40 ANS DE FANEDITIONS

présentés par vos serviteurs, Alain le Bussy et Claude Dumont

Alain le Bussy

Alain le Bussy, auteur, Prix Rosny Ainé 1993 pour son livre "DELTAS". L'un des plus anciens fanéditeurs francophones avec Claude Dumont. Une adresse postale: 21 rue du Cimetière, B-4130 ESNEUX. Tél. ++ 32 04 380 33 88

Claude Dumont, membre de la Société des Gens de Lettres, le plus ancien fanéditeur francophone. Une adresse postale: 12, rue Dorlodot, B-5150 FLORIFFOUX. Tél. ++ 32 81 44 47 72. e.mail: octa@swing.be

Claude Dumont

 

Autre lien: "Repères pour une histoire du fandom SF", par J.P.Planque:

http://perso.wanadoo.fr/jplanque/Infini/Flash/

J.P. Planque: rue des Planteurs, Pombiray, F-97118 Saint-François.

 

AVANT-PROPOS

Ce modeste travail n'est pas un essai, mais bien la suite de deux fascicules relativement anciens, puisqu'une première approche d’une " histoire fanique " a déjà été publiée en juillet 1986, sous la forme d'un petit fanzine d'une trentaine de pages, signé Véronique Vexin, et un second ouvrage intitulé " 30 ANS DE FANEDITIONS ", écrit conjointement par Alain le Bussy et Claude Dumont en 1991, à l’occasion de la Convention de Redu.

 

A la demande de certains internautes curieux, un travail remis au goût du jour, plus étoffé, s'est avéré opportun. Ce document sera donc diffusé par mail à des newsgroups intéressés par tout ce qui touche à la SF et au fandom en général, avant de faire partie d’un site actuellement en construction. Il était normal d'ailleurs qu'il soit écrit conjointement par les deux plus anciens fanéditeurs du fandom francophone. Aussi, le texte que vous allez découvrir se présente d'une façon simple: les passages en cadres verts sont d'Alain le Bussy, le reste est de votre serviteur Claude Dumont. Enfin, les cadres gris sont des extraits de textes. Seules les deux nouvelles incorporées dans ce modeste travail gardent un aspect normal.

Nous y avons incorporé " Souvenirs obscurs d’un fan liégeois ", de Dominique Warfa.

Pour les lecteurs néophytes qui auraient quelques difficultés à saisir un passage ou l'autre, nous publions en fin d'ouvrage un petit lexique très utile concernant certaines expressions employées dans le fandom.

Ceci dit, cette " histoire du fandom " trottait dans ma tête depuis pas mal de temps déjà, puisque dans l’AAAPA de Georges Pierru, numéro 46 de novembre 1984, je faisais mention de ce projet en ces termes.

" ... Le compte rendu de Jacky Bailly sur la Convention de Nancy m’a bien fait marrer, surtout lorsqu’il explique les avatars de Serge Delsemme au restaurant. Delsemme a toujours eu l’art de se fourrer dans des situations spéciales. De pique-assiette il est devenu pigeon. Ah! Ah! Je possède encore une vieille paire de lunettes de soleil oubliée par Delsemme dans ma voiture lors de son retour d’Yverdon en 1976. Depuis, il me la réclame à chaque lettre. Mais je ne veux pas m’en séparer: c’est avec elle qu’il biglait Liz Vonarburg... Un jour, si j’ai le temps, j’écrirai un long, très long article sur les conventions à travers les âges, depuis ma première en 1970 à Heidelberg. C’est à se bidonner de rire. Vraiment. Et bien des fans actuels pourraient rougir, même après toutes ces années. Depuis les ceusses qui, au lieu d’assister à des conférences, vont voir des films porno, ou ceux qui, par distraction, font du café dans une baignoire, ou ceux encore qui se retrouvent légèrement vêtus dans le lit d’une dame fort connue, ou encore ceux qui veulent casser la gueule à Dumont, lors de la convention de Bruxelles, ou ceux qui partent sans payer leur chambre d’hôtel, ou ceux encore qui, au moment de donner leur conférence, s’écroulent ivres-morts dans le local congressiste, ou ceux qui... Vous ne connaissez encore rien des dessous du fandom...  J’ai des souvenirs, et aussi des noms à dévoiler. Alors, vous les voulez, ces noms ? Dites-le! Je vous épaterai, vous les nouveaux fans...

Il est certain que nous n'avons pu, et pour cause, proposer une étude exhaustive du fandom. Pour cela, plusieurs centaines de pages et une année au moins de recherches auraient été nécessaires. Depuis l’apparition de Claude Dumont en 1961 dans le fandom, des dizaines de fanzines ont vu le jour, des dizaines ont cessé de paraître au bout de quelques numéros. Des centaines d’auteurs ont été publiés puis oubliés. D’autres, plus chanceux, sont encore dans l’arène. Les recenser tous serait un travail impossible, et ce n’est d’ailleurs pas le but de cet ouvrage. Nous nous sommes donc cantonnés à nos propres activités faniques qui, comme vous le constaterez, sont déjà assez complètes en soi. Nous ne pouvons faire état que des rapports personnels que nous avons avec ce milieu, en tentant au maximum d’éviter les susceptibilités. Car il faut bien avouer que le fandom francophone, en 40 ans, a été le théâtre d’innombrables activités, publications, manifestations diverses pour lesquelles nous n’avons pas eu d’informations, ou qui sont passées inaperçues tout simplement parce que les participants, à cette époque, ne nous connaissaient pas. Nous renouvelons donc nos excuses à ceux qui n’ont pas été cités. Ce qui ne veut pas dire que dans un avenir plus ou moins proche, une version encore plus complète, revue et corrigée, agrémentée de photos ou de repros de certains documents d’époque pourrait de nouveau voir le jour...

Bonne lecture,

Claude Dumont et Alain le Bussy

 

Voici donc ce modeste travail...

ECRIRE...

La publication artisanale d'un magazine n'est pas une activité nouvelle. Elle a occupé, et occupe toujours un certain nombre de mordus qui, avec plus ou moins de brio, mijotent avec amour, dans leur coin, de petits fascicules irréguliers dans lesquels ils font circuler informations diverses, courrier personnel, certains textes de jeunes auteurs que l'on retrouve beaucoup plus tard aux sommaires de revues plus élaborées. (De nos jours, ces " mordus " sévissent sur le Net avec plus ou moins de panache. Des sites consacrés à la science fiction ou au fantastique commencent à apparaître sur cette " toile " qu’est l’Internet (Nous en parlons en fin d’ouvrage).

Ces magazines publiés par des fans, avec les moyens du bord (d'abord par la polycopie, puis par l'utilisation du stencil à encre, la photographie, l'offset et, de nos jours, par la reprographie de qualité puis par l’informatique) s'appellent, dans le jargon spécialisé, des " fanzines ".

Et ces fanzines, ils existent dans bien des disciplines: la philatélie, la pisciculture, la photo, les arts martiaux, l'élevage des vers à soie ou la culture des rosiers exotiques. Les revues d'étudiants circulant dans les universités ou les publications des Maisons de Jeunes sont, par définition, des fanzines. Mais c'est en littérature surtout que les fanzines font véritablement parler d'eux, en particulier dans les domaines privilégiés de la science-fiction, du Fantastique et accessoirement de l'horreur, du Merveilleux, du Cinéma d'Epouvante, du Paranormal...

Sauf si, par miracle tu es né dans une famille où régnait le fandom de choc: Papa fanéd, M'man illustratrice), t'as connu la Grande Angoisse: suis-je seul au monde à aimer ça? Tu savais même pas encore qu'on disait Essef et sitôt qu't'en parlais autour de toi, les visages se figeaient en pensant à l'horreur, aux p'tits hommes verts (qu'étaient pas encore écolos), aux méduses tripodiques de Wells H.G. et de Welles Orson. T'étais séropositif et tu ne le savais pas!

T'aimais, t'étais pas fou, t'as tenu bon. T'as écrit à une revue, t'as reçu une réponse. Quelqu'un, là au loin, TE comprenait et il a publié TA lettre. Quelqu'un d'autre t'a écrit. T'as découvert un fanzine. Dans un univers parallèle - concept que TOI tu connaissais - ça s'est passé différemment: t'aimais, t'étais pas fou, tu tenais bon, mais tu te sentais quand même tout seul. T'as écrit une lettre, puis une deuxième. T'as eu des réponses, puis tu t'es dit que tout le boulot d'écrire UNE lettre pour UN SEUL correspondant, c'était idiot. Tu as fait une lettre plus grande, tu l'as reproduite. Parfois avec seulement cinq carbones. Puis avec d'autres moyens techniques, mais toujours dans le même but: à la fois crier au SECOURS! et dire SALUT LES COPAINS, NI VOUS NI MOI, ON N'EST SEULS. T'étais séropositif, tu le savais, et t'en n'avais pas honte. Normal, j'en ai pas honte non plus. D'autant plus qu'avec les années, j'ai appris à citer des titres de noblesse. Par exemple, FUTURIA FANTASIA, un zine des temps préhisto, créé par un jeune mec appelé Bradbury (Ray) dans les années 37-38 où Bob (Heinlein) publiait son premier texte, HEIL! Devinez de qui ça causait...

Sans remonter aux sources (le but de ce petit ouvrage n'est pas de faire un véritable historique du fanzinat, ce qui nous mènerait trop loin, c'est-à-dire jusqu'aux U.S.A. d'où le principe même est né), nous allons voir comment deux individus sains de corps et d'esprit en arrivent à attraper le virus du fanzinat sans jamais pouvoir s'en guérir.

Faire un fanzine, appartenir au fandom, assister à des congrès, rechercher ici et là des contacts sont des activités et un mode de vie engendrés par une passion pratiquement unique: la SCIENCE FICTION.

Il faut toutefois faire remarquer que cette passion déborde bien entendu sur le Fantastique, l'Insolite, le cinéma d'Epouvante, etc. Ces genres étant généralement associés.

Or donc, ces individus sains et bien constitués mentalement, un jour de désoeuvrement - à l'époque les médias n'étaient pas ce qu'elles sont de nos jours - se mettent à lire Simak, Van Vogt, Bessière, Wul, Guieu, Limat et beaucoup d'autres auteurs sévissant dans des collections comme le Fleuve Noir, le Rayon Fantastique, Daniber, le Grand Damier et bien d'autres. Et la tournure d'esprit, la curiosité, l'instruction et l'éducation de ces deux individus firent qu'ils aimèrent beaucoup, au point de vouloir rencontrer d'autres gens appréciant eux aussi ce genre littéraire encore appelé "anticipation" et considéré comme débile par les intellectuels bien pensants de l'époque.

La phrase précédente sur les Intellectuels Bien Pensants de l'époque est typiquement une phrase d'un texte Essef, les IBP de n'importe quelle époque et de n'importe quel univers parallèle se reconnaissent aisément à la même c*****ie aisée!

Ces individus, ce sont ALAIN LE BUSSY et CLAUDE DUMONT, les auteurs de ce petit ouvrage.

Plus tard, ayant atteint le stade "séropositif qu'a pas honte", il déclencha la forme virulente de la maladie chez un "séropositif qui savait pas", ALAIN LE BUSSY, coauteur de l'oeuvre magistrale que vous avez l'insigne honneur de tenir entre vos mains. Le fait d'avoir enfilé un préservatif au bout de chaque doigt ne garantit pas votre sécurité. En fait, l'acquisition de ce fascicule prouve indubitablement que vous avez déjà atteint le second stade de la maladie...

 

LA SCIENCE-FICTION, UNE VRAIE PASSION...

On va le voir, le cheminement est à peu près semblable chez les deux coauteurs, même si au moment où le benjamin de nos dinosaures se mettait à lire un peu sérieusement, Spoutnik 1 tournait déjà dans le ciel...

C'est à l'âge de 14 ans que Claude Dumont se découvre, brusquement, cette passion bizarre pour une science-fiction naissante. Une passion dévorante et ô combien envahissante.

En cette période d'adolescence perturbée où bien des remises en question provoquent des conflits de caractères (nous sommes en 1955), cette littérature "débile" est le refuge et l'évasion d'un lecteur timide ayant une personnalité curieuse, avide de savoir, ouverte aux étoiles et au monde qui nous entoure. Mais, il faut bien l'avouer, ce monde n'est pas si agréable qu'il n'y paraît. Dix ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la vie est difficile. Claude Dumont n'a pas la chance d'avoir un papa fanéd. Au contraire, ce dernier, assassiné par les envahisseurs, ne lui sera d'aucun secours. Claude Dumont est donc orphelin à l’âge de deux ans. Il doit gagner sa vie très jeune, abandonner des études, faire face aux contraintes quotidiennes, supporter une vie de famille malaisée et sans grand confort intellectuel. La lecture est un refuge sûr, qui va finalement plonger Claude Dumont dans un univers assez particulier.

C'est seulement deux ans après cette prise de conscience (le 4 octobre 1957) que le premier "spoutnik" sera lancé par les Soviétiques. Les américains en sont encore aux fusées Titan 2 et 3 et la Lune est encore bien loin. On imagine encore sur notre astre des nuits une flore et de l'oxygène sous la roche. Les français roulent en Peugeot 203 ou en 4 CV Renault. Natkin commercialise l'appareil photo Focaflex et Breguet lance son avion "Atlantic" tandis que les américains couchent sur papier le projet "Dyna-Soar", l'ancêtre de Columbia. Le rêve spatial est donc toujours permis dans des limites à la fois étroites et étendues, dans la mesure où on ne connaît pas encore bien l'Espace. Dans l'imagination de l'amateur de l'époque, les planètes Mars ou Vénus sont encore pleines de mystères et de poésie.

Plus réalistes (ou plus avancés dans leurs spéculations), les américains - encore eux - voyagent déjà dans le continuum et envisagent des périples spatiaux à très longs termes (E.C. Tubb: "Objectif Pollux" par exemple). Les barrières sociales tombent progressivement et les premières traductions apparaissent en Europe ("Les Hommes Stellaires", "Les Cométaires", "Demain les chiens", "Le monde des A"...).De son côté, Alain le Bussy découvre lui aussi bien des choses:

Sans le savoir, j'ai dû découvrir la SF trois ou quatre siècles avant ma naissance. Non, ce n'est pas le début d'un chronoclasme quelconque, c'est du vécu: les armoiries familiales portent depuis le XVième ou XVIième siècle trois étoiles d'or cernant un croissant de lune sur fond d'azur.

En fait, vers le même âge que Claude Dumont, je découvre dans le grenier d'un copain qui apparaîtra brièvement dans le fandom sous le pseudo de Mikil de Déneb, trois bouquins reçus en service de presse par une de ses tantes. C'est pas n'importe quoi: "Slan", de Van Vogt, "Le Gambit des Etoiles" de Gérard Klein et une oeuvre mineure, "les Négriers du Cosmos", d'un écrivain majeur, John Brunner. Je lis mes trois premiers bouquins de SF et je découvrirai plus tard quelle chance j'ai eue: dire que j'aurais pu commencer par du Jimmy Guieu ou du Richard Bessière!

Au fil des années, je réaliserai une promesse que je m'étais faite à l'époque: rencontrer les trois auteurs en question. Déjà l'esprit du fandom...

Je me mets à dévorer tout ce qui me tombe sous la main. Même du Guieu, c'qui est bien la preuve qu'y avait pas grand chose d'intéressant à paraître en français. Le Rayon Fantastique va mourir en 1963, Présence du Futur déjà très mal distribué, fort cher pour une bourse plate d'étudiant et constitué de 50% de papier mieux utilisé à torcher le cul qu'à imprimer des inepties. Quant au Fleuve... Il avait le mérite d'exister et ses inepties n'étaient ni chères ni prétentieuses. Presque en même temps, je découvre la Fanédition par un biais assez traditionnel, le journal scolaire. Il s'intitulait "Conjuncte" (Ensemble) et le sommaire du numéro 1 contenait un article de MOI sur... la science fiction.

Puis, en 1966, je renouvelle l'expérience, alors que je m'occupe d'une Maison des Jeunes. J'y rédac'cheffise L'ECHELLE - le journal qui monte - et j'ai idée qu'au lieu d'écrire sur la SF, je pourrais écrire de la SF. Ce premier texte, sans titre, sera publié dans un numéro de 1967. Plus tard, intitulé UN DON INNE, il sera publié dans IMAGINE n° 54, un "spécial Belgique", et me vaudra mes premiers droits d'auteur. C'était en 1990, après vingt-trois ans de patience. Je n'ai pas encaissé mes 30 dollars canadiens, les transformant en abonnement. Coïncidence étrange, Claude Dumont publie dans ce numéro " RESILLE MORTELLE ", l'un de ses meilleurs textes... Lui, il n'encaisse pas ses 20 dollars toujours canadiens (son texte était plus court) mais fait encadrer le chèque et l'accroche à son mur.

Autour de MOI, on commence à connaître mon obsession.

 

LA S.F. ENVAHIT LA FRANCE...

C'est le règne d'or des Editions Fleuve Noir et du Rayon Fantastique, en même temps que surgissent les chefs-d'oeuvre de la collection METAL dirigée par Jean Birgé ("La tentation Cosmique" de Roger Sorez, "Le Titan de l'espace", de Yves Dermèze, "En avant Mars", de Pierre Versins, "Les Atlantes du ciel", de Y.F.J. Long et bien d'autres titres qui, encore de nos jours, font rêver...

Il existe à l'époque une revue de science-fiction officielle. Il s'agit de "FICTION" (le premier numéro voit le jour au début 1954), et qui est le pendant français de "Magazine of Fantasy and science fiction ", une revue américaine. Mais "FICTION" publie des auteurs français. Parallèlement à cette publication qui a acquis très vite sa vitesse de croisière, Michel Benâtre et Hervé Calixte président aux destinées de "SATELLITE" qui se veut, elle, revue bien française. En 1959, ces deux compères lancent le Club NOVA, placé sous la présidence de René Barjavel. Le premier club de science fiction est né, auquel adhère très vite Claude Dumont encore adolescent. Le Club NOVA ne tiendra pas le coup longtemps. On connaît la position de René Barjavel quant à la science fiction en général, et on sait que l'équilibre financier de "SATELLITE" sera vite rompu. Cette petite revue, au demeurant fort sympathique, cessera de paraître après bien de pathétiques soubresauts. Situation inacceptable pour certains, et en particulier pour Claude Dumont qui va être amené à créer son propre bulletin.

Début 1959 voit donc apparaître un petit fascicule intitulé "COSMORAMA" (nous en reparlerons). Quelques exemplaires voient le jour, distribués au petit bonheur la chance. L’un d’eux sera bien entendu expédié aux dirigeants du défunt Club NOVA et à FICTION, qui en feront un maigre écho. Ce premier numéro de "COSMORAMA", entièrement réalisé par polycopie à plat, comme on le faisait dans les écoles à l'époque, ne durera que le temps d'un numéro UN.

1960 et après: service militaire, guerre d'Algérie, séjour en Afrique. Après avoir traîné ses bottes dans le djebel (*) et reçu la médaille de la "Valeur Militaire" pour faits de guerre, Claude Dumont se retrouve au Niger en qualité de cadre technique et, disposant alors aux Services Administratifs de son régiment de tout un matériel véritablement fanzinatoire (machine à écrire, duplicateur à alcool et méthanol) crée "LUMEN" qui fera l'effet d'une bombe dans un fandom naissant. Pierre Versins (auteur par la suite de la plus fantastique encyclopédie des "littératures conjecturales") en fait l'éloge dans ses "fanactivités" d'avril 1963, dans le numéro 113 de FICTION. C'est le point de départ d'une intense activité fanique, l'introduction de ce fameux virus déjà cité par Alain le Bussy au début de ce petit ouvrage. Contaminé? Dumont le devient, surtout après avoir lu l'article suivant de Pierre Versins:

 

"Un de perdu, un de transformé, un de retrouvé. Telle est la situation sur le front des fanzines français. Perdu celui de Domy Piétri, qui avait sans doute quelque chose à dire mais qui s'est lassé trop vite. Transformé, "ESPACE" de Bellassen et Jakubowski: les deux larrons se sont séparés sans pour autant se jeter des injures et chacun fera son propre fanzine; il y a "AD NAUSEAM", le dernier né de Jakuboswki, on attend celui de Bellassen. Retrouvé, un nouveau qui nous parvient du Niger, est publié par un français dont l'adresse terrestre est en Belgique.

Commençons par lui, qui est plutôt sympathique, jugez-en: son titre est flammarionnique, "LUMEN", bulletin des Solariens, l'Informateur Officiel de l'Union Solaire, le tremplin de la pensée martienne, le journal de tous les hommes du Système. "LUMEN" est l'avant-garde d'une vaste entreprise de contamination littéraire, scientifique, mortelle, angoissante, joyeuse, paradoxale... C'est le tremplin qui permettra bientôt le démarrage d'une association d'amateurs de Science-Fiction et de Fantastique..."

Contamination? Quel beau programme! Et un nouveau Club en formation? Espérons que ça se concrétisera, et que la mère se portera bien. Le Club Littéraire d'Anticipation glissant doucement mais sûrement hors du fandom français pour rejoindre l'innombrable cohorte des associations "littéraires" de France, on a bien besoin d'un second club. Quant au fanzine lui-même, son premier numéro n'est qu'une prise de contact, visiblement, mais déjà il montre une tendance (et je ne pense pas déformer le but de l'entreprise en disant qu'il paraît important de s'y plier): tous les textes sont conçus à partir d'une civilisation martienne et datés de la Cité Van Allen et des autres groupements de la Base A3 de Mars. Cette tentative peut paraître intéressante, rejoignant l'idée exprimée par Butor dans son article "La crise croissante de la SF": Le SF, si elle pouvait se limiter et s'unifier, serait susceptible d'acquérir sur l'imagination individuelle un pouvoir contraignant, comparable à celui de n'importe quelle mythologie..."

Pourquoi donc ne pas centrer, écrivains professionnels ou amateurs, une partie de vos écrits sur "LUMEN" et tenter de bâtir la Cité Van Allen? Dans le numéro UN, les fondations déjà se creusent..."

 

En fait, cette idée de publier un fanzine ayant pour cadre une imaginaire cité martienne ne peut être viable. Les auteurs pressentis ne peuvent se plier facilement à des thèmes et un cadre trop stricts. Ce qui provoque forcément une glissade vers une publication plus classique. "LUMEN" rejoint donc la cohorte des fanzines existants. A cette époque (1963), existent divers fanzines relativement intéressants: "NOCTURNE", publié par Maxim Jakubowski, "KARELLEN-ORION", diffusé par Marcel Battin et Georges Georghiu, ainsi que l'extraordinaire "JARDIN SIDERAL" mis en culture par Jacques Ferron. N'oublions pas non plus l'austère "AILLEURS" édité par Pierre Versins, l'un des plus stricts fanzines ayant existé. C'est aussi, sauf erreur, le premier fanzine publié sur le territoire français. A cette époque, "AILLEURS", la revue de Pierre Versins, en est déjà à son numéro 43.

D'ailleurs, la critique de Jacques Ferron, dans ce même numéro 113 de FICTION déjà cité, est assez édifiante:

"Le Grand Ancien des fanzines français. Fut longtemps le seul digne de ce nom. Le temps passant, a fait des petits ici et là, plus ou moins réussis. Prenant de la bouteille, maintenant impersonnel, glacé jusque dans son humour, reste l'indispensable, l'irremplaçable Journal Officiel de la science-fiction française..."

 

Comme ont le voit, le petit monde fanzinatoire de l'époque est très intime et très actif. Il n'y a pas de réunions, ni de séminaires, ni de "conventions" tels que nous les connaissons de nos jours. Seul le "JARDIN SIDERAL" organise des soirées de... poésie et décerne un Prix annuel. En 1962, par exemple, Jacques Ferron et le C.L.A. (Cercle Littéraire d'Anticipation) publient un savoureux petit recueil d'Albert Pascalet: "Histoires Crochues", préfacé par Claude Seignolle. C'est le Grand Prix du C.L.A. 1962.

Claude Dumont, de son côté, continue la publication de "LUMEN". Les numéros se suivent, pratiquement mensuels. Mais la polycopie ne permet pas un grand tirage, "LUMEN" oscille entre 50 et 60 exemplaires à chaque parution. Chose à signaler, cette activité génère un courrier abondant, chacun donnant avis, critiques, informations diverses, voire de petits textes. La vingtaine de lettres qui arrive pratiquement chaque jour dans sa boîte aux lettres occupe activement Claude Dumont, ainsi devenu fanéditeur à part entière.

(*) Publié chez " Les Editeurs Associés " à Paris, " DJEBEL " est un roman autobiographique de Claude Dumont, basé sur des faits réels de la Guerre d’Algérie. Ce roman est toujours en vente à la FNAC, sur le Net, chez Proxis et également chez l’auteur, 12 rue Dorlodot, B-5150 Floriffoux.

 

LES DEBUTS

C'est l'époque de Françoise Brecht, Suzane Malaval, Marcel Battin, Jacqueline Osterrath et bien d'autres, qui feront parler d'eux par la suite, au travers de textes publiés dans FICTION. Jacqueline Osterrath, par exemple, est très connue pour ses traductions au Fleuve Noir de la série des Perry Rhodan. De plus, elle est à l'origine d'un fanzine important pour l'époque, d'une très haute tenue littéraire, réalisé au duplicateur à encre et qui reste un modèle du genre: "LUNATIQUE".

Durant les débuts de ce fanzine, Françoise Brecht lance "COMETE", mais la tâche est dure et elle repasse le flambeau à Jean-Pierre Fontana qui transformera très vite cet embryon de publication. C'est ainsi que naît "MERCURY". Avec près de 1200 exemplaires au numéro 15, c'est le plus gros tirage artisanal jamais réalisé. De plus, "MERCURY" est assez volumineux: jusqu'à 140 pages format folio. Déjà à l’époque ce fanzine publie Gabriel Deblander, Andrevon, Alain Dorfner, Janine Golle... On imagine le travail que cela doit représenter pour ce fanéditeur qui sélectionne et tape les textes (à l'époque, c'est toujours sur stencils), les imprime à grands coups de manivelle (une duplicatrice à moteur est encore un luxe), les assemble, les agrafe, les expédie, etc. On peut vraiment dire que le fanéditeur possède le feu sacré dans ce domaine (ou qu'il est fou...).

 

Jean-Pierre FONTANA (photo récente)

 

En 1964 donc, il y a sur le marché français (nous dirons dans le fandom), 6 ou 7 fanzines qui entretiennent des rapports amicaux. Il n'y a pas encore de guerres faniques et les textes publiés sont souvent de qualité. "LUMEN" publie Michel Erwhein, J.H. Osterrath, Pierre Versins, Léopold Massiéra, Guy Scovel, Claude Soulard, Patrice Duvic qui lance lui aussi un fanzine sympathique mais féroce: "L'AMI DU POULPE". Signalons que Guy Scovel (qui est le pseudo de Jean-Pierre Fontana) a publié par la suite chez Marabout un excellent roman qui l'a hissé parmi les meilleurs écrivains d'alors: "LA GESTE DU HALAGUEN". Imaginez " LE MONDE INVERTI" de Priest écrit dans un style " Héroïc Fantasy " et vous aurez une idée de ce que peut être ce roman...

Les illustrations sont encore rares, ou elles existent sous forme d'encarts. Comme on l'a vu plus haut, les moyens d'impression sont très coûteux. Deux procédés sont utilisés: la polycopie et le stencil à encre. Ce dernier moyen pouvant être considéré pour l'époque comme très performant (il n'existe pas encore de photocopieurs à la portée du grand public). "LE JARDIN SIDERAL" parvient à passer quelques bonnes illustrations malgré tout (Claudette Elza, Aubin Pasque, Francis Lezcano, Vladimir Pablo, Tina Sol, J. Gaudrys...).

De plus, certains fanzines comme "AILLEURS" ou le "JARDIN SIDERAL" essaient l'alignement à droite (nous dirons aujourd'hui la justification). Le Traitement de Texte n'existe pas encore et les machines à écrire électroniques sont encore loin. Et à cette époque, il n’y a pas encore d’ordinateurs personnels. Comme on le voit, la situation est assez particulière et pourtant, malgré les difficultés croissantes, le mouvement s'accélère et les fanzines commencent à rivaliser. Le trio "LUNATIQUE-MERCURY-LE JARDIN SIDERAL" se taille la part du lion, "AILLEURS" restant toujours la revue du Club Futopia de Pierre Versins. "LUMEN" meurt au bout de 13 numéros. En fait, Claude Dumont quitte la France pour la Belgique. Le numéro 12 de ce fanzine sera d'ailleurs le plus important avec 46 pages de textes (Claude Soulard, Maxim Jakubowski, Suzane Malaval...). Une longue période d'inactivité suit, Claude Dumont étant accaparé par des problèmes beaucoup plus "matériels". Cette absence durera jusqu'en 1965, date de la création du fanzine "COSMORAMA", qui est une vieille idée d'adolescent, et le Club du même nom, qui prendra très vite sa vitesse de croisière. Le Club COSMORAMA est placé sous la Présidence d'honneur de Nathalie Ch. Henneberg.

1966: Jacques Dutronc chante "J'aime les filles" et les écrans projettent le "Voyage Fantastique", (avec Raquel Welsh en tête d'affiche), tandis que les premiers "James Bond" attirent les foules dans les cinémas liégeois. La télé, encore en noir et blanc dans la plupart des chaumières, passe "Planète Interdite" et "Ma sorcière bien-aimée".

C'est aussi le début de toute une activité fanique débordante et pleine de trouvailles. La Belgique se place en tête avec "LA CHAISE ELECTRIQUE" de Julien Parent, "ATLANTA" polycopié recto seulement et "COSMORAMA" stencilé qui contient pour la première fois des photos de fans dans une rubrique intitulée "LE MIROIR COSMIQUE". Il s’agit de véritables photos, tirées par Claude Dumont dans un petit laboratoire de fortune, au nombre d’exemplaires envisagés pour chaque fanzine. Enfin, citons pour terminer les innombrables fanzines de Michel Feron, considéré comme le géant du fandom belge et par la taille et par l'abondance de ses productions (jusqu'à un fanzine par semaine): "MIZAR", "EARLY BIRD", "LE SAC A CHARBON" et bien d'autres. Dans le numéro 2 de " MIZAR ", daté de juin 1967, nous lisons ceci, de la plume de Michel Feron:

" ... Il me souvient souvent du temps où j’entrai dans le fandom. C’est pourquoi je voudrais vous convier à faire avec moi un petit voyage dans le temps. 1964... La première Guerre Fanique est terminée: les canons se sont tus, certes, mais on n’a pas encore rangé les armes. Comme lors de toute guerre, une époque vient de finir, une autre commence. Les Grands Anciens, ceux de la première heure, sont presque tous disparus, ou bien près de le faire: c’est le règne des nouveaux venus. Et, parmi ces nouveaux venus, ça remue, ça s’agite, on crie, on discute, on s’étripe. Dans " LUNATIQUE ", Suzanne Malaval la très redoutable et très redoutée vous pourfend un fanéditeur en deux coups de griffe; autre part, Françoise Brecht, Jean-Pierre Fontana, Claude Dumont, votre serviteur, tous vous attrapent un zine, l’ouvent et le dissèque, page par page, ligne par ligne, assénant à chaque auteur quelques mots bien sentis. On discutaille des heures sur un petit texte de rien du tout, on gueule sur " FICTION ", on gueule sur Feron, on gueule sur Descamps, on gueule sur tout... On exhibe une faute de syntaxe qu’un éditeur a laissé passer, et on se la fait monter en épingle de cravate, pour pouvoir la montrer à tout le monde. Bref, ont vit, et on s’amuse... "

 

L' ANECDOTE...

MICHAEL GRAYN OU JESUS SUPER-STAR

Une petite pause, pour vous conter les débuts du Club COSMORAMA, qui a rassemblé lors de sa première manifestation une bonne cinquantaine de participants véritablement intéressés. Michel Feron, Robert Florkin, Tina Sol (qui fit le bonheur de bien des fanzines d'alors non seulement avec des textes pleins de poésie, mais aussi avec des illustrations de qualité), Michaël Grayn, alors directeur des Editions de l'A.E.L.P. et fondateur du fanzine "ATLANTA", René Lixon et Alain le Bussy y assistaient. Après les présentations d'usage et un "message d'outre-tombe" destiné à Pierre Versins (en fait un enregistrement sur bande magnétique de certains participants présents dans la salle), René Lixon nous parla de la " Vie Extraterrestre ", texte préalablement mis au point par Claude Dumont, puis une causerie sur le Fantastique de Jean Pesser qui fut suivie d'un apéritif ou, pour la première fois, un "vin fanique" fut servi aux invités.

Si les causeries eurent un succès mitigé, par contre la soirée s'est terminée d'une façon très conviviale par des discussions plus acharnées les unes que les autres. Les quelques bouteilles de "Vin de Mars" prévues par Claude Dumont furent insuffisantes. Aussi puisa-t-on dans les réserves de l'YWCA où se déroulait la manifestation, pour continuer à abreuver tout ce beau monde. Michaël Grayn, venu de son petit patelin campagnard, fut le premier touché par la générosité du vin. C'est un peu avant minuit que les participants se séparèrent, les uns pour rentrer chez eux, les autres invités par Robert Florkin (personnage très connu dans le folklore liégeois) ou dans les bistrots du coin. Michaël Grayn, assez ivre, circulait au milieu de la chaussée, les bras en croix, assurant les passants qu'il était Jésus-Christ en personne.

Cette manifestation mégalomane fut à l'origine du plus gros embouteillage que la rue St-Gilles, à Liège, ait connu à une heure aussi tardive. Michaël Grayn d'un côté, couché sur le dos, bras en croix, de l'autre côté une file de voitures, accompagnée d'un concert de klaxons.

Cela remonte maintenant à plus de 34 ans...

Michaël Grayn, qui fut le créateur des Editions de l'AELP et auteur d'un roman Fantastique "COMME UNE ODEUR DE SOUFRE"

(Décédé en 1997)

 

On ne peut pas vraiment dire que toutes les manifestations de SF se déroulent de la même manière. Mais comme partout, il y a des gens sobres et sérieux, d'autres qui se manifestent d'une façon différente.

C'était le cas de Michaël Grayn, génie littéraire s'il en est, mais qui, avec le temps, sombra dans l'alcoolisme et la vulgarité. Les Editions de l'A.E.L.P. dont il était le créateur firent faillite au début 1968, après avoir publié 12 numéros - imprimés - d'Atlanta. Contrairement à "LUNATIQUE", c'était vraiment mal finir. Il nous laisse néanmoins quelques excellentes nouvelles fantastiques, rassemblées dans un recueil intitulé " COMME UNE ODEUR DE SOUFRE ", sous une couverture de Tina Sol.

Note: pour les amateurs, ce livre se fait rare, mais quelques exemplaires sont encore disponibles chez votre serviteur Octa.

 

SORTONS DE L'HEXAGONE

A force de n'avoir que du Guieu, du Richard-Bessière et du Limat à me mettre sous les yeux, ma santé se dégradait et j'étais atteint de graves coliques mentales. J'avais le choix entre renoncer à lire de la SF ou la lire dans une autre langue que le français. Je me débrouillais pas mal en anglais pour un francophone de l'époque, mais tout de même, au bout de deux paragraphes, je décrochais. En fait, j'avais une certaine aisance en anglais de base, mon père m'ayant envoyé quelques années plus tôt passer six semaines dans le Kent (Si vous avez vu A nous les petites anglaises, ça vous fera un reportage plus complet que cette simple phrase). Le résultat était que les cours d'anglais où le prof consacrait la première année à la prononciation du fameux the me causaient la diarrhée. Par bonheur, cette année-là, le prof - il s'appelait Paulus - avait une mini-collection de paperbacks en anglais dont deux ou trois antho de Sf. Nous avons atteint un gentlemen's agreement - ce qui est normal avec un prof d'anglais: je lisais les anthos sans chambarder et lui me foutait la paix avec son the. Ça a enrichi mon vocabulaire, mais ce n'était pas encore suffisant. Alors, comme pour apprendre à nager, je me suis jeté à l'eau. Ou plutôt, partant me balader 15 jours en Angleterre, j'ai acheté un bouquin de SF américain et il m'a fallu plus de douze heures d'efforts pour arriver au bout de mes 210 pages de Starship Troopers. Le bouquin suivant m'a pris six heures, le troisième quatre. Le pli était pris, maintenant je lis l'anglais plus vite que la plupart des gens ne lisent le français. Cela m'a donné une orientation différente de Claude Dumont dans le fandom.

PS: bénéfice de l'opération: ni Guieu, ni Richard Bessière ne sont traduits en anglais, même si, il faut le reconnaître, ils ont leurs émules de l'autre côté de la Manche ou de l'Atlantique.

 

ESSOUFFLEMENT

1965: Claude Dumont donne sa première conférence à la Bibliothèque Communale de Verviers, sur le thème de la vie cosmique. Cette conférence est commanditée par André Blavier, poète et écrivain bien connu dans la région.

Puis c'est de nouveau l'inactivité. Les nécessités de la vie rappellent Claude Dumont en France, cependant que le fanzine "ATLANTA", publié par Michaël Grayn (voir ci-dessus), de polycopié, devient une revue imprimée vendue en librairie. A notre connaissance, c'est le seul exemple de fanzine passant professionnel avec un tirage de 2500 exemplaires. Claude Dumont paraît dans le premier numéro imprimé avec un texte assez particulier qui, curieusement, ne sera jamais réédité: "L'Agonie de John Mc Killen". La collection Atlanta va publier 4 volumes, eux aussi vendus en librairie et distribués par les Messageries de la Presse. Parmi ces quatre publications, nous trouvons " LA GRIFFE DU DIABLE " de John Flanders (Pseudo flamand de Jean Ray) et " LE VILLAGE ASSASSIN " de Raoul de Warren.

"ATLANTA" revue meurt à son 12ème numéro, le 13 n'existant qu'à l'état d'épreuves devenu la propriété de la " Maison d'Ailleurs " à la suite de la première Convention d'Yverdon organisée par Pierre Versins (mais ça, c'est une autre histoire...).

C'est curieux comme le chiffre 12, ou le 13, peut être fatal à ces publications d'amateurs. "MERCURY et "LUMEN" meurent au treizième numéro, "ATLANTA" au 12...)

Il est vrai que fournir un tel effort durant plus d'une douzaine de numéros représente un tour de force. Car il ne faut pas oublier qu'à part quelques misérables abonnements jamais renouvelés, il n'y a pas de rentrées d'argent. Les fanzines coûtent cher à leurs auteurs, qui finissent bien entendu par s'essouffler. Passer plusieurs années de sa vie à fanéditer peut paraître absurde et inutile. Et, comme le dit si bien Pierre Versins dans ses fanactivités d'avril 1963 dans "Fiction" 113:

"La fanédition est un travail de cinglé qui s'adresse à des cinglés..."

De France, Claude Dumont publie quelques petits fanzines, plus pour répondre à un courrier en souffrance que pour réellement continuer la fanédition: "ULTIME ATOME", "LA FUSEE A VAPEUR"... En fait, il répond aux injures dont nous venons d'avoir un aperçu.

Nous sommes maintenant en 1969. En juillet, Armstrong marche sur le sol de notre satellite naturel. Claude Dumont revient en Belgique et se remet péniblement de tracasseries familiales assez graves. En Allemagne, Mario Bosniak et son équipe préparent activement la première Convention Européenne de Science Fiction, prévue à Heidelberg.

A Bruxelles, Julien Laselle sort "SORTILEGE", le premier fanzine imprimé. Claude Dumont l'imite lui aussi sans le vouloir en publiant "LE FANAL FANIQUE", imprimé lui également. L'expérience, trop coûteuse, ne sera pas répétée. "LE FANAL FANIQUE" continuera, stencilé...

En France, "LE JARDIN SIDERAL" cesse toute publication. En Belgique, la revue "ATLANTA" fait faillite. Un grand vide apparaît dans le fandom! Durant quelque temps, l'activité fanique est assez restreinte, pour ne pas dire inexistante...

 

UNE CONSTANTE...

Toutefois, il reste un monument qui fera parler de lui encore bien des années plus tard, puisque Francis Valéry y consacrera un petit fascicule assez précis sur ses parutions. Il s'agit de "LUNATIQUE", publié par Jacqueline H. Osterrath. Nous en avons d'ailleurs déjà parlé dans le paragraphe consacré aux moyens d'impression. Venant d’Allemagne, plus précisément de Sassmanshausen, mais rédigé en français, "LUNATIQUE" va publier d'innombrables auteurs qui font là leurs premières dents: J.P. Andrevon, Pierre Gripari, Tina Sol, George Barlow, Claude Dumont, Yves Frémion, Patrice Duvic, Georges Quinaux, Rolf Kesselring, parmi les mieux connus. C'est une "constante" dans la fanédition, ce fanzine arrivant dans les boîtes aux lettres avec une régularité de métronome. De plus, en examinant quelques numéros au hasard, il est très difficile d'y trouver des coquilles ou des erreurs grammaticales. Jacqueline H. Osterrath publiera également des numéros à thèmes sur les Vampires, les Fantômes, la Faune, l'Amour dans le cosmos (auxquels participe votre serviteur). Dans ce dernier cas, trois volumes verront le jour, avec des textes à faire rougir un charretier, comme elle se plaisait à l'affirmer. Nous reprendrons ici la postface de Francis Valéry publiée dans "INDEX":

 

"LUNATIQUE", au fil des numéros, a publié environ 500 nouvelles et quelques romans d'environ 250 auteurs. Joli palmarès, non?

La collection complète représente également un beau morceau d'étagère, et ça pèse, croyez-moi!

Contrairement aux autres fanzines, "LUNATIQUE" a publié beaucoup d'auteurs étrangers, allemands surtout, de par la nationalité (par le mariage) de sa fanéditrice, Jacqueline H. Osterrath. Autre fait remarquable, "LUNATIQUE", seul fanzine de cette époque réalisé par une femme, a publié énormément d'auteurs féminins, bien plus que toutes les autres revues professionnelles et tous les fanzines réunis.../...

A cette époque, les revues étaient rares ou éphémères, et les places disponibles s'arrachaient. "LUNATIQUE" a permis à des dizaines de jeunes auteurs de se faire la main, avant de passer dans les revues en place. Des noms, aujourd'hui très connus, sont apparus pour la première fois dans "LUNATIQUE": Yves Frémion, Joanne Marsais, George Barlow, mais surtout Vladimir Volkoff, Jean-Pierre Andrevon, et des auteurs aujourd'hui importants ont publié de nombreux textes dans ce fanzine, comme Pierre Ferran ou Pierre Gripari. "LUNATIQUE" s'est sabordé alors que la SF redémarrait en France, dans la première moitié des années 70, pour deux raison essentielles. La première est très certainement la lassitude de Jacqueline H.Osterrath, on ne fait pas de la fanédition toute sa vie, et même les "grands" de ce petit monde, les Feron, Dumont, Versins, passent la main un jour ou l'autre. La seconde raison est le climat malsain de la SF à cette époque, en France. Un certain nombre de personnes, petites par l'envergure ou le talent, mais disproportionnées par la mégalomanie ou la médiocrité se sont, dès cette époque, donnés pour tâche de "révolutionner" la SF. "Lunatique" appartenait dès lors à un autre monde, à une autre époque, et représentait une sorte d'ennemi à abattre. Ne citons pas de noms, les polémiques n'ont pas leur place ici et, de tout façon, les poubelles de l'histoire sont larges.

On reprochait à "LUNATIQUE" sa forme sclérosée. Celle-ci, rendue obligatoire par l'usage d'un procédé d'impression peu coûteux, a permis à la revue de tenir 10 ans. Il n'y avait là rien à critiquer. "LUNATIQUE" a fait beaucoup, avec peu.

On reprochait à "LUNATIQUE" la qualité moyenne des textes publiés. C'est oublier qu'un fanzine littéraire n'a d'intérêt que s'il permet à des débutants de faire leurs premiers pas. A la relecture, les premiers textes d'Andrevon étaient bien médiocres, mais leur publication a certainement été un encouragement moral pour leur auteur, devenu depuis le plus grand nouvelliste de la SF française moderne...

En fait, je crois qu'on reprochait à "LUNATIQUE" d'exister, tout simplement. La calomnie, les procédés diffamatoires, permettent de se faire remarquer. Une bonne image de marque "gauchiste fouteur de merde progressiste" est facile à obtenir, et rend bien service quelquefois, n'est-il pas vrai? LUNATIQUE" a donc préféré céder la place. C'était finir en beauté, il me semble.

(Francis Valéry, in "Index Lunatique", septembre 1980)

 

Jacqueline Osterrath, 1961

LUNATIQUE" a donc préféré céder la place. C'était finir en beauté, il me semble.

(Francis Valéry, in "Index Lunatique", septembre 1980)

 

UN FANZINE DE " VOYAGE... "

On ne peut passer sous silence " FARANG ", le fanzine de José Bernard (La Rue 12, B-4261 Braives) qui, à l’heure ou nous vous livrons ces lignes, en est à son 81ème numéro. Il s’agit d’une petite publication destinée aux amateurs de voyages exotiques, principalement l’Asie du sud-est. Ce fanzine contient des tas d’informations sur les hôtels, les circuits touristiques, les pièges, etc. Il faut noter que José Bernard ne dédaigne pas la SF et assiste parfois à l’une ou l’autre convention.

 

LES CONVENTIONS

Les Conventions étaient un vieux phénomène en S.F., puisque la tradition des "mondiales" (entre guillemets puisque uniquement nord-américaines durant 25 ans) fut inaugurée juste avant la guerre. Les British avaient déjà leur annuelle, mais l'explosion de cette coutume étrange n'arriva qu'avec le "HEICON", la convention de Heidelberg de 1970, première "mondiale" sur le continent européen, première vraie mondiale aussi du point de vue du mix des participants. Pour la première fois, ce n'était pas uniquement unilingue anglais, ce qui étonna, voire choqua un certain nombre de participants anglo-saxons.

1970: c'est la Convention de Heidelberg. Si c'est la première Convention Européenne, c'est aussi le 28ème Congrés Mondial de Science-Fiction. Cela a lieu du 11 au 14 août 1970.

Organisée par le fandom allemand (qui fête en 1970 ses 15 ans d'existence) sur une grande échelle - le deutsche-mark est solide! - la Convention de Heidelberg voit arriver près de 800 participants (du moins, c'est le chiffre annoncé par Mario Bosniak, l'organisateur (Dick & Leah Smith citent 620 dans leur magistral historique des worldcons publié en 1999) venant de tous les horizons: Scandinavie, Angleterre, Suisse, France, Italie, Belgique,

un Luxembourgeois aussi... Même s'ils sont peu nombreux à avoir fait le déplacement, les Américains y sont dominants et c'est l'occasion de découvrir en chair et en os des noms légendaires: John Campbell (qui n'a plus qu'un an à vivre), Robert Silverberg, Jack Vance, Larry Niven, Poul Anderson (avec Karen et la petite - et belle - Astrid), John Brunner le polyglotte...

Le Vurguzz (*) coule à flot, l'ambiance est excellente. Heidelberg voit donc déambuler dans ses rues des centaines de fans qui occuperont les terrasses, les bars et les ponts (pour certains, les hôtels sont chers...), goûteront aux saucisses teutonnes et feront connaissance avec le petit vin blanc des vignobles bordant le Neckar. Parmi eux, quelques noms devenus célèbres par la suite: Michel Feron, Dany De Laet, Claude Dumont, Daniel Riche, Alain le Bussy (Moi) et

André Leborgne qui, en fin spécialiste, entraînera un groupe vers Manheim, une ville voisine, à la découverte des cinémas pornos et des trésors culturels du cinéma allemand.

Le trio Feron-Dumont-De Laet imprime sur place, à grand renfort d'alcool à polycopier, un bulletin intitulé "EN DIRECT DE HEIDELBERG". 4 numéros sont ainsi publiés, relatant jour par jour cette mémorable Convention, la plus importante réalisée en Europe.

C'est l'occasion aussi de découvrir des moeurs étranges, comme la " MASQUERADE ", défilé costumé en général bon enfant mais pas toujours très esthétique. Ah! ces mémères ricaines en collants couleur chair singeant Barbarella et autres princesses des royaumes barbares! Y avait moyen d'en apprendre pas mal sur les fantasmes sexuels des indigènes de l'Amérique du Nord...

(*) Alcool de sang de crapaud venant de Tau Ceti, agréable à boire malgré ses 250 degrés...

Le banquet de fermeture accueillera presque tous les participants, tandis que Claude Dumont

(qui a encore sévi via un zine spécial écrit sur papier de toilette, intitulé ROLLZINE)

remporte le premier Prix de bande dessinée (lui rapportant la modeste somme de 100 Deutsche-mark) en produisant un fascicule d'une dizaine de pages mettant en scène "JOK", la petite mascotte de la Convention choisie par le Comité. En fait, Claude Dumont est le seul concurrent. Ces 100 DM lui permettront d'ailleurs de reprendre le chemin du retour, le trajet aller ayant été quelque peu coûteux suite à des problèmes de pneus. Crever plusieurs pneus en même temps sur une belle route allemande doit être un incident rarissime! C'est ce qui est arrivé au coauteur de ce livret, l'obligeant à de coûteuses réparations nocturnes. La nuit, les garages sont chers... Depuis, toute la correspondance échangée entre Dumont et De Laet (passager de la voiture), qui n'a jamais oublié ce périple allemand, commence par "Cher vieux Dumont-Dupneu". Et cela dure depuis 1970. Encore une constante du fandom...

Bref, cette Convention unique laissera un souvenir impérissable dans les esprits faniques même si, en regard de ce qui se faisait déjà aux States, en regard de CONFICTION 20 ans plus tard, elle fut une "toute petite convention " . C'est peut-être ça, d'ailleurs, qui en a fait le souvenir: à 800, on n'est pas vraiment noyé dans la masse, tandis qu'à 3000, voire 5 ou 6000 comme lors des plus récentes américaines, ce n'est pas la même chose...

Ma dernière image, c'est à une bifurcation, à la sortie de Heidelberg: j'attendais au bord de la route partant vers le nord, et Andrevon qui avait dû abandonner sa bagnole déglinguée du côté de Strasbourg faisait du stop vers le sud.

Heidelberg va fustiger l’esprit créatif de bien des fans. C'est d'ailleurs autour d'une table de la grande salle que plusieurs réunions informelles mirent en présence quelques ricains, les organisateurs allemands et divers européens pour discuter de l'idée de réaliser des conventions européennes. Il y avait aussi quelques français qui, évidemment, ne parlaient pas l'anglais. Je me souviens d'être sorti complètement épuisé d'une session de deux heures où j'avais joué tant bien que mal à l'interprète. J'étais si fatigué que je n'ai conservé aucun souvenir précis de ce qui s'est dit, mais Trieste a eu lieu. On en reparlera plus loin.

 

L'activité fanique, dès la Convention de Heidelberg terminée, va reprendre avec une vraie frénésie, une fébrilité, une rage jamais atteintes dans le fandom. Des fanzines meurent et naissent aussitôt. C'est l'époque des mini-conventions. Le trio Feron-Liesnard-Dumont organise diverses mini-conventions au cours desquelles ils s'éclatent réellement, donnant la pleine mesure de leur imagination débordante et sans limite. Divers fanzines sont créés au cours de ces mini-réunions, le plus célèbre étant sans nul doute "LE BEAU VAUTOUR POURSUIT GOUTTE A GOUTTE LE COCU ROUGE ", splendide fanzine réalisé pratiquement de nuit et dans les vapeurs d'alcool selon le principe du " cadavre exquis ", auquel participent le Bussy, coauteur de ce livret, et Mikil de Déneb,

qui ont réussi à franchir les embûches et la boue du village de Loyers où habitait le sieur Dumont

(l'on faisait des travaux de voirie dans la rue...). Il y eut ainsi un fanzine entièrement tapé dans un cimetière, à la lueur d'une lampe-torche tenue par un participant, un autre réalisé à bord d'une voiture roulant à 100 à l'heure (essayez donc de taper à la machine dans de telles conditions...), un fanzine réalisé sur feuille de rhubarbe, sur rondelle de salami, sur papier à frites...

C'était la bonne époque, complètement dingue, où Michel Liesnard, en fin cuisinier, préparait comme petit déjeuner à ses copains des sardines aux fraises. C'était aussi la naissance des Jeux de Diplomatie (actuellement Jeux de Rôles) qui feront peut-être l'objet, un jour, d'un autre fascicule...

 

L' EMULATION

En 1972, c'est la Convention de Trieste. Très bonne Convention également, à laquelle participent Dumont et Feron, Simon Joukes (qui sortira par la suite le meilleur "personnal-zine" jamais réalisé: "MUIRGHEAL", principalement en anglais), J.P. Cronimus, David Rowe, Judith Trethon, Yves Frémion, Sezar Erkin Ergin du fandom turc, et bien d'autres dont l'énumération serait fastidieuse.

A Trieste, les deux compères Feron-Dumont impriment sur place le zine de reportage traditionnel, appelé pour la circonstance "TRAMONTANA". Les mauvaises langues diront par la suite que ce fanzine a été réalisé non avec du méthanol, mais bien avec de la Slibovitch (alcool de prunes très répandu et bon marché en Yougoslavie, dont la frontière se trouve à quelques kilomètres de Trieste)

LA FIN DES ANNEES '70

Between disparaît vers la même époque, Stekke effectuant son service militaire. Feron, qui avait déjà relâché la pression, ne donne plus de nouvelles. Liesnard se perd dans la diplomatie. Goorden continue, mais de plus en plus loin du fandom.

Seul OCTAZINE, devenu OCTA, continue sans problème...

Une des particularités de XUENSE était la série des aventures de ZERNOR. C'est-à-dire qu'ayant inventé le mort "Xuensè", j'ai inventé l'univers de Xuensè. Un univers de type "sword and sorcery", basé sur la géographie réelle de la région d'Esneux et comportant dans chaque épisode un mélange de personnages (ou d'événements) purement imaginaires et d'autres inspirés de la vie quotidienne, par exemple l'hyène Harra (Michel Liesnard), le Vil Ekets (anagramme de Stekke), le Duc du Mont Mort (Léon Mormont) ou encore le Comte d'Octasie qu'il est inutile de présenter...

 

ANECDOTES (suite)

LE REVEILLE-MATIN DE MICHEL FERON

 

Si l'on devait noter tous les faits étranges ou particuliers se passant dans les Conventions, des volumes entiers seraient nécessaires, tellement le petit monde du fandom est coloré, folklorique et imprévu. Gand en 1972: une excellente Convention organisée de main de maître par André Derijke (maintenant décédé), Simon Joukes et son équipe. Nous y avons vu un Michel Feron relativement excité, ayant oublié chez lui son réveille-matin. Car il faut le signaler, il n'était pas question pour lui de rater les activités du lendemain matin... Nous avons donc surpris notre ami Michel Feron arpenter les principales rues de Gand, à la recherche d'un horloger pouvant lui vendre un réveille-matin de voyage. Cette quête dura plusieurs heures. C'était un samedi, et, paradoxalement, les magasins étaient presque tous fermés. Ayant passé le message à bien des participants, Michel Feron s'est retrouvé en fin de journée avec une demi-douzaine de mécaniques diverses, allant du gros ustensile de campagne au Mickey sonnant, offerts par gag par certains fans. De quoi réveiller tout un régiment...

Michel Feron, photographié à Gand en 1984, considéré comme le "géant" du fandom belge avec ses 1,86 m.

 

LE CAPITALISTE ALAIN LE BUSSY...

Alain le Bussy est loin d'être un capitaliste, car comme nous, comme vous tous, il doit travailler pour gagner sa vie. Et en Belgique (tout comme en France sans doute), cette activité n'est pas sans problèmes. Il faut être performant, si l'on veut consolider sa place... Mais en revanche, ça permet de jouer au riche, lorsque l'on va à l'étranger dans les pays de l'est. La Convention de Cracovie qui s'est déroulée en Pologne du 9 au 12 mai 1991 a permis à Alain le Bussy de découvrir un monde tout à fait extraordinaire dans lequel il apparaissait comme un magnat. Pensez donc: s'offrir le restaurant avec en prime une bouteille de wino, c'est assez extraordinaire. De plus, payer à son épouse un manteau de laine pour un peu moins de 8,67e est encore plus exceptionnel. A l'ouest, nous ne connaissons pas notre bonheur... Voir le numéro 32 spécial de XUENSE consacré à Cracovie.

Selon un rapport de notre mission économique en Pologne à l'occasion de l'Eurocon 2000 de Gdynia, les Polonais sont presque prêts à entrer dans l'Union Européenne, pratiquant maintenant des prix atteignant entre 60 et 80% des nôtres. Et la vodka y est maintenant à peine moins chère que dans nos grandes surfaces.

 

1976 - 1983 : UNE PERIODE CALME

YVERDON, du 13 au 15 mai 1978

Claude Dumont est l’invité d’honneur de cette manifestation qui se déroule dans la belle ville d’Yverdon, au bord du Lac de Neuchâtel. C’est une excellente convention, à laquelle participent la Commune d’Yverdon et la fameuse "MAISON D’AILLEURS". Pierre Versins en est l’instigateur et le choix des films proposés aux fans est absolument extraordinaire. L’un d’eux m’a véritablement marqué: " Fin août à l’hôtel Ozone ". Je ne peux malheureusement en dire plus, puisque je n’ai pas noté le nom du cinéaste qui a produit cette merveille.

Citons encore un passage extrait d’Octa-Info numéro 8, de mai 1978:

YVERDON LA CONVENTION DES COPAINS

Il faut d'abord que je signale un fait important : j'ai rencontré Pierre Versins pour la première fois à Yverdon, alors que j'étais en relation épistolaire avec lui depuis près de 20 ans. Je crois que ma première correspondance date de l959. J'avais alors 17 ans. Ce fut, à Yverdon, quelque chose comme la "rencontre du quatrième type".

A cette convention, j'ai rencontré bien entendu pas mal de fans tous plus ou moins intéressants. J'ai revu Magnus, caché derrière son Batard, le Milbergue, sa Gestetner et ses casseroles (il campait dans le terrain municipal,) qui nous a gratifiés de plusieurs petites productions quotidiennes et locales, et qui m'a refilé une carte de membre de SFFAN, comme de bien entendu. A ce point de vue, son stand était dangereux...

Parmi les fans couleur locale, citons Jérôme Piroué, sympathique, et qui semble avoir les dents longues; J.F. Thomas, accompagné de sa charmante épouse et de son petit mutant aux yeux bleus. L'un comme l'autre ont des projets intéressants. Le fanéditeur Kesselring était lui aussi présent, avec ses 115 kilos, son secrétaire Bernard Blanc accompagné de la môme Favarel. Dieu! comment c'est possible qu'une aussi jolie fille s'acoquine avec un mec aussi laid ? (1) (je parle de Blanc; Rolf serait plutôt du genre à les faire tomber, les martiennes). Quant à Versins (je n'ai pas encore parlé de lui) il correspond à l'image que je m’étais faite de lui. Sympa, aussi fou et faniqué que moi (c'est ma moitié qui l'affirme) et pétillant de malice derrière sa courte barbe.

Marcel Becker était là, lui aussi, observant, jugeant, circulant. Son point de vue sur la 'Con doit correspondre au mien. Il a reçu le Prix Gala, décerné par Goorden-Batard, pour son travail important réalisé avec les auteurs et les éditeurs. Dommage qu'Espace-Temps ait été violemment critiqué par Bernard Blanc, qui a, je pense, une sainte horreur des particules atomiques...

Elisabeth Vonarburg, représentant Requiem. (avec Esther Rochon) voltigeait de l'un à l'autre, discutant., pérorant, souriante et malicieuse derrière ses lunettes, proposant une convention à Chicoutimi en l982. Jolie fille, la seule d'ailleurs qui intéressait Dominique Warfa, venu en ligne droite de Liège avec son compère Delsemme. Je me demande d'ailleurs comment Delsemme arrive à être copain avec Crouquet. (2) Ces deux gars-là ont des idées totalement divergentes. Enfin... Bernard Goorden (l'homme qui envoie des recommandés qui n'arrivent jamais chez Dumont) m'a semblé plus humain et beaucoup moins clérical qu'à l'accoutumée. Il est difficile à un mutant de s'adapter aux moeurs des terriens. Quoiqu'il en soit, le texte de sa conférence passera dans Octazine 11. L'ours des cavernes bruxelloises, en l'occurrence André Leborgne, accompagné de la Tania (*) aux étoiles, était là, lui aussi. Je crois d'ailleurs l’avoir vu charriant la môme Favarel, pendant que Blanc mangeait dans l'assiette de Kesselring (ou était-ce l'inverse?)

Bref, tout ce petit monde rassemblé se trouvait être bien sympa. Un seul point noir: les sarcasmes réac' de Blanc. Il faudra peut-être que je discute avec lui pour mieux le comprendre et l'apprécier. En tout cas, il ne correspond. nullement à l'image que je m'étais faite de lui après avoir lu " Comment j’ai tué Jules Verne ".

Les intéressés auront lu, bien sûr, le compte-rendu de Milbergue, diffusé sur place. Sachez seulement que tout n’a pas été dit. Ainsi, par exemple, au restaurant, tandis que Thierry Stekke louchait vers Elisabeth Vonarburg et que Warfa (2) clignait de l’oeil vers Muriel Favarel, Batard se brûlait les doigts avec les frites suisses. D’où les quolibets faniques habituels: " Batard est un androïde, faut voir sa mine déconfrite! ", ou bien, à André Leborgne recevant des projectiles venant on ne sait d’où: " Attention, n’a-Moshé pas Leborgne! "

Cheinisse, lui, retirait le pain de la bouche de Tania, qu’il portait en trophée (le pain, pas la Tania). Ce qui a amené Warfa à dire: " Y en a qui ont le Tania solitaire! ". Batard s’est saoulé après avoir bu dix verres don (Crouquet) et la serveuse prenait Crouquet pour une sauterelle (Crouquet = criquet)...

(1) Cette simple phrase m’a valu, un peu plus tard lorsque j’ai rencontré Blanc à Bruxelles, lors de la Convention de 1982, si j’ai bonne mémoire, une invitation à un pugilat dans les toilettes du local. Je n’ai pas accepté, le rapport de forces étant trop évident: 95 kilos contre 40, ça n’aurait pas tourné à l’avantage de Blanc...

(2) Pour la bonne compréhension du texte, il faut savoir que Serge Delsemme est le pseudo de Serge Crouquet. Idem pour Dominique Warfa, pseudo de Thierry Stekke.

(*) Tania Vandenberghe, tenant à l’époque à Bruxelles une librairie spécialisée dans la SF " Peper Land ", tandis qu’André Leborgne se spécialisait dans la bande dessinée.

 

Une indigestion de fandom, on ne s'en remet pas facilement. Certains n'en guérissent même jamais.

D'août 1976 à décembre 1983 - 88 mois - je n'ai touché à aucune activité fanique. Ni Convention, ni fanzine réalisé ni, je crois, participation à un seul zine. Je ne répondais plus au courrier, des gens ont pu me croire mort ou me juger malpoli. Je m'en excuse ici, s'il s'en trouve parmi les lecteurs. C'était vraiment comme une sorte de dépression nerveuse profonde, sauf que le mal se concentrait uniquement sur l'activité fanique, car cela mis à part, je menais une vie tout à fait normale sur le plan professionnel, sur le plan familial, et même politique local.

Je lisais toujours de la SF, ce qui me tombait sous la main, mais à deux exceptions près, je n'ai plus touché au clavier de ma machine. L'une des exceptions est un texte, "LE REVE DE L'EXILE", que j'ai envoyé à Claude Dumont, avec qui je gardais de vagues contacts à l'occasion des fêtes du 15 août à Liège. Je ne sais même pas s'il l'a publié. L'autre exception est un roman, "DERAAG", qui a été publié au Fleuve Noir en 1993. Mais, d'une certaine manière, je continuais à publier une revue, car la firme qui m'employait avait décidé de réaliser un journal d'entreprise en 1977 et de m'en confier la responsabilité. Lors du numéro de Noël, en 1981, on décida de publier un conte... de Noël évidemment. Ce fut un conte traditionnel provençal. En 1982, on recommence et, pris par je ne sais trop bien quel démon, j'ai l'idée d'écrire moi-même un conte plutôt que de puiser dans un stock disponible. Cela s'appellera "Noël Blanc" et c'est mélo à souhait, mais ça plaît...

En 1983, le comité de rédaction décide qu'on recommence et me demande d'écrire un autre texte. Moi qui n'ai presque rien écrit en SF depuis des mois, je ponds en deux ou trois heures une histoire appelée "UNE IDEE LUMINEUSE", qui fait de deux extraterrestres les inspirateurs des bergers et des Rois Mages dans l'hommage qu'ils rendent à Jésus. Nous avons 5 ou 600 lecteurs, pour eux c'est souvent le premier texte de SF qu'ils lisent et ça leur plaît. Je me dis que je peux écrire autre chose, et juste avant les vacances de Noël, je réalise XUENSE numéro 17, y reprenant l'Idée et une nouvelle aventure de Zernor, ainsi qu’un texte sarcastique, " LE BON VIEUX TEMPS " qui, plus tard, sera repris par Josiane Kiefer dans CHIMERES. Je tire à 55 exemplaires et j'envoie ça aux personnes dont j'ai encore l'adresse. C'est symbolique, exactement comme la coutume ancienne qui voulait qu'on renverse un peu de vin lors d'un banquet pour abreuver les Dieux. Je ne sais même pas si mes adresses sont encore bonnes et, à part le fanzine de Claude Dumont, que je reçois régulièrement, je suis en dehors de tout.

C'est alors que le miracle des réseaux se produit. On cite la résurrection de XUENSE en parlant d'un zine presque mythique et légendaire, je reçois des fanzines en échange, du courrier. Malgré ma paresse - j'ai horreur d'écrire des lettres, je préfère le téléphone - comment veut-on que je ne me sente pas forcé de répondre pour faire honneur à cette réputation inattendue?

C'est reparti pour XUENSE, les 18 et 19 paraîtront en 1984. L'année 1985 verra un rythme trimestriel avec les numéros 20 à 23 et des collaborations du fandom (Claude Dumont, Marc Bailly) ou régionales (Paul Dothée, Christian Maquet, Guy Harmel (*)), ainsi que le retour de Jean-Claude Veilles, illustrateur essentiel de XUENSE de la première époque. En outre, deux numéros spéciaux: une reprise des aventures de Zernor de la période 1970-1976, et un roman: "LA SAGA DE GRINN".

Entre parenthèses, le fandom a bien changé, d'une période à l'autre. C'est une remarque générale, même si, de la part des anciens, elle se teinte de nostalgie. Les fanzines sont devenus sérieux au point d'être prétentieux. On dirait qu'on ne fait plus de zines pour s'amuser, (encore qu'il faille citer à l'honneur les quelques parodies du Fleuve publiées par Francis St-Martin) mais pour communiquer des messages, et le fandom se teinte d'idées au minimum philosophiques, quand elles ne sont pas directement politiques, voire doctrinaires (Pournelle est un mauvais auteur disent certains qui ne l'ont jamais lu, non pas parce qu'il écrit mal, mais parce qu'il écrit "de droite" ).

Le Zinedom belge est presque mort: du côté flamand, le "SF-GIDS" continue, publié par Eddy c. Bertin.

(*) Qui écrit ses bouquins en dialecte flamand, ceux-ci étant directement traduits en anglais pour être enfin retraduits en français...).

(*) Chanteur et poète qui anime depuis trente ans un cabaret appelé les Six Cordes à Esneux. C’est lui, ce Gharmel, barde errant, qui apparaît dans les intro des romans du cycle de Chatinika.

(**) Actuellement, nous retrouvons cet auteur dans la revue SF flamande "CERBERUS".

Claude Dumont publie OCTA avec constance et c'est tout, à part deux numéros isolés du Groupe PHI marquant une tentative de Stekke-Warfa et Fantaspace qui, animé par Luc Spirlet, ne publiera que quelques numéros.

Evidemment, il y aura SERIE B pour quelques numéros, mais c'est un semi-pro qui, plutôt orienté vers le Polar, ne consacre que quelques colonnes à la SF, surtout via Warfa. Il y a aussi "MAGIE ROUGE", de Suzane Vanina, magnifique revue semi-pro qui ne dédaigne pas la SF. Puis, des cendres et de l'équipe de Fantaspace va naître PHENIX. Mais ceci est une autre histoire...

En 1986, les numéros 24 et 25 paraissent, avec encore Marc Bailly, mais aussi Dominique Warfa et Benjamin Pirson. XUENSE est bien reparti. Le numéro 26 est en préparation. Il est daté de janvier 1987, mois fatidique... Hélas! La vie n'est pas que fanique... Je perds mon boulot et me retrouve au chômage en février 1987. Je dois consacrer mes faibles moyens financiers à faire vivre ma famille plutôt qu'à publier XUENSE. Je sortirai néanmoins un XU, le 27, en octobre, avec une couverture d'Alain Vandenberghe. Le 4ème spécial, un roman, "REVER A VALOGYR", contenant de nombreuses illustrations d'Alain Vandenberghe, sortira en février 1988, mais c'est un volume qui était tiré à 95% en 1986. Il n'a donc pas altéré mes finances au moment de sa publication.

Il venait à point, car mon silence forcé a fait croire à certains que j'étais GAFIA pour la seconde fois. D'autant plus que j'avais décidé de me remettre à fréquenter les Conventions, projet que je dus annuler pour les mêmes raisons financières.

A part "VALOGYR", 1988 est donc une année morte, encore que sur le plan écriture j'aie eu par la force des choses beaucoup de loisirs qui furent bien occupés en quantité, sinon en qualité. On verra si certains textes écrits à l'époque seront publiés. C'est l'éternel espoir de l'Auteur.

Je ne suis pas GAFIA, mais trop pris à me reconstruire une carrière - et à me refaire une santé financière - depuis octobre 1988, j'attendrai l'étincelle de CONFICTION pour relancer XUENSE. Le numéro 28 annonce CONFICTION (novembre 1989), et le numéro 29, daté d'août 1990, est un spécial bilingue tiré pour CONFICTION. Pris par la fièvre des activités faniques, mon PC ne sait plus s'arrêter de crachoter, et un numéro 30 sort en novembre, simple newszine de 12 pages sur CONFICTION, avec SFANWALL numéro 1 au même moment (SFANWALL Zéro datant de 1975 - à noter pour le Guiness Book of records) qui invite à une mini-convention à Esneux. Celle-ci est racontée dans XUENSE 31, numéro bilingue de février 1991. Et comme j'y annonce ma participation à CRACON, cette Eurocon sera le thème central de XUENSE 32, le dernier en date. En fait, à l'heure où ces lignes sont composées, XUENSE numéro 33 vient de sortir, avec une excellente couverture de Chris. Il est un peu différent des précédents, Alain cherchant, tout comme Claude Dumont, à améliorer l'esthétique de son fanzine... Mais un XUENSE spécial 5 vient de paraître, une formule nouvelle, à la fois sur le plan technique - plus d'agrafage central, les feuillets sont encollés - et sur le plan contenu, ce n'est plus un magazine, mais un recueil de nouvelles.

Je ne sais si ma modestie naturelle (humph!) m'autorise à le dire, mais 1991 verra d'une part la publication dans ALPHA de Jean-Pierre Moumon de "Conte moderne", texte inédit que j'avais écrit en 1975 dans le cadre du Grand Gag destiné à Stekke-Warfa (les deux gosses de la fin s'appellent d'ailleurs Thierry et Dominique) et d'autre part par "UN DON INNE" qui est une version revue du premier texte que j'aie jamais écrit, en 1966...

Nul ne pouvant prédire l'avenir, je ne sais si ces quelques lignes ne seront pas, peut-être, ma dernière activité fanique. Mais je ne vois aujourd'hui aucune raison objective d'arrêter (zut! diront ceux que j'emm...) C'est devenu tellement naturel à la maison de me voir tout à coup dans la fièvre de "faire un XU" que l'autre jour, Jacqueline mon épouse, qui n'a pourtant pas des idées noires, m'a demandé si je n'avais pas prévu de rédiger un XU pour publication à titre posthume, pour ne pas interrompre trop inopinément l'aventure. Il y a là matière à réflexion. En tapant ces trois dernières lignes, j'ai déjà le titre d'un texte: "ZERNOR AU ROYAUME DES MORTS"...

 

LA CONVENTION DE GAND,

du 9 au 11 septembre 1977

Organisée par SFAN et la NCSF (association néerlandaise de fans de SF) cette convention rassemble Bob Shaw, Roland Grünberg, Christine Renard, Michel Jeury, Léon Mormont, Claude Cheinisse, Dominique Warfa et bien d’autres. Francis Valéry en fera un excellent compte-rendu dans son "AILLEURS et AUTRES " numéro 8 d’octobre 1977. Curieusement, on retrouve également un écho de cette convention dans "Magnus" de... mai 1977, publié par Eric Batard. On suppose qu’Eric Batard s’est propulsé dans le temps avec la machine de Wells... Par contre, Jean Milbergue citera également avec détails cette convention dans "A LA POURSUITE DES SSFANS " numéro 4, en octobre de la même année.

Signalons également le travail effectué par Chris BERNARD en éditant le fanzine " MINIATURE ". Choix des textes, convivialité, tout est intéressant dans ce fanzine qui publie aussi le belge Frank ROGER (dont on retrouve bien des textes dans OCTA), mais aussi P.J. Brouillaud, Jean Santi, Duncan d’Irah (notre ravissante Claire Panier), Lucas Shesivan (apparemment un belge de bon ton...), Serge le Guyader, Daniel Conrad, Marie-Pierre Najman, votre serviteur et bien d’autres.

Durant ce temps, " YELLOW SUBMARINE " atteint son numéro 123 et sa 14ème année d’existence. Bravo André-François Ruaud. Un joli travail.

 

L' EMULATION (suite)

Petit retour en arrière...

OCTAZINE continue donc sans problème son petit bonhomme de chemin. Les numéros 7, 8 et 9 ont une couverture couleur, réalisée directement par stencils électroniques suivant un procédé d'impression en trichromie. C'est une première, tout au moins avec le procédé employé. C'est la Société Ronéo qui permet ce travail, en mettant à la disposition de Dumont un matériel relativement sophistiqué pour l'époque, notamment pour réaliser les couvertures couleur. Actuellement, cette machine Ronéo sommeille dans un grenier...

Un seul fanzine couleur a déjà vu le jour. Il s'agit de " LA SIRENE D'HA LARM ", de Jacques Ferron, entièrement peint à la main, au pastel. Le procédé sera repris plus tard par Patrice Verry, avec son numéro 57 de " VOPALIEC " d'octobre 1983. Puis, quelques années plus tard (1990 et 1991), William Waechter renouvelle la méthode en coloriant au feutres des numéros de " PLANETE A VENDRE ". Il est évident que l'élaboration artisanale d'une couverture couleur prend du temps et de l'espace (Patrice Verry ayant dû laisser sécher ses couvertures avant de les assembler, en les disposant un peu partout sur les meubles, tables, chaises et autres supports!) D'autres " prozines " ont eu des couvertures couleur, mais ils n'entrent pas dans le cadre de notre ouvrage, puisque réalisés par des imprimeurs.

Claude Dumont publie son deuxième recueil: " L'ESPACE DEBRIDE ", qui reçoit une Médaille d'Or à Paris, à l'A.I.L. (Académie Internationale de Lutèce, 36ème reconnue après l'Académie Goncourt). Les Médailles d'Or se succèdent pour trois romans et deux recueils de nouvelles (" La menace des Vizoptères ", " Les Planetoverde ", " Les bulles "...) Il est nécessaire de signaler que, bien entendu, malgré leur distinction, ces ouvrages ont été systématiquement refusés par les éditeurs à qui ils avaient été adressés.

1978, Claude Dumont est l'invité d'honneur de la Convention d'Yverdon, organisée par Pierre Versins. En correspondance pendant presque 15 ans sans s'être jamais vus, Versins et Dumont ont peut-être réalisé là la "rencontre du quatrième type". OCTAZINE 10 est présent à Yverdon. Dans ce numéro, une vieille rubrique: le Miroir Cosmique. Il faut noter en passant que les archives photofaniques de Dumont sont importantes. Certaines parmi les plus représentatives (plus de 50) seront exposées à Montfort, lors de la 18ème Convention Française de SF.

Novembre 1978: OCTAZINE change de peau et devient OCTA-MAGAZINE. Il passe de l'A5 à l'A4, avec toujours des couvertures couleur. Le numéro 11 passe Daniel André en première page, et les numéros 12, 13 et 14 suivent, de facture plus ou moins classique. Avec le 15, Claude Dumont passe à l'offset et parvient ainsi, grâce à une vieille machine antédiluvienne récupérée sur les lieux de son travail, à passer des illustrations (ça manquait dans les numéros précédents) d'artistes locaux. OCTA-MAGAZINE prend tout de suite une autre dimension, mais reste néanmoins une création bien artisanale, d'autant plus que le maniement d'une machine offset demande un peu de doigté. Parallèlement à ces activités, Claude Dumont continue la publication d'OCTA-INFO en format A5, qui diffuse certaines informations concernant le fandom.

Nous arrivons ensuite à Rambouillet en septembre 1980, une Convention organisée par Jean Milbergue.

L'un des membres du CNAS, faisant partie de l'équipe de Dumont, expose près de 50 agrandissements photographiques de science-fiction. Ces photos sont véritablement des chefs-d'oeuvre. Il s'agit de Jean-Louis Brignoli qui deviendra un peu plus tard l'un des meilleurs peintres sur carrosserie de Belgique. Une émission lui sera d'ailleurs consacrée en 1985 par RTL/TVi. Brignoli touchera à Rambouillet son tout premier chèque pour une vente qui l'incitera à continuer dans cette voie...

La Convention de Rambouillet n'apportera pas grand chose de nouveau à Dumont, contrairement aux résultats positifs obtenus à Yverdon, Trieste ou Heidelberg. Mais c'est quand même à Rambouillet qu'il fait la connaissance d'Yvan Cayrel, artiste un peu folklorique, mais bien sympathique. Mais le petit reportage qui suit, extrait de Octa-Info 16 d’octobre 1980, donne néanmoins un bon aperçu de cette manifestation:

Rambouillet, 5 mois après...

La Convention de Rambouillet s'est déroulée du 5 au 7 septembre dernier. Plusieurs membres du C.N.A.S. y étaient présents et l' un d'eux d'ailleurs, Jean-Louis Brignoli, y a exposé quelque 50 oeuvres photographiques du meilleur cru.

Cette Convention ressemble à beaucoup d'autres. L'équipe du C.N.A.S, y a trouvé, ou retrouvé, des gars comme Milbergue, Marlson, Phi, Cayrel, Ruf, Valéry, Nolane, etc. Sans oublier bien entendu Fremion, Cheinisse et ses deux filles, Jean-Pierre Andrevon qui m'a semblé beaucoup plus modeste et plus effacé que je ne le croyais au départ. Bref, beaucoup de braves personnes qu'on aime voir et revoir. Cette Convention m'a permis aussi de voir les seins de Joëlle Wintrebert qui arborait à ce moment un très beau T-shirt fort décolleté. Bon, hum! je ne voudrais pas passer pour plus roublard que je ne le suis. Dans cette assemblée, il y en avait bien d'autres, des roublards: des ceusses qui oublient de payer leur chambre d'hôtel, des ceusses qui courent jupons, des ceusses qui... etc.

Exceptionnellement, j'ai trouvé le Duvic fort sérieux, et le Warfa toujours aussi clérical. Quant au Delsemme, c'est fou ce qu'il ressemble à un gars que ,je connais bien et qui habite rue des 22. Dans cette mêlée fanique, il ne manquait que Tania Vandenbergue, et j'ai regretté son absence.

Tout à son aise, un membre du C.N.A..S. et animateur à Radio 081 - Yves Delhaye - allait de l'un à l'autre, l'enregistreur Uher au poing, posant questions et rassemblant documents sonores sur documents sonores. Bref, une bonne Convention, où l'on a finalement quand même travaillé : quelques tables rondes, un exposé de Pascal J. Thomas sur la Convention de Boston, quelques films. Entre autres, un film franchement dégueulasse et indescriptible de Laurent Boutonnat intitulé " La Ballade de la Feconductrice " où l'on voit une brave fille semer la mort autour d'elle, un clodo en train de dégueuler pour ensuite remanger ses déjections, après les avoir salées, un brave curé couper la quéquette d'un grand enfant de coeur à l'aide, d'une paire de ciseaux, un paralytique sur sa chaise roulante entrant en collision avec un béquilleur aveugle, etc. Comme on s'en aperçoit, il s'agit d'un film hautement intellectuel. De plus, l'héroïne n'était même pas jolie...

Viennent ensuite deux courts métrages de Jean-Pierre Andrevon qui ont le mérite, eux, si la qualité technique n'est pas excellente, d'avoir un sens.

Enfin, j'ai trouvé que la population des Conventions rajeunissait au fil des années. J'ai connu des Conventions où la moyenne d'âge était tout de même plus élevée, (Yverdon, Liège, Trieste, Heidelberg...) C'est un désavantage' en ce sens que les jeunes, généralement, ont moins de fric que les croulants. Enfin, je n'ai pas à me plaindre, le plus croulant de tous était Jean-Pierre Klein, qui a fait une brève apparition. Je n'ai pas pu l'épingler et Dieu sait si j'aurai voulu faire un peu de causette avec lui. Ceci dit, j'attends avec impatience les avis des confrères sur cette convention Rambolitaine.

Une brave personne que j'ai trouvée sympathique: Anne-Marie Verseau, qui s'est chargée de l'accueil et qui, pas une seule fois, n'a cessé de sourire.

Le fandom d'après 1980 est devenu assez imbu de lui-même. Il faut souligner que les moyens d'impression modernes (reprographie de qualité, offset...) permettent des réalisations de meilleure facture et des tirages plus élevés. Ce qui amène naturellement les fanéditeurs à vouloir faire mieux à chaque fois, à dépasser en qualité et en volume les concurrents, à ce rapprocher d'un certain professionnalisme. C'est sans doute une erreur en fait car, comme le disait Pierre Versins dans ses "fanactivités":

"Un fanzine tirant à 1000 exemplaires est-il encore un fanzine?"

Pourquoi justement vouloir une qualité presque professionnelle alors que l'esprit fanique est toujours présent à chaque réalisation? Question ridicule s'il en est, car n'est-ce pas naturel de vouloir s'améliorer avec le temps? Nous arrivons là dans le domaine très controversé de la définition du fanzine et de son utilité. Peut-être devrions-nous accepter celle de Dominique Warfa qui affirme qu'un fanzine est une publication qui ne rémunère pas ses auteurs, tandis qu'est revue celle qui paie, peu importe le tirage. Personnellement, je retiendrais une définition de Bernard Stéphan, dans une lettre datée du 24.9.1991: "Fanzine, revue semi-pro, feuille de chou! Moi, ce qui m’intéresse, ce n'est pas le mot que le milieu va utiliser pour désigner tel ou tel travail, mais bien plutôt forme et fond de ce qui est proposé. Au Diable les étiquettes et les critiques. Place à ceux qui veulent agir et font quelque chose."

L'après 1980 voit apparaître des fanzines qui n'en sont plus, mais qui de toute façon franchiront difficilement cette barrière du professionnalisme. Une impression, même offset, coûte très cher, et les tentatives sont parfois cuisantes. L'esprit fanique a déserté bien des amateurs, dégoûtés probablement par une débauche de "bonne SF" soit en films ("Star War", "Alien", E.T., "Tron", etc.) soit en livres avec l'avalanche des rééditions (J'ai Lu, Le Masque...) et des émissions TV comme par exemple " Temps X " des frères Bogdanoff. Le fanéditeur n'est plus motivé de la même façon, il se lasse, finit par sombrer dans l'oubli par manque d'activité. De plus, les conditions économiques freinent les tendances. L'amateur, le vrai, achètera plus facilement une revue distribuée en librairie ou par souscription qu'un fanzine imparfait et à l'aspect par trop artisanal. Le caractère éphémère du fanzine n'autorise pas le crédit. Pourquoi payer un abonnement dans ces conditions? Le fanzine visé sera-t-il encore présent trois ou quatre mois après? Beaucoup d'amateurs sont ainsi floués, car rares sont les remboursements en cas de cessation.

En 1983, Claude Dumont est admis à la Société des Gens de Lettres, parrainé par Raymond Bath et Serge Young, l'un publiant " POEMAS " depuis des années, tout en oeuvrant à la promotion d'artistes divers dans le monde de la poésie, le second dirigeant la branche belge de la SGDG/SCAM. Ce n'est pas spécialement une distinction. En fait, la SGDL ouvre quand même certaines portes et permet l'accès à divers services, dont le moindre est la protection de l'auteur. Le service juridique de la SGDL est relativement performant dans la défense de ses membres.

Octobre 1984, parution d'un second recueil artisanal, lui aussi récompensé par une Médaille d'Or: SOMBRES UNIVERS ", préfacé par Jacques-Thomas Bilstein, l'auteur de " L'OEIL DU DIABLE ". Ce recueil est rehaussé d'illustrations d'artistes locaux ayant déjà sévi dans un précédent ouvrage, imprimé : " CARRE FOURRE ". Petite parenthèse, ce " Carré Fourré " est réalisé conjointement avec les membres du groupe " Thème Six ", qui ont à leur actif plusieurs films tournés en super 8. L'un de ces films, " LES POUSSIERES DE L'AVENIR " voit l'acteur Claude Dumont convenablement grimé en savant un peu machiavélique qui, blessé lors du dernier cataclysme terrestre, un bras et un oeil artificiels commandés par une électronique de pointe, fait des recherches en bio-électronique. Ce film a obtenu un Prix lors du dernier festival du cinéma d'amateurs organisé à Namur.

Claude Dumont, lors des essais de maquillage.

Début 1985, Claude Dumont publie OCTA-MAGAZINE numéro 16, très copieux puisqu'il comprend 76 pages A4, dont 50 de textes. D'innombrables illustrations et une rubrique sur le paranormal de Henri Prémont, auteur de plusieurs livres sur les rêves (" Mieux comprendre ses rêves " ou " Les mystères de la Lune " par exemple), animateur sur R.T.L. et conférencier bien connu dans le fandom.

Le peu d'intérêt suscité par ce numéro incite son auteur à la prudence. Faut-il continuer? Doit-on encore écrire pour des lecteurs statiques ou désintéressés? Durant plusieurs mois, la question reste posée. Il n'y aura pas de réponse.

Alors que Marc Bailly, à Bruxelles, se lance à corps perdu dans l'édition de " PHENIX " et qu'Alain le Bussy reprend ses éditions xuenséïques,OCTA-MAGAZINE " meurt, faute d'intérêt. Lassitude peut-être de Claude Dumont, qui voit le fandom d'un autre oeil? Mauvaise période ou conjoncture?

Ce fanzine sera remplacé par divers petits fascicules au format A5 destinés à maintenir le contact. Dumont n'est pas encore GAFIA (voir cette expression dans le texte de le Bussy), mais bien prêt de l'abandon. Le cercle des amateurs se réduit régulièrement. Nostalgie des années '60? Et pour qui? L'époque n'était pas la même, les médias moins envahissantes, les techniques moins évidentes (à l'époque, un film comme " STAR WAR " était impensable) et les techniques modernes d'impression beaucoup moins accessibles. On ne disposait alors que de duplicateurs à alcool et les mieux nantis opéraient sur duplicateur à encre. L'esprit général des fans et des fanéditeurs était plus ouvert, plus convivial, pour reprendre une expression en vigueur de nos jours. Il existait un dialogue qui, sans vraiment être culturel, était avant tout humain et bienveillant. Un courrier important s'échangeait entre amateurs. L'esprit fanique existait.

De nos jours, tout cela semble avoir disparu. L'étonnement et la critique amicale ont été remplacés par la critique virulente et le boycottage pur et simple. La critique virulente, parce que l'auteur d'une étude sur un fanzine, un livre ou un film veut choquer, non pour être objectif, mais pour se faire un nom dans le milieu. (Je pense aux critiques acides et sans fondement de Bernard Blanc qui a publié chez Kesselring " POURQUOI J’AI TUE JULES VERNES "). Quant au boycottage, je pourrais citer une demi-douzaine de fanzines, voire de revues, qui vous ignorent superbement, même après plusieurs rappels. Pas de réactions à vos envois de lettres, de textes ou de fanzines...

Certes, la fanédition varie suivant les époques. Elle traverse les événements suivant une sinusoïde compliquée. La fanédition d'après 1980, par exemple, est à l'origine de quelques chefs-d'oeuvre. Il suffit de penser à OPTION, de Laurent Pfeiffer, à PHENIX, de Marc Bailly. OPTION a disparu. PHENIX s’est transformé, fondu dans les Editions Claude Lefrancq, puis Naturellement. En fait, le fanéditeur actuel oublie que la fanédition est avant tout un hobby, qu'elle est pratiquée " après journée ", après les obligations familiales et/ou professionnelles, suivant le temps disponible et l'argent qu'on peut y consacrer.

Le fanéditeur qui réalise ce tour de force de publier son bulletin dans des délais réguliers et sous une présentation pratiquement professionnelle devrait être pris en exemple. Durant les années '80, les quelques 500 lecteurs potentiels du fandom francophone ont été relativement passifs, alors que les fanéditeurs s'imaginaient pouvoir réussir là où d'autres avaient échoué. Réussir quoi?

Jusqu'à présent, je n'ai changé que quelques détails au texte qui figurait dans les "Trente ans", mais nous entrons maintenant dans la dernière décennie du siècle et de cet opuscule. Et, pour moi, dans une double vision des choses. J'essaierai autant que possible de séparer les deux, ce volume s'intitulant Quarante ans de fanéditions.

Je n'ai jamais écrit ZERNOR ET LE ROYAUME DES MORTS, mais ça peut venir un jour. En fait, il y a encore eu trois ou quatre textes du cycle, plus d'autres textes faniques, mais peu à peu je me suis retrouvé de plus en plus captif (ou captivé) d'une autre activité, mais on en reparlera plus tard.

Sur le plan du fanzinat, la publication du recueil " HISTOIRES SOMBRES " (dos carré, collé main) m'avait donné d'autres idées. Il y a eu au cours des années 89 à 92, quatre autres volumes publiés: un second recueil de nouvelles, un roman intitulé JARLE ET LES LIMACES et les deux premiers volumes d'un cycle sans fin, " YORG DE L'ILE " et " RORK DES PLAINES ", ceux-ci étant plus tard publiés au Fleuve. (Ici comme là, ils sont épuisés.)

Comme dit Claude ailleurs, le fanzinat a bien changé et pas mal de zines ont des présentations dignes de magazines professionnels et des exigences itou. La seule chose qui les rend différents est un simple détail, mais qui est essentiel: l'idée de l'oeuvre gratuite, de l'oeuvre d'amour, subsiste encore souvent, et c'est même le cas dans la plupart des revues qui se disent professionnelles, car elles paient des clopinettes et leur état-major est loin d'y gagner sa croute. Ça ne pose pas de problème, sauf quand le rédac'chef, qui prétend en vivre, même partiellement, se refuse obstinément à payer 1 cent à ses collaborateurs et auteurs.

Bon, laissons passer un ange...

J'ai donc continué XUENSE avec mes petits moyens habituels.

J'entrais aussi dans une autre activité.

Je vais profiter de ces lignes pour vous avouer une sorte de supercherie... Grâce à l'abonnement à IMAGINE que je m'étais offert en contrepartie de mes 30 $ can, j'ai appris l'existence du concours 7ème continent d'IMAGINE et je leur ai envoyé deux textes, l'un sous mon nom et l'autre sous un pseudo. Les pseudonymes multiples et parfois très fantaisistes sont l'une des marques du fanzinat, ma vieille copine Véronique Vexin pourrait vous en conter un bout là-dessus. LE JOUR DES GENS MECHANTS, envoyé sous mon nom a dû se classer troisième ou quatrième, mais la lettre qui me l'apprenait mentionnait que le vainqueur était LES LOIS DU HASARD, soumis par Alexandre Gobiet, mon neveu... et l'autre texte que j'avais envoyé. Or, LES LOIS, dans une première version deux fois plus courte, avait été publiée en 1970 par le Bulletin de Littérature de l'Université de Liège!

Revenons à XUENSE...

En terminant la rédaction de "30 ANS", je citais les derniers numéros parus en 1990 et 1991, et, parmi eux, le 31, qui comportait le reportage de la minicon de Xuensè. Je ne pensais même pas à mentionner à ce moment que ce numéro comportait aussi plusieurs nouvelles dont Que te porte l'air qui était suivi de quelques mots prémonitoires: extrait du roman du même titre... à paraître un jour.

Je ne me trompais pas: le roman, devenu DELTAS pour convenir à Hupp qui voulait des titres courts a été publié en septembre 1992.

En dehors de XUENSE, j'avais repris l'autre activité typique du fan, les conventions, d'abord avec la mondiale de LA HAYE, Confiction en 1990, puis l'EURO de Cracovie en 1991.

EUROCON A FREUDENSTADT - 1992

Six ou sept cent participants ans une petite ville de la Forêt Noire, dont soixante trois francophones: Daniel Walther qui causait im deutsch, Pascal Ducommun, qui avait pris cinq trains successifs pour franchir 180 km depuis La-Chaux-de-fonds, moi et soixante roumains!

LA CONVENTION DE REDU - 1992

Une convention particulièrement bordélique. Mais a-t-on idée d'organiser(*) une convention française dans un village de deux cents habitants qui, s'il comporte une quarantaine de librairies, se situe à plus de dix kilomètres de l'hôtel le plus proche. Il faut notamment se souvenir de la sauce spaghetti assaisonnée des larmes d'épuisement d'Anne Smulders et sauvée in extremis par Jean-claude Dunyach; la mise en vente du soutien-gorge de Micky Papoz par Georges Pierru au profit du Rosny n'était pas mal non plus.

(*) lire INorganiser: c'était Serge Delsemme qui était l'inorganisateur principal.

ST HELIER 1993

Eastercon + Eurocon

Une participation de sept à huit cents personnes dans cette ville insulaire de 25.000 habitants, ça ne passait pas inaperçu. Encore une fois les francophones n'étaient qu'une poignée malgré les côtes françaises à moins de quarante kilomètres. Je retrouve un tas de vieilles connaissances, Ian Watson, John Brunner, Harry Harrison et d'autres, mais aussi Alexandru Mironov qui a amené son car de quatre-vingt roumains à travers toute l'Europe. Les pauvres (au propre)! Ils passeront près de quatre jours à bouffer le pain et le saucisson qu'ils trimballent avec eux depuis Bucarest, faut de budget pour se payer mieux.

A l'hôtel, ou je suis avec Jacqueline et Maud, qui retrouve-t-on? Serge! Il secoue tout le bâtiment de ses quintes de toux. En plus, il est en manque et il faudra que j'aille lui dénicher ses gauloises... à deux cents mètres de là!

ORLEANS - 1993

Organisé avec l'aide de LA POSTE, c'était bien différent de Redu, mais convivial quand même. Je me souviendrai toujours avec des émotions diverses d'Annick BEGUIN (Cosmos 2000), d'Esther ROCHON, et de l'agressivité féministe d'Elisabeth VONARBURG (qui, paraît-il, est devenue encore plus extrémiste depuis lors).

Le soir du banquet, on a manqué le drame médiatique: notre cher Serge Delsemme avait disparu et Anne tournait dans tous les sens, affolée. Il s'est avéré que la police lui avait fait souffler dans un ballon et l'avait immobilisé deux heures au bord de la rue en attendant qu'il soit un peu plus en était de conduire.

Ah oui... J'ai aussi reçu le ROSNY pour DELTAS, mais ceci n'est pas du fandom.

Mais si, mais si, le fandom - en l’occurrence votre serviteur - était présent à Orléans. Je me souviens d’ailleurs d’avoir fait la connaissance de Jean-Jacques Nguyen, d’avoir reçu de Micky Papoz son livre " Les Malfairies ", gentiment dédicacé et aussi d’avoir aperçu le Bussy inquiet, très inquiet, le coeur battant, ne sachant pas à quel saint se vouer. Les bruits de couloir lui avait mis la puce à l’oreille, mais allez savoir...

SOFIA-ANTIPOLIS - 1994

Organisé par William WAECHTER dans le temple des technologies nouvelles. Je me souviens en particulier de Tondellier qui m'interviewait au volant à l'aide d'un enregistreur de poche qui tombait en panne de temps en temps. Michel, lui était obsédé par l'aiguille de mon tachymètre qui était souvent bloquée sur le 160 et le fait que j'aie voulu le rassurer en lui disant que ce n'était que du 150 réel n'a guère fait d'effet: il est remonté en train sur Thionville.

Il y avait aussi Gilles Dumay, affolé et scandalisé par la présence policière. Faut dire qu'une quarantaine de gendarmes se trouvaient réunis en séminaire dans le même bâtiment que nous.

Et puis le retour, avec Dardinier et Lion, sous un soleil de plomb (fondu). On s'arrête vers Avignon pour des boissons fraîches et en passant la caisse, Dardinier présente une bouteille d'un litre et demi, vide: il avait pompé le tout entre le rayon et la caisse.

GRAMMONT - 1995

Une minicon sympa, ma première sortie après ma cheville cassée. Prononcer son speech debout sur une jambe, l'autre étant passée sur la poignée de la béquille pour la soulager, c'est pas de la tarte, je vous jure!

YVERDON - 1995

Organisée de manière superbe par la MAISON D'AILLEURS qui n'avait pas encore les ennuis que tout le monde connaît. Avec Bridget Wilkinson, notre présidente européenne, qui avait fait un saut chez les francophones et logeait au camping municipal.

Il y avait des français optimistes qui trouvaient que le resto ne coûtait pas trop cher: un petit menu valait 60 F, comme chez eux. Mais c'étaient des francs suisses. Bonjour aussi à Max-Philippe Morel dont j'ai fait la connaissance à cette occasion.

Moi, qui marchais encore avec des béquilles, j'ai un souvenir impérissable de la cour intérieure du château où tout se déroulait, faite en pavés irréguliers et ronds!

(Mais c’était Claude Dumont - venu de Bruxelles avec Suzane Vanina et sa fille Ariel - qui allait mettre des pièces dans le parcmètre!)

GLASGOW 1995

Worldcon + Eurocon

L'occasion d'un périple de quinze jours en Ecosse puis de se retrouver plongé au sein d'une foule de plus ou moins 5.000 participants. Inutile de dire que même pour une ville de plus d'un million d'habitants, on ne passe pas inaperçu.

Brunner est là, et va très mal, moralement au moins. Il me dit que ses bouquins ne se vendent plus, ou plus assez vite au gré des éditeurs, pour lesquels les rayons doivent être vides en deux mois pour faire place à la suite de la production (NB: c'était la même chose au Fleuve.) Je le vois passer plusieurs fois, l'air un peu égaré, comme s'il était remorqué par la chope de plastique, pleine, qu'il tient à la main. Il va mal, physiquement aussi, et meurt en pleine convention.

Les francophones ne sont qu'une poignée, quinze ou vingt, mais on ne se sent quand même pas tout à fait seuls, avec les Béghins, Dardinier, les 42. On a même la visite surprise de Ruellan qui était en vacances en Ecosse et a découvert la convention par hasard.

On essaie de compter les survivants de la HEICON. Combien sommes-nous encore? Trente ou quarante? Les autres ont disparu physiquement, ou ont quitté le fandom. Je commence à me sentir vraiment dinosaurien.

Ah oui: je reçois l'Award de Meilleur auteur européen de l'année dans le cadre de l'Eurocon. Ça fait toujours plaisir.

NANCY 1996, 1997, 1998

C'est du pareil au même, bien organisé, comme le dit Dumont, avec malheureusement une atténuation de la notion de convention (ça provient quand même de cum venire, se retrouver ensemble) pour donner la primauté à celle de festival. On a besoin des autorités publiques et de sponsors, et il faut les remercier, mais de là à leur faire des ronds de jambe tout au long des quatre jours de convention! L'abomination était le banquet final qui au lieu de réunir tout le monde séparait clairement les huiles du vulgum pécus. Heureusement, on a depuis 1999, entamé une profonde cure de déNICOTinisation.

(NICOT dont, par ailleurs, il faut admirer le travail et l'acharnement dans le cadre de GALAXIES)

GROBBENDONK 1997

Ja, en ik spreek ook een beetje nederlands met de vlamingen en de kaaskoppen. Ik denk dat Ik, de enige franstalige schrijver en fan ben die dat doet.

Tout ça, pour raconter un autre souvenir au sujet de Serge Delsemme, une manière de lui rendre hommage alors qu'il nous a quittés il y a à peine deux mois.

Le pauvre, on lui avait volé sa bagnole pendant la nuit du samedi au dimanche. Je le prends en charge et nous tournons durant une heure dans le patelin, pour le cas où il aurait en fait oublié l'endroit où il l'avait abandonnée. Rien. Bon, on va signaler le vol à la police.

Le flic de service, très aimable, a failli bondir chercher son équipement de survie, le masque à gaz, surtout, pour ne pas dépasser le taux d’alcoolémie admis rien qu'en respirant deux minutes l'haleine de Serge.

C'est fait, on rentre à la convention. Je lui propose de revenir avec moi sur Liège, mais il n'en a pas encore assez, il rentrera par ses propres moyens.

Un an ou presque s'écoule sans nouvelle de la voiture, puis Serge en parle à un ami bien placé qui découvre a) que le brave policier n'a pas pris Serge au sérieux (on peut un peu le comprendre) et n'a donc jamais signalé le vol; b) que le véhicule, mal stationné ce soir-là, a été emmené à la fourrière, où il se trouve toujours. Officiellement, Serge apprendra que son véhicule vient d'être "retrouvé" à deux pas de son hôtel!

DORTMUND - 1999

Je n'ai fait qu'un saut de quelques heures, histoire de faire la bise à Bridget, de boire une chope avec Aldiss et Harrison. J'ai rencontré, par hasard, Krysztof Papierkowski, l'organisateur de l'Euro 2000 (pas le foot, non, la convention européenne).

LODEVE - 1999

Coaché par Claude Ecken, c'était gentil, sympa, convivial, dans une petite ville de six ou sept mille habitants. A noter la conférence de Serge sur les utopies, entrecoupée de tant de digressions et de quintes de toux qu'il calmait en allumant une nouvelle gauloise qu'il arrivait à la fin de l'introduction au moment où on lui signalait qu'il avait largement dépassé son temps de parole. Jean-Jacques Nguyen avait été beaucoup plus concis et terriblement désenchanteur avec sa démonstration de l'impossibilité du voyage interstellaire et des vire-matières.

J'ai brisé une lance en faveur d'une participation plus importante des fans français aux convention internationale.

Serge s'est repris pour la fin et m'a décerné à l'unanimité du jury composé de lui-même exclusivement, le Prix Versins (meilleur plus mauvais jeu de mots de la convention).

GDYNIA - 2000

700 participants, une Eurocon plus internationale que Cracovie avec, même, quelques américains et britanniques. Je me souviens en particulier de Ken Slater, une jeune homme sautillant de 82 ans qui "conventionne" depuis le début des années '50. Et de Magda, traductrice français/polonais, heureuse de pouvoir pratiquer sa langue d'adoption, elle qui n'a jamais vu la France.

J'ai réussi mon pari en multipliant par l'infini le nombre de participants français: UN (c'est Georges Pierru, trésorier d'INFINI, justement). Avec le vice-président - moi - l'association n'est quand même pas mal représentée. Ducommun est là aussi, après un voyage tourmenté en trois vols successifs, plus un quatrième vol, son taxi lui faisant payer cinq fois le tarif normal pour l'amener à l'hôtel.

L'ISLE SUR LA SORGUE 2000

Ça a failli être la convention-fantôme, car on n'a presque pas eu de nouvelles de l'organisateur et chacun est arrivé sur place en se disant qu'il allait jeter un coup d'oeil, des fois que la convention aurait quand même lieu. Pourtant, ça ne s'est pas trop mal passé, même si le comité organisateur semble se résumer à Jérôme Baud et à son père.

Tout le monde nous demande des nouvelles de Serge, qui est pour le moment à l'hôpital. On essaie d'être positifs et rassurants.

Comme il n'est pas là pour attribuer le Versins, on lui trouvera un remplaçant, Pierre Versins lui-même, sorti sinon de sa tombe, de sa longue retraite. En revenant à Liège, j'irai le dire à Serge, en lui rapportant une affiche de la convention.

Ça fait en tout une vingtaine de conventions nationales, euro ou mondiales sur la dernière décennie, sans compter d'autres manifestions similaires, comme une Galaxiale, deux Imaginaires, un Atlantykron en Roumanie, etc, etc.

Il y a eu 47 numéros réguliers de Xuensè jusque avril 1997, suivis de KOUM DES SAUTEURS et JOSE DE L'OGISTIQUE, qui ne sont autres que les septième et huitième volumes du Cycle de Yorg, puis j'ai suspendu la publication. Mais je collabore à pas mal de fanzines, comme OCTA, MINIATURE ou GAMETES, etc, etc.

Il y a eu après DELTAS, vingt autres romans de publiés à ce jour. J'espère que l'aventure va se poursuivre.

*

Il va y avoir la 28ème Française, à St Denis en 2001.

Il y aura la 29ème convention française, qui se tiendra à ESNEUX-TILFF en 2002, car la mouche m'a à nouveau piqué. Note: les infos concernant cette convention vous sont données en fin d’ouvrage.

Je suis pré-supporter de la candidature de Glasgow pour une worldcon' en 2005.

Parfois, l'idée de refaire un XU me démange. D'ailleurs, Olivier - mon numéro 2, qui a lu presque TOUT ce que j'ai écrit et n'en est pas devenu fou pour autant, ne m'a-t-il pas dit, il y a quelques semaines, que ce serait bien de refaire un Xuensè, un seul, juste pour voir...

Je ne sais pas... Je me tâte... Mais s'il y a une suite, ce sera dans les CINQUANTE ANS DE FANEDITION qu'on en reparlera.

UN HOBBY

Le fanzinat, comme déjà écrit plus haut, est un hobby, pratiqué avec les moyens du bord. Par exemple, " LUNATIQUE " était fabriqué dans les bureaux de l'entreprise du mari de Jacqueline H. Osterrath, et utilisait un papier recyclable de mauvaise qualité, assez granuleux, qui permettait aux critiques d'affirmer que " LUNATIQUE " était tiré sur du papier à frites! Quant à " COSMORAMA ", " LUMEN ", " ATLANTA ", ils étaient réalisés au duplicateur à alcool, avec tous les problèmes d'absorption d'encre que ça pouvait occasionner. Parfois, l'impression verso était quasiment impossible. Le fanzine " XUENSE " est publié quant à lui (et Alain le Bussy l'a clairement expliqué) suivant argent et photocopieuses disponibles. Il ne s'agit pas là de critiques, mais bien le reflet de contingences bien réelles. Pour publier un fanzine, il faut de l'argent et du matériel. Dumont a successivement utilisé un duplicateur à alcool, une machine Ronéo, une infernale machine offset (elle existe toujours, protégée sous un plastique, dans le grenier de Dumont...), pour finalement passer à la reprographie, méthode quand même plus facile, plus propre et moins fatiguante.

C'est pour toutes ces raisons qu'un fanzine EST un fanzine, tout simplement parce qu'il contient sa part d'imperfections, et que son tirage restera toujours très faible. (La photographie étant également un hobby, fort coûteux d'ailleurs, ce n'est pas pour ça que l'amateur doit s'équiper obligatoirement d'appareils de plus en plus sophistiqués. Nikon, Canon, voire Hasselblad sont cependant courants dans les Clubs...)

Un fanzine, c'est un paradoxe: imperfections, périodicités impossibles à tenir, mode d'impression défectueux parce que bon marché... Un fanzine doit rester un fanzine, avec ses irrégularités, son ambiance et sa bonhomie. Voir à ce sujet FANCYCLOPAEDIA, l'excellent article de Francis Valéry dans KBN 2 de juillet 1991. Dans cet article au demeurant très bien fait, Francis Valéry met en lumière bien des éléments qui peuvent aider le lecteur à faire une distinction entre fanzine et revue. Nous ne prétendrons pas, dans le cadre de ce petit ouvrage, faire nous-mêmes un choix. Fanzine ou Revue? Pourquoi, finalement, vouloir singer les pros? Pour faire de l'argent ou pour faire passer un message? OCTA et XUENSE n'ont d'autres buts que la communication. Ce qui ne les empêche nullement de s'améliorer au fil des numéros et de publier des auteurs. Mentionnons encore une fois Francis Valéry qui, dans KBN 2, cite OCTA comme étant le seul et unique fanzine de SF, si l'on se réfère à la règle essentielle du fanzine: l'échange. Singer les pros? C'est ce que commettent pratiquement toutes les revues d'amateur qui prennent de l'extension. Pour prendre un peu de recul, citons " ATLANTA ", " ESPACE-TEMPS ", " JURA SF ", " MERCURY "... qui ont succombé, essoufflés, endettés...

Pour faire une revue professionnelle, il faut non seulement du temps, mais il faut se conformer à diverses petites choses absolument nécessaires: secrétariat, administration, rédaction, service vente, distribution bien étudiée afin d'éviter les invendus, etc. Conclusion, vous l'avez deviné: il faut une équipe. Et une équipe qui travaille gratos ne dure que quelques mois. C'est la cruelle vérité. Notons aussi qu'après une Convention, les organisateurs disparaissent, poursuivis soit par les dettes, soit par le dégoût ou le découragement. Après Heidelberg, nous n'avons plus eu de nouvelles de Mario Bosniak. Seul Waldemar Kumming publie encore Munich Round Up. ( Mais je pense qu’il a actuellement cessé sa parution). Mais faisait-il vraiment partie de l'équipe de Heidelberg? Jacqueline H. Osterrath, qui s'est sabordée après avoir publié 68 "LUNATIQUE", ne répond plus, désormais, au courrier qu'on lui adresse. Seul, Henri Prémont aurait réussi, semble-t-il, à entrer en contact avec elle par téléphone. Rambouillet a vu disparaître de la scène fanique Jean Milbergue, qui avait quelque chose à dire, mais qui s'est tu trop tôt. De même Eric Batard, et son excellent fanzine " MAGNUS ", restés tous deux dans un repli de l'espace-temps. Après la Convention de Liège, Léon Mormont s'est délibérément tourné vers d'autres activités et n'écrit plus, ou si peu qu'il vaut mieux ne pas en parler. Après avoir publié " JEAN RAY EN MIROIR ", tentative du groupe PHI, il faut vraiment pousser hors de sa tanière Dominique Warfa qui avoue humblement (in OCTA 42) être très paresseux, ou plus exactement très velléitaire. La Convention de Nancy, qui laisse un mauvais souvenir, a effacé en quelque sorte Michel Ruf, poursuivi par un paquet de dettes...

 

 

NANCY 1984

(Note: la chronologie de ces petits reportages sur les conventions n'est pas respectée, mais le lecteur n'en tiendra pas compte, nous le supposons...)

A l’origine d’un fanzine nommé "SNAKE", dont le premier numéro paraît au début 1977, Michel Ruf se lance dans l’organisation d’une convention. Dans ce premier fanzine, il n’y a guère de ligne de conduite laissant présager que son auteur se lancerait dans cette aventure. Le numéro 2 change de nom, il devient "CRYTIK" et paraît en novembre 1977. Il y est question d’un recueil de nouvelles "spécial Ruf " devant paraître chez OCTA, intitulé "CAUCHEMARS". Ce recueil n’a jamais vu le jour.

La Convention a donc lieu à Nancy. Et c'est à Nancy que j'ai revu John Brunner et Daniel Walther, puis rencontré pour la première fois Christofer Priest (" Le Monde inverti ") ainsi que Jean-Pierre Hubert et Jean-Pierre Andrevon. Il y avait là une belle brochette de gens intéressants, mais le décor de la "Manufacture des Tabacs" n'incitait nullement au séjour. Le bâtiment, relativement à l'abandon, était loin de posséder le confort souhaité. Cela ressemblait plus à une caserne mal entretenue qu'à un lieu de rencontres convivial. Lorsque je suis arrivé, l’organisateur Michel Ruf m'avouait candidement, mais tout de même avec une certaine inquiétude dans la voix, qu'il "en avait déjà pour quatre briques dans le cul". Déjà déficitaire dès le départ, la Convention semblait mal barrée. Je ne peux juger de la situation, n'ayant pas approché de loin ou de près l'organisation de la Convention. Mais le nombre des invités, le peu de participants et l'énorme pub. (placards numériques sur les panneaux de la ville) ont pas mal déséquilibré le budget de Ruf. C'est depuis cette malheureuse Convention que, à mon avis (Bernard A. Dardinier pourrait peut-être le confirmer), l'on a instauré une "Charte des Conventions" qui s'avère très utile.

Il était difficile, à Nancy, de mettre la main sur l'un ou l'autre participant. C'était la débandade dans tous les bistrots de la ville...

Je me suis donc un peu fâché avec les Conventions, me disant que, tout compte fait, elles ne servaient pas à grand chose, sinon à rassembler des musiciens ratés (la soirée Rock prévue par Ruf a été un fiasco complet) ou a organiser des tables rondes devant trois ou quatre personnes seulement. Cela a été le cas avec Elisabeth Gille, par exemple, qui a fait son exposé devant 6 ou 7 personnes. Où étaient donc les participants? Heureusement, 1984 est loin. Depuis lors, il y a eu d'autres Conventions. Je n'ai pas assisté à toutes. Pour participer à une Convention, beaucoup de choses doivent coïncider. Tout d'abord, il faut qu'il y ait quelques atomes crochus entre les organisateurs et les fans. Ensuite, dates et distances doivent permettre un séjour suffisant. Ce sujet a déjà été longuement débattu dans OCTA. Aussi ai-je écarté Angers pour des raisons professionnelles. Quant à La Valette, c'était un peu loin pour moi, d'autant plus que Moumon faisait la sourde oreille lorsque je lui demandais des infos... Je n'ai donc pas insisté. Par contre, Raymond Milési m'a vraiment redonné goût aux Conventions par un échange de courrier amical. Déjà, l'on entrait dans une ère nouvelle...

 

NANCY 1996

Par contre, les " Galaxiales " de 1996, organisées à Nancy du 2 au 5 mai 1996 par Stéphane Nicot ont rassemblé une bonne centaine de fans, pour un programme relativement chargé. Cela se voulait didactique, professionnel. D’ailleurs, Nancy 1996 coïncidait avec le lancement de " GALAXIES ", trimestriel, dont le premier numéro proposait du Norman Spinrad, Serge Lehmann, un dossier Iain Banks. Rien de comparable avec l’organisation brouillonne de Ruf de 1984. D’autres temps, d’autres moeurs...

Le comité d’organisation était d’ailleurs composé de Daniel Conrad, alors rédacteur à l’époque de Show Effroi et responsable de l’Association " LUEURS MORTES ".

Comme invités d’honneur, on pouvait épingler Jean-Pierre April, Gérard Klein (que l’on retrouve pratiquement dans toutes les conventions), Norman Spinrad, Roland C. Wagner, Roger Gaillard, Dominique Warfa, notre critique et essayiste liégeois, bien de chez nous, et bien d’autres, soit une douzaine si mes renseignements sont bons. Le coauteur de ce petit ouvrage était également présent.

 

THIONVILLE

Thionville a, me semble-t-il, déclenché un regain d'intérêt dans le milieu fanique. Je ne vais pas m'étendre sur cette Convention, réalisée de main de maître par Raymond Milési et son équipe (Bernard Stéphan, entre autres), le reportage ayant été fait dans OCTA 38 (qui n'est plus disponible, hélas! - photocopies possibles), mais il est quand même utile de rappeler que, organisée sérieusement, une Convention peut et doit réussir. Milési l'a prouvé, et je lui tire mon chapeau. Thionville a été une Convention utile, puisque la flamme sacrée ranimée, je me suis rendu l'année suivante à Montfort, où je suis resté durant les trois jours. Le reportage sur Montfort (photos à l'appui) a été fait dans le numéro 43 d'OCTA, daté de novembre 1991.

 

MONTFORT 1991

Micky Papoz, qui aime en général ce qui est beau, en parfaite artiste qu'elle est, a bien réussi cette convention. Mais Micky Papoz n'est pas seulement une femme sensible, mais aussi l'organisatrice de la Convention de Montfort, en août 1991. Excellente manifestation qui s'est passée sous le chaud soleil provençal, dans un village pittoresque à souhaits, avec des invités relativement intéressants puisque nous avons pu y voir Richard Canal, Jean-Pierre April, Roland C. Wagner, Claude Dunyach, Serge Delsemme†, Claude Ecken, Christian Léourier et bien d'autres. La présence de Suzane Vanina (Magie Rouge), de William Waechter (Planète à Vendre), de Francis Valéry (K.B.N., auteur de "L'ARCHE DES REVEURS" (*)), de Laurent Greusard, Georges Pierru, a étoffé d'une façon très valable cette Convention. Claude Dumont renoue avec les Conventions grâce à cette convivialité. Nous renvoyons le lecteur à OCTA 43 pour les détails...

(*) Qui fait l’objet d’un " dossier de presse " élaboré par Francis Valéry lui-même en octobre 1990 et expédié à pratiquement tous les fanzines d’alors.

Enfin, de nos jours, nous constatons un regain d'activité de la part de certains amateurs. Si les vieux routiers ont disparu, il reste néanmoins quelques anciens pour parler du bon vieux temps. Il est vrai que la nostalgie ne paye pas (dixit Elisabeth Vonarburg) et l'évolution des fanzines et de la SF est loin d'être finie. Nous avons de nos jours bien des points forts: Francis Valéry avec K.B.N. excellente "revue" (Valéry a entretemps cessé la publication de cette "revue") qui vaut bien un FICTION de par le fond, la forme et la présentation, l'Association INFINI qui s'est donné pour tâche de mettre de l'ordre dans bien des domaines, entre autres le respect de certaines modalités concernant les Conventions en publiant une "Charte des Conventions" qu'il faut absolument respecter. Cette association éditait en marge "NOUS LES MARTIENS" qui était (avec K.B.N.), une "revue" française de qualité, publiée avec des moyens modernes de reprographie, utilisant les toutes dernières possibilités de mise en page par ordinateur. J'ai mis entre guillemets le mot revue, car la qualité de ces deux publications était telle qu'elles peuvent aisément subir la concurrence imprimée... Comme on peut le constater, le temps du fanzine à l’alcool est révolu...

De plus, un vent nouveau souffle sur le fandom. Des auteurs apparaissent, ayant une vision différente des choses. Citons Jean-Michel Blatrier, Laurent Greusard, J.B. Oms...

 

L’INTERNET

De nos jours, nous retrouvons la SF et le Fantastique sur le Web. Des sites consacrés à ces genres littéraires commencent à fleurir et deviennent de plus en plus complets. Les citer tous est maintenant impossible, mais nous pouvons tout de même épingler le site de " Galaxies "(www.galaxies.sf.com),celui d’Andrevon (www.andrevon.com) et de la " Maison d’Ailleurs " (www.ailleurs.ch/), un site belge: www.sf.mag.org et son adresse e.mail: SFMag@skynet.be). " Imagine " par exemple possède également son site. Des milliers de pages web consacrées à la science fiction sont disponibles sur cette gigantesque " toile " qu’est l’Internet. L’utilité du fanzine papier est donc fortement remise en question...

Nous citerons aussi les " vieux de la vieille ", ceux qui ont toujours oeuvré pour " notre cause ", comme par exemple Jean-Pierre Queille  ou Dominique Martel et son Petit Guide des Editions Faniques Francophones - (QUARANTE DEUX, et son site: http://quarante.deux.org/PGEFF/Guide.html). De plus, il existe désormais des maisons d’éditions électroniques. Les ouvrages sont disponibles soit par téléchargement, soit à la demande expresse du lecteur. Dans ce dernier cas, l’amateur reçoit un livre tout ce qu’il y a de plus classique, mais qui n’est " tiré " qu’au fur et à mesure des demandes. Avantage pour l’éditeur: pas de stock, pas d’infrastructure particulière, sinon celle d’une informatique performante, et pour le lecteur, un moindre coût. C’est le cas de " CYLIBRIS ", société dirigée par Olivier Gainon (http://www.cylibris.com) et qui propose par mail une " Lettre d’information " sur les dernières parutions.

Enfin, l’association INFINI possède également un site (http://members.aol.com/Infini9303/Assoc.html) et une adresse e-mail, ainsi qu’une liste de diffusion (listserv@sf.emse.fr). Elle organise d’ailleurs chaque année un concours de nouvelle. Les conditions de participation peuvent être obtenues chez Jean-Pierre Planque (jean-pierre.planque@wanadoo.fr), ou sur: infini@sf.emse.fr

Citons également l’" ODS " (Oeil du Sphinx) de notre ami Philippe Marlin (ods@egroups.fr), qui draîne dans son sillage une belle brochette de fans de tout poil qui dialoguent par mail d’une façon continue et véritablement conviviale. Les activités de cette association sont nombreuses (L’ODS est devenue en juin 2000 une maison d’édition sous forme de SARL au capital de 100000 Francs français, avec pas mal d’ouvrages intéressants: " L’ENCYCLOPEDIE DES MONDES PERDUS, DRAGONS & MICROCHIPS, MURMURES D’IREM, " REVES D’ALTAIR " et j’en passe) et des " représentations régionales " dans diverses villes de France, dont une à Lille, ma ville de naissance. Mais c’est principalement sur Paris que sévit ce groupement - auquel appartient d’ailleurs votre serviteur.

 

Ce rapide tour d'horizon fanique éclairera bien des amateurs, et bien sûr il n'est pas exhaustif. Bien des noms et des lieux, des fanzines et des anecdotes ont été oubliés. Mille excuses donc à ceux qui n’ont pas été cités. La science-fiction continue à motiver bien des gens, que ce soit au travers de fanzines ou au travers de moyens plus modernes, comme par exemple la vidéo. On n'arrête pas le progrès, 

Ni les fans de science-fiction!

Voici enfin le mot de la fin, écrit par Alain le Bussy, pour ceux qui auraient encore des doutes quant aux activités faniques:

Fanzine: un fanzine est un document publié par quelqu'un qui a l'impression de faire un fanzine à l'intention de gens qui, le recevant, appelleront "ça" un fanzine.

Fandom: c'est comme une aventure sentimentale. Cela consomme beaucoup de temps, fout le bordel dans votre vie familiale, voire professionnelle, vous coûte la peau des fesses et pourtant il n'y a pas moyen de s'en dégager sans souffrir encore plus. Et encore une, la définition de la SF. Depuis cinquante ans, personne n'en a trouvé de bonne (c'est-à-dire qui satisfasse tout le monde). On s'en passe et, comme dirait Warfa, est-il besoin de vraiment tout définir? Allons-y quand même:

Un texte peut être considéré comme appartenant au genre Science-Fiction à partir du moment où un amateur de Science-Fiction estime que c'est de la science-fiction.

C'est idiot? Non. Réfléchissez, et remplacez texte et SF par "régime politique" et démocratie, communisme, et vous verrez...

 

ANECDOTE...

Tout n'a pas été expliqué dans cet "ouvrage" consacré à la fanédition. Pour cela, plusieurs mois de travail, voire un an, auraient été nécessaires, afin de rassembler toute la documentation utile, les témoignages, les photos... Sachez seulement que "LA CABANE" dont il est question dans le texte d'Alain le Bussy (voir plus haut) a réellement existé. Il s'agit d'une construction en planches, relativement confortable, placée au bout du jardin d'Alain le Bussy. Raccordée à l'électricité et au téléphone, cette bâtisse servait de refuge à l'écrivain de service. Alain le Bussy signale que cette cabane tombe actuellement en ruines. Le texte de Claude Dumont (publié plus haut) fait également allusion à cette cabane. D'ailleurs, une publication de 22 pages intitulée "Fanacville" a présenté, en 1986, un premier épisode consacré à "LA CABANE" (photocopie possible). Quant au "rhum" dont il est question également dans le récit d'Alain le Bussy, il s'agit en fait d'un rhum autrichien titrant 80 degrés GL et que notre ami servait à ses invités, sans les prévenir... D'où petits problèmes de déglutition durant trois jours... Alain le Bussy aime non seulement les private jokes, mais aussi les jeux de mots et les farces. Evidemment, brûler le gosier d'un invité est sans doute une farce d'un goût douteux, mais en science-fiction, tout est permis. D'ailleurs, comment font donc les Autrichiens pour avaler cette boisson un peu forte pour nous? S'ils peuvent le faire, nous aussi, nous le pouvons. Le rhum autrichien vaut bien le "VURGUZZ", cette boisson venue de Tau Ceti...

 

ALAIN LE BUSSY ECRIVAIN

Alain le Bussy est un écrivain prolixe et prolifique. Ces deux adjectifs sont bien nécessaires pour le qualifier pour les milliers de pages qu’il a pu écrire jusqu’à ce jour. " PRIX ROSNY AINE " pour son roman " DELTAS ", paru en 1993. Alain le Bussy n’a pas cessé de nous étonner par ses innombrables romans parus au Fleuve Noir. Le Bussy n’est pas seulement un " écrivain ", C’EST un véritable bipède-à-écrire aux doigts usés sur le clavier de son PC. Il continue d’écrire, car pour lui c’est un besoin, tout comme il a besoin de respirer ou de bien manger. Fanéditeur d’abord, le Bussy est devenu romancier professionnel, jusqu’à être traduit en Lithuanien. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir encore dans ces tiroirs bien des projets de... fanzines.

 

CLAUDE DUMONT, ECRIVAILLON

Le terme " écrivaillon " n’est pas utilisé ici dans son sens péjoratif, loin de là. Seulement, par rapport à la production de le Bussy, Dumont n’a pour ainsi dire pas été publié. En fait, le premier roman a voir le jour, dans des conditions lamentables (méfiez-vous des éditeurs!), c’est " ZAIRA ", un roman érotico-fantastique publié par les éditions Legrain-Bourtembourg à Bruxelles. L’éditeur ayant déposé son bilan, Dumont a réussi à récupérer la production en rade chez le brocheur. Il faut noter que le " bon à tirer " n’est jamais parvenu à l’auteur, d’où certaines coquilles. Ce qui fait que plusieurs milliers d’exemplaires de cet ouvrage gisent toujours dans un garage... Les Messageries de la Presse demandant 52% sur les ventes, ce qui, sans pub, sans marketing, l’opération n’aurait servi à rien... Signalons que ce bouquin est toujours en vente chez l’auteur: Claude Dumont, 12 rue Dorlodot, B-5150 Floriffoux (octa@swing.be) au prix écrasé de 100 FB ou 20 FF ou, pour les puristes, 2,47 euros.  

 

Le second ouvrage, imprimé et diffusé en France et à la FNAC, ainsi que chez PROXIS, c’est " DJEBEL ", qui est un roman autobiographique de votre serviteur sur son séjour en Algérie, au moment de la guerre d’Algérie. L’éditeur, avec lequel deux autres contrats ont été conclus pour " LES VIZOPTERES " et " LES BULLES ", romans SF ayant d’ailleurs reçu chacun une Médaille d’Or à l’A.I.L. à Paris, c’est " LES EDITEURS ASSOCIES ", rue Frédéric-Schneider à Paris. Inutile de les contacter, ces gens ne répondent qu’une fois tous les six mois. Depuis que le bouquin est paru, je n’ai pas encore reçu un seul centime et je suis actuellement en relations avec le service juridique de la Société des Gens de Lettres pour tenter de débloquer la situation. (Voir la page "DEUX LIVRES...")

 

Enfin, on n’est jamais si bien servi que par soi-même, Dumont a sorti en micro-édition, sous le couvert des Editions OCTA, un space opera classique ayant le Temps pour thème: " LES COURBES DE BERNSTEIN ", disponible également aux mêmes conditions (100 FB, 20 FF).  Et pour terminer, il faut tout de même citer une bonne cinquantaine de nouvelles, publiées ici et là dans des fanzines, journaux, revues, et une participation active à une revue carolorégienne consacrée au paranormal, " ASTRO-CHANCE, maintenant disparue, ainsi que la publication en feuilleton d'un roman SF: "LA MENACE DES VIZOPTERES", dans un journal "toutes-boîtes" de la région de Charleroi.

D’autre part, à l’heure où vous lirez ces lignes, près de 12 romans - pas nécessairement de la SF - seront en lecture chez divers éditeurs. Le Dieu des fanzines sera-t-il clément ?

 

PETIT LEXIQUE A L' USAGE DU NEOPHYTE

CONVENTION: Usuellement abrégé en Con (Non, pas C**, obsédés!). Se prononce Conn' à l'anglo-saxonne. Il y a des Cons' mondiales depuis 1938, des Euros depuis 1972, des nationales, des régionales, des minicons', des Cons' spécialisées (Startrekistes, par exemple). D'habitude, les Cons' rappellent dans leur intitulé le lieu où elles se déroulent (CHICON pour Chicago, HEICON pour Heidelberg, XUCON à XUENSE (ESNEUX). Les mondiales rassemblent souvent plus de 5000 personnes, la dernière Euro comptait près de 500 participants. Une convention n'est pas un congrès. Y participent tout ceux qui le désirent, professionnels et amateurs. Ce n'est pas un marché du Livre, mais un lieu de rencontre. S'il y a un programme, l'un des suspenses d'une bonne Con' est de suivre et supputer les changements, additions et amputations qu'il subira au fil des jours, voire même des heures. L'un des seuls points généralement respectés est la BEER PARTY où l'on déguste des échantillons de plusieurs dizaines de bières nationales amenés par les participants. A noter qu'à part ces participants, la seule chose dont ne peuvent se passer les Cons' est un bar bien approvisionné ouvert tard dans la nuit.

FANAC : (rare) Activité fanique.

FAN : Mot d'origine anglo-saxonne, ce qui explique un double pluriel, fans ou fen, dérivé de fanatic. Dérivés: Fandom, faned, fanique, faniquement, fanzine, fanzineux (voir ce mot), le FAN se distingue du simple lecteur par sa participation active à des fanzines et des Con's (voir ceux-là aussi).

FANDOM: Comme le KINGDOM (royaume) est le DOMaine du roi, le Fandom est le domaine, le monde des fans/fen. Ce mot couvre donc l'ensemble des activités habituelles des fans, les Conventions, la fanédition, etc.

 

FANDOMATIQUE: (rare) se dit d'un fan qui n'apparaît quasi jamais aux activités faniques.

FANEDITION: Univers de l'édition fanique.

FANEDITEUR: Editeur d'un fanzine (voir ce mot).

FANIQUE, FANIQUEMENT: dérivés simples du mot de base. Par exemple: réalisé faniquement. le "FANAL FANIQUE" fut l'une des premières fanac. de ce fanzineux de Claude Dumont. C'est aussi l'un des rares fanzines dont le titre soit relié d'une façon aussi évidente au fandom.

FANZINARD : Voir "Fanzineux". Ce terme émane de Suzane Vanina et n'est pas vraiment pris au sens péjoratif.

FANtasme: Celui du fan modeste est d'être publié professionnellement. L'ambitieux rêve d'un Prix HUGO.

FANZINE: Revue éditée par un amateur, s'adressant à d'autres amateurs. Les définitions varient. Par exemple, selon Dominique Warfa, quelle que soit sa présentation ou son contenu, ce qui distingue une revue professionnelle d'un fanzine est que le second ne paie pas (ou symboliquement) ses collaborateurs. Précision apportée par Francis Valéry: le fanzine annonce d'entrée qu'il ne paie pas. Le fait pour une revue pro de ne pas payer ses auteurs ne lui donne donc pas le droit au titre de fanzine. (Contraire de fanzine: prozine). Le phénomène fanzine est né dans le monde des amateurs américains de Science Fiction (Fandom) au milieu des années '30. Le fanzine n'a jamais eu comme son honorable cousin soviétique le samizdat, de vocation politique ou contestataire, n'étant qu'une manière de lutter contre l'isolement ou de s'exprimer avec un budget minimum. Les fanzines ont connu des tirages très variés, allant de quelques unités à plusieurs milliers. On a utilisé toutes les techniques et tous les supports dans les fanzines, évoluant avec le temps: les carbones multiples pour les plus discrets, la reproduction à l'alcool, la photocopie ou l'offset. Certains naissent et meurent au bout de quelques numéros (un seul, fort souvent), d'autres survivent des années, voire des décennies, en général grâce à la personne/personnalité d'un seul animateur. Depuis les origines, le phénomène du fanzine s'est étendu à d'autres domaines que celui des amateurs de Science Fiction et le mot sort peu à peu du jargon.

"Un fanzine est un document publié par quelqu'un qui a l'impression de faire un fanzine à l'intention de gens qui, le recevant, appelleront "ça" un fanzine.

FANZINEUX: Assez péjoratif (mais peut être amical, selon le contexte). Correspond à fanéditeur.

GAFIA: Going Away From It All: Laissant Tout Tomber. Se dit d'un fan qui a passé le stade fandomatique et ne donne plus de nouvelles, n'apparaît plus nulle part. Peut être un état définitif, ou seulement temporaire. Survient à la suite d'événements personnels, professionnels ou familiaux, ou est provoqué par un état de surcharge, de lassitude. L'attaque de gafiaisme est souvent brutale et peut vous prendre au milieu d'une page.

PROZINE: Revue professionnelle.

SCIENCE FICTION: (Sans trait d'union, s'il vous plaît). Sans définition théorique claire et admise. Le terme de base scientifiction aurait été inventé par l'américain d'origine luxembourgeoise Hugo GERNSBACK * pour qualifier des récits faisant appel au merveilleux technique ou scientifique comme argument de récits se situant en général dans l'avenir.

Le but des soussignés étant de rester en bonne santé et de connaître une heureuse vieillesse, ils ne vont pas se lancer dans une définition de la SF, parce que: a/ cela prendrait trop de temps, probablement sans résultat tangible , et b: cela leur vaudrait lettres de menaces, interpellations grossières et voitures piégées. Cependant, il doit être possible de dire qu'un texte peut être considéré comme de la SF à partir du moment où 2 amateurs de SF estiment que c'est de la SF.

* Voir l'excellent livre "La science-fiction", par Denis Guiot, J.P. Andrevon et G.W. Barlow, paru chez MA Editions, 6 rue Emile Dubois, 75014 Paris.

SEMI-PROZINE: Catégorie intermédiaire apparue récemment pour caser des revues qui ont tout de la revue professionnelle en apparence, paient éventuellement leurs auteurs, mais fonctionnent encore essentiellement grâce au bénévolat.

ZINE: Familièrement: Fanzine.

ZINEDOM: Partie du fandom qui est concernée par la faned. (Ne pas en déduire que la partie se consacrant aux conventions s'appelle le Condom!).

Qu'en est-il du fandom, de nos jours? Les polémiques quant à une définition de la SF existent toujours bien entendu, les Conventions se suivent mais ne se ressemblent pas toujours, l'activité fanique est relativement bonne et les fanzines continuent de paraître, au grand bonheur des amateurs de SF. Nous ne pouvons citer tous les fanzines actuels, ni les toutes organisations s’occupant de science fiction ou de fantastique, le risque étant trop grand de léser l’un ou l’autre des acteurs en place.

 

Fanzines cités dans cet ouvrage:

AAAPA - Ad-Nauseam - A la Poursuite des SFFANS - Ailleurs - Atlanta - l’Angle Ouvert - Armor Hag Arcoat - Between - Comète - Chimères - Cerbérus - Cosmorama - CSF - Cosmorama Interlude - Dans la peau du Diable - Crytik - Espace-Temps - Espace - Egypto - En direct de Heidelberg - Early Bird - Farang - Galook - Jura-SF - L’Artefact - Le Jardin Sidéral - Karellen-Orion - KBN - L’Aube Enclavée - Lumen - L’Echelle - L’Ordre Vert Celtique - La Voix des Ordinateurs - La Fusée à Vapeur - Lueurs - La Geste - La Sirène d’Halarm - Lunatique - L’Ami du Poulpe - La Chaise Electrique - Le Fanal Fanique - Le Beau Vautour... - Les Frontières on s’en fout - La Cuisine au Vurguzz - Le Journal de Jonathan Harker - Le Sac à Charbon - Mizar - Magnus - Miniature - Nadir - Nocturne - Melmoth - Mercury - Multi-Matières - Nyarlathotep - Nouveaux Mondes - Maelstrom - Octa - Octazine - Option - Opale -Parallax - Point Final - Pulsar - Snake - SKA - Sfère - Temps Tôt - The Mysterians - Tramontana - UPNT - Ultime Atome - Vopaliec - Yellow Submarine - Xuensè...

 

Note: malgré tout le soin apporté à la rédaction de ces pages, des erreurs ou des fôtes de francès sont possibles. Veuillez nous les pardonner.

Floriffoux, le 1 Mars 2001

© Claude Dumont - Reproduction en citant la source

 

 

 

 

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