D'ADAMSKI
Je l'ai rencontrée à une conférence
et je dois avouer que j'ai reçu une curieuse décharge
électrique en la croisant dans un couloir. L'image est
un peu galvaudée, mais c'est avec ces mots que je peux décrire
ce que j'ai ressenti juste à ce moment-là: une sudation
subite, un léger tremblement des membres supérieurs et
une envie folle de m'approcher d'elle, de trouver une
futilité ou l'autre pour engager la conversation. Avec son imposante chevelure auburn
tombant sur une chute de reins à damner un saint - ça
aussi, c'est une expression vieille comme le monde - son
maintien altier et son aisance extraordinaire lors de ses
déplacements, elle ressemblait à une star venue de je
ne sais quelle agence de mannequins ou d'un quelconque
studio de cinéma. Mais apparemment, ce n'était pas le cas.
Elle appartenait certainement à cette cohorte de mordus
venus assister à une conférence sur la science-fiction.
Un détail toutefois: elle avait pour la cause revêtu un
ensemble lumineux moulant étroitement ses formes. Chacun
de ses mouvements générait d'infimes étincelles électriques,
un peu comme lorsque la nuit on enlève une chemise de
nylon. La miniaturisation des composants électroniques
avaient permis, me semble-t-il, cet artifice pour le
moins féerique. J'avais déjà apprécié un tel savoir-faire
dans un parc d'attraction parisien où, en soirée, les
illuminations attiraient les visiteurs. Elle n'était pas
vraiment mince, bien au contraire. Elle avait tout ce
qu'il fallait là où il fallait pour séduire un homme. En général, je ne m'émeus pas spécialement
pour la gent féminine évoluant dans les milieux du théâtre
ou du cinéma, ni même pour les stars du showbiz. Pour
moi, ce sont des gens inaccessibles, protégés généralement
par des gardes du corps, possédant des adresses de
complaisance. Si on veut les atteindre, il faut passer
par leur maison d'éditions ou leur imprésario. Et
encore, le résultat n'est pas garanti. Mais là, cette beauté se trouvait dans
la foule, souriante, parlant à l'un et à l'autre. Ce n'était
pas une actrice, encore moins une écrivaine. C'était
tout simplement une jolie femme qui avait remué mes sens.
Ça ne m'était jamais arrivé, du moins de cette façon. Durant l'exposé de l'un de mes amis sur
l'éternelle définition de la science fiction, je découvrais
le regard admiratif des mâles de l'assemblée souvent
tournés vers cette mystérieuse créature. Etait-ce bien
une inconnue, faisait-elle partie d'un groupe de spécialistes
venus assurer un service ou l'autre ou tout simplement était-elle
une invitée d'honneur? Dans ce genre de réunions dites
"culturelles", il est d'usage d'inviter une
pointure, comme on dit... Au bout d'un moment, après l'avoir
longuement lorgnée comme les autres, je me suis détourné,
décidé à penser à autre chose. Cette beauté n'avait
certes pas attendu mon arrivée pour se pavaner dans ce
rassemblement de fanatiques de la science fiction. La causerie terminée, j'ai quitté la
salle de conférence pour me diriger vers les stands de
livres, non sans avoir jeté un dernier coup d'oeil vers
l'inconnue. Rêveur, je n'ai rien enregistré des débats.
Comme chaque fois, les participants se sont quittés sur
une note amère: personne n'avait encore vraiment trouvé
une définition de la science fiction, un genre littéraire
qui rassemble en congrès, chaque année, des tas
d'amateurs plus ou moins avertis. Je ne perdais donc pas
grand chose. Oubliant la belle et son cortège d'étincelles,
j'allai fouiller dans les cartons de vieux livres à la
recherche d'une relique ou l'autre. Bien des titres
attiraient mon regard, mais je devais malheureusement équilibrer
mon budget et surtout, pour ma bibliothèque, éviter les
doublons. Un livre à la couverture noire, sans
titre, vint se loger comme par hasard dans ma paume. Je
l'avais sans doute saisi sans vraiment le vouloir,
distrait par des pensées quelque peu libertines. Cette
belle inconnue hantait décidément un peu trop mon
cerveau. - Oh! Je voulais justement le prendre,
fit une voix douce derrière moi, tendant une main fine
et soignée dans ma direction. Un parfum indéfinissable chatouilla mes
narines. Je ne suis pas un spécialiste des essences
nobles, mais celle-là était entêtante tout en étant
discrète. Et cette main qui se dirigeait vers mois véhiculait
des myriades de petites étincelles multicolores. Sans même
me retourner, je compris qu'elle
était là, derrière moi, sans doute à la recherche, également,
d'une relique ou d'un livre rare. J'ouvris mon acquisition à la première
page. C'était une oeuvre d'un illuminé ayant déjà -
soi-disant - rencontré des extraterrestres. Ce
genre de littérature ne m'intéressait guère. J'allais
reposer le livre mais, après une légère hésitation,
je me tournai vers l'inconnue pour lui annoncer d'une
voix tremblante: - C'est un ouvrage d'un certain George
Adamski. Il aurait rencontré des êtres venus d'une
autre planète. Si ça vous intéresse... En se saisissant du livre, son visage s'éclaira
tout autant que sa tunique parcourue par des milliers d'étincelles.
Elle le feuilleta un moment, puis fit apparaître
quelques pièces de monnaie dans sa paume. - Je l'achète, dit-elle en souriant. Je
ne vous en prive pas, j'espère? J'ignore comment cet argent est apparu
aussi soudainement dans le creux de sa main et je crois
que, subjugué par cette femme extraordinaire, mon sens
de l'observation devenait déficient. Plus je la
regardais, plus mon coeur s'emballait. Je suis un grand
garçon et j'ai pour habitude de dissimuler mes émotions,
mais en ce moment même, je redevenais un enfant timide,
confus, ne sachant quelle attitude adopter. Je transpirai
de nouveau et cette sudation me mettait mal à l'aise. Et
si jamais cette beauté possédait un odorat suffisamment
développé pour remarquer mon embarras? - Vous pouvez le prendre, dis-je dans un
souffle. Je possède déjà ce titre dans ma bibliothèque. J'avais là l'occasion unique de nouer
la conversation, mais je ne savais pas par quoi commencer.
La pluie, le beau temps, un compliment pour son déguisement...
J'étais paralysé par un trouble certain. - Je trouve enchanteurs ces dégagements
d'étincelles multicolores, dis-je enfin après avoir
comiquement pris un peu de recul. C'est vraiment unique. - Ah! Vous pensez? Moi, je trouve
parfois ce vêtement assez éprouvant. Mais cette tenue
était obligatoire... - Obligatoire? Vous riez, n'est-ce pas?
Personne ne peut vous obliger à revêtir un système électronique
de ce genre. La jeune femme fronça les sourcils,
puis me regarda en cillant des yeux. J'étais toujours
aussi subjugué, secrètement heureux de cet étrange
intermède. Cette beauté me parlait d'une voix envoûtante
et si je ne me retenais pas, je lui sauterais au cou pour
lui crier mon amour. Mais je suis certainement un grand
naïf. Comment une telle créature pouvait-elle s'intéresser
à moi? Et d'ailleurs, cette attirance n'était que
physique. Ce corps de déesse, cette poitrine opulente,
ces jambes fuselées m'attiraient comme un aimant. Et
puis son regard de braise - encore une expression surannée
- m'hypnotisait réellement. Je ne voyais plus les rangées
de livres, ni la foule, je n'entendais plus le brouhaha
habituel des amateurs fouillant dans les caisses. Je
n'avais d'yeux que pour la belle inconnue qui, chance
extraordinaire, m'avait adressé la parole. - Oui, dit-elle au bout d'un moment, je
ne peux tout de même pas, dans cette foule, me promener
sans une tenue appropriée. Une tenue appropriée, avait-elle dit.
Je n'avais pas connaissance d'un concours de travesti ou
de quelque chose d'analogue. Dans un élan de courage,
sous l'impulsion d'un héroïsme de dernière minute,
voulant en savoir plus, je lui proposai un verre. - Il fait chaud dans cette salle. Puis-je
vous offrir quelque chose au bar? - C'est une bonne idée, bien que je
n'aie pas vraiment très soif. Mais je suis plutôt intéressée
par cet auteur, fit-elle en tapotant le livre qu'elle
venait d'acheter. Vous le connaissez? - L'auteur? Non, parce qu'à l'époque où
il a écrit ce bouquin, j'étais encore dans les choux... - Dans les choux? Elle me regardait d'un air bizarre,
cherchant à comprendre cette métaphore. Avait-elle
bien compris? Par sécurité, je complétais
l'information: - Je n'étais pas encore né... - Je comprends. Vous ne pouvez donc pas
m'aider, dit-elle, déçue. Sa luminance s'estompa un peu. - Par contre, dis-je rapidement, de peur
qu'elle ne décide d'interrompre la conversation et de
s'en aller, j'ai lu ce livre. Je me souviens de son
contenu. Nous pourrions en discuter, si vous le désirez. Son sourire illumina de nouveau son
visage. Son abondante chevelure semblait se dilater,
prenant des proportions étranges. Il me semblait que son
aura d'étincelles augmentait d'une façon significative.
Pouvait-elle manifester sa joie par un surcroît d'électricité
statique? Je trouvais ça comique. - Je préférerais aller dans un endroit
plus calme, dit-elle, redevenue sérieuse. Avec ce bruit,
nous risquons de devoir parler un peu plus fort. Vous
avez une idée? - Il nous faudrait un petit local, un
bureau... Peut-être pouvons-nous aller dans un bistrot,
pas trop loin d'ici? J'étais ravi. Me retrouver en tête à
tête avec cette créature de rêve me remplissait de
fierté. Sortir de cette salle avec "ma" conquête
allait faire jaser tous les mâles de l'endroit. Je
voyais déjà la tête étonnée de mon meilleur copain
qui penserait certainement que je dispose d'arguments de
conquête particuliers. J'étais chanceux, tout
simplement. - Un bistrot? Non, ça ne me tente pas... - Je ne vois plus qu'une possibilité:
ma voiture. Nous y serons à l'abri et dans le calme. - Une voiture, dites-vous? C'est cette
chose munie de quatre roues et qui encombre vos rues? Devant cette forme d'ironie, je pensais
avoir gaffé en proposant mon véhicule. C'était
d'ailleurs une invite qu'on pouvait qualifier d'équivoque.
Mais mon inconnue hocha la tête en signe d'assentiment. - Allons donc dans votre voiture. Mais
je veux que vous me parliez d'Adamski. C'est important
pour moi. - Vous faites une étude sur cet illuminé? - Une étude non, mais une recherche,
oui... Je savais que les hommes de cette
assemblée, avec envie sans doute, me regardaient sortir.
Aussi, pour donner un peu plus de piquant à la
situation, je m'effaçai pour laisser passer mon invitée,
tout en lui frôlant le dos de ma main ouverte. Paternel
ou possessif, ce geste apparemment anodin me troubla
davantage par les picotements désagréables que je
ressentais dans tout le bras. Décidément, ce dispositif
électronique m'étonnait de plus en plus. Je me promis
de la questionner sur cet équipement extraordinaire. C'était
sans doute une japonaiserie récente. Ces asiatiques
n'arrêtaient pas de créer des tonnes de gadgets! Durant notre marche vers la voiture, garée
un peu plus loin, je pensais à Adamski. Qu'allais-je
bien pouvoir dire quant aux élucubrations soucoupistes
de cet auteur? J'essayai de me remettre en mémoire les
observations faites par ce chercheur (chercheur étant
quand même un euphémisme). J'avais dans ma collection
l'ouvrage original paru en 1954 aux éditions de La
Colombe mais sa lecture remontait bien à une dizaine
d'années. Difficile, dans ce cas, de bien documenter mon
inconnue. Mais ne venait-elle pas, de cet ouvrage,
d'acheter une version en livre de poche? Pourquoi vouloir
disserter sur cet ouvrage sans même l'avoir lu? J'étais
de plus en plus intrigué, mais aussi très fier
d'inviter cette beauté dans ma voiture. Curieusement, batterie probablement déchargée,
la télécommande d'ouverture des portières ne voulut
rien entendre. Déconcerté, les sourcils froncés, je
farfouillai dans mes poches cherchant la clé de secours
pendant que mon sapin de noël ambulant posait sa main
sur la poignée de la portière droite. Un déclic
soudain me laissa pantois, alors que j'avais la main
tendue vers la serrure. - Mille excuses, dis-je, plongé dans
une profonde incompréhension, mais il me semble que ma télécommande
fonctionne a retardement... - Pas du tout, répondit la belle, je
vous ai tout simplement aidé à déverrouiller cette
ouverture. C'est assez archaïque comme système, non? Elle avait ouvert la portière et s'apprêtait
à s'engouffrer dans l'habitacle. J'étais quelque peu
vexé: ma voiture était récente, elle disposait de tous
les équipements modernes en matière de confort, de sécurité
et d'antivol. Me dire que le système était archaïque
me vexait quelque peu. Mais peut-être faisait-elle
montre d'un humour assez particulier que je devais
accepter? Installés finalement sur les
confortables sièges de l'auto, je me tournai vers ma
passagère, ou du moins vers un amas extraordinaire d'étincelles
multicolores. - C'est presque le 14 juillet, dis-je en
riant. D'où tirez-vous l'énergie nécessaire pour réaliser
ce tour de magie? C'est un vrai kaléidoscope! - Je n'ai besoin d'aucune énergie. - C'est un phénomène piezzo, alors? - C'est un peu ça... Elle était admirable de beauté,
profondément enfoncée dans son siège. Par l'échancrure
de sa tunique étincelante, je découvrais la naissance
d'une gorge ferme et généreuse. Mon coeur s'emballait.
J'aurais voulu la tenir dans mes bras, lui avouer mon
trouble, l'embrasser, lui dire que je ne voyais qu'elle.
Mais l'idée qu'Adamski soit notre unique sujet de
conversation me ramena à la réalité. Non, ce n'était
pas une femme pour moi. Je lui rendais service simplement
en lui donnant quelques précisions sur une série d'événements
datant de l'après-guerre. Dans une vingtaine de minutes
sans doute, elle retournerait vers les lieux du congrès
pour se mêler de nouveau à la foule des fans de science
fiction. Bien assise dans son siège, elle s'intéressait
au tableau de bord, aux différentes commandes auxquelles
bien entendu j'étais très habitué. - Vous voyagez avec cette machine?
demanda-t-elle, étonnée. Comment ça fonctionne? - Vous me faites marchez avec votre
humour naïf, dis-je en souriant. Vous n'allez pas me
faire croire que c'est la première fois que vous mettez
les pieds dans une voiture. - Justement, si! Elle ne riait pas. Hormis quelques étincelles
égarées le long de ses joues, son visage demeurait
impassible. Alors, un frisson me parcourut l'échine. Je
commençais à ressentir une certaine angoisse. Il y
avait quelque chose d'étrange dans son regard, quelque
chose d'extravagant dans cette situation. Mon coeur
s'emballait de nouveau, mais pour des raisons plus
pragmatiques. Certes, cette belle inconnue me plaisait
singulièrement, j'avais très envie de lui prendre les
mains, de la caresser, de mordiller l'extrémité de ses
seins que je devinais au travers de ces curieuses étincelles. - Vous n'allez pas me faire croire que...
Que vous ne savez pas conduire! Comment voyagez-vous
donc? En taxi? Elle eut un sourire narquois, mais ne répondit
pas à ma question. Elle me mettait en boîte, c'était sûr.
Elle voulait sans doute connaître mes réactions dans
cette situation déstabilisante. Je n'avais jamais connu
pareilles circonstances. Et personne d'ailleurs n'avait
encore réussi à me troubler à ce point. - Si nous parlions d'Adamski, fit-elle,
sérieuse. C'est un homme dangereux car ses observations
et ses conclusions sur les extraterrestres sont loin d'être
correctes. Je le soupçonne d'avoir alerté la presse et
les radios de l'époque pour alimenter sa propre publicité.
Vous ne croyez pas? Je restais pantois, ne sachant que dire.
J'avais lu Adamski, mais cela remontait à quelques années. - D'ailleurs, il y a eu beaucoup
d'autres ouvrages sur la question depuis l'aventure du
capitaine Mantell, reprit-elle. Beaucoup d'ouvrages soi-disant
de vulgarisation scientifique qui nous ont fait, et nous
font encore, beaucoup de tort. Je pars du principe que
lorsqu'on ne sait pas, on se tait. Mais dans votre société
ce n'est pas l'apanage de certains, n'est-ce pas? - Vous voulez que je vous prenne pour
une extraterrestre? Dis-je en souriant, mais toutefois
assez déconcerté par la tournure que prenait notre
conversation. Je décidai de jouer le jeu. - C'est vrai, opinai-je. Avec vos
accessoires électroniques qui lancent des étincelles,
cette aura qui vous entoure, cette façon d'ouvrir les
portières de voiture, je suis persuadé maintenant que
vous venez d'un autre monde... - Vous ne me croyez pas? Je fis la grimace, ne sachant toujours
pas si elle plaisantait ou au contraire si ses propos étaient
raisonnables. - Embrassez-moi! C'était une illusion, bien entendu. Il
était impossible que cette créature de rêve me demandât
une telle chose. L'embrasser? Pourquoi moi? Il y avait
certainement dans la foule qui s'amassait dans les salles
d'exposition des mâles sans doute plus séduisants, plus
brillants que moi, et qui auraient donné cher pour se
trouver en tête à tête avec cette créature
scintillante. - Embrassez-moi! Subjugué, je m'approchai, traversai
cette barrière d'étincelles pour me retrouver
prisonnier d'une aura électrique insolite. J'étais
devenu léger, insouciant, et notre baiser n'avait rien
d'un acte d'amoureux consentants. Durant le bref contact
de nos lèvres, des centaines d'images entrèrent en moi,
venues de je ne savais où. Des paysages hauts en
couleurs défilaient comme dans un film muet, d'étranges
personnages, tout aussi lumineux que ma "conquête",
apparurent pour s'estomper au bout de quelques secondes.
D'éblouissantes choses zébraient le ciel suivant des
trajectoires extraordinairement précises. Le contact de
nos lèvres provoquait en moi des sensations curieuses,
un peu comme lorsqu'un léger courant électrique
parcourt le corps. Je me trouvai comme un adolescent lors
de son premier émoi, sauf que la situation était ici
beaucoup plus violente, plus perturbante, complètement
absurde. Pourquoi étais-je là, dans ma voiture, en
train d'embrasser une femme flamboyante et consentante?
Pourquoi éprouvai-je ces picotements bizarres qui, à ma
grande confusion, se concrétisaient chez moi par une
solide érection? Le baiser s'éternisa, mais je ne
ressentais plus rien. Des myriades d'étincelles nous
entouraient. Nous étions dans un tourbillon lumineux,
dans un maelström d'énergie, certainement dans un
univers différent. Je fermai les yeux, cherchant à
jouir de cette situation. J'aurais voulu la serrer
davantage contre moi, mais en étais-je capable, ou une
barrière énergétique m'en empêchait? Etais-je
subitement devenu amoureux? Que pouvais donc éprouver
cette inconnue en m'embrassant de cette façon? Au bout d'un moment, elle libéra mes lèvres.
Libérer devait être le mot juste, car elle me regarda,
le front plissé. - Je m'aperçois que vous ne savez pas
grand chose sur Adamski. Cet auteur a écrit sur nous des
choses abominables et je pensais que vous auriez pu
m'aider. Prendre nos astronefs pour des casseroles
volantes, des soucoupes, que sais-je? révèle une
ignorance impardonnable. L'essaim d'étincelles vira au sombre.
J'étais sidéré. - Comment pouvez-vous savoir si... - Par le baiser, bien sûr. C'est par ce
contact que nous échangeons nos impressions, chez nous... - Chez vous? Elle ouvrit la portière, désigna
l'entrée du bâtiment où continuaient expositions et
causeries. - Oui, chez nous. Là où je vis. J'étais
venue dans ces lieux pour en apprendre un peu plus sur la
littérature concernant les ovnis. Je fais une recherche
sur ce sujet, mais je dois dire qu'en fait rien n'est
conforme à la réalité. Malgré vos études, vos enquêtes,
vos projets SETI ou autres, vous ne parviendrez jamais à
percer le secret de notre existence. J'ai cependant été
ravie de faire votre connaissance... Elle disparut dans un tourbillon d'étincelles.
Je demeurai un long moment immobile, hébété, doutant
de ma raison. Avais-je réellement côtoyé cette vamp
vaporeuse, d'une extraordinaire beauté? Comment avait-elle
disparu, ou était-elle allé? Chancelant, je m'apprêtais à sortir du
véhicule lorsque j'aperçus le livre à la couverture
noire, dégageant une légère aura bleue. Je l'ouvris.
Il y avait en première page la photo en relief de mon
inconnue. Non, je n'avais donc pas rêvé. Je ne
connaissais même pas son prénom, mais je compris que je
l'aimais. Une grosse boule de chagrin me serra la gorge. J'essaierai un jour de relire Adamski, c'est promis. |