LES FANZINES

UN FANZINE DE " VOYAGE..." 

Pour commencer, on citera " FARANG ", le fanzine de José Bernard (La Rue 12, B-4261 Braives) qui, à l’heure ou nous vous livrons ces lignes, en est à son 81ème numéro. Il s’agit d’une petite publication destinée aux amateurs de voyages exotiques, principalement l’Asie du sud-est. Ce fanzine contient des tas d’informations sur les hôtels, les circuits touristiques, les pièges, etc. Il faut noter que José Bernard ne dédaigne pas la SF et assiste parfois à l’une ou l’autre convention.

Il faut noter que Claude Dumont produit depuis mai 1972 une première série polycopiée d'" OCTAZINE " (Petit Larousse 1972: 1 octa égale 8 années-lumière. Mention disparue depuis, mais que l'on retrouve citée dans le Robert comme locution latine, tandis que le Quillet de 1946 indique: " préfixe qui signifie huit ") à la numérotation arbitraire, le numéro 50 en mai, le 49 en juin, le 48 en juillet, etc.

Tout cela pour arriver au numéro UN devant coïncider avec la Convention de Stockholm en 1976. Mais un fanzine par mois, c'est beaucoup. Peu de fanéditeurs réussissent cette prouesse. Dumont abandonne le projet, mais publie, en compensation peut-être, un recueil de nouvelles fantastiques: "DANS LA PEAU DU DIABLE", à la couverture auto-noircissante. Blanche dès sa sortie d'enveloppe, elle devenait noire quelques heures après, laissant seul le titre en blanc. Procédé que tous les laborants photographes connaissent bien sûr, mais qui a frappé certains lecteurs, comme on s'en doute.

C’est aussi une période intéressante, car apparaissent dans le fandom bien des fanzines: " PARALLAX ", de Julien Raasveld, d’Hoboken, " NYARLATHOTEP ", de Marc Michalet, " L’AUBE ENCLAVEE ", de Planchat,, " SKA ", de René Lixon, " GALOOK " de Michel Feron et beaucoup d’autres...

Tous les éléments y étaient: je devais faire moi aussi un fanzine. J'savais pas comment l'appeler et j'voulais quêqu'chose d'original que personne n'ait jamais utilisé. A l'époque, je rédac'chefisais un bulletin politique local de mon patelin: "Les Nouvelles d'ESNEUX". J'ai repris les lettres en ordre inverse et "LES NOUVELLES DE XUENSE " est sorti de presse en octobre 1970, deux mois après HEICON, avec le numéro 89, parce que Numéro 1 ou Numéro 0 faisaient trop classique. La numérotation a repris son cours normal avec le 2 en décembre et le titre s'est simplifié au numéro 5, devenant XUENSE tout court. (Voilà pour les curieux qui cherchent à comprendre ce que signifie ce titre bizarre).

Ce numéro 89, qui coûtait 15 FB, contient un texte d’André Benjamin (" Le pays de la haine "), " La cité des tours mélancoliques ", d’Alain le Bussy et un résumé de cette fameuse HEICON. Epinglons aussi quelques " dialogues ", dont voici un extrait:

Les Terriens:
- Grand-père, qu’est-ce qu’un Terrien?
- Un Terrien? C’est un homme presque comme toi et moi, mais avec, en plus, un profond désir, un besoin de se battre.
- Tu as déjà vu un Terrien?
- Il n’y a plus de Terriens depuis fort longtemps. Ils aimaient trop se battre.

 

Bernard Goorden, de Bruxelles, rentre dans la danse avec ses fascicules "IDES... et AUTRES", où il s'acharne notamment à faire découvrir le Fantastique et la SF autres qu'anglo-saxons (par exemple, les hispaniques d'Europe ou d'Amérique du sud). Il travaille quelque peu en marge du fandom puisqu'il a des ambitions réellement "culturelles" (abominablement sérieuses) et est subventionné par le Ministère de la Culture Français. Un budgétivore officiel, qwââââh!
Parmi les nouveaux venus de l'époque '71-'75, on peut citer Michel Liesnard, qui publie des zines aux titres évocateurs qui s'éloignent souvent de la SF: "LA CUISINE AU VURGUZZ", "L'A CAUSE DU PEUPLE" (inspiré d'un autre titre que Sartre vendait dans la rue) ou encore "LES FRONTIERES ON S'EN FOUT!" constituant une minutieuse oeuvre de recherches sur les bizarreries des frontières et l'historique de dizaines d'enclaves, d'erreurs et de rectifications de frontières. Ces questions vont le faire dériver vers les Wargames ou Jeux de Diplomatie dont il fut l'un des initiateurs en Europe, bien avant l'explosion de l'informatique qui est maintenant inséparable de ce genre de délassement.
Michel Feron est toujours actif avec divers zines et toujours à la recherche de l'originalité, comme par exemple, un zine en Braille. L'une de ses remarques sur les "frites de Hannut", les meilleures de Belgique, donc du monde entier", va déclencher une guerre fanique d'un autre genre qui sévira entre zines belges durant plus de deux ans.
C'était bien avant qu'un certain Colucci n'entreprît de lier les Belges, les frites et la connerie (française). On pourrait à bon droit se demander si Feron, Dumont, le Bussy et quelques autres n'auraient pas quelques justifications à exiger une fraction des droits d'auteur de l'intéressé...

En 1972 ou 1973 (la chronologie n'a jamais eu beaucoup d'importance dans les publications de l'intéressé) paraît un nouveau fanzine, "BETWEEN", lancé par Thierry Stekke, dont le titre est inspiré de "The Region Between" d'Harlan Ellison. Le gamin croit avoir inventé le fandom et les zines en Belgique, ce qui entraîne une nouvelle guerre fanique. Les guerres faniques sont des joutes amicales bien entendu et le Bussy, par exemple, collaborera à "BETWEEN", notamment en traduisant quelques textes de Van Vogt ou d’Edna Mayne Hull (Mme Van Vogt n°1). Le point d'orgue de cette guerre sera atteint lorsque Stekke prétend lancer une anthologie de jeunes auteurs belges de SF.
Il va recevoir un certain nombre de textes, notamment parce que le Bussy se met à sa machine à écrire un soir par semaine pour pondre un texte de 15 à 25000 signes d'un seul jet, puis le recopie au bureau ou chez un copain, changeant de caractère de machine, utilisant divers interlignes, plus des noms d'auteurs pêchés parmi ses collègues ou sa famille pour inonder l'anthologiste. Le Bussy dispose encore de tout un dossier de courrier échangé entre Stekke et les divers auteurs, notamment une certaine Michèle Janssens à laquelle il s'efforça en vain d'arracher un rendez-vous.

L'éditeur de XUENSE adore l'humour, les jeux de mots et les private jokes. L'un des textes de ce "grand gag" s'intitulait "Conte moderne" et - ressorti des archives de l'auteur - a obtenu le 5ème Prix du concours MELLONTA IV. Dans les derniers paragraphes, les deux enfants s'appellent Thierry (pour Stekke) et Dominique (pour Warfa), le pseudo qu'avait choisi Stekke et qu'il a rendu bien plus célèbre que son propre nom depuis lors...

En 1973, Claude Dumont reçoit à Gand, des mains de Simon Joukes (nous reparlerons de lui plus tard) le Sfan AWARD, pour son activité fanique et désintéressée. Stimulé sans doute par tant d'égards, surtout venant du fandom flamand, Claude Dumont se remet au travail. "OCTAZINE" nouvelle série voit le jour, en janvier 1976, avec JOK en couverture, la petite mascotte de la Convention de Heidelberg. C'est le nouveau début d'une activité culturelle importante, puisque "OCTAZINE" est placé sous la tutelle du CNAS (Collège Namurois d'Anticipation Scientifique), qui doit devenir le "pendant francophone" d'un club SF flamand: SFAN. Publications et organisation de réunions culturelles, conférences, Prix littéraires se succèdent rapidement. Le Prix littéraire du CNAS récompensera plusieurs auteurs, dont Jacques Thomas Bilstein, qui publiera par la suite, à compte d'auteur, quelques oeuvres dans une maison d'édition de Liège.

Ouvrons ici une petite parenthèse sur cet infâme procédé, qui a toujours floué les auteurs. Une fois les arrhes versées à l'éditeur, soyez certain que plus aucun effort de promotion n'est fait. L'auteur peut assurer lui-même la vente de son oeuvre, tout en se débattant dans des problèmes juridiques avec l'éditeur. J'ai mis ce mot en italique, parce que dans ce cas l'éditeur n'agit que comme un simple imprimeur. Moralité: allez directement chez un imprimeur si vous voulez réellement publier quelque chose. Cela vous reviendra moins cher...
D’autre part, il existe différents organismes de défense des auteurs, dont le plus connu est le " CALCRE " (Information et défense des auteurs, BP 17 à F-94404 Vitry Cedex) qui possède également un site web: www.calcre.com

Jacques Thomas Bilstein a mis plusieurs années pour écouler un certain stock de bouquins, soit au cours de foires littéraires, de Conventions, d'activités culturelles diverses, ou par simple copinage.

1973 voit apparaître " NADIR ", qui publie Didier Reboussin, Daniel Walther, Jean-Pierre Andrevon (" LES PORTES DE L’ENFER "). Signalons " IDES et AUTRES... " de Bernard Goorden, dont la devise est: " Construire un peu, sans trop détruire ", et qui nous propose des fictions d’Amérique latine, de la SF soviétique ou Allemande, avec des illustrations de Bob de Moor ou de Francisco Lezcano.
1977-1978: c’est la période de " POINT FINAL ", publié par Jérôme Piroué à Genève, et dans lequel l’on retrouve pas mal de textes de Dumont (" Le dernier jour ", " Le crâne "...)

Du 12 au 19 septembre 1974, le fandom flamand organise à Bruxelles et à Anvers le " FESTIVAL DU CINEMA FANTASTIQUE ET DE SCIENCE FICTION ". Une trentaine de films sont à l’affiche. Pour ne pas oublier les acteurs flamands de cette période, rappelons les noms d’André Derijke, malheureusement décédé, Danny De Laet, Eddy C. Bertin, Alfons Maes, toujours actifs à l’heure où nous écrivons ces lignes (8 janvier 2001).
Enfin, en octobre 1979, Claude Dumont participe à une émission radiophonique consacrée à la SF, au cours de laquelle il lira une longue série de mini-contes, dont voici, pour votre plaisir, quelques extraits:

LE MUTANT
Il perdait un os chaque fois qu’il s’énervait. Mais chaque fois, cet os était reconstitué, comme l’était la queue des salamandres. Or, il arriva un jour où, la fonction créant l’organe, son squelette se dédoubla. C’est ainsi qu’il fut doté de deux bras et de deux jambes...
PARADOXE
Sur un monde lointain, aux confins de l’univers, un astronaute se posa dans un pré, non loin d’une maisonnette aux pierres ternies pas le temps, couverte de lierres. Très vieille, cette bâtisse tombait en ruine.
Se tournant vers son coéquipier, l’homme déclara:
- C’est dans cette petite maison, construite de mes mains, que je suis né...
LE ROBOT
Le robot nettoyait tout. Il avalait la poussière, récurait la vaisselle et les casseroles, blanchissait le linge. Rien ne lui échappait. Dans cette maison, le désordre n’existait pas. Rien ne traînait. Même les repas: à peine servis, ils étaient automatiquement et immédiatement effacés. C’est pourquoi les habitants de cette maison moururent de faim et furent à leur tour nettoyés par le robot.