Cette Foire Aux Questions est le résultat d'années
de dialogue fructueux avec les visiteurs de ma page Web consacrée à la sécurité informatique.
C'est une compilation de nos dialogues. Mes remerciements vont aux internautes
qui m'ont confié leurs interrogations et avec qui j'ai eu le plaisir de dialoguer
par delà le réseau. La plupart reconnaîtront leurs questions.
Merci de tenir compte des conditions d'utilisation de ce site.
Si vous ne trouvez pas votre bonheur dans cette FAQ, envoyez-moi
un message. Merci par avance et à bientôt.
Que mettre dans un plan de sensibilisation à
la sécurité?
On me dit parfois: Je dois présenter un plan de sensibilisation
à la sécurité: que puis-je y mettre? Voici quelques pistes.
La sécurité est l'affaire de tous, pas seulement du RSSI (Responsable
de la Sécurité des Systèmes d'Information). Chaque acteur de l'entreprise
est responsable de la sécurité dans son environnement de travail
et l'entreprise attend de lui qu'il manipule l'outil informatique de la manière la
plus appropriée. Un programme de sensibilisation apprend à
chacun quelle est sa responsabilité en matière de sécurité.
Le responsable de la sécurité informatique est le maître
d'œuvre du programme de sensibilisation. Il a plusieurs outils à
sa disposition:
Faire sa publicité
C'est la façon la plus classique et la plus facile de
travailler. Du matériel est rendu accessible à tous ceux qui,
de près ou de loin, utilisent l'informatique dans l'entreprise. Des
sociétés de conseil ou de formation peuvent fournir ce matériel.
Vade-mecum
Le vade-mecum peut contenir les «dix commandements
de la sécurité», par exemple:
Tu ne révèleras ton mot de passe à personne, et surtout
pas au téléphone
Tu n'ouvriras pas de pièces jointes suspectes dans ta messagerie
Tu protègeras ton économiseur d'écran par un mot de passe, etc.
Affiches,
calendriers
Une affiche avec un message simple («avez-vous
sauvegardé vos fichiers cette semaine?») et qui est renouvelée
régulièrement est un outil simple et efficace.
Intranet
Pour un contenu plus élaboré, quelques pages
dans l'Intranet de l'entreprise sont le meilleur véhicule.
Pour faciliter l'accès aux pages sur la sécurité, introduire
dans la page d'accueil de l'Intranet un lien qui référence ces pages.
Conférences et ateliers
Plus difficiles à réaliser et plus coûteux
en temps, les conférences et ateliers de sensibilisation sont plus
efficaces parce qu'ils sont interactifs.
Quelques heures suffisent pour faire le tour de la question. Voici
quelques domaines à aborder:
La sécurité dans la vie de tous les jours: utiliser
et gérer ses mots de passe, sauvegarder ses fichiers, détruire
les documents imprimés confidentiels…
Comment réagir: aux incidents (virus, intrusions…), aux pannes,
au «social engineering»
Ce qui est permis, ce qui est interdit: installation de logiciels
sur les ordinateurs, politique d'usage de l'Internet et du courriel.
Pour contrôler l'efficacité de la conférence, prévoyez
un questionnaire de fin de session, avec distribution d'un certificat de
réussite. Important: les conférences sont aussi destinées
aux nouveaux engagés qui doivent les suivre dès le premier
jour afin d'acquérir d'emblée les bons réflexes.
Quels sont les enjeux et les objectifs de la sécurité
informatique?
Enjeux de la sécurité informatique
Comme toute activité de l'entreprise, l'informatique
contribue à ses objectifs généraux:
Amélioration de la compétitivité de l'entreprise et
recherche d'avantages compétitifs durables,
Respect des lois, règlements et obligations contractuelles auxquels
l'entreprise est soumise.
Pour maintenir son avantage compétitif de manière durable,
l'entreprise doit assurer la disponibilité constante de tous
ses outils, et particulièrement de son outil informatique dont elle
est de plus en plus dépendante. L'entreprise doit aussi assurer
l'intégrité de l'information qu'elle a stockée
dans son système informatique. Enfin, elle doit préserver
la confidentialité de cette information. Tel est l'enjeu,
qui a pris une importance croissante depuis de plus en plus d'opérations
naguère manuelles sont informatisées, depuis que les réseaux
d'entreprise permettent de distribuer l'informatique dans toute l'organisation
et depuis que ce réseau s'ouvre sur l'extérieur.
Objectifs de la sécurité informatique
Pour atteindre le niveau de sûreté requis,
la sécurité informatique se fixe l'objectif suivant:
Protéger les actifs informatiques de l'entreprise
contre les risques et ce, d'une manière qui est adaptée à
l'entreprise, à son environnement et à l'état de son
outil informatique
Chaque aspect de cet objectif est couvert par une activité spécifique:
Objectif:
Ce qui implique que le
responsable de sécurité se charge des activités de:
Protéger…
Conception, mise en œuvre,
et maintenance des contre-mesures de sécurité
…les actifs informatiques de l'entreprise…
Identification des actifs
informatiques (information, applications, systèmes, ressources humaines).
Détermination de la valeur des actifs:
pour l'entreprise, et
pour les intrus potentiels
…contre les risques…
Identification des risques,
ce qui implique l'identification des actifs vulnérables sur lesquels
pèsent des menaces significatives
…et ce, d'une manière qui est
adaptée à l'entreprise,…
Détermination du niveau
de criticalité des différents actifs informatiques. Détermination
du meilleur équilibre entre risques et coût de protection
…à son environnement…
Identification des menaces:
internes et externes,
d'origine accidentelle ou intentionnelle
…et à l'état de son
outil informatique.
Identification des vulnérabilités
des actifs informatiques
Activités
Les activités qui couvrent l'objectif de sécurité
ne peuvent pas être réalisées dans l'ordre qui est montré
plus haut. Par exemple, l'analyse de risques doit suivre l'identification des
menaces et des vulnérabilités. Dans le tableau ci-dessous, les
activités sont réalisées de haut en bas:
Identification des actifs
Identification des menaces
Détermination de la valeur des actifs
Identification des vulnérabilités
Identification des
risques
Détermination du niveau de
criticalité des actifs
Conception, mise en œuvre et maintenance
des contre-mesures
Les contre-mesures de sécurité sont donc l'étape ultime
du processus. Elles sont le résultat d'une série d'analyses
préliminaires qui garantissent que les contre-mesures s'attaquent
aux risques les plus importants.
Comment aborder la sécurité informatique?
Où trouver des documents, des dossiers?
Souvent on me dit «Je suis un administrateur
système (ou un étudiant, ou…) et la sécurité
informatique m'intéresse. Par où commencer? Quels sont
les outils, les normes?» Parfois on me demande s'il faut d'abord
devenir un pirate.
La Toile regorge de sources, par exemple:
Une source d'information de qualité est le bulletin Sécurité
Informatique édité par le CNRS. En anglais, essayez
SANS. Deux autres
bons sites: InfoSecWriters
(anciennement The Security Writers Guild) et SecurityFocus.
Pour un glossaire: voyez le
Hacking
Lexicon de Robert Graham, très instructif.
Pour des statistiques de sinistralité informatique en France, visiter
le CLUSIF (suivez le lien «sinistralité»
sur la page d'accueil).
Pour une bonne liste en français, visiter le site de Sécurité.org.
Voir aussi les sites e-securIT (cliquez
sur «Liens») ou IsecureLabs
D'autres idées:
Abonnez-vous à une liste de diffusion. Celle de l'Observatoire
de la Sécurité des Systèmes d'Information et des Réseaux
est très bonne, voyez le site de l'OSSIR.
Pensez aux newsgroups: fr.misc.cryptologie
ou fr.comp.securite
Évitez d'être un pirate pour commencer. Non,
les anciens braconniers ne font pas les meilleurs garde-chasse. Ne
jouez pas au pirate, cela ruinerait votre crédibilité.
Ne confondez pas pirates et hackers. Pour ceux que les hackers
attirent, Secuser
propose la traduction en français de l'article de Eric Steven Raymond,
«Comment devenir un hacker»
Essayez les sujets à la mode, par exemple:
Les infrastructures de clefs publiques (en anglais PKI, Public
Key Infrastructures). La Toile contient de nombreuses références
à ce sujet. Visitez entre autres le site de RSA
ou The PKI page. Pour
un document en français, voyez la DCSSI,
ainsi que la FAQ
sur la signature.
La continuité des systèmes informatiques, les plans de reprise,
etc. Visitez le site du Disaster Recovery
Journal pour vous faire une idée.
Une démarche d'analyse de la sécurité informatique
À ceux qui doivent réaliser une étude
de sécurité informatique dans une entreprise, sans y être
réellement préparés, je devrais donner ici tout un
cours de sécurité, ce qui est impossible. Voici donc
une démarche. Dans une étude de sécurité,
avant de penser à des techniques de sécurité informatique,
il faut déterminer ce qui mérite d'être protégé
et contre quoi. On peut résumer cette démarche en 3
mots: actifs, risques, contre-mesures:
Actifs:
On se demande d'abord quelles fonctions informatiques sont vraiment
indispensables pour que l'entreprise puisse remplir la mission qu'elle s'est
assignée. En d'autres termes, quels sont les équipements, les
applications, le personnel informatique dont l'entreprise ne peut pas se passer?
A priori, tous les actifs informatiques semblent importants. Toutefois,
un examen attentif permet de classer les équipements, applications
et membres du personnel dans une hiérarchie des besoins: ce dont
on a absolument besoin pour faire fonctionner l'entreprise, ce dont on
peut se passer pendant un jour, deux jours, une semaine, etc.
Risques:
Le risque résulte de la combinaison de menaces
et de vulnérabilités. Ici, on privilégie les
menaces probables (on ne s'attarde pas sur les menaces d'inondation quand
on habite au sommet d'une montagne, même si nul n'est à l'abri
d'un déluge), ainsi que les vulnérabilités les plus
pertinentes (la vulnérabilité d'un actif non critique est
moins pertinente que celle d'un actif essentiel):
O
Menaces: la menace majeure vient-elle de l'extérieur
de l'entreprise ou de l'intérieur? (attention: ¾ de la sinistralité
informatique résulte d'attaques de l'intérieur!). Vient-elle
d'interventions humaines (fraude, vol, sabotage, grève…) ou de phénomènes
«naturels» (inondation, incendie…)?
O
Vulnérabilités: sont-elles liées à
des faiblesses de l'organisation du service informatique ou de l'entreprise
en général? Sont-elles liées aux techniques
informatiques utilisées (trop faibles, obsolètes…)?
Quels sont les actifs critiques qui sont les plus faibles?
Contre- mesures:
À ce stade, on sait quels sont les vrais risques
qui pèsent sur les actifs les plus importants. On sait par
où commencer, quoi protéger et contre quoi. Les contre-mesures
de sécurité découlent naturellement. Ici —et
seulement ici— on entre dans la technique!
Une identification des actifs critiques et une étude de risques ont
peut-être déjà été réalisées dans
l'entreprise qui vous charge de sa sécurité. Procurez-vous ces
études et partez de là.
En ce qui concerne les normes et les outils, au risque d'en décevoir
beaucoup, je dirai que le meilleur outil est le bon sens, doublé
d'une bonne connaissance du fonctionnement de l'entreprise.
Quelles études sont à conseiller dans
le domaine de la sécurité informatique?
Nombreux sont ceux qui désirent se spécialiser
dans la sécurité informatique. Des formations spécifiques
dans le domaine de la sécurité informatique apparaissent
petit à petit en France et en Belgique. On peut citer:
Les formations destinées aux administrations publiques françaises et organisées
par la DCSSI (nouveau nom du SCSSI)
Des DESS un peu partout en France, à l'ENST
qui propose un Mastère en sécurité, à
l'ENST
Bretagne, etc.
En Belgique, le programme Infosafe, qui est un cycle complet dédié
à la gestion de la sécurité. Si la cryptographie vous intéresse, le
groupe de cryptographie de l'UCL.
Si vous voulez vous expatrier, les possibilités sont nombreuses
au Royaume-Uni et aux États-Unis. Par exemple, l'université
Carnegie Mellon est renommée car elle abrite le CERT. Le Royal
Holloway College de l'université de Londres est souvent cité.
Si vous êtes encore aux études, vous pouvez orienter votre
spécialisation. Par exemple, préparez votre prochain
stage en entreprise en essayant de l'orienter vers la sécurité
informatique. Par exemple, visez les banques qui sont grosses
consommatrices de sécurité.
Les méthodes de sécurité informatique:
Mehari, Marion, Melisa, INCAS, CRAMM, ISO 27001…
Les méthodes du CLUSIF: INCAS, MARION et MEHARI
INCAS (Intégration dans la Conception des Applications
de la Sécurité) est une méthodologie de développement
d'applications sécurisées. INCAS prend en compte les
besoins de sécurité autant que les besoins fonctionnels dans
un développement informatique. Suivant INCAS, les données
stratégiques sont classifiées objectivement en fonction de
l'impact qu'aurait un sinistre sur la Disponibilité, l'Intégrité
ou la Confidentialité (retenez: DIC) de ces données.
Rien de révolutionnaire, semble-t-il. INCAS est la propriété
du CLUSIF.
MARION est une méthode d'analyse de risques qui prend en compte les
aspects tant organisationnels que techniques de la sécurité
informatique. MARION permet de réaliser un audit de sécurité
qui débouche sur une évaluation des niveaux de risque dans une
série de domaines: organisation générale, sécurité
physique, sécurité logique, sécurité applicative,
etc. Cette évaluation permet ensuite de sélectionner les
mesures de sécurité qui «bouchent les trous» de
manière optimale, c'est-à-dire, qui égalisent les niveaux
de risque dans les divers domaines à un niveau homogène et acceptable.
Le CLUSIF a cessé tout nouveau développement de MARION
et a lancé une nouvelle méthode: MEHARI. MEHARI va
plus loin que l'analyse de risques puisqu'elle englobe le développement
complet du plan de sécurité. Il y a un bon résumé
sur le site du CLUSIF; on peut
acheter les manuels qui décrivent la méthode.
MELISA
MELISA est une méthode d'analyse de vulnérabilités
qui fut mise au point par la DGA (Direction Générale des
Armements) et qui a été reprise par la société
CF6. Il s'agit d'une méthode relativement lourde (qui s'applique
donc à des grosses entreprises) qui part d'un thesaurus de questions.
CF6 en a fait son cheval de bataille pendant des années, mais il semble
que cette méthode soit aujourd'hui délaissée par CF6:
on ne trouve en effet plus guère de trace de Melisa dans le discours
commercial de CF6, qui a été rachetée par Telindus.
ISO/IEC 27002
La norme ISO/IEC 27002 fournit une série de «bonnes
pratiques» en matière de sécurité. Les bonnes pratiques
(«Business Best Practices») permettent à l'entreprise de
réagir efficacement et rapidement à toute circonstance sans devoir
ré-inventer la roue. Avec l'apparition de l'Internet et de l'e-business,
les impératifs d'efficacité et de rapidité sont accrus et
l'application de bonnes pratiques est devenue essentielle à la
compétitivité de l'entreprise, donc à sa survie.
En plus des impératifs internes d'efficacité et de rapidité, les bonnes
pratiques répondent à des impératifs externes. Une entreprise qui
cherche un partenaire doit avoir une assurance raisonnable de la fiabilité du partenaire
potentiel. Cela est particulièrement vrai quand le partenaire potentiel est
éloigné, ce qui interdit le contact direct.
D'où la nécessité d'avoir des certificats
de bonne pratique qui soient délivrés par une autorité
reconnue et qui permettent de s'assurer rapidement que le partenaire potentiel
a des pratiques adaptées au métier, qu'elles sont efficaces
et qu'elles sont appliquées effectivement. Ce schéma existe
dans le domaine de la qualité avec les certifications ISO9000. La
norme anglaise BS7799 (dont découle ISO/IEC 27002) a initié une
démarche similaire dans le domaine de la sécurité informatique:
une entreprise qui a la certification BS7799 a été auditée et
a été reconnue capable de faire du commerce électronique en
toute sécurité avec ses partenaires commerciaux.
BS7799 a deux parties: BS7799-1 explique le «quoi» et BS7799-2
explique le «comment». BS7799-1 a donné la norme internationale
ISO/IEC 27002, et BS7799-2 a donné ISO/IEC 27001:
ISO/IEC 27002 énumère 10 domaines où le contrôle
peut s'exercer. ISO/IEC 27002 peut être vu comme une table des matières
très détaillée qui permet de ne rien oublier quand
on rédige sa politique de sécurité ou quand on sélectionne
des contre-mesures. Un résumé est disponible par Fred
Cohen & Associates ou sur le site de Dunelm
Systems. ISO/IEC 27002 est un squelette qu'il faut remplir avec des
contre-mesures qui sont spécifiques à l'entreprise et qu'on
justifie par des exigences «métier». Vous ne trouverez
pas de modèle tout fait de politique de sécurité dans ISO/IEC 27002.
ISO/IEC 27001 explique comment appliquer ISO/IEC 27002. Voir le site de Gamma
pour une explication. ISO/IEC 27001 impose une analyse de risque en préalable
à toute sélection de contre-mesure de sécurité.
En effet, toute contre-mesure doit avoir une justification formelle (comprenez
: écrite et argumentée) à partir de risques identifiés.
ISO/IEC 27001 prévoit la création d'un ISMS («Information
Security Management System») qui —comme son nom l'indique—
est un outil de gestion de la sécurité. L'ISMS assure que
la sécurité de l'information est correctement protégée.
Ici non plus, il n'y a pas de modèle imposé. La seule
exigence est que les documents qui constituent l'ISMS puissent être
«audités» dans le cadre d'une certification.
ISO/IEC 27001
décrit le développement de l'ISMS comme un processus, à la
manière de la norme ISO 9000 qui décrit le processus qualité.
ISO/IEC 27001, comme ISO 9000 se fondent sur le modèle classique
«Plan— Do— Check— Act» (PDCA) qu'on pourrait traduire
par «Planifier— Implanter— Surveiller— Améliorer»
(PISA). Ce modèle n'est rien d'autre qu'un rappel que la sécurité
est un processus itératif qui inclut successivement la préparation et la
planification de l'ISMS (P), la mise en œuvre/ implantation de la
sécurité (I), la surveillance (S) et —enfin—
l'amélioration et la maintenance de la mise en œuvre (A). De
plus, ISO/IEC 27001 reflète les principes des lignes
directrices de l'OCDE régissant la sécurité des systèmes
et réseaux d'information.
La certification BS7799 vérifie que l'ISMS prévu dans
ISO/IEC 27002 rencontre bien les besoins de sécurité de l'entreprise.
Cette certification est réalisée par un auditeur accrédité.
L'auditeur vérifie, sur base de l'ISMS, que la sélection de contre-mesures est
appropriée et qu'elle a été documentée à la suite d'une
analyse de risques formelle; il vérifie aussi que les contre-mesures
ont été mises en œuvre correctement et complètement.
C'est à l'auditeur de juger de la validité de l'application
de la norme et du bien-fondé des contre-mesures. Son jugement
est essentiel et la norme ne fournit pas de règle à ce sujet.
CRAMM est une méthode de gestion du risque imposée
par le gouvernement britannique. C'est lourd, exhaustif (plus de
3000 points de contrôle) et donc adapté à de grosses
entreprises uniquement (il y a 550 clients dans le monde).
Suite à la création de la version 2002
de BS7799-2 (voir plus haut), Insight
Consulting a créé une nouvelle version (CRAMM Version
5) qui vise également à la certification BS7799.
Les certifications de sécurité (CISA,
CISSP…), comment les obtenir?
De plus en plus de visiteurs s'intéressent aux
certifications de sécurité. On me demande quelle est
la meilleure préparation aux examens CISA et CISSP.
Les certifications de sécurité
Des certifications professionnelles ont été
créées dans différents domaines de l'informatique.
La certification est un moyen pour un professionnel de valider ses connaissances
et de prouver qu'elles sont complètes et à jour. Il faut passer
un examen, généralement un questionnaire à choix multiples.
Les certifications de sécurité sont des certifications de constructeurs,
des certifications «indépendantes» ou des certifications d'entreprises
de formation, par exemple
LearningTree.
Ces dernières sont plus rares.
Certifications de constructeurs
Ces certifications portent sur des produits
(logiciels et matériels) et sont organisées par les constructeurs
à l'intention de leurs distributeurs. Elles valident une connaissance
d'un produit, de ses caractéristiques, de la manière de l'installer,
de le configurer, de l'administrer, etc. La plupart des constructeurs
de produits de sécurité organisent ces certifications, par
exemple Cisco,
CheckPoint
ou RSA.
Certifications indépendantes
Les certifications indépendantes sont organisées
par des organismes indépendants des constructeurs et ne sont donc
rattachées à aucun produit commercial. Les dernières
années ont vu la création d'une multitude de certifications:
Pour les gestionnaires de sécurité, la certification
CISM organisée par l'ISACA.
Pour tous les professionnels de la sécurité, la certification
CISSP organisée par l'ISC²,
qui est, à ma connaissance, la plus complète. Le certifié
CISSP doit maîtriser les «domaines de connaissances»
définis par l'ISC², qui couvrent tous les domaines de la sécurité,
y compris la sécurité physique, les plans de reprise, etc.
Certains résument la certification CISSP en disant que les domaines
de connaissances on «un kilomètre de large et un centimètre
de profondeur». C'est un peu exagéré pour la
profondeur: la certification CISSP s'adresse à des gestionnaires
et à des généralistes de la sécurité,
pas à des techniciens. CISSP existe depuis 1992, ce qui en
fait probablement la plus ancienne certification généraliste
de sécurité. La certification SSCP, de création
plus récente et au contenu plus pratique que celui de CISSP, est
aussi organisée par l'ISC²
Pour les auditeurs IT, la certification CISA organisée par
l'ISACA. Fin 2003, l'ISACA annonçait
que 33000 certificats CISA avaient été décernés
depuis sa création en 1978
Pour les professionnels de la continuité des opérations
et des plans de reprise, DRI International
a différentes certifications: ABCP (associate, pas d'expérience
exigée), CBCP (certified, 2 ans d'expérience) et MBCP
(master, il y en a 50 dans le monde, actuellement tous nord-américains).
Ces certifications demandent des connaissances diversifiées. Pour avoir accès
à la plupart des certifications, il faut une expérience préalable dans le
domaine couvert. La certification n'est pas acquise pour toujours: après la
certification, il y a une exigence de formation continue (CPE - Continuing Professional
Education) et celui qui n'atteint pas le minimum requis perd sa certification et doit
repasser l'examen. On peut aussi gagner des crédits CPE en donnant des
conférences et des cours ou en écrivant des articles.
Il faut aussi citer les certifications GIAC
organisées par le SANS Institute,
qui s'adressent de préférence à des praticiens de
la sécurité (administrateurs système ou réseau,
etc.), mais dont certaines peuvent convenir à des gestionnaires
de sécurité en début de carrière:
Il n'y pas d'expérience préalable exigée
Il n'y a pas d'exigence de formation continue, mais il faut se re-certifier
régulièrement
Il s'agit d'un ensemble de modules qui, chacun, couvre un domaine restreint. On
peut être certifié pour un module isolé. On n'est donc pas
obligé de passer tous les examens pour être certifié
Il faut produire un travail original en plus de la réussite de l'examen.
Cela en vaut-il la peine?
Les certifications apportent-elles un avantage qui justifie
les importants efforts en argent et en temps que cela implique? (en ce
qui concerne l'argent, il y a des droits d'inscription pour l'examen, non
récupérables en cas d'échec, et une cotisation annuelle
ensuite). On me demande parfois si cela permet de trouver un emploi:
la réponse est: non, ce n'est pas un sésame, c'est une référence
qui aide le recruteur. Pour évaluer rapidement l'expérience
d'un candidat et appliquer un premier filtre, le recruteur peut d'abord
vérifier s'il est certifié: c'est plus rapide que d'explorer
tout son CV. Mais la certification est un argument parmi d'autres
et ce n'est pas suffisant. L'expérience reste le premier critère.
Les certifications de constructeurs offrent des avantages immédiats, tels que:
l'accès à des forums de discussion ou à des informations techniques
au travers de sites réservés, des abonnements à prix réduit,
voire gratuits, à des magazines spécialisés, ou la mise à
disposition de versions «bêta».
En ce qui concerne les certifications indépendantes, même
si les certifications CISA et CISSP sont reconnues, même si leur
nombre s'accroît sans cesse (presque 100% de croissance entre 2001
et 2002 pour les certifiés CISSP), les offres d'emploi qui exigent
une certification CISSP ou CISA commencent seulement à apparaître
en Belgique et en France. Ceci dit, cela en vaut la peine: si vous
êtes déjà actif dans une des professions couvertes
par les certifications indépendantes, ces certifications vous permettent
de faire le point de vos connaissances et de les consolider. De plus,
certaines certifications indépendantes vous ouvrent à des
activités organisées localement. Par exemple, l'ISACA
a 160 chapitres
nationaux qui organisent des conférences et qui sont un précieux lieu de contact.
Comment se préparer?
Vous trouverez des informations utiles dans les sites
dédiés à la certification comme CertMag.
D'autres sites: CertCities, CramSession
et GoCertify.
Je ne peux parler que des certifications que j'ai passées, CISA, CISSP et
ABCP. La meilleure préparation vient de la pratique professionnelle:
si vous avez dix ans d'expérience dans le domaine de la certification que
vous visez, l'examen est conçu de telle sorte que votre préparation
peut se réduire au minimum. La majorité des candidats ont moins de
dix ans d'expérience et ils doivent consentir un effort important d'étude,
une ou deux heures par jour pendant plusieurs mois. Les candidats aux certifications
les plus courantes ont beaucoup de matériel à leur disposition
pour se préparer:
CISA
L'ISACA vend des manuels de préparation
(suivre le lien "Publications"). Il y a aussi des exercices qui sont des listes
de questions et qui sont un bon reflet du niveau de difficulté de
l'examen. Un conseil: procurez-vous ces exercices afin de vous familiariser
avec le style des questions. Les questions sont parfois difficiles
à comprendre et le choix de la bonne réponse dépend
de nuances difficiles à déceler immédiatement.
Un bon entraînement est la meilleure des préparations.
La langue est aussi un obstacle. On peut passer l'examen CISA
en anglais qui est la langue d'origine, ce qui évite tout problème
de traduction. On peut aussi le passer en français: pour éviter
les problèmes, consultez le
glossaire
anglais-français de l'ISACA.
L'ISACA organise des sessions de préparation qui sont un bon complément.
Attention: ces sessions comprennent des exercices qui sont généralement
trop faciles et qui procurent un faux sentiment de confiance.
CISSP
Les manuels et les exercices sont nombreux et une recherche sur la Toile
vous donnera une multitude de références. Celles que
je préfère sont:
Les exercices de Boson sont très
bons. C'est un excellent investissement. Vous pouvez
télécharger une version d'évaluation gratuite.
La société Transcender édite le logiciel ProductSecurityProCert 1.0 qui est une simulation d'un examen CISSP avec chronomètre intégré. On peut télécharger une version d'essai.
Le site cccure contient plein de bons
documents, des références de livres ainsi que des exercices.
Qu'est-ce que le Buffer Overflow?
Sébastien me dit: je recherche des infos sur
le buffer overflow. Voici une explication.
Les exploits
Les exploits buffer overflow («débordement
de tampon») exploitent la méthode d'allocation de mémoire
des variables locales dans les routines codées en C. Les variables
locales sont stockées dans la pile (le stack) et la quantité
de mémoire qui y est réservée (le tampon ou buffer)
est fixe. Si la variable est plus longue que le tampon, elle écrase
ce qui se trouve derrière dans la pile. Or, dans ce qui se
trouve derrière, il y a des adresses de retour de routines qui n'ont
pas encore rendu le contrôle au programme qui les a appelées.
L'attaque consiste à envoyer à un logiciel une requête
ou un paquet plus long que ce qu'il attend. Si une des routines qui
traite cette requête la stocke dans la pile sans vérifier
la longueur, cette routine écrase une partie de la pile. Tout
l'art est d'écraser une adresse de retour avec une adresse de code
bien choisie, de manière qu'un retour ultérieur de routine
branche le programme vers du code qui (dans le meilleur des cas) le plantera
ou qui (quand l'exploit est bien conçu) permettra à l'attaquant
de prendre le contrôle du système en root. Sous
Unix, il est facile de lancer un shell à partir d'un programme;
l'attaquant se trouve branché sur le shell avec les mêmes
privilèges que le programme qu'il a attaqué, ce qui lui permet
d'aller plus loin dans son attaque, par exemple, en installant un code
malicieux dans la machine cible. Le buffer overflow est donc un véhicule
efficace des virus et les chevaux de Troie.
Comment est-ce possible?
On peut être surpris que tant d'attaques aient
pu exploiter une erreur de programmation aussi grossière.
Le programmeur débutant sait qu'avant de stocker de l'information
en mémoire, il doit en vérifier la longueur ou utiliser les
fonctions C qui font cette vérification pour lui.
L'origine du problème est le sacro-saint time-to-market: il vaut mieux
être le premier sur le marché en offrant des produits mal ficelés
que d'être le second avec le meilleur produit du monde (qui connaît encore
le nom du deuxième aviateur qui a traversé l'Atlantique?) La conséquence
est que les logiciels sont bâclés, les programmeurs oublient les
critères de qualité les plus élémentaires et ils ne
vérifient ni la longueur, ni le contenu de l'information que le logiciel
reçoit de l'extérieur. Les versions bêta n'aident pas,
puisqu'elles permettent de découvrir des erreurs fonctionnelles, pas des
défauts de sécurité ou de qualité du logiciel.
La quasi totalité des logiciels du marché ont été la
victime de multiples exploits et Microsoft est en première ligne sur ce
terrain. Ces exploits obligent les vendeurs de logiciels à émettre
des correctifs (patches) à une cadence accélérée,
d'où une surcharge de travail que peu d'utilisateurs se permettent. Les
logiciels Open Source devraient être moins sujets à de telles
attaques, puisqu'ils ne sont pas soumis à la loi du time-to-market.
De plus, les programmeurs Open Source sont généralement connus et
tiennent à leur réputation de qualité, alors que les programmeurs
de logiciels commerciaux sont anonymes. Pourtant, les exploits buffer
overflow ont frappé Linux avant de s'attaquer à Windows.
Une attaque buffer overflow peut être difficile à réaliser,
surtout sous Windows, mais les hackers ne sont pas chiens: dès que l'un d'eux
a programmé une attaque, il s'empresse de passer son programme à ses petits
camarades afin qu'ils puissent jouer aussi.
Alors, comment se protéger?
Pour se protéger, on peut s'armer de mesures
de prévention ou de détection:
La meilleure prévention consisterait à éviter d'utiliser
des logiciels écrits en C ou en C++, puisque ces langages n'exercent
aucun contrôle sur la longueur des variables. C'est irréaliste
pour des progiciels, mais pensez-y pour vos développements propres.
D'autres mesures de prévention: mobilisez les ressources suffisantes
afin d'être sûr d'appliquer les correctifs (patches) des
constructeurs dès qu'ils les publient; utilisez des services d'évaluation
de vos vulnérabilités (Vulnerability Assessment)
En ce qui concerne la détection, pensez à des systèmes
de détection d'intrusion et mobilisez les ressources nécessaires
à l'interprétation des alarmes que ces systèmes génèrent.
Il faut noter qu'Intel offre la fonction Execute
Disable Bit sur ses processeurs Itanium (et successeurs).
Cette fonction permet d'interdire l'exécution de code dans des pages
de mémoire. Grâce à cette fonction, l'Operating
System peut marquer la pile comme «no execute» (NX),
ce qui rend inopérantes les attaques les plus dangereuses.
L'Operating System doit donc supporter cette fonction pour qu'elle soit
active (Windows XP SP 2 la supporte).
Les attaques anniversaires, comment ça marche?
Les explications qu'on trouve sur la Toile au sujet
des attaques qui se fondent sur le paradoxe des anniversaires sont
souvent incomplètes, voire inexactes. Voici une tentative
de description de quelques types d'attaques et de ce que le paradoxe des
anniversaires peut apporter.
Attaques exhaustives (brute-force attacks)
Une attaque exhaustive consiste à découvrir
un secret en essayant toutes les valeurs possibles de ce secret.
Par exemple, une attaque exhaustive pour découvrir un mot de passe
essaie toutes les combinaisons de lettres (A, B, C…Z, puis AA, AB, AC…)
jusqu'à ce qu'une soit acceptée.
Si vous avez perdu le mot de passe d'une feuille de calcul, un programme
de recherche exhaustive de mots de passe vous dépannera: il y en
a de nombreux sur la Toile. La recherche peut être longue,
mais le programme découvrira le mot de passe à coup sûr.
Attaques par dictionnaire (dictionary attacks)
La recherche de mots de passe peut être considérablement
accélérée en essayant des mots de passe extraits du
dictionnaire. En effet, les utilisateurs choisissent souvent des mots du
dictionnaire ou des combinaisons courantes comme, par exemple: «azerty».
Beaucoup choisissent des substitutions comme «@zerty» ou des inversions comme
«ytreza»; d'autres choisissent des noms d'artistes connus ou d'animaux
familiers. Les programmes de recherche de mots de passe connaissent ces habitudes
et les exploitent. Ils tentent d'abord une recherche par dictionnaire qui prend
quelques secondes, puis, en cas d'échec, lancent une attaque exhaustive.
Attaques anniversaire (birthday attacks)
Le paradoxe des anniversaires est à la base d'attaques
plus rapides que la simple attaque exhaustive.
Le paradoxe des anniversaires
Supposons une population d'entités (personnes, messages…). Supposons
qu'on attribue un numéro à chaque entité (une date de naissance,
le résultat d'un algorithme de «hash»…). Supposons enfin
que les numéros attribués vont de 1 à N. Pour un petit nombre
d'entités, il y a peu de chances que deux entités aient le même
numéro; la probabilité augmente à mesure qu'on ajoute des
entités et atteint 1 quand il y a N entités. La question est :
combien faut-il d'entités pour avoir 50% de chances que deux entités aient
le même numéro?
Par exemple, combien de personnes faut-il assembler pour qu'il y ait
50% de chances que deux d'entre elles aient la même date d'anniversaire?
À première vue, on est tenté de répondre 183,
la moitié de 365. En réalité, ce nombre est
plus petit. Pour le calculer, on raisonne comme suit (supposons que
personne n'est né un 29 février):
Quand il y a deux personnes, la probabilité qu'elles n'aient pas
la même date d'anniversaire est:
Quand il y a trois personnes, la probabilité est:
Plus généralement, la probabilité que deux personnes
n'aient pas la même date d'anniversaire est:
Par conséquent, la probabilité que deux personnes aient la
même date d'anniversaire est:
Pour 22 personnes, ce calcul donne une probabilité de 47% et, pour
23 personnes, 51%. Il ne faut donc pas plus de 23 personnes pour
avoir 50% de chances d'une «collision» de dates d'anniversaire.
Le calcul est fastidieux et il y a moyen de le simplifier. En
effet, on démontre que, quand N tend vers l'infini, M tend vers:
Cette formule donne un résultat presque correct quand N vaut 365 (24 au
lieu de 23). Plus N est grand, plus le résultat est correct.
Exemple d'utilisation: comment imiter une signature
Bob envoie des ordres de payement à sa banque via des courriels.
Il ne chiffre pas ses messages, mais il les signe. Bob produit la
signature en calculant un condensat («hash») du message et
en le chiffrant avec sa clef secrète. Supposons que le condensat
a 16 bits: il y a donc 65536 condensats possibles.
Alice intercepte les messages de Bob et modifie le nom du bénéficiaire
afin de détourner les ordres à son profit. Or, dès
qu'on modifie le message, la signature n'est plus valide; Alice n'a pas
la clef secrète qui permet de la recalculer. Comment Alice
doit-elle procéder pour que la signature reste valide? Il
y a deux méthodes: une efficace et une autre qui ne l'est pas.
La méthode inefficace: Après avoir modifié
le message de Bob, Alice crée une série de variantes qui
modifient le message sans en altérer l'apparence. Par exemple,
elle ajoute des caractères non imprimables dans le texte ou des
espaces en fin de ligne. Alice calcule le condensat de chacune des
variantes jusqu'à ce qu'elle en trouve une dont le condensat est
égal à celui du message original de Bob. Alice peut
envoyer cette variante avec la signature de Bob, elle sait que la signature
qui était valide pour le message de Bob l'est aussi pour cette variante.
La méthode efficace: Ici, Alice doit pouvoir intercepter
plusieurs messages de Bob. Alice modifie tous ces messages.
Par exemple, Alice intercepte 160 messages de Bob et elle les modifie.
Alice a donc 320 messages, dont 160 originaux et 160 modifiés; elle
calcule le condensat de chaque message. Elle a 50% de chances que
deux messages aient le même condensat. Avec un peu de veine,
un de ces deux messages est un original et l'autre un modifié: Alice
peut envoyer le message modifié avec la signature de l'original,
ce message sera accepté par la banque.
Avec la première méthode, Alice doit créer plus de
32000 variantes pour avoir 50% de chance de succès. Avec la
deuxième, pour avoir les mêmes chances de succès, ce
nombre tombe à 320. Alice ira donc 100 fois plus vite.
Autre utilisation: deviner des mots de passe
Des techniques semblables s'appliquent aux attaques contre les mots de
passe. Par exemple, Elcomsoft
vend des logiciels de récupération de mots de passe Windows perdus:
Quand Elcomsoft cherche le mot de passe d'un seul compte (par exemple,
celui de l'administrateur), il essaie toutes les combinaisons de mots de
passe et les condense («hash»); il compare chaque condensat
à celui qui est stocké par Windows ou à celui que
Windows utilise pour l'authentification sur le réseau
Quand Elcomsoft cherche le mot de passe de n'importe quel compte, il compare
les condensats avec tous ceux que Windows stocke ou utilise. En vertu
du paradoxe des anniversaires, il y a beaucoup plus de chance de «collision»
et la recherche est plus rapide.
La cryptographie: comment l'aborder? Puis-je chiffrer
sur mon ordinateur personnel?
Pour les passionnés de cryptologie, je conseille
l'ouvrage de Bruce Schneier, «Cryptographie appliquée»
(ISBN 2-84180-036-9) qui est la bible dans ce domaine. Vous pouvez
aussi visiter le site de RSA
qui contient beaucoup de renseignements intéressants.
À ceux qui recherchent un logiciel de chiffrement sur PC, je
propose PGP. PGP est surtout connu pour son chiffrement du courriel,
mais il peut aussi chiffrer des fichiers sur le disque dur. Tous les renseignements
se trouvent sur le site de PGP. Il
est désormais possible de télécharger PGP hors des
Etats-Unis. Certains modules sont gratuits pour une utilisation personnelle.
Attention toutefois aux limitations à l'utilisation de la cryptographie
en vigueur dans votre pays, même si ces limitations ont tendance
à disparaître en Europe. Il y a d'autres solutions que PGP et ces
solutions sont généralement disponibles sous forme de partagiciels
(sharewares). Il y a plusieurs sites en français, dont
Espace francophone (suivez le lien
«Utilitaires») et le
site du magazine 01net (il y a une fonction de recherche).
Il faut souligner que les algorithmes de chiffrement de ces partagiciels
sont souvent secrets. Contrairement à ce que leurs auteurs
affirment, les algorithmes secrets n'offrent pas les mêmes garanties
de solidité que les algorithmes publiés. Seuls les
algorithmes de chiffrement publiés (comme DES, AES ou RSA, ou—plus
récemment—RC4) ont été étudiés par la
communauté des cryptographistes et peuvent donc être considérés
comme sûrs tant qu'ils n'ont pas été «cassés»
par cette communauté. Ces solutions ne seront jamais aussi
éprouvées que PGP qui utilise des algorithmes publiés.
De plus, il existe une littérature abondante sur PGP.
Pour une utilisation professionnelle de la cryptographie, consulter plutôt un
fournisseur spécialisé, comme Utimaco Safeware.
Les one-time passwords: comment ça marche?
On trouve sur la Toile peu d'explications des one-time
passwords ou «mots de passe uniques» ou encore «mots
de passe dynamiques». En voici une.
Les premières formes de mot de passe unique mettaient en œuvre
un protocole d'authentification de type «défi-réponse».
Un tel protocole s'établit entre un authentifieur (généralement
un serveur ou une application) et un authentifié (généralement
un individu). Les différentes étapes d'un protocole
défi-réponse sont:
L'authentifié demande l'accès à l'authentifieur; il
s'identifie (il donne son nom).
L'authentifieur invente un nombre aléatoire et l'envoie à
l'authentifié (c'est le défi).
L'authentifié chiffre le défi au moyen d'une clef cryptographique
secrète qu'il a reçue au préalable de l'authentifieur:
il renvoie le résultat du chiffrement (c'est la réponse)
à l'authentifieur.
L'authentifieur déchiffre la réponse qu'il a reçue
de l'authentifié et compare le résultat au défi qu'il
a envoyé au début du protocole d'authentification.
S'il y a égalité, c'est la preuve que l'authentifié
a bien la clef secrète à sa disposition. Il s'agit
donc de la bonne personne et l'accès lui est accordé.
L'authentifié ne peut pas faire ses calculs cryptographiques à
la main. Il doit donc disposer d'un dispositif qui permet deux choses:
Le stockage sûr d'une clef secrète.
Une possibilité de chiffrement du défi par cette clef secrète.
Généralement, ce dispositif prend la forme d'une calculette
avec un clavier et un affichage numériques et la calculette est
protégée par un code secret: comme pour une carte bancaire,
l'utilisateur doit fournir son code secret pour pouvoir utiliser la calculette.
L'utilisateur encode ce code secret sur le clavier de sa calculette.
Les calculettes sont personnalisées, c'est-à-dire que chacune
contient une clef secrète différente et est activée
par un code secret différent.
Le mode opératoire de la calculette est le suivant:
L'authentifié s'identifie vis-à-vis de l'authentifieur.
Il reçoit le défi sur son écran et il est invité
à fournir son mot de passe. L'authentifié exécute
les opérations suivantes sur sa calculette:
il introduit le code secret de la calculette
il recopie le défi sur le clavier de la calculette
il enfonce la touche «authentification» de la calculette.
La calculette calcule la réponse et l'affiche.
L'authentifié lit la réponse de la calculette et l'utilise
en guise de mot de passe.
Les avantages du mot de passe dynamique par rapport au mot de passe classique
(statique) sont multiples:
Le mot de passe est différent à chaque connexion. Si
quelqu'un parvient à espionner un mot de passe, cela ne lui sert
à rien puisque, à la connexion suivante, le défi sera
différent. On dit que le mot de passe est «non-rejouable»
ou «jetable». De plus, l'authentifieur garde les mots
de passe anciens sur une liste noire afin qu'ils ne puissent pas être
réutilisés.
L'authentification se fonde sur deux facteurs: la possession d'un objet—la
calculette—et la connaissance d'un secret—le code secret qui active la
calculette. Le vol d'un mot de passe classique est relativement facile
et passe inaperçu. Par contre, le vol d'une calculette et
de son code secret est plus difficile; de plus, le vol d'un objet matériel
ne passe pas inaperçu, ce qui permet de réagir en refusant
les accès dès qu'on constate la perte d'une calculette.
Il y a des variantes au schéma décrit plus haut:
La carte à puce peut aussi servir de jeton d'authentification
dans un protocole défi-réponse, à condition qu'il
s'agisse d'une carte à microprocesseur et non d'une carte à
mémoire comme les cartes de téléphone. La particularité
de la carte à puce est qu'il n'y a ni clavier ni affichage: le protocole
s'établit au travers du lecteur de carte à puce sans que
l'authentifié ne doive intervenir. De plus, alors que toutes
les calculettes actuelles utilisent la cryptographie symétrique,
la carte à puce permet l'introduction de la cryptographie à
clefs publiques, dans laquelle l'authentifié utilise sa clef secrète
et l'authentifieur utilise la clef publique de l'authentifié.
Aujourd'hui, la plupart des calculettes d'authentification ont remplacé
le défi par une valeur que l'authentifieur et l'authentifié
peuvent connaître sans devoir se l'échanger, comme le temps
courant ou un numéro de séquence qui avance à chaque
authentification. Dans les deux cas, des procédures de rattrapage
existent afin de compenser une désynchronisation entre l'authentifieur
et la calculette de l'authentifié. C'est le principe des calculettes ActivIdentity, Digipass
ou SecurID. Ces calculettes offrent
une meilleure ergonomie que les calculettes à défi-réponse,
parce qu'elles évitent à l'authentifié de devoir recopier
le défi. Voyez ci-dessous une explication du fonctionnement
des calculettes qui utilisent le temps.
Les calculettes telles que le Digipass fonctionnent
principalement sur base du temps. La calculette contient une horloge
interne et elle calcule le mot de passe à partir de deux valeurs:
d'une part, la valeur instantanée de son horloge et, d'autre part,
une clef secrète, qui a été stockée dans sa
mémoire à l'usine. Le serveur d'authentification a
une copie de la clef secrète et a aussi une horloge interne; pour
vérifier le mot de passe, il effectue le même calcul que la
calculette et vérifie qu'il obtient le même résultat.
Toutefois, le serveur et la calculette doivent rattraper une différence
(inévitable) entre leurs horloges internes. Voici comment
ils procèdent: une partie de l'information contenue dans les 6 ou
8 chiffres du mot de passe (ne me demandez pas laquelle, il s'agit probablement
de bits répartis sur les différents chiffres) est utilisée
pour la re-synchronisation des horloges. Cette information de re-synchronisation
est constituée de la partie la moins significative de l'horloge
interne de la calculette. Quand le serveur d'authentification reçoit
le mot de passe, il extrait d'abord cette information pour re-synchroniser
son horloge; il effectue ensuite le calcul de vérification du mot
de passe sur base du temps re-synchronisé.
La taille de l'information de re-synchronisation dépend de la
fréquence de renouvellement des mots de passe ainsi que du décalage
maximal admissible entre l'horloge de la calculette et celle du serveur.
Par exemple, on peut imaginer que la calculette a 100 «tics»
d'horloge par heure; en d'autres termes, elle renouvelle son mot de passe
toutes les 36 secondes. On peut aussi imaginer qu'on admet une désynchronisation
maximale d'¼ d'heure entre la calculette et le serveur. Dans
ce cas, la calculette communique au serveur une valeur qui va de 0 à
49 et qui dit où son horloge interne se trouve dans la demi-heure
courante. Voici un exemple numérique:
La calculette génère un mot de passe quand son horloge indique 10h00m36s;
elle inclut la valeur de re-synchronisation «1» dans le mot de passe
Quand le serveur reçoit le mot de passe, son horloge indique 10h10m10s.
Le serveur sait qu'il doit re-synchroniser son horloge en tenant compte
de la valeur de re-synchronisation 1: cela lui donne le choix entre 10h00h36
et 10h30m36s. Il choisit la première valeur, qui est la plus
proche de son horloge interne (la deuxième n'est pas possible, il
y a plus d'un ¼ d'heure de décalage).
Si on admet un décalage des horloges d'une demi-heure au lieu d'un
quart d'heure (ou si on double la fréquence de renouvellement des
mots de passe), la longueur de l'information de re-synchronisation doit
être doublée. Or, l'information de re-synchronisation
doit rester limitée pour laisser la place à l'information
«utile» du mot de passe.
Où trouver un générateur automatique
de mots de passe?
On me pose parfois la question: Existe-t-il un logiciel permettant
de générer automatiquement des mots de passe? Nous avons trop de mots
de passe à changer tous les mois.
Un générateur de mots de passe n'a rien de compliqué.
Voici un exemple codé en Javascript (vérifiez que votre navigateur
accepte ce langage) qui produit des mots de passe généralement
prononçables par un locuteur francophone. Cliquez sur le bouton
Générer
pour obtenir des mots de passe aléatoires; vous pouvez cliquer plusieurs
fois jusqu'à obtenir un mot de passe que vous ne risquez pas d'oublier:
Un tel outil est utile dans des cas bien précis: un Webmaître
s'en servira pour distribuer des mots de passe pour l'accès contrôlé
à ses pages Web; un administrateur système s'en servira pour
attribuer le mot de passe de départ d'un nouveau compte, à
charge pour le titulaire du compte de le remplacer dès le premier
log-in par un mot de passe connu de lui seul.
Par contre, il est douteux que cet outil puisse servir à des
utilisateurs pour la gestion quotidienne de leurs mots de passe.
Certains utilisateurs seront tentés de faire générer
leurs mots de passe automatiquement. Ce n'est pas la bonne méthode
et voici pourquoi: un bon mot de passe a deux caractéristiques contradictoires:
Il est facile à retenir par l'utilisateur. Le mot de
passe lui rappelle quelque chose dont il se souvient sans peine.
Il est difficile à deviner par des tiers. En particulier,
il est suffisamment long; il ne figure dans aucun dictionnaire. De
plus, il n'a pas de rapport trop évident avec une caractéristique
que les tiers connaissent (le nom du chien ou la plaque minéralogique).
Un utilisateur ne peut se créer que deux ou trois mots de passe
qui conjuguent ces deux qualités. Au delà du troisième,
ses mots de passe sont soit pas assez mnémoniques (la condition
1 n'est pas remplie), soit trop évidents (la condition 2 n'est pas
remplie). Les outils de génération de mots de passe
aléatoires n'aident pas: ils remplissent généralement
la condition 2, mais rarement la condition 1.
Imposer à l'utilisateur un rythme de renouvellement trop élevé
n'a qu'une conséquence: la qualité des mots de passe baisse.
Généralement, l'utilisateur, incapable d'inventer de nouveaux
mots de passe suffisamment mnémoniques, les inscrit sur un bout
de papier qu'il est facile de trouver dans son tiroir. Ou alors,
il s'invente des mots de passe tellement simples (par exemple, le nom du
mois courant) qu'il ne protègent plus rien.
L'administrateur système qui impose une telle politique de mots de passe
privilégie la sécurité au dépens de la convivialité,
ce qui ne peut mener qu'à l'échec de son action.
Alors, la solution? Voici quelques pistes:
Eduquer, plutôt que d'imposer des règles qui compliquent
la vie des utilisateurs. Convaincre les utilisateurs de l'importance
de la protection de leurs données. Publier une politique de
mots de passe qui explique quels sont les critères de qualité
tant en ce qui concerne les mots de passe eux-mêmes, que les précautions
à prendre pour les protéger. Traquer les mots de passe
faibles au moyen de logiciels appropriés (par exemple, CRACK sous
UNIX) et conseiller les utilisateurs négligents.
Si l'enjeu en vaut la peine, abandonner le mot de passe classique
au profit de calculettes (ActivCard, SecurID…) ou de cartes à puce.
Voir plus haut une explication au sujet
des mots de passe jetables.
Autre solution (qui peut se combiner avec la précédente),
installer un outil de Single Sign-On qui évitera d'avoir
autant de mots de passe que de ressources à protéger.
Cela contribuera à la convivialité, donc à la sécurité.
Qu'est-ce que le PSN? Sert-il à pister les
internautes?
Samuel m'interroge sur les «PSN» et veut savoir si le
processeur de son ordinateur a un numéro de série. Est-il vrai,
demande-t-il, qu'on peut être pisté grâce à ce tatouage?
Le Processor Serial Number, c'est quoi?
Le PSN est (ou, plutôt, était) le numéro de
série du processeur Pentium III. Il est initialisé en usine,
il est unique par processeur et il peut être lu par un logiciel qui tourne sur
ce processeur. Intel prévoyait que ce numéro serait utilisé
par les entreprises pour identifier les ordinateurs, ce qui les aiderait à
gérer leur parc. Intel prévoyait surtout une utilisation sur l'Internet
comme identification de l'ordinateur (et donc de l'internaute, d'après
Intel) qui était censée améliorer la sécurité
du commerce électronique.
À ceux qui s'inquiètent des risques à l'égard
de la vie privée, Intel répond que toutes les précautions
ont été prises. D'une part, le numéro de série
n'est pas lisible de l'extérieur de l'ordinateur, puisqu'il faut
un programme qui tourne sur le processeur. D'après Intel,
cela protège contre toute lecture à partir de l'Internet.
D'autre part, l'utilisateur a la possibilité de désactiver
le numéro de série afin qu'il ne soit plus lisible par un
programme. La réactivation ne peut se faire qu'au travers
d'une commande logicielle suivie d'une réinitialisation du processeur
(en pratique, un redémarrage de l'ordinateur). S'il faut croire
Intel, l'utilisateur a le numéro de série de son processeur
entièrement sous son contrôle.
Est-ce bien utile?
Le numéro de série pourrait sans doute
faciliter une gestion de parc. Par contre, c'est moins sûr
en ce qui concerne la sécurité.
Tout système de sécurité qui se fonde sur le numéro
de série du processeur peut facilement être mis en défaut,
parce qu'il n'empêche pas un hacker déterminé
de faire passer son ordinateur pour celui d'un autre. Le problème
est qu'il s'agit d'un mécanisme d'identification, pas d'authentification.
Si Intel avait vraiment voulu offrir un système sûr pour le
commerce électronique, il aurait dû inventer un système
d'authentification, par exemple en remplaçant le numéro de
série par une clef cryptographique personnalisée, mais cela aurait
impliqué un système de distribution de ces clefs aux utilisateurs
d'une telle complexité qu'il aurait été ingérable.
Intel l'a rapidement admis et a décidé d'abandonner le
système pour ses nouveaux processeurs, à la grande satisfaction
des défenseurs de la vie privée.
Est-ce dangereux?
Même si le numéro de série du processeur
n'a plus d'avenir, les Pentium III qui seraient encore utilisés aujourd'hui
en sont pourvus. Y a-t-il des risques?
La protection qui consiste à désactiver le numéro de
série peut —en dépit des précautions prises par Intel—
être mise en défaut facilement. Un virus élaboré est
parfaitement capable de réactiver un numéro de série désactivé,
puis d'attendre le redémarrage suivant de l'ordinateur pour le transmettre sur l'Internet.
Et alors? Dès que le numéro de série est
activé sur l'ordinateur d'un internaute, ses visites à différents
sites Web peuvent être corrélées et son comportement
de consommateur peut ainsi être espionné de manière
encore plus efficace que quand il l'est par des témoins (les cookies).
Clairement, la vie privée est menacée.
Quelles précautions prendre?
Suite à son abandon, la technique du numéro
de série du processeur n'a guère d'avenir et les internautes
ont peu à en craindre. Ceux qui utilisaient un Pentium
III pouvaient prendre la précaution de décharger l'utilitaire
Intel de contrôle du numéro de série du processeur.
Cet utilitaire permettait de contrôler l'état activé/désactivé
du numéro de série du processeur et fournissait un signal visuel
de cet état sur la barre d'outils Windows. L'utilisateur attentif
pouvait ainsi détecter toute activation malveillante du numéro
de série du processeur sur son ordinateur.
Qu'est-ce que l'avenir nous réserve?
L'échec du PSN a montré qu'une solution
de sécurité qui se fonde uniquement sur le matériel
n'est pas suffisante parce qu'elle peut être contournée.
Pour une sécurité solide, la totalité de la chaîne
de composants qui forment l'informatique doit coopérer: le matériel,
mais aussi le firmware (dans un PC, le BIOS), l'Operating System
(par exemple, Windows) et les applications. C'est le but du consortium
TCPA: lisez à ce sujet l'excellente
FAQ de Le Bars.
Et si je veux en savoir plus sur la sécurité?
Pour trouver plus d'information, utilisez la recherche spécialisée ci-dessous
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