LA PREMIÈRE CONVENTION MONDIALE DE SCIENCE FICTION EN EUROPE 21-24 AOÛT 1970 |
Couverture du numéro 1 du fanzine de Convention, représentant Jok, la mascotte de la Convention |
Nous vous proposons un reportage pas comme les autres, celui du premier congrès mondial de science fiction qui a eu lieu en Europe, à Heidelberg, en Allemagne, du 21 au 24 août 1970. C'était une grande première pour les fans de l'époque, car c'était la première fois que les anglo-saxons expatriaient leur convention vers le vieux continent. Cette manifestation a rassemblé bien des amateurs et des professionnels, qui seront cités dans cet article au fur et à mesure. En effet, comme il est de coutume dans les congrès en général, des mordus de SF publient un "fanzine de convention" dans lequel ils s'éclatent littéralement. C'est ce que nous vous proposons maintenant, un reportage (agrémenté des quelques photos souvenir), issu du cerveau débridé de Claude Dumont, Michel Feron et Danny De Laet. Nous renvoyons le lecteur, pour de plus amples détails sur ces individus, au chapitre "40 ans de Fanéditions", visible sur ce site. Il faut noter que les lignes qui suivent ont été tapées sur place sur stencils hectographiques, et imprimées grâce à un duplicateur à alcool amené pour la circonstance sur les lieux de la convention. Nous n'avons pratiquement rien modifié du texte d'origine, sauf peut-être certains passages, devenus illisibles avec le temps, qui ont dû être "reconstitués".
PREMIER JOUR Jok, la mascotte de la Convention |
Je m'appelle Claude Dumont et je suis fou. Fou d'avoir fait le trajet jusqu'en cette belle et médiévale ville de Heidelberg (j'emprunte là les expressions des dépliants). Après un voyage mouvementé (détails plus loin) nous sommes arrivés (Michel Feron, Danny De Laet et moi-même) à 3 heures du matin. Et c'est là que se situe tout l'intérêt de notre histoire. Trois fans - de véritables fans, vous dis-je - vaccinés et tout, se retrouvent seuls et isolés, en pleine nuit, obligés de dormir, faute d'hôtel, sous le pont Karl Théodor. (1) Voilà donc une situation que ne désapprouverait pas notre ami Jok. Passons maintenant aux détails pittoresques de notre odyssée. Avez-vous déjà vu un Michel Feron poussant une voiture ? Et un Danny De Laet transi de froid, attendant avec impatience les secours ? Non, eh bien, c'est pourtant vrai! Il a fallu que je vienne dans ce foutu pays pour claquer deux pneus. Deux pneus! Deux à la fois, à l'arrière, à croire que nous étions trop chargés! (2) C'est formidable, non ? Je parie que l'opposition y est pour quelques chose. Mais je ne vais pas m'éterniser sur mes petits malheurs. Sachez seulement que nous sommes arrivés à temps pour ce foutu Congrès. Sachez que nous sommes arrivés à temps pour goûter au Vurguzz (3),que pour ma part j'ai épinglé au passage des tas de tordus qui méritent qu'on leur serre la pince. Cronimus, Osterrath, Duvic, par exemple, pour ne citer que les premiers rencontrés. Sans compter les tas de fans venant d'un peu partout, avec lesquels j'étais en correspondance depuis bien longtemps. J'ai serré la main à un petit bonhomme habillé en vert. Et puis, le Vurguzz aidant peut-être, je l'ai pris pour un martien. Cela m'a permis d'entendre un chapelet de jurons dans une langue que je ne connais pas. Et puis, je vais vous quitter maintenant. Je dois courir bien vite à la boutique de Franz Etl m'acheter un casier de bouteilles de Vurguzz. Il paraît que cet alcool est de loin supérieur à celui qu'utilise Feron pour sa machine à polycopier. D'ailleurs, mettez donc le nez sur cette feuille. Ne sentez-vous pas cette bonne odeur d'alcool ? Non ? Ben c'est que vous avez le pif bouché ou tordu. En tous les cas, ce présent fanzine, fabriqué à Heidelberg, dans une chambre d'hôtel, est et restera le premier fanzine tiré au Vurguzz. Qu'on se le dise. T'entends, Alain Feron ? Ceci dit, j'ai regretté l'absence de certains (Versins, par exemple). Mais nous savons tous qu'il est là, présent par la pensée, observant d'un oeil vif l'évolution des fans. Et puis j'ai vu Silverberg (sympa, ce mec-là!), Tubb, Poul Anderson, Brunner. Et puis, je vous en dirai plus demain. Nous n'en sommes qu'au premier jour, que diable!
Claude Dumont
(1) Notre arrivée tardive en est la cause. Tous les hôtels étaient à cette heure fermés, évidemment. Nous nous sommes garés effectivement sous le pont Karl Theodor où, par bonheur, une voiture identique (Opel Kapitan), sans plaque d'immatriculation, a permis à Dumont de pratiquer en douce un "échange" de roue. Ce qui, le lendemain, a permis de ne faire réparer qu' UN pneu...
(2) Crever deux pneus en même temps, sur une route allemande, aux environs de 22 heures, c'est plutôt rarissime! Pendant que Michel Feron corrigeait ses stencils, bien assis dans une taverne teutonne, en face d'une bière non moins teutonne, Dumont et De Laet attendaient dans le froid l'arrivée d'un dépanneur. Coût de l'opération: 100 DM. Un mauvais coup dans notre budget, déjà fort limité...
(3) Vurguzz: alcool de sang de crapaud, venant de Tau Ceti (c'est du moins ce qu'affirmaient l'étiquette et les vendeurs...
A Sarrebrucken: Danny De Laet, qui baragouine un peu d'allemand, nous a été très utile lorsque nous avons "claqué" nos pneus:
- Roue... Pneu, claqué, vous comprenez ? Boum! Clac! Kapput!
Le garagiste s'en gratte encore la tête.
What we will remember of the first hard day 's night was mainly I think the masquerade. Yep. Saw a few pretty girls there on stage. Could not waistle although. I'm terribly shy an besides engough pretty girls among the public too. That's all for today; I'Il speak about the speeches and the discussions later. See you!
Danny De Laet, Heidelberg 2970.
(La mauvaise qualité du texte ci-dessus est due uniquement à Danny De Laet. Ça se prétend fanéditeur et ça ne sait même pas taper un stencil...)
(Les impressions spéciales de notre envoyé non moins spécial à Heidelberg)
Je ne dirai rien de la foutue LMNvoiture de Dumont, sauf que c'est réellement une foutue LMNvoiture... (*) Et puis toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire (voir 1 ci-dessus). Et le fond de l'air est frais pour la saison... Quand des fans américains me racontaient l'un ou l'autre Congrès Mondial, ou du moins l'impression qu'ils en avaient gardée, c'était toujours le même refrain: "Un Congrès Mondial, ça consiste à se trouver quelque part avec cinq ou six cent gars qu'on voudrait bien rencontrer, alors on passe son temps à courir de l'un à l'autre, on dit "hello!" par ici, "hello!" par là, et comme tout le monde fait la même chose, ça fait une cavalcade de têtes et de figures. On ne se souvient plus de la moitié de ceux qu'on a rencontrés, mais tout le monde s'amuse bien et on recommence l'année suivante..." Bref, moi, je me disais qu'il y avait quand même des choses plus sérieuses et plus constructives à faire pendant un Congrès Mondial de SF. Eh! bien non, on dit ça, et puis on sait qu'il y a dans la salle quelques dizaines ou même quelques centaines de correspondants, avec qui on est en contact depuis des années et des années, et que c'est une occasion unique de les rencontrer, eh! bien, on en profite. Je ne citerai pas ici le nom de tous les fans de tous les pays que j'ai enfin l'occasion de rencontrer... mais ça suffit, au fond, pour moi, à en faire quelque chose de réussi...
(*)La voiture: Opel Kapitan, 2,6 L , six cylindres, 3 vitesses au volant. Une fois la banquette avant rabattue, l'on pouvait y dormir, complétement à plat (contrairement aux véhicules d'aujourd'hui) à quatre sans se toucher. (Ce qui a permis à André Leborgne d'affirmer que c'était une voiture bonne pour la baise...) Le coffre, durant cet épisode de Heidelberg, a emmagasiné une machine à écrire, un duplicateur à alcool, du matériel photo, les bagages personnels de Feron, De Laet, Dumont et son épouse, et pour le retour, quelques dizaines de kilos de bouquins en plus, ainsi que Fred Patten et ses bagages, qui devaient reprendre le chemin des USA via Zaventem... Une réelle et folle équipée. Heureusement qu'il y avait de la puissance dans cette voiture!
Michel Feron
About the luck of being a faneditor at Heidelberg There I stood. Abandoned. Alone. Solitary like a lone some wolf. Shit! It was then the 20th of august. Heicon was to begin. Zo! I mean: So! And I was the only fool in all Antwerp to go to Heidelberg. I won't tell anything about our trip, I mean Dumont, his wife, Feron and me for the other will already brag enough about it but really it was awful as the driver - I won't tell his name but as he will read this I know he will feel guilty - gave us a tremendous demonstration of his incapacity. Nevertheless we managed to get there (Heidelberg) at 3 o'clock in the morning. So far so good. We got our badges I mean badges an waited for the beginning of... Heicon '70. As a matter of fact I did expect something else. I tought it would be a "rigid" german organisation and instead it was rather sympathetic but also rather clumsy. Sorry if I hurt your feelings but this simply has to be said. I don't think we want any of these failures to go on every year. All right! Everything went on as it was scheduled but everything and everybody was too late, there were no translators, their was a (very) poor exhibition of books (come now, you've got a guest of honor that's called Bob Silverberg and I couldn't even find one of his books here!) and above all, we didn't hear one word that was spoken! The only one I heard was John Campbell Jr for he was the only one to speak loud and clearly and on that rare occasion you could have heard the humming of a fly. Double shit now. Well, stop thinking I'm here in a bad humor and only willing to break down something that we all wanted, something we sometimes even fought for... At least I've met a lot of people: Ackerman, Wollheim, Brunner, Silverberg, I've seen Anderson, Campbell, Galouye. Met old friends as Leborgne, Leo Kindt... Had also a hell of a time at the Vurguzz bar (Ah wait till I let those stinking idiots at hove have a glass of it!). Yeah, I've met a lot of people and we did not try to enjoy ourselves, we really did enjoy ourselves although we would like the congress to be more interesting.
Danny De Laet
Traduction/adaptation du texte ci-dessus, par Alain le Bussy: "Ce que nous retiendrons de la soirée du premier jour, je crois, c'était surtout le bal masqué - on peut aussi garder la masquarade. Yep! On a vu quelques jolies filles sur la scène. On ne pouvait cependant pas siffler: je suis terriblement timide, et puis il y avait aussi pas mal de jolies filles dans la salle. C'est tout pour aujourd'hui. Je parlerai des conférences et des débats plus tard. A bientôt! A propos de la chance d'être un fanéditeur à Heidelberg. J'étais là. Abandonné. Délaissé. Solitaire comme un loup perdu. Merde! On était le 20 août. La Heicon allait commencer. Ainzi! Je veux dire ainsi! Et j'étais le seul fou de tout Anvers à venir à Heidelberg. Je ne dirai rien du voyage qui nous réunissait, Dumont, sa femme, Feron et moi, parce que les autres le vanteront déjà assez, mais c'était vraiment affreux car le conducteur - je ne dirai pas son nom, mais en lisant ceci il se sentira coupable - nous a donné une démonstration exceptionnelle de son inaptitude. Néanmoins, nous avons fini par arriver à 3 heures du matin. Nous avons obtenu nos badges et attendu l'ouverture de la... Heicon 70. En fait, je m'attendais à autre chose. Je pensais qu'il y aurait une organisation "rigide", à l'allemande, et au lieu, c'était assez sympathique, mais quelque peu désordonné. Désolé si c'est blessant, mais ça devait être dit. Je ne pense pas que quiconque souhaite voir ces erreurs se perpétuer d'année en année. Bon! Tout s'est déroulé comme prévu, mais rien ni personne n'était à l'heure; il n'y avait pas de traducteurs; il y avait vraiment très peu de livres exposés (par exemple, Bob Silverberg était invité d'honneur et je n'ai même pas pu trouver l'un de ses livres!) et, par-dessus tout, on ne parvenait pas à entendre un seul mot des conférences. Le seul que j'ai pu entendre était John Campbell, parce qu'il était le seul à parler haut et clair et que, en outre, on aurait pu en cette rare occasion entendre voler une mouche. Double merde! Bon! Cessez de penser que je suis de mauvaise humeur et que je ne cherche qu'à détruire quelque chose que nous voulions tous, une chose pour laquelle nous nous sommes parfois battus... J'ai au moins rencontré un tas de gens: Ackerman, Wollheim, Brunner, Silverberg. J'ai vu aussi Anderson, Campbell, Galouye, et rencontré de vieux amis, comme Leborgne, Léo Kindt... J'ai aussi connu des moments mémorables au Vurguzz bar (Ah! attendez que j'en fasse boire un verre à ces idiots puants, à la maison!). Ouais, j'ai rencontré un tas de gens et nous n'avons pas dû faire d'efforts pour nous amsuer. On s'est vraiment marré, mais on aurait préféré que le congrès en lui-même soit plus intéressant. |
Résumé de l'épisode précédent: Zorro a tué quelqu'un qu'il croit être le mystérieux bandit masqué, mais voici qu'un colonel de l'armée sécessionniste apparaît...
A part ça, que s'est-il passé ce premier jour à Heidelberg ? Des tas de choses, évidemment. Il y a bon nombre d'allocutions, en anglais et/ou en allemand, dont celle d'Axel Melhardt sur la sword and sorcery (très sympathique, le bonhomme, il me fait songer à Conan), et de Robert Silverberg. Aussi un groupe de discussion avec John Campbell et Daniel Galouye. Mais tout ça, c'est de la parole. Du côté des actes, citons une visite de la Boutique de Vurguzz... (hic!)... Et puis une visite de l'Art Show. Assez sommaire, pas beaucoup d'artistes, mais des choses très, très belles et très, très, très chères, trop pour moi en tout cas. Dans la salle, nombreux Belges et Français - notre ami Leborgne (toujours aussi vicieux, celui-là, entre parenthèses), présent à l'appel, comme un brave, avec, en vrac, Van Passen, Guinle, Liesnard, et des tas d'autres que j'oublie sur le moment. Les français: Turmel, Duvic (encore plus laid que d'habitude, çui-là), Nicolas, Jacqueline H. Osterrath bien sûr, Cronimus... Question noms célèbres, ouvre les divers invités d'honneur, Brunner, Silverberg, citons Poul Anderson, Daniel Galouye, Don Wolheim, Forry Ackerman himself, plus tous ceux que je n'ai pas encore vus. Question programme de cette journée, deux points intéressants:
1/ Une série de dias sur la SF dans l'art russe contemporain. L'auteur du speech, le Dr Pétri, s'exprimait euh, heu, hum, euh, assez, hm, heuh, mal, mais les illustrations présentées étaient du tonnerre de Dieu. Si, si!. Une série de dessins en couleurs, retraçant la conquête du cosmos depuis les premières fusées lunaires, jusqu'aux voyages extragalactiques. Le tout avec des couleurs fascinantes et un souffle épique à vous renverser. Entre autres, un lever de soleil sur Vénus que je n'oublierai jamais, dussè-je vivre deux cents ans.
2/ Le bal masqué de SF: la grosse, grosse, kolossale rigolade. On commence par une mémère du type sur le retour (ou peut-être déjà revenue) en collant noir sur un maillot de bain blanc. Le tout s'appelle Barbarella, et la cellulite est livrée en prime... Rien que ça valait le voyage. Puis Strinati en Flash Gordon. Oui, vous avez bien lu, Strinati lui-même habillé comme Flash Gordon. Moment historique s'il en est. Puis aussi de la fesse en veux-tu en voilà. Le concours a été gagné côté hommes par Bruce Pelz, vieux spécialiste, dans un costume très roi décadent de sword and sorcery. Côté couples, par Elliot Shorter et une femme que je ne connais pas, en personnages de Shakespeare. Très simple comme costume, mais quand on connaît Elliot Shorter, on se rend compte que ça doit être très impressionnant... Côté femmes, premier prix bien sûr à Astrid Anderson, vêtue d'un très petit bikini vert et le corps à moitié peint en vert, en tant que personnage semi-végétal de je ne sais plus quel vieux roman de SF. Moment émouvant: la dite Astrid, émue, en pleurs dans les bras de sa chère maman... Mais voilà que s'achève la feuille... A demain pour des nouvelles fraîches de Heidelberg. A vous le studio!
Michel Feron.
DEUXIÈME JOUR |
Et op! revoici votre ami Dumont. Quoiqu'on en dise, bien que fatigué, critiqué, malmené, il est toujours fidèle à son poste. En ce deuxième jour de congrès, je ne répéterai pas ce qui a déjà été dit. Pour mémoire (et surtout pour ceux qui n'auraient pas reçu le premier numéro) je dirai tout simplement que le fameux bal de science fiction nous a bien fait rire - il était franchement grotesque - et que les choses étant ce qu'elles sont, on accuse nettement un manque d'organisation. Il ne faut pas en vouloir aux dirigeants, qui ont fait le maximum pour que ce congrès soit un congrès. Mais j'aurai voulu assister et comprendre pas mal de causeries. Mais d'autres ont déploré avant moi le manque de traductions, n'insistons pas. Remercions seulement, en passant, notre ami Jean-Paul Cronimus qui s'est donné la tâche, ingrate, de traduire en français les principaux exposés. Mais le pôvre est bien en peine, n'arrivant pas à rattraper son retard. Une chose bien: Frédéric Christian nous a conviés à une "table ronde" qui a mis en présence, dans les studios radiophoniques de la ville, Jacqueline H. Osterrath, représentant l'Allemagne, quatre belges (Feron, Leborgne, Doumont et moi-même, bien qu'étant de nationalité française), Duvic pour la France. Les représentants pour la Roumanie, le Portugal et l'Italie (j'ai oublié les noms, je vous les communiquerai ultérieurement). Voilà donc une discussion qui nous a intéressés. S'cusez le s en trop, mais je tape sur la machine de Feron. Et cette machine n'obéit qu'à son maître. D'ailleurs, voyez le texte de De Laet... Les films: en qualité de photographe, je parlerai technique. J'ai été quelque peu étonné, en entrant dans la salle, de voir que l'on projetait du 8 m/m standard, sonorisé. Oui, môssieur, sonorisé. (*) Et la projection, malgré les inversions de bobines, s'est déroulée d'une façon acceptable. Les prises de vues et les couleurs tiennent du professionnalisme. Les bobines (3 ou 4 de 120 mètres) représentent certainement pour leurs auteurs des prouesses. Quand au thème, je laisse le soin à un autre de critiquer, n'ayant compris que couic. Que voulez-vous, je n'ai pas, comme Danny De Laet, le don des langues. Et puis, comme certaines causeries me barbaient réellement, je suis allé me balader en ville où j'ai vu des tas de fans. Dans les bistrots surtout. Des groupes disparates, discutant vivement. Reconnaissables à leurs badges, ils se croisent dans la rue en criant des "hello" sympathiques. Et puis la ville est agréable. Un peu chère, mais sympathique tout de même. De la végétation, des bateaux de plaisance sur le Neckar. Beaucoup de discussions. Beaucoup de projets... Je crois, tout compte fait, que le congrès de Heidelberg apportera beaucoup à la science fiction européenne. Mais ce n'est pas encore terminé. Je vous l'ai déjà dit quelque part, nous n'en sommes qu'au deuxième jour. A demain, donc!
(*) C'est vrai qu'à l'époque la vidéo et le numérique n'avaient pas encore envahi les chaumières. Le film 8 m/m standard sonorisé était considéré comme un must!
Claude Dumont
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B |
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LEGENDE:
A: Astrid Anderson (devenue plus tard Mme Bear)- B: Karen Anderson et Poul Anderson (à droite, décédé d'un cancer le 32 juillet 2001, à l'âge de 75 ans). C: Mario Bosniak, organisateur de la Convention.
D: Le "kolossal" défilé (Barbarella). E: Jacqueline Osterrath sur son parapet. F: Michel Feron relisant un stencil.
Note: les photos D et E ont été faites au télé-objectif dans de très mauvaises conditions, d'où un flou désagréable. Les photos sont de Claude Dumont.
A HEIDELBERG (suite)
Je ne savais pas que Danny De Laet avait une grand-mère. Une grand-mère peut-être charmante, puisque notre ami a voulu lui envoyer, de Heidelberg, une carte postale en couleurs. Jusque là rien de très particulier, mais... L'histoire se corse lorsque Danny De Laet a voulu acheter un timbre. En Allemagne comme partout, il y a des distributeurs aux coins des rues. C'est ainsi qu'après avoir mis dans la fente adéquate la pièce de monnaie requise (oh! quelle syntaxe), notre ami s'est vu remis non pas un timbre-poste, mais un adorable ustensile en caoutchouc que la décence m'interdit de décrire ici.
Claude Dumont
Note: il y a normalement ici un texte de Danny De Laet, entièrement écrit en flamand. Nous l'éluderons pour nos amis français qui, sauf peut-être quelques exceptions, ne connaissent pas cette langue.
Bon, après Dumont et De Laet, passons enfin aux choses sérieuses. Les Japonais qui, comme on le sait, commencent à lire par la fin du fanzine, n'auront rien perdu au change.
HEICON '70: Nous vous avons déjà raconté le premier jour, puis il y eut un soir et il y eut un matin, et ce fut le deuxième jour... Avant de vous raconter quelques petites choses sur ce fameux deuxième jour, voici quelques chiffres: Dans la nuit du 21 au 22, votre serviteur, après une journée épuisante de convention, a tourné à la duplicatrice quelques 1600 pages de fanzines, ce qui représente 3200 tours de manivelle, pas moinsse. Faut être cinglé. Je le suis. Bon, c'est pas tout ça, j'ai encore des choses à vous raconter. Comme ont dit, fanitas fanitatum. Donc, le matin de ce deuxième jour, comme on vous l'a expliqué, j'ai eu l'honneur de participer à une Table Ronde sur le fandom européen, pour le compte de l'ORTF. Les chers-z-auditeurs français pourront donc bientôt entendre la voix agréable du géant du fandom belge. Nul doute que les postes périphériques ne gagnent soudainement une énorme clientèle. L'ORTF ne s'en remettra jamais. Puis j'me suit fait interviewer sur la SF en Belgique pour la radio portugaise. Encore un pays rudement éprouvé. Tiens, y a De Laet, ici à côté de moi, qui est en train d'essayer de faire entrer une carte postale dans une espèce de petit sac en caoutchouc qui n'a certainement pas été prévu pour ça. C'est un petit marrant, l'air de rien, ce De Laet. Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? Ben, ma foi, j'en sais trop rien, vu qu'aujourd'hui j'ai assisté à aucune des parties officielles du programme. Je me suis promené un peu partout, rencontrant des tas de gens, j'ai rebu du Vurguzz, j'ai de nouveau reluqué les jambes d'Astrid Anderson. (Pendant ce temps, De Laet était quelque part avec la mère...) .
Message personnel et urgent: DE LAET, LACHE CE COUTEAU TOUT DE SUITE !...
Par contre, j'ai été voir des films très marrants du Delta Group (un groupe d'amateurs anglais qui font de merveilleux films parodiques d'horreur et de SF). J'ai beaucoup rigolé. Ces gars ont beaucoup de talent. Si De Laet est intelligent, il essayera de trouver des films à eux pour son prochain congrès d'Anvers. Ce soir, il y a la nuit bavaroise de la bière... De Laet va encore s'en payer une bonne tranche... (NDLR: Vous allez dire que je tape toujours sur De Laet, mais que voulez-vous, j'ose pas taper sur Dumont, c'est lui qui doit me reconduire en voiture, et il pourrait m'abandonner, moi, au complet, avec machine à écrire et duplicatrice, quèq'part sur la route entre Sarrebruck et Luxembourg... Dernières nouvelles d'Heidelberg, centre mondial de la SF: d'après notre ami J.C. Doumont, les souterrains du château sont hantés. Chic alors!
Michel Feron
| TROISIÈME JOUR |
Third day / Derde Dag / Am Tritten Tag / Troisième bordel De notre envoyé spécial sur place de la "Vereniging terbestudering der Nederlandstalige Wetenschappelijke Verbeeldingsliteratuur en met SF-Archief. -
Toujours le même... hic... - Always drunken... - Je ne sais pas ce qui se passe... Il paraît que Michel Feron souffre de De Laetophobie, mais c'est faux. C'est moi qui l'endure et vous, vous ne vivez pas avec lui dans la même chambre d'hôtel, vous qui ne supportez pas ses ronflements sonores, ses cigarettes puantes, ses sautes d'humeur (en ce moment, il est en train de se masturber le pied sous prétexte d'enlever sa chaussette trouée) . Eh bien vous, vous ne savez pas ce que je souffre, moi! Et je n'aurai même pas le Hugo pour ça! Paraît que Dumont est allé nager dans le Neckar. Maintenant, quand il rentre quelque part, on fait le vide autour de lui tellement il sent bon. A moins que ce ne soit le cambouis de sa 3 pneus 2 roues 1 motor, ça roule à la ça va comme je te pousse. Je signale à l'idiot qui a fauché les affiches de cinéma, que l'imbécile qui les avait posées sur le comptoir à cette fin, c'est moi. Ceci est un message personnel pour Liesnard. Cronimus organise Cronimucon de SF à Nîmes en '71. Dumont compte y aller en stop et envoyer sa 3 pneus par le train...
Danny De Laet
| Enfin, voici quelques infos sur les
nominés: Fan artist: T. Kirk Fan magazine: SF Review Fan Writer: Bob Tucker Pro Artist: Kelly Freas Pro Dram.pres: Apollo Short Story: Delaney Novella: Leiber Novel: LeGuin |
Astrid Anderson (photo C.Dumont) |
That's all for today folks! Arrivederci. Dan the man
Et revoici notre page habituelle de ferronnerie d'art... Bon, bref, aura lieu ENFIN le 1er Congrès Européen de SF, à Trieste. Beau patelin, et à proximité de la Yougoslavie, très beau pays. Vous y viendrez. Moi aussi. Et vous me payerez un pot. TOUS A TRIESTE EN 1972. Le congrès sera combiné avec le Festival. C'est à dire qu'il aura lieu durant la semaine du Festival, à des heures et des jours où il n'y aura pas de films à voir. Et la carte de membre du Congrès donnera leu (voici le i qui manque: i) (correction: donnera droit) à voir tous les films du Festival de Trieste. Hénaurme, les enfants. Les ceusses qui n'y viendraient pas le regretteront toute leur vie. (Oui, je sais, j'avais déjà dit ça à propos de HEICON '70 - [note personnelle: si j'étais pas venu à Heidelberg, moi, je l'aurais certainement regretté toute ma vie]...). On me signale que Karen Anderson est en train de lire par dessus mon épaule. Quand De Laet lira ça, il va aussi le regretter durant toute sa vie. Bon, qu'est-ce qu'on a fait hier. Voyons ça. Il y a d'abord eu la réunion officielle (business meeting pour les lecteurs intelligents). Décisions prises: les HUGO redeviennent des Prix internationaux, et les Conventions Mondiales peuvent se tenir en dehors des USA n'importe quelle année, pourvu qu'on fasse la demande (et que l'on remporte le vote), deux ans à l'avance. HANNUCON en 1984 ! (Liesnard me signale que TRIESTRE s'écrit plutôt TRIESTE. Je veux bien le croire, il n'a pas l'air trop bête, bien qu'il soit étudiant... Puis vint le speech de Ted Tubb. Vraiment formidable. Puis la Vente aux enchères par Tubb également. Un morceau de choix. Ce Tubb est vraiment un orateur formidable. On vous le dit, vous pouvez le croire. Puis le banquet, minable (Deusche cuisine, bêêêêêêk !). Cérémonie des HUGO's. De Laet a donné le détail (voir ci-dessus). Bon. Brunner a été très très bien dans son rôle de Toastmaster. Et Astrid Anderson était vêtue de deux très petits mouchoirs de poche... Là, dans son dessin, Dumont a eu peur de la censure, manifestement. Pourtant, quand il dessinait ma chère vieille copine Micheline de Séraulx (hello, Mich, how do), il y allait un peu plus fort. Sans parler de la fameuse affaire Dumont/Véronique Vexin. Enfin, passons rapidement. On a vu assez d'horreur pendant la guerre. Note historique, cette page est tapée sur le Neckar. Faut le faire, hein...
Michel Feron
NB: les couvertures de tous les numéros de ce fanzine sont de Dumont.
| DERNIER JOUR |
Message personnel (moi-z-aussi, tiens!) à un certain De Laet: non, ma voiture n'est pas un bidon-trois-pneus-un-motor. Signé: Claude Dumont. Et vlan, faut que je me défende, non ? Et puis je suis un gentil. J'ai toujours été gentil, d'ailleurs, sauf avec des gars comme De Laet. Mais je ne vais pas davantage le martyriser, le pôvre. Il a déjà assez à faire avec la petite Anderson (Tiens, ce n'est plus la mère ?). Il y a bien d'autres gars qui méritent qu'on parle d'eux. Feron, par exemple. Ce gars-là s'est permis d'aller-z-au banquet sans sa chemise. Non, mais! Mais comme Astrid Anderson était presque à poil, il a réussi à passer inaperçu. Bon, bon, Feron, je me tais... Le banquet: minable. 25 DM pour bouffer (je deviens aussi grossier que De Laet, ma parole) pour bouffer, dis-je, des trucs de self-service. Et encore! A tel point que nous avons dû, dès la fin du banquet, aller nous restaurer dans le plus proche sn ck. C'est un comble. Bien sûr, cela a fait la joie de De Laet qui, lui, ne pense qu'à se remplir la cage à poulet. Et vlan! Enfin, changeons de tête de Turc. J'ai vu les cuisses de Jacqueline H. Osterrath. Non, je ne suis pas un vicieux, mais j'étais placé de telle façon que... D'ailleurs, y a un témoin. Demandez à Feron. Il s'est rincé l'oeil tout comme moi. Je crois que JHO aurait dû adopter une autre position pour s'asseoir sur le parapet qui longeait l'embarcadère. (Je vous enverrai les photos, Jacqueline!). A toi aussi, Leborgne, en agrandissements. Tiens, il y a le paquet de pipes de Feron qui tombe. Il est troublé, ma parole! a (Tiens, c'est le a de sn ck qui tombe (voir plus haut). Décidément, cette foutue machine de Feron est fantastique! Bon, où en étais-je ? C'est pas facile, tout compte fait, de pondre quelques lignes, comme ça, entre deux causeries. Pour les ceusses que ça intéresse, j'organise finalement une mini-convention qui aura lieu probablement à Jambes (Belgique) cette année. Tous les tordus seront avertis en temps utile, avec les renseignements et tout et tout. Il y aura des carottes pour De Laet et des jolies filles pour Leborgne (Tiens, l'est encore là, çui-là ?) Enfin, tout cela reste à organiser. Note historique: cette page est tapée dans la chambre d'hôtel de Feron. La machine étant occupée sur le bateau, je n'ai pu que vous fignoler un dessin maison.
Claude Dumont
4ème jour à Heidelberg
Dans la rue, je l'ai d'ailleurs déjà dit, beaucoup de fans. Ces derniers se promènent dans les rues ou dans les bars. De Laet a failli passer par dessus bord (lors de notre promenade en bateau sur le Neckar, bien sûr) et il s'en est fallu d'un cheveu. Heureusement que Miss Cellulite (Barbarella), l'a rattrapé par le fond de son froc.
DE NOTRE ENVOYE SPECIAL TER PLAATSE:
Report of the last day's HEICONVENTION, HEIDELBERG 1970, 24 th AUGUST
We could say a lot of awful things about the banquet but this concers only the food they gave us, and well, we can forgive them for that too as everybody knows sf fans only concerned with the food of the mind.
- Dumont, t'es un cochon, Michel t'es une gamelle!
Pour la dernière fois sur le Neckar, on s'est tous embrassés, condoléancé, épaté et bien d'autres choses à ne pas dire (You remember Karen ?) Dumont a gagné le concours de la bande dessinée (Vive le fandom wallon! Mort aux vaches!) OK les potes, cette fois c'est la fin, on a vidé la coupe jusqu'au Vurguzz et admiré youpla youpla Karen! Ah, Karen! (Qu'est ce que tu dis, Feron ? Qu'elle peut se la foutre là où tu penses ? Ah! Toujours le mot pour rire.
- Dumont, ton roll-zine, je l'ai parcouru d'un derrière distrait! (1)
- J'aime pas les carottes!
(1) Fanzine élaboré sur rouleau de papier W.C.
Danny De Laet
© Claude Dumont et Octa. Reproduction libre en citant la source - 1 mars 2001 .