. Mais
l'école espagnole n'était alors ni moins brillante ni moins féconde sous l'impulsion de Morales,
Guerrero et Victoria, trio illustre duquel il est permis d'approcher les maîtres portugais Damiao de Goes,
l'ami d'Erasme, Duarte Lobo et Manuel Cardoso. Diogo Dias Melgas (1638-1700), l'un des maîtres de l'école
d'Evora devait maintenir la tradition victorienne jusqu'au début du XVIIIe siècle.
FACE="Arial, Helvetica"> D'autre
part, un ancien disciple de Josquin des Prés, Adrien Petit, après être passé à
la religion réformée en 1545, était allé en Allemagne exporter l'art polyphonique franco-belge,
à Francfort-sur-l'Oder d'abord, puis à Königsberg et à Nuremberg, avant de se fixer à
Copenhague où il demeura attaché à la Chapelle Royale et où il mourut vers 1563.
FACE="Arial, Helvetica"> Son
Compendium musices, imprimé en 1552, est particulièrement intéressant pour nous initier
à l'enseignement de Josquin, son maître.
Au
XVIIe siècle, l'invention de la basse chiffrée
(basse continuo)
avec la création de l'opéra et de l'oratorio, marquèrent dans l'évolution
de la musique chorale une ère nouvelle. L'harmonie
moderne tonale était née; elle allait passer aussitôt au premier plan et servir de base au
contrepoint; la mélodie elle-même sous-entendrait des « accords »; par contre-coup, les
vieilles échelles modales allaient tomber l'une après l'autre en désuétude, et l'écriture
se renouveler en opposant, dans une heureuse diversité, le style vertical au style horizontal; de plus,
l'orchestre en se mêlant aux voix
viendrait ajouter un élément puissant de soutien et de séduction. Sacrée
ou profane, la musique chorale irait trouver
dans les textes liturgiques, dans la vie des Saints ou des héros, dans la Fable ou dans la Légende,
dans l'histoire ancienne ou dans les événements de la rie publique, dans le sentiment de la nature
aussi, le sujet et l'inspiration de chefs-d'œuvre sans nombre. L'art
d'écrire pour les voix était alors dans toute sa
maturité, et les maîtres du goût nouveau se faisaient une haute idée de leur art en enrichissant
à la fois le domaine de l'opéra et celui de l'oratorio, ou encore les genres musicaux de la Messe
et du Motet; de la Passion et de la Cantate d'Église si appréciées dans les pays de religion
réformée. En
dehors des grands centres musicaux déjà mentionnés au cours du XVIe siècle, on peut
encore citer les villes de Hambourg, Weissenfels, Weimar, Dresde, Halle, Leipzig, Lubeck, Dantzig, la chapelle
de l'Electeur de Saxe au temps où Heinrich Schütz en était le directeur, celle du langrave de
Hesse-Cassel ou encore celles du margrave de Bayreuth et du roi de Danemark. Secrétaire
du comte d'Avaux envoyé par le roi de France en ambassade extraordinaire au Danemark et en Suède
au cours des années 1634-35, Charles Ogier a consigné dans son journal de voyage ses impressions
musicales; il loue la qualité des voix de la Chapelle Royale de Copenhague et le chant du peuple à
l'église de Stockholm; plus tard, Balthazard de Monconys, de passage à Prague en 1663, sera enthousiasmé
par l'audition d'une messe en musique célébrée à l'église des Augustins; en
même temps qu'à Munich, à Walshut et à Ratisbonne, on rivalisait d'ardeur dans l'exécution
d'un répertoire bien choisi. Monteverdi
et Carissimi, Cesti et Cavalli, Henry Dumont et Marc-Antoine Charpentier, Lully et Lalande, Schütz et Buxtehude,
Hammerschmidt et Praetorius, Viadana et Purcell, tels sont les principaux maîtres qui ont illustré
la première génération des grands classiques de cette renaissance musicale. Avec
Allessandro Scarlatti, J.-S. Bach, Haendel, Campra, Rameau, Gluck, Haydn et Mozart, le XVIIIe siècle connaîtra
l'apogée du style classique, en même temps qu'il verra le triomphe universel de l'opéra
italien. A
l'encontre des compositeurs d'outre-monts qui, dans leurs opéras avaient réduit les chœurs à
un état rudimentaire, les musiciens français réservaient aux grands ensembles vocaux un rôle
fort important dans leurs tragédies lyriques tout comme dans leurs motets. De
même qu'aux siècles passés la composition d'une messe consacrait la réputation d'un
auteur, ainsi la composition d'un motet à grand chœur « en pleine musique figurée enrichie
de toutes les subtilités de cette science » (MERSENNE), constituait-elle la principale épreuve
imposée à un compositeur dans les concours. En 1671, à Caen, était institué
un Puy de musique pour l'attribution annuelle d'un prix décerné à l'auteur du meilleur motet
à deux chœurs; ce Puy dura jusqu'en 1685; un concours du même genre institué au Mans en 1633
comme couronnement de la fête de sainte Cécile eut lieu annuellement jusqu'en 1732. L'Académie
Nationale de Musique et le Concert Spirituel de Paris, foulé par Anne-Danican Philidor et inauguré
le 18 mars 1725 au palais des Tuileries, les théâtres et les Académies de province entretenaient
à grands frais des compagnies chorales composées de professionnels ou d'amateurs, et capables d'interpréter
les grandes œuvres de Lully, Rameau, Lalande, Campra, Mondonville et Blanchard. Les
Académies provinciales de musique étaient des sociétés de concerts composées,
comme aujourd'hui, de membres souscripteurs (honoraires) et de membres actifs, chanteurs ou instrumentistes, se
réunissant régulièrement sous la direction d'un maître de chapelle de talent éprouvé. La
plus ancienne de ces Académies paraît être celle de Rouen fondée en 1662. Bientôt
se formèrent celles d'Orléans (1670), Valenciennes (1697), Lyon (1713), Marseille (1716), Pau (1718),
Carpentras (1719), Tours (1724), Nantes (1727), Dijon (1728), Clermont-Ferrand, Nancy, Strasbourg (1731), Lille
(1733), Moulins (1736), lesquelles subsistèrent jusqu'à la fin de l'ancien régime. Les
directeurs de ces Académies et ceux des théâtres de province établissaient leurs programmes
avec le souci de ne point retarder sur les goûts de la capitale, et s'efforçaient d'intéresser
les municipalités à leur entreprise, de sorte qu'il y avait émulation par tout le royaume.
Tel voyageur de passage à Marseille pouvait constater, comme le fit en 1738 le président de Brosses,
que les chœurs du Concert allaient « à
merveille ». Cependant, Michel Brenet a remarqué que, s'il y eut chez nous en province, extension
et diffusion, « il n'y avait rien toutefois qui ressemblât à la fertile décentralisation
des petits Etats allemands ou italiens de la même époque ». Pendant
que les Conservatoires de Naples et les
Ospedale
de Venise envoyaient dans toutes les cours et les capitales d'Europe des chanteurs et des
directeurs de théâtre, les maîtrises des églises poursuivaient leur œuvre séculaire
de décentralisation et d'épuration du goût musical, on y formait, non seulement d'excellents
choristes, mais aussi de brillants solistes et d'habiles compositeurs. Parmi
les artistes qui traversèrent les maîtrises soit en qualité d'élèves soit en
celle de maîtres, il suffira de citer pour la France, au XVIIe siècle: Auxcousteaux, Bournonvillc,
Gantez, du Mont, Métru, Roberday et Gigault (ces trois derniers furent les maîtres de Lully), Richard
de La Lande, Bernier et Lallouette; au XVIIIe siècle: Campra, Blanchard, Gossec, Grétry, Méhul,
Lesueur; et en Europe
centrale: Johann Joseph Fux, tous les Bach, les deux Haydn, Eberlin, Leopold et Wolfgang Mozart, Albrechtsberger
et Beethoven. On
a vu que chez presque tous les peuples, l'art religieux avait été pendant des siècles l'art
total; après la Réforme et le Concile de Trente, il y eut désormais un art religieux et un
art profane, la musique s'étant affranchie définitivement pour arriver à la libre expression
de tous les sentiments humains. Chez
nous, jusqu'à la fin du règne de Henri II, le chant choral, dans les écoles et les universités,
participait à toutes les formes de la vie; mais sous Louis XIV, l'art musical était devenu un art
de luxe ou de cour; on a peu chanté aux armées du Grand Roi. Au cours des règnes de Louis
XV et de Louis XVI, le développement à outrance de l'esprit philosophique et critique faillit isoler
la musique du public et fit incontestablement baisser le niveau musical du peuple. Il
en fut de même en Italie et en Allemagne où, au XVIIIe siècle, il n'était guère
d'institutions chorales régulières en dehors des conservatoires, des collèges, des églises
et de quelques chapelles princières. L'Allemagne du temps de Bach et la Vienne de Mozart, n'avaient point
de
Liedertafel,
ni de
Chorvereine.
C'est la Révolution française qui partout donna le signal de la fondation
de grandes associations chorales populaires et le goût des concerts publics à gros effectifs de voix
et d'instruments. En
1795, La Revellière-Lepeaux ne proposait-il pas à la Convention de célébrer les fêtes
nationales par des « choeurs universels » ? C'était précisément l'année
où l'ancienne
Ecole royale de Chant et de Déclamation,
fondée en 1784, fut agrandie et transformée en
conservatoire National,
institution patronnée par la Convention, et qui allait devenir, au x~xe siècle,
le modèle de tous les établissements similaires dans les deux mondes. Le
XIXe siècle est le siècle de la musique chorale. La musique fait officiellement partie de toutes
les fêtes et tend à prendre dans la vie une place aussi grande que la littérature. Dans toute
l'Europe, l'art choral est désormais du domaine public, puisqu'il répond si bien au besoin d'association
particulier aux sociétés modernes. Dès
1811, Choron déployait, en véritable apôtre du chant choral, une activité infatigable;
en 1828, Habeneck organise la Société des Concerts du Conservatoire en lui rattachant un chœur mixte de professionnels; en 1835, le Conseil municipal de Paris
vote l'enseignement du chant dans toutes les écoles communales; en 1838, le chant devient un enseignement
universitaire. C'est
à Wilhem (mort en 1842) et à ses successeurs Delaporte et Hubert, qu'est due l'institution de L'Orphéon, association
chorale d'hommes amateurs recrutés dans toutes les classes de la société. Voici
les noms de quelques-unes des plus anciennes sociétés françaises d'orphéonistes: L'Union
chorale, fondée
en 1848, et
Les Enfants de Lutèce
furent, à Paris, les premières à donner l'élan; mais quelques
groupements provinciaux avaient déjà exercé une activité très louable, notamment: Vinrent
ensuite: Les
sociétés chorales dont le but est de donner à leurs membres des habitudes d'ordre en leur
faisant pratiquer et accepter le principe de la solidarité volontaire, sont possibles dans toutes les localités
et peuvent vivre quels que soient leurs éléments a, proclamait Laurent de Rillé, inspecteur
du chant dans les écoles de la Ville de Paris et auteur de nombreux choeurs orphéoniques devenus
populaires. De
fait, lorsque vers 1860, Gounod, Bazin et Pasdeloup prirent la direction générale de l'orphéon,
il y avait en France plus de trois mille deux cents sociétés groupant environ cent cinquante mille
chanteurs. C'était déjà un beau résultat. En
France comme à l'étranger, chaque Conservatoire possède sa classe d'ensemble vocal. A Cologne,
le directeur Franz Wullner (1832-1902) exigeait que tous les élèves du Conservatoire fissent partie
de la classe de chœur, qu'il dirigeait en personne. « Tout musicien, disait-il, doit chanter. »
FACE="Arial, Helvetica"> Au
Conservatoire de Paris, tous les élèves des classes de chant doivent suivre le cours d'ensemble vocal
qui fut professé successivement de 1830 à 1946, par Georges Kuhn, Alexandre Batton, Pasdeloup, Vaucorbeil,
Jules Cohen, Georges Marty, Henri Büsser et Jules Mazellier. Depuis
1890, un grand effort de réorganisation de l'enseignement de la musique à l'école a été
accompli à Paris, sous la direction
énergique d'inspecteurs principaux tels que Dannhauser, Auguste Chapuis, Léo Delibes, Maurice Chevais,
Roger Ducasse, Raymond Louchour et Robert Planel avec une haute idée de leur noble mission et le sentiment
de sa difficulté; car il s'agit de « rattacher la France à des traditions séculaires
qui lui ont valu, dans 1e passé, bonheur et gloire »(Maurice EMMANUEL). Bourgault-Ducoudray
qui pendant trente ans de sa vie prêcha la croisade des chœurs, puis Gustave Charpentier, André Gédalge
et Maurice Bouchor ont également cherché, chacun selon sa manière, à rétablir
entre l'art et le peuple ce contact salutaire qui est nécessaire à l'un autant qu'à l'autre.
FACE="Arial, Helvetica"> Les
chœurs de l'École Niedermeyer institués en 1853; les Chanteurs de Saint-Gervais, fondés par
Charles Bordes en 1892, et dirigés successivement par Saint-Requier et Paul Le Flem; la Chanterie de la
Renaissance organisée par Henry Expert ont consacré la plus grande part de leur activité à
l'exploitation du trésor inépuisable accumulé par les maîtres de la Renaissance française;
les chœurs de la Concordia, fondée par Mme Fuchs Gounod et Widor en 1879; ceux de la Société
J.-S. Bach, instituée par Gustave Bret, en 1904 ; de la Société G.-F. Haendel, établie
par Eugène Borrel et Félix Raugel en 1908, et ceux de la Société des Etudes mozartiennes,
organisée par Mme Octave Homberg en 1930, se sont attaché à révéler des chefs-d'œuvre
oubliés ou inconnus. Gabriel
Pierné a laissé un grand souvenir comme inspecteur des chorales de Lycées de jeunes filles
pour lesquelles il a écrit des chœurs à voix égales d'un sentiment exquis.
FACE="Arial, Helvetica"> L'Association chorale professionnelle, instituée en 1913, par D. E. Ingheltrecht, a prêté son concours à
de retentissantes « premières » d'oeuvres de Debussy, Ravel et Florent Schmitt.
FACE="Arial, Helvetica"> Les
chœurs de l'Opéra et de l'OpéraComique, l'Ecole de chant choral,
instituée en 1904 sous la présidence d'Henry Marcel, alors directeur des
BeauxArts, et dirigée par Henri Radiguer; la Chorale Félix Raugel (]9281945); le Chœur
mixte de Paris, fondé
par Marc de Ranse; la Chorale Gouverné, la Chorale Amicitia,
le Choeur Berlioz; la Chorale des Jeunesses Musicales de France
dirigée par Louis Martini; la Chorale Universitaire
conduite par Jean Gitton ont étendu leur répertoire à toutes les époques
de la musique. La Manécanterie des Petits Chanteurs et 1'Alauda
cultivent le répertoire sacré en même temps que la chanson profane;
mais La Psallette de Notre-Dame, fondée par Jacques Chailley, s'est spécialisée dans l'étude
et la diffusion de l'art choral du Moyen-Age. C'est
de la tribune de l'église de l'Etoile qu'est parti, sous la direction d'Alexandre Cellier, le mouvement de restauration
de la musique chorale protestante à Paris. La maîtrise de l'Etoile et celle de l'Oratoire, sous la
direction d'Horace Hornung, donnent périodiquement des Concerts spirituels d'œuvres anciennes et modernes. Le
mouvement scout et celui des Jeunesses musicales,
d'autre part, ont fait éclore un peu partout des chorales de bonne volonté
qui s'acheminent courageusement vers le grand art en partant de la résurrection des vieilles chansons populaires
de nos provinces. A mentionner encore la Chorale Nadaud de Roubaix laquelle fut longtemps dirigée par Duysbourg,
un chef excellent; le Choral Claudin le Jeune de
Valenciennes, société mixte de plus de deux cents exécutants, fondée par Fernand Lamy
et dirigée actuellement par Raymond Robillard. Des
Chorales universitaires s'organisent dans nos grandes Facultés, cependant quo l'activité des
Chœurs de la Radiodiffusion nationale s'exerce dans tous les domaines: lyrique, symphonique et spirituel. Quelques
grandes villes de province ont suivi ou même donné l'exemple de la discipline chorale: Saint-René
Taillandier dans toute la Provence; Charles Bordes à Montpellier; Mme Ducourau à Saint-Jean-de-Luz;
les Witkowsky à Lyon; les Kunc à Toulouse; Gaston Poulet à Bordeaux; Rhené-Baton et
Mme Le Meignen à Nantes ; René
Moissenet, Joseph Samson et Louis Dumas à Dijon; Eugène et Fritz Munch, les chanoines F-X. Mathias
et Hoch à Strasbourg; Albert Dupré et Beaucamp à Rouen; Mlle Mathey à Reims; Paul Berthier
à Auxerre; Raffat de Bailhac en Avignon, parmi beaucoup d'autres, ont créé ou réorganisé
des associations chorales du plus grand mérite. En
Alsace et en Lorraine, tout comme dans nos départements du Nord, en Belgique et au Luxembourg, chaque cité
industrielle et même chaque bourg à sa chorale, parfois très nombreuse. Il
n'en est pas de même, malheureusement, dans nombre de villes ou bourgades de nos provinces, où il
y a un effort sérieux à accomplir pour remédier à la pénurie incroyable de sociétés
chorales mixtes capables d'assurer une exécution honnête des grandes œuvres vocales anciennes et modernes,
qu'il n'est plus permis d'ignorer chez une nation cultivée. Un
peu moins de subventions aux sociétés sportives, un peu plus d'assistance aux institutions musicales
françaises ! L'origine
des sociétés chorales de Belgique remonte à 1817. Fétis, Gevaert, Radoux, Camille de
Vos, Edgar Tinel, Sylvain et Albert Dupuis, Léon du Bois, Joseph Jongen, Louis de Vocht et Van Nuffel leur
ont donné le plus bel élan. Des associations telles que la Philharmonique ou les
Concerts spirituels de Bruxelles, la Cecilia d'Anvers, les chorales de Liége, de Gand, de Malines,
de Verviers et de Tournai,
peuvent être citées, entre beaucoup d'autres, pour l'exemple admirable qu'elles donnent de la plus
haute probité artistique. En
Hollande, le Palestrinakoor d'Utrecht, le Concertgebouw et la Toonkunst d'Amsterdam,
les sociétés chorales de Groningue, de Delft, de La Haye et
de Rotterdam, comptent parmi les meilleures des Pays-Bas où, en général, comme en Suède,
en Norvège, au Danemark, en Lettonie et en Finlande, les associations musicales ouvrières ou bourgeoises
sont nombreuses et florissantes; il convient de citer la Société de Musique d'Oslo,
fondée par Grieg, d'accord avec Svendsen, en 1870; la société Harmonie
de Bergen qui fut dirigée par Grieg de 1880 à 1882; l'Orfei
Drängar (les
servants d'Orphée), société chorale recrutée parmi les étudiants de l'Université
d'Upsal et dirigée par Hugo Alfven, et le Reitera Koris, grand chœur mixte letton que son chef Théodore
Reiters fit applaudir à Paris, en 1939. En Suisse, le chant collectif est également considéré
comme le moyen expressif idéal de toutes les classes de la société. Ardents
propagateurs du chant choral, Jaques Dalcroze et Ansermet à Genève, Gustave Doret à Vevey,
Volkmar Andreae à Zurich, Paul Sacher à Bâle ont organisé d'excellentes sociétés;
leur exemple est suivi à Fribourg, Berne, La Chaux-de-Fonds, Winterthür, Soleure, Neuchâtel,
Lucerne... L'Italie
qui fut toujours éprise de belles voix et d'harmonie, est une terre d'élection pour le chant. L'Academia
di Canto Corale de
Turin, fondée en 1785, y compte parmi les plus anciennes institutions; les chœurs de Venise, de Florence,
de Milan, de Bologne de
Sienne, l'Academia Philharmonica de Rome, la Societa Polifonica Romana,
fondée et dirigée par Mgr Casimiri, ont acquis une célébrité
méritée; de même en Espagne, l'Orfeo Catala de Barcelone ou encore
l'Orfeon Donostiarra de Saint-Sébastien, ceux de Bilbao, Tarragone, Salamanque et Villa Franqui; et au Portugal,
l'Orfeon da Emissora Nacional et la Sociedade Coral Duarte Lobo de Lisbonne. En
Allemagne, la Singakademie de Berlin, fondée vers 1750 par Fasch, devait servir de modèle aux futures
sociétés chorales mixtes allemandes. Les Liedertafel y correspondent
à notre Orphéon; la première Liedertafel fut fondée à Berlin, en 1808,
par Zelter, l'ami et le conseiller musical
de Gœthe; des sociétés similaires furent ensuite instituées à Francfort et dans les
vingt grandes Universités. En
1939, il y avait en Allemagne quatre mille Liedertafel. La
diffusion prodigieuse de la culture musicale dans les pays germaniques est telle, qu'il faudrait un volume pour
seulement dénombrer les Singakademie, les Ecoles de chant choral et les Chœurs philharmoniques de
grande valeur artistique. Chaque
cité universitaire, chaque ville et même chaque bourgade, est fière d'entretenir une société
chorale généralement importante et toujours florissante. Aix-la-Chapelle
a sa Concordia, Cologne, les chœurs du Gürzenich, Leipzig, ceux du Gewandhaus et de l'église
Saint-Thomas, lesquels n'ont cessé de se développer
en qualité sous la direction des cantors éminents qui ont succédé à Jean-Sébastien
Bach: Frédéric Doles, son élève, que Mozart émerveilla par sa virtuosité
sur l'orgue; puis Adam Hiller, Eberhard Muller, Gottfried Schicht, Théodor Weinling, le maître de
Richard Wagner, Moritz Hauptmann, Frédéric Richter, Wilhelm Rust, Gustave Schreck, Karl Straube et
Gunther Ramin. Munich a son Académie de chant choral, Vienne, l'Union chorale de la Société
des Amis de la Musique, l'A Capella-Chor fondé en 1892 par Eugène Thomas, et le Wiener Staatsopernchor,
association des artistes des chœurs de l'Opéra instituée en 1927 par Franz
Schalk, pour donner des exécutions modèles des œuvres de Palestrina, des cantates de Bach et des
oratorios anciens et modernes, cette association a toujours eu à sa tête des chefs émérites,
tels que Franz Moser, Karl Luze et Ferdinand Grossmann. Salzbourg
a aussi sa Singakdemie fondée en 1850, son Domchor, aujourd'hui dirigé par Joseph Messner; et Linz, sa
Liedertafel dont Bruckner fut le chef en 1860-61 et en 1868. La
Hongrie est également une terre d'élection pour la culture et le développement du chant choral:
à Budapest, sous la direction de Louis Bardos, d'Arthur Admat et Othon Berg, se distinguent les Sociétés
Palestrina, Bach et François Liszt, la Chorale municipale et l'ensemble a capella
Le Madrigal. Dans
les pays tchèques, l'étendue des voix, la qualité des basses et des ténors sont remarquables;
des chorales-modèles comme celles des Instituteurs de Moravie, des Instituteurs et Institutrices de Prague
ont permis à Smetana, Foerster, Suk, Novak et Janacek de concevoir et d'écrire
de véritables symphonies vocales d'un style nouveau. Le
mouvement s'étend en Roumanie sous la direction
de Georges Enesco, et aux pays balkaniques où Belgrade et Sofia possèdent des sociétés chorales remarquables
par la beauté des voix et le soin apporté aux exécutions. En
Grèce, les Sikelianos et le professeur Psachos ont reconstitué le chœur de la tragédie antique
au théâtre de Delphes. La
haute vertu éducative du chant choral est universellement reconnue dans toute la Russie, où l'on
pratique scrupuleusement et depuis des siècles, le culte de la justesse parfaite. Grâce à l'exemple
donné par le groupe fameux des « Cinq » aux études du folklore musical russe,
les jeunes compositeurs aiment recueillir les vieux airs populaires pour les parer d'harmonisations modales et
enrichir ainsi le répertoire choral d'œuvres caractéristiques. Mais
aujourd'hui la culture musicale en U.R.S.S. n'est plus le privilège d'une élite. Un travail considérable
a été accompli pour mettre à la portée de tous l'enseignement et la pratique de l'art
musical; et chaque année nous montre un développement remarquable des sociétés chorales
sur tous les territoires des Républiques nationales. Aussi ne sera-t-on pas étonné d'apprendre
qu'en 1939, il y avait en U.R.S.S. plus de cinquante-cinq mille cercles musicaux groupant plus d'un million de
membres actifs. Bien
longtemps avant l'époque de Purcell et de Haendel, les musiciens de Grande-Bretagne se plaisaient à
organiser des concours et des festivals. Déjà au XVIe siècle, un Puy de musique existait à
Londres, et ses statuts, rédigés en français, étaient en 1320 inscrits dans le Liber
custumarum des marchands de la grande cité. A Londres encore, l'Academy of ancient music,
qui fonctionna de 1710 à 1792, était renommée
pour l'excellence de ses exécutions de musique chorale et instrumentale; le « Festival
des trois chœurs » auquel
prennent part, depuis 1724, les chanteurs des trois cathédrales de Gloucester, Worcester et Hereford est
encore célébré chaque année; à Londres de nouveau, la Royal
Albert Hall Society, le Choeur J.-S. Bach, le Choeur Philharmonique, celui de la
British Broadcasting Corporation (B. B. C.), servent de modèle aux associations chorales
fondées à Oxford, Cambridge,
Manchester, Liverpool, Leeds, Birmingham, Sheffield, et en général dans toutes les villes et même
les villages du Royaume-Uni. C'est
par milliers que se peuvent compter les choristes amateurs (dans le meilleur sens du mot), qui aiment consacrer
à la musique leurs heures de loisir, et se réunissent régulièrement pour chanter les
grandes œuvres, cantates et oratorios classiques et modernes. Les
maîtrises anglaises sont toujours très florissantes et entretenues à grands frais dans toutes
les cathédrales. Il en est de même au Canada où les chorales universitaires cultivent avec
un soin particulier le genre de l'oratorio et le répertoire de la musique a capella. L'Hibernian Catch Club de Dublin, fondé en 1679, rivalise d'ardeur avec la Chorale universitaire de la
capitale de l'Irlande; cependant qu'en Australie, le Choeur Philharmonique, la
Royal Victoria Liedertafel, le Post Office Choir et le Conservatorium
de Melbourne ou l'Université de Sydney, organisent périodiquement de grandes
auditions. Il en est de même des excellentes sociétés chorales d'Adélaïde, de Brisbane
et de Perth. Ce
fut au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle que les musiciens du Nouveau-Monde apprirent
à connaître les grandes Oeuvres chorales de Haendel et de Haydn. Le Collegium Musicam
de Bethlehem, dans l'État de Pensylvanie, fondé en 1744 par un groupe de
Moraves, est probablement la plus ancienne institution musicale des Etats-Unis. Une autre fondation importante,
la Société musicale de Stoughton (Massachussets) organisée en 1768 par William Billings, se distingua dans l'exécution
des oratorios classiques et servit de modèle aux grandes associations qui devaient naître et se développer
aux Etats-Unis au cours du XIXe siècle. Peu
de pays offrent autant de possibilités que les Etats-Unis pour l'éducation chorale. Tous les enfants
des écoles communales apprennent à chanter comme ils apprennent à lire et à écrire,
et doivent savoir lire couramment la musique avant d'aborder les écoles secondaires où ils pourront
chanter dans les chorales ou apprendre le jeu d'un instrument de leur choix. Avant la guerre quatre millions de
jeunes élèves ou d'étudiants jouaient ou chantaient dans les orchestres ou les chorales scolaires. Ce
magnifique résultat est dû aux efforts d'ardents animateurs qui se donnèrent la mission de
propager dans tous les Etats l'enseignement et la pratique de la musique chorale, tels Gottlieb Graupner, un Allemand
immigré qui, en 1815, fonda à Boston la Society Haendel et Haydn, ou
encore Lowell Mason lequel, dans la même ville, introduisit l'enseignement de la
musique à l'école. En même temps, à Cincinnati et à Milwaukee, des compatriotes
de Graupner instituaient des Musikvereine et des Festivals de chanteurs. A Chicago, une
Société de musique sacrée fut organisée en 1842, et dans la
même cité, Frank Lumbard fonda en
1847, une Société Mozart. On doit à Théodore Thomas l'institution des grands festivals
de Worcester (1858) et de Cincinnati (1873). Léopold
Damrosch fonde en 1873 la Société d'oratorio de New-York et ses deux fils Heino et Walter qui lui
succéderont, organiseront à
leur tour de nombreuses sociétés chorales; en 1882, un groupe de Suédois se réunit
pour crier une société chorale à Lindborg (Kansas) et donner
Le Messie et La Passion selon saint Mathieu.
Vers le même temps, des Norvégiens immigrés inaugurent le chœur Saint-Olaf
à Northfield (Minnesota). William
Gilchrist, le fondateur du Mendelssohn Club de Philadelphie, et Walter Henry Hall qui institua, en 1893, la Brooklyn
Oratorio-Society, comptent
également parmi les apôtres les plus zélés du chant choral aux Etats-Unis.
L'Amérique
du Nord possède ainsi d'innombrables et excellentes chorales d'amateurs; les
Glee-Clubs
contribuent activement à la conservation et la diffusion des chants populaires,
cependant que les grandes chorales mixtes se consacrent avec une noble et fervente émulation à l'étude
des chefs-d'œuvre de la musique vocale. Partout, dans les grands centres ouvriers s'organisent de valeureux groupements,
car l'idée corporative exerce une heureuse influence sur la fondation des chorales dans les pays où
cette idée est en progrès. Citons encore le chœur noir de Hall Johnson et celui de la National
Broadcasting Company (radio). Concurremment
avec les Glee-Clubs, les Chorales universitaires de Harvard, Yale, Princeton, Columbia, Cornell, Rochester, etc.,
occupent une place importante dans la vie des Etats et possèdent chacune un répertoire spécial
de chansons harmonisées que les étudiants maintiennent de génération en génération.
On doit ici mentionner l'activité féconde d'Archibald Thompson Davison qui fut élu conductor
du Harvard Glee-Club en 1912, et qui s'est beaucoup dépensé pour la diffusion du chant choral. En
Amérique latine, le chœur le plus important est celui du Théâtre Colomb,
de Buenos-Ayres; cet ensemble mixte, remarquablement dirigé par Raphaël Terragnolo,
se compose de cent cinquante artistes, tous d'origine italienne, et venus se fixer en Argentine à l'époque
où le Théâtre Colomb se trouvait encore aux mains des impresarios. A
Buenos-Ayres existent encore les Chorales Valenti-Costa et Laguna-Onak, cette dernière composée de
réfugiés basques dirigés par le P. Madina; on pourrait encore dénombrer plusieurs chorales
d'amateurs appartenant à la société argentine, et qui aiment à prêter leur concours
aux exécutions des grandes œuvres chorales du répertoire ancien et moderne; toutes, valeureuses formations
artistiques fort appréciées d'Albert Wolff qui a eu souvent l'occasion de les diriger. La
République brésilienne, en dehors des chœurs du Théâtre municipal de Rio de Janeiro,
est fière des festivals monstres qu'organise périodiquement le compositeur Villa-Lobos, animateur
prodigieux, qui arrive à éduquer et faire entendre des chœurs d'enfants de quarante mille voix, qu'il
dirige radiophoniquement de son bureau situé à 15 kilomètres du stade où ont lieu ces
manifestations. Enfin,
en Uruguay, les chœurs du Conservatoire de Montevideo prennent part annuellement à une vingtaine de concerts
sous la direction du maestro Correa-Luna, ancien lauréat du Conservatoire de Paris. Il
est souverainement désirable de reconsidérer partout la question des maîtrises. En France,
en 1884, on ne comptait que six maîtrises subventions nées par l'État: celles des cathédrales
de Reims, Langres, Nevers, Moulins, Rodez et Montpellier. Plus
tard, lorsque les subventions furent supprimées et que beaucoup de maîtrises libres commencèrent
à péricliter ou même à disparaître, il se produisit une crise dans le recrutement
des chanteurs. « L'art du chant traverse une période défavorable à sa prospérité,
écrivait Fauré, en 1886 ; nous mentionnerons d'abord, parmi les causes multiples du déclin
de l'art du chant, l'abandon dans lequel est tombée l'étude de la musique religieuse depuis la disparition
complète des maîtrises. Ces écoles ... étaient, quoiqu'indirectement, d'excellentes
et fertiles pépinières pour nos théâtres d'Opéra. » Il sera permis d'énumérer
ici quelques noms devenus illustres, d'anciens élèves de ces maîtrises qu'il serait si opportun
de rétablir dans leur splendeur passée: Boieldieu, Paladilhe, Théodore Dubois, Dallier, Maurice
Emmanuel, Henri Busser, Louis Aubert, Gabriel Grovlez, Paul Paray, ont figuré respectivement au palmarès
des maîtrises de Montpellier, Reims, Beaune, Toulouse, de la Madeleine et de Saint-Gervais de Paris, de la
Primatiale de Rouen, et tous se sont intéressés à la défense et à l'illustration
du chant choral en France. Rappelons
qu'Anton Bruckner fit ses premières études à la maîtrise de l'abbaye de Saint-Florian,
près de Linz; de même à Vienne, sont sortis de la chapelle de la cour impériale après
Schubert, Hans Richter et Félix Moiti, lesquels devinrent les illustres chefs d'orchestre choisis par Richard
Wagner pour diriger les premières représentations du théâtre de Bayreuth. La Direction musicale de notre Radiodiffusion française
a compris l'importance de ces fondations séculaires en instituant à Paris, en 1945, une chorale d'enfants
dont la direction a été confiée à Robert Planel, Marcel Couraud et Jean Planel; déjà
les Petits Chanteurs de la Radio font naître les plus belles espérances. Cet exposé très sommaire de l'activité
chorale universelle fait bien voir que l'art du chant collectif tire sa substance de la vie sociale, et qu'il est
le seul art véritablement populaire. Il
s'ensuit que l'enseignement musical, partie importante d'une éducation bien comprise, et quand il s'agit
d'une éducation du goût, élément indispensable de formation, doit être donné,
dès le début des études enfantines, par des maîtres pénétrés de
leur devoir de faire de leurs élèves des amateurs éclairés lesquels, toute leur vie,
conserveront le goût artistique puisé dans les leçons de l'école ou du Lycée.
La
musique étant essentiellement un art de choix, avec le niveau musical doit s'élever en même
temps le niveau moral. Organiser
l'étude de la musique, n'est-ce pas, en effet, organiser le culte du beau ? Et lorsque des chanteurs se
réunissent pour faire revivre un chef-d'œuvre, ne communient-ils pas tous dans un même idéal
? « Chorus
est consensio cantantium », a écrit saint Augustin: le chœur représente l'unanimité
des chanteurs,
car le chant collectif désarme les âmes et les déverse les unes dans les autres. «
Celui qui est chagrin et hostile ne chante pas. Ceux qui s'assemblent pour chanter mettent en commun ce qu'ils
ont de meilleur », disait Pierre Lasserre; l'harmonie sociale règne toujours entre les membres d'une
société chorale bien stylée où le respect d'une discipline intérieure, consentie
librement par tous, fonde l'ordre matériel et spirituel en assurant et en maintenant au niveau le plus élevé
la qualité des études.
Et de savoir sur ses cordes élire
Quelle chanson y peut bien accorder
Et quel fredon ne s'y peut encorder.
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