A LA RECHERCHE

D'ADAMSKI

 Claude Dumont

 

Je l'ai rencontrée à une conférence et je dois avouer que j'ai reçu une curieuse décharge électrique en la croisant dans un couloir. L'image est un peu galvaudée, mais c'est avec ces mots que je peux décrire ce que j'ai ressenti juste à ce moment-là: une sudation subite, un léger tremblement des membres supérieurs et une envie folle de m'approcher d'elle, de trouver une futilité ou l'autre pour engager la conversation.

Avec son imposante chevelure auburn tombant sur une chute de reins à damner un saint - ça aussi, c'est une expression vieille comme le monde - son maintien altier et son aisance extraordinaire lors de ses déplacements, elle ressemblait à une star venue de je ne sais quelle agence de mannequins ou d'un quelconque studio de cinéma.

Mais apparemment, ce n'était pas le cas. Elle appartenait certainement à cette cohorte de mordus venus assister à une conférence sur la science-fiction. Un détail toutefois: elle avait pour la cause revêtu un ensemble lumineux moulant étroitement ses formes. Chacun de ses mouvements générait d'infimes étincelles électriques, un peu comme lorsque la nuit on enlève une chemise de nylon. La miniaturisation des composants électroniques avaient permis, me semble-t-il, cet artifice pour le moins féerique. J'avais déjà apprécié un tel savoir-faire dans un parc d'attraction parisien où, en soirée, les illuminations attiraient les visiteurs. Elle n'était pas vraiment mince, bien au contraire. Elle avait tout ce qu'il fallait là où il fallait pour séduire un homme.

En général, je ne m'émeus pas spécialement pour la gent féminine évoluant dans les milieux du théâtre ou du cinéma, ni même pour les stars du showbiz. Pour moi, ce sont des gens inaccessibles, protégés généralement par des gardes du corps, possédant des adresses de complaisance. Si on veut les atteindre, il faut passer par leur maison d'éditions ou leur imprésario. Et encore, le résultat n'est pas garanti.

Mais là, cette beauté se trouvait dans la foule, souriante, parlant à l'un et à l'autre. Ce n'était pas une actrice, encore moins une écrivaine. C'était tout simplement une jolie femme qui avait remué mes sens. Ça ne m'était jamais arrivé, du moins de cette façon.

Durant l'exposé de l'un de mes amis sur l'éternelle définition de la science fiction, je découvrais le regard admiratif des mâles de l'assemblée souvent tournés vers cette mystérieuse créature. Etait-ce bien une inconnue, faisait-elle partie d'un groupe de spécialistes venus assurer un service ou l'autre ou tout simplement était-elle une invitée d'honneur? Dans ce genre de réunions dites "culturelles", il est d'usage d'inviter une pointure, comme on dit...

Au bout d'un moment, après l'avoir longuement lorgnée comme les autres, je me suis détourné, décidé à penser à autre chose. Cette beauté n'avait certes pas attendu mon arrivée pour se pavaner dans ce rassemblement de fanatiques de la science fiction.

La causerie terminée, j'ai quitté la salle de conférence pour me diriger vers les stands de livres, non sans avoir jeté un dernier coup d'oeil vers l'inconnue.

Rêveur, je n'ai rien enregistré des débats. Comme chaque fois, les participants se sont quittés sur une note amère: personne n'avait encore vraiment trouvé une définition de la science fiction, un genre littéraire qui rassemble en congrès, chaque année, des tas d'amateurs plus ou moins avertis. Je ne perdais donc pas grand chose.

Oubliant la belle et son cortège d'étincelles, j'allai fouiller dans les cartons de vieux livres à la recherche d'une relique ou l'autre. Bien des titres attiraient mon regard, mais je devais malheureusement équilibrer mon budget et surtout, pour ma bibliothèque, éviter les doublons.

Un livre à la couverture noire, sans titre, vint se loger comme par hasard dans ma paume. Je l'avais sans doute saisi sans vraiment le vouloir, distrait par des pensées quelque peu libertines. Cette belle inconnue hantait décidément un peu trop mon cerveau.

- Oh! Je voulais justement le prendre, fit une voix douce derrière moi, tendant une main fine et soignée dans ma direction.

Un parfum indéfinissable chatouilla mes narines. Je ne suis pas un spécialiste des essences nobles, mais celle-là était entêtante tout en étant discrète. Et cette main qui se dirigeait vers mois véhiculait des myriades de petites étincelles multicolores. Sans même me retourner, je compris qu'elle était là, derrière moi, sans doute à la recherche, également, d'une relique ou d'un livre rare.

J'ouvris mon acquisition à la première page. C'était une oeuvre d'un illuminé ayant déjà - soi-disant -  rencontré des extraterrestres. Ce genre de littérature ne m'intéressait guère. J'allais reposer le livre mais, après une légère hésitation, je me tournai vers l'inconnue pour lui annoncer d'une voix tremblante:

- C'est un ouvrage d'un certain George Adamski. Il aurait rencontré des êtres venus d'une autre planète. Si ça vous intéresse...

En se saisissant du livre, son visage s'éclaira tout autant que sa tunique parcourue par des milliers d'étincelles. Elle le feuilleta un moment, puis fit apparaître quelques pièces de monnaie dans sa paume.

- Je l'achète, dit-elle en souriant. Je ne vous en prive pas, j'espère?

J'ignore comment cet argent est apparu aussi soudainement dans le creux de sa main et je crois que, subjugué par cette femme extraordinaire, mon sens de l'observation devenait déficient. Plus je la regardais, plus mon coeur s'emballait. Je suis un grand garçon et j'ai pour habitude de dissimuler mes émotions, mais en ce moment même, je redevenais un enfant timide, confus, ne sachant quelle attitude adopter. Je transpirai de nouveau et cette sudation me mettait mal à l'aise. Et si jamais cette beauté possédait un odorat suffisamment développé pour remarquer mon embarras? 

- Vous pouvez le prendre, dis-je dans un souffle. Je possède déjà ce titre dans ma bibliothèque.

J'avais là l'occasion unique de nouer la conversation, mais je ne savais pas par quoi commencer. La pluie, le beau temps, un compliment pour son déguisement... J'étais paralysé par un trouble certain.

- Je trouve enchanteurs ces dégagements d'étincelles multicolores, dis-je enfin après avoir comiquement pris un peu de recul. C'est vraiment unique.

- Ah! Vous pensez? Moi, je trouve parfois ce vêtement assez éprouvant. Mais cette tenue était obligatoire...

- Obligatoire? Vous riez, n'est-ce pas? Personne ne peut vous obliger à revêtir un système électronique de ce genre.

La jeune femme fronça les sourcils, puis me regarda en cillant des yeux. J'étais toujours aussi subjugué, secrètement heureux de cet étrange intermède. Cette beauté me parlait d'une voix envoûtante et si je ne me retenais pas, je lui sauterais au cou pour lui crier mon amour. Mais je suis certainement un grand naïf. Comment une telle créature pouvait-elle s'intéresser à moi? Et d'ailleurs, cette attirance n'était que physique. Ce corps de déesse, cette poitrine opulente, ces jambes fuselées m'attiraient comme un aimant. Et puis son regard de braise - encore une expression surannée - m'hypnotisait réellement. Je ne voyais plus les rangées de livres, ni la foule, je n'entendais plus le brouhaha habituel des amateurs fouillant dans les caisses. Je n'avais d'yeux que pour la belle inconnue qui, chance extraordinaire, m'avait adressé la parole.

- Oui, dit-elle au bout d'un moment, je ne peux tout de même pas, dans cette foule, me promener sans une tenue appropriée.

Une tenue appropriée, avait-elle dit. Je n'avais pas connaissance d'un concours de travesti ou de quelque chose d'analogue. Dans un élan de courage, sous l'impulsion d'un héroïsme de dernière minute, voulant en savoir plus, je lui proposai un verre.

- Il fait chaud dans cette salle. Puis-je vous offrir quelque chose au bar?

- C'est une bonne idée, bien que je n'aie pas vraiment très soif. Mais je suis plutôt intéressée par cet auteur, fit-elle en tapotant le livre qu'elle venait d'acheter. Vous le connaissez?

- L'auteur? Non, parce qu'à l'époque où il a écrit ce bouquin, j'étais encore dans les choux...

- Dans les choux?

Elle me regardait d'un air bizarre, cherchant à comprendre cette métaphore.  Avait-elle bien compris? Par sécurité, je complétais l'information:

- Je n'étais pas encore né...

- Je comprends. Vous ne pouvez donc pas m'aider, dit-elle, déçue.

Sa luminance s'estompa un peu.

- Par contre, dis-je rapidement, de peur qu'elle ne décide d'interrompre la conversation et de s'en aller, j'ai lu ce livre. Je me souviens de son contenu. Nous pourrions en discuter, si vous le désirez.

Son sourire illumina de nouveau son visage. Son abondante chevelure semblait se dilater, prenant des proportions étranges. Il me semblait que son aura d'étincelles augmentait d'une façon significative. Pouvait-elle manifester sa joie par un surcroît d'électricité statique? Je trouvais ça comique.

- Je préférerais aller dans un endroit plus calme, dit-elle, redevenue sérieuse. Avec ce bruit, nous risquons de devoir parler un peu plus fort. Vous avez une idée?

- Il nous faudrait un petit local, un bureau... Peut-être pouvons-nous aller dans un bistrot, pas trop loin d'ici?

J'étais ravi. Me retrouver en tête à tête avec cette créature de rêve me remplissait de fierté. Sortir de cette salle avec "ma" conquête allait faire jaser tous les mâles de l'endroit. Je voyais déjà la tête étonnée de mon meilleur copain qui penserait certainement que je dispose d'arguments de conquête particuliers. J'étais chanceux, tout simplement.

- Un bistrot? Non, ça ne me tente pas...

- Je ne vois plus qu'une possibilité: ma voiture. Nous y serons à l'abri et dans le calme.

- Une voiture, dites-vous? C'est cette chose munie de quatre roues et qui encombre vos rues?

Devant cette forme d'ironie, je pensais avoir gaffé en proposant mon véhicule. C'était d'ailleurs une invite qu'on pouvait qualifier d'équivoque. Mais mon inconnue hocha la tête en signe d'assentiment.

- Allons donc dans votre voiture. Mais je veux que vous me parliez d'Adamski. C'est important pour moi.

- Vous faites une étude sur cet illuminé?

- Une étude non, mais une recherche, oui...

Je savais que les hommes de cette assemblée, avec envie sans doute, me regardaient sortir. Aussi, pour donner un peu plus de piquant à la situation, je m'effaçai pour laisser passer mon invitée, tout en lui frôlant le dos de ma main ouverte. Paternel ou possessif, ce geste apparemment anodin me troubla davantage par les picotements désagréables que je ressentais dans tout le bras. Décidément, ce dispositif électronique m'étonnait de plus en plus. Je me promis de la questionner sur cet équipement extraordinaire. C'était sans doute une japonaiserie récente. Ces asiatiques n'arrêtaient pas de créer des tonnes de gadgets!

Durant notre marche vers la voiture, garée un peu plus loin, je pensais à Adamski. Qu'allais-je bien pouvoir dire quant aux élucubrations soucoupistes de cet auteur? J'essayai de me remettre en mémoire les observations faites par ce chercheur (chercheur étant quand même un euphémisme). J'avais dans ma collection l'ouvrage original paru en 1954 aux éditions de La Colombe mais sa lecture remontait bien à une dizaine d'années. Difficile, dans ce cas, de bien documenter mon inconnue. Mais ne venait-elle pas, de cet ouvrage, d'acheter une version en livre de poche? Pourquoi vouloir disserter sur cet ouvrage sans même l'avoir lu? J'étais de plus en plus intrigué, mais aussi très fier d'inviter cette beauté dans ma voiture.

Curieusement, batterie probablement déchargée, la télécommande d'ouverture des portières ne voulut rien entendre. Déconcerté, les sourcils froncés, je farfouillai dans mes poches cherchant la clé de secours pendant que mon sapin de noël ambulant posait sa main sur la poignée de la portière droite. Un déclic soudain me laissa pantois, alors que j'avais la main tendue vers la serrure.

- Mille excuses, dis-je, plongé dans une profonde incompréhension, mais il me semble que ma télécommande fonctionne a retardement...

- Pas du tout, répondit la belle, je vous ai tout simplement aidé à déverrouiller cette ouverture. C'est assez archaïque comme système, non?

Elle avait ouvert la portière et s'apprêtait à s'engouffrer dans l'habitacle. J'étais quelque peu vexé: ma voiture était récente, elle disposait de tous les équipements modernes en matière de confort, de sécurité et d'antivol. Me dire que le système était archaïque me vexait quelque peu. Mais peut-être faisait-elle montre d'un humour assez particulier que je devais accepter?

Installés finalement sur les confortables sièges de l'auto, je me tournai vers ma passagère, ou du moins vers un amas extraordinaire d'étincelles multicolores.

- C'est presque le 14 juillet, dis-je en riant. D'où tirez-vous l'énergie nécessaire pour réaliser ce tour de magie? C'est un vrai kaléidoscope!

- Je n'ai besoin d'aucune énergie.

- C'est un phénomène piezzo, alors?

- C'est un peu ça...

Elle était admirable de beauté, profondément enfoncée dans son siège. Par l'échancrure de sa tunique étincelante, je découvrais la naissance d'une gorge ferme et généreuse. Mon coeur s'emballait. J'aurais voulu la tenir dans mes bras, lui avouer mon trouble, l'embrasser, lui dire que je ne voyais qu'elle. Mais l'idée qu'Adamski soit notre unique sujet de conversation me ramena à la réalité. Non, ce n'était pas une femme pour moi. Je lui rendais service simplement en lui donnant quelques précisions sur une série d'événements datant de l'après-guerre. Dans une vingtaine de minutes sans doute, elle retournerait vers les lieux du congrès pour se mêler de nouveau à la foule des fans de science fiction.

Bien assise dans son siège, elle s'intéressait au tableau de bord, aux différentes commandes auxquelles bien entendu j'étais très habitué.

- Vous voyagez avec cette machine? demanda-t-elle, étonnée. Comment ça fonctionne?

- Vous me faites marchez avec votre humour naïf, dis-je en souriant. Vous n'allez pas me faire croire que c'est la première fois que vous mettez les pieds dans une voiture.

- Justement, si!

Elle ne riait pas. Hormis quelques étincelles égarées le long de ses joues, son visage demeurait impassible. Alors, un frisson me parcourut l'échine. Je commençais à ressentir une certaine angoisse. Il y avait quelque chose d'étrange dans son regard, quelque chose d'extravagant dans cette situation. Mon coeur s'emballait de nouveau, mais pour des raisons plus pragmatiques. Certes, cette belle inconnue me plaisait singulièrement, j'avais très envie de lui prendre les mains, de la caresser, de mordiller l'extrémité de ses seins que je devinais au travers de ces curieuses étincelles.

- Vous n'allez pas me faire croire que... Que vous ne savez pas conduire! Comment voyagez-vous donc? En taxi?

Elle eut un sourire narquois, mais ne répondit pas à ma question. Elle me mettait en boîte, c'était sûr. Elle voulait sans doute connaître mes réactions dans cette situation déstabilisante. Je n'avais jamais connu pareilles circonstances. Et personne d'ailleurs n'avait encore réussi à me troubler à ce point.

- Si nous parlions d'Adamski, fit-elle, sérieuse. C'est un homme dangereux car ses observations et ses conclusions sur les extraterrestres sont loin d'être correctes. Je le soupçonne d'avoir alerté la presse et les radios de l'époque pour alimenter sa propre publicité. Vous ne croyez pas?

Je restais pantois, ne sachant que dire. J'avais lu Adamski, mais cela remontait à quelques années.

- D'ailleurs, il y a eu beaucoup d'autres ouvrages sur la question depuis l'aventure du capitaine Mantell, reprit-elle. Beaucoup d'ouvrages soi-disant de vulgarisation scientifique qui nous ont fait, et nous font encore, beaucoup de tort. Je pars du principe que lorsqu'on ne sait pas, on se tait. Mais dans votre société ce n'est pas l'apanage de certains, n'est-ce pas?

- Vous voulez que je vous prenne pour une extraterrestre? Dis-je en souriant, mais toutefois assez déconcerté par la tournure que prenait notre conversation.

Je décidai de jouer le jeu.

- C'est vrai, opinai-je. Avec vos accessoires électroniques qui lancent des étincelles, cette aura qui vous entoure, cette façon d'ouvrir les portières de voiture, je suis persuadé maintenant que vous venez d'un autre monde...

- Vous ne me croyez pas?

Je fis la grimace, ne sachant toujours pas si elle plaisantait ou au contraire si ses propos étaient raisonnables.

- Embrassez-moi!

C'était une illusion, bien entendu. Il était impossible que cette créature de rêve me demandât une telle chose. L'embrasser? Pourquoi moi? Il y avait certainement dans la foule qui s'amassait dans les salles d'exposition des mâles sans doute plus séduisants, plus brillants que moi, et qui auraient donné cher pour se trouver en tête à tête avec cette créature scintillante.

- Embrassez-moi!

Subjugué, je m'approchai, traversai cette barrière d'étincelles pour me retrouver prisonnier d'une aura électrique insolite. J'étais devenu léger, insouciant, et notre baiser n'avait rien d'un acte d'amoureux consentants. Durant le bref contact de nos lèvres, des centaines d'images entrèrent en moi, venues de je ne savais où. Des paysages hauts en couleurs défilaient comme dans un film muet, d'étranges personnages, tout aussi lumineux que ma "conquête", apparurent pour s'estomper au bout de quelques secondes. D'éblouissantes choses zébraient le ciel suivant des trajectoires extraordinairement précises. Le contact de nos lèvres provoquait en moi des sensations curieuses, un peu comme lorsqu'un léger courant électrique parcourt le corps. Je me trouvai comme un adolescent lors de son premier émoi, sauf que la situation était ici beaucoup plus violente, plus perturbante, complètement absurde. Pourquoi étais-je là, dans ma voiture, en train d'embrasser une femme flamboyante et consentante? Pourquoi éprouvai-je ces picotements bizarres qui, à ma grande confusion, se concrétisaient chez moi par une solide érection?

Le baiser s'éternisa, mais je ne ressentais plus rien. Des myriades d'étincelles nous entouraient. Nous étions dans un tourbillon lumineux, dans un maelström d'énergie, certainement dans un univers différent. Je fermai les yeux, cherchant à jouir de cette situation. J'aurais voulu la serrer davantage contre moi, mais en étais-je capable, ou une barrière énergétique m'en empêchait? Etais-je subitement devenu amoureux? Que pouvais donc éprouver cette inconnue en m'embrassant de cette façon?

Au bout d'un moment, elle libéra mes lèvres. Libérer devait être le mot juste, car elle me regarda, le front plissé.

- Je m'aperçois que vous ne savez pas grand chose sur Adamski. Cet auteur a écrit sur nous des choses abominables et je pensais que vous auriez pu m'aider. Prendre nos astronefs pour des casseroles volantes, des soucoupes, que sais-je? révèle une ignorance impardonnable.

L'essaim d'étincelles vira au sombre. J'étais sidéré.

- Comment pouvez-vous savoir si...

- Par le baiser, bien sûr. C'est par ce contact que nous échangeons nos impressions, chez nous...

- Chez vous?

Elle ouvrit la portière, désigna l'entrée du bâtiment où continuaient expositions et causeries.

- Oui, chez nous. Là où je vis. J'étais venue dans ces lieux pour en apprendre un peu plus sur la littérature concernant les ovnis. Je fais une recherche sur ce sujet, mais je dois dire qu'en fait rien n'est conforme à la réalité. Malgré vos études, vos enquêtes, vos projets SETI ou autres, vous ne parviendrez jamais à percer le secret de notre existence. J'ai cependant été ravie de faire votre connaissance...

Elle disparut dans un tourbillon d'étincelles. Je demeurai un long moment immobile, hébété, doutant de ma raison. Avais-je réellement côtoyé cette vamp vaporeuse, d'une extraordinaire beauté? Comment avait-elle disparu, ou était-elle allé?

Chancelant, je m'apprêtais à sortir du véhicule lorsque j'aperçus le livre à la couverture noire, dégageant une légère aura bleue. Je l'ouvris. Il y avait en première page la photo en relief de mon inconnue. Non, je n'avais donc pas rêvé. Je ne connaissais même pas son prénom, mais je compris que je l'aimais.

Une grosse boule de chagrin me serra la gorge. J'essaierai un jour de relire Adamski, c'est promis.