LES FANZINES (SUITE)

 

Il est difficile de classer les innombrables fanzines ayant atterri dans la boîte aux lettres de votre serviteur au cours de toutes ces années, certains n’étant ni datés ou ne comportant pas d’adresse. D’autres n’ont vécu que le temps d’un numéro UN, ce qui permet à Georges Pierru, dans l’AAAPA 45 d’octobre 1984, d’affirmer:

" ... Revenons en France avec ce problème des Fanzineux qui abandonnent au bout d’un certain temps. Je l’ai toujours dit et écrit à gauche et à droite: le problème, dans le Fanzinat, c’est durer. Depuis 1969, date à laquelle j’ai mis mon " nez " dans ce milieu, j’en ai connus, des " météores " qui ont traversé le ciel fanzineux, brillant un cours instant et se consumant dans leur coin en escroquant (le mot n’est pas trop fort) tous les abonnés ayant cotisé... En fait, beaucoup sont victimes de leur succès ou de leur inconscience, ne sachant pas dans quoi ils mettent les pieds. Prenont un exemple récent: " Options ", le zine de Pfeiffer et Cie de Strasbourg. Je ne me suis pas abonné à cette " revue ", mais j’ai eu l’occasion de le consulter à la Bibliothèque de Calais qui l’avait reçue, accompagnée d’un " torchon de papier " (et croyez-moi, j’ai beaucoup de respect pour le papier à chiottes) où l’un des gars de cette équipe demandait à ce que l’on mette les exemplaires joints à la disposition du public... Avec effarement, j’ai lu sur la page de garde: tirage 500 exemplaires, ni plus ni moins. C’est de l’inconscience. Combien ont-ils du payer pour cela ? Combien en ont-ils vendus ? ...

Autre facteur de la disparition des zines: l’explosion de l’équipe de départ. Là, je peux en parler en connaissance de cause, puisque mon premier zine " Opale ", paru il y a tout juste dix ans, est mort de ce phénomène. Enfin, les zines meurent par manque de lecteurs, car ils sont ou deviennent inintéressants. De tour cela il ressort que le Fanzinat est un sacerdoce! "

 

Nous citerons donc dans le désordre:

" PULSAR ", publié par Olivier Blaise et Eric Venert, qui contient des illustrations de Pierre Lacroix. Pas de date de parution.

Entre 1985 et 1992, nous avons reçu divers " CSF ", de notre ami canadien Eddy Szczerbinski (on vous laisse la prononciation) qui publie Hugues Morin, Claude Bolduc, etc. Signalons sa maxime: " Une fois que tu as atteint le sommet, continue de monter... ". " PLANETE A VENDRE " de William Waechter nous propose du Moorcock, du Milési, du Lemosquet, de l’Ayerdhal, du Paul Hanost. Curieusement, la nouvelle de Lorenzo Soccavo, dans le numéro 7, est illustrée par le même dessin de Pierre Lacroix, qui fait aussi la couverture de " SCYTHIR ", de Claire Panier, aux " Editions Octa ". Coïncidence. Citons encore " L’ANGLE OUVERT ", de Bruno Dehaye, " SENS FICTION " d’Olivier Portejoie, " NOUVEAUX MONDES " de Franck Martin, " MAELSTROM ", dans lequel on retrouve Laurent Greusard, Nicolae C. Ariton et " LA GESTE ", de Michel Tondellier qui publie Claude Dumont: " L’ONCLE ", " SORTILEGE AZERTY "... Nous y découvrons également Adam Possamaï et des illustrations de Pierre Lacroix. Continuons sur notre lancée: " 666 ", Spécial B.D., de Philippe Rousseau, les " MICRONOS " poétiques d’Olivier Bidchiren, " BETWEEN 2000 " de Dominique Warfa qui nous donne des textes de Léon Mormont, Philippe Pétré... Sans oublier UPNT (Isle Sur Sorgue) non daté, SFERE (qui refusait systématiquement le libre-échange: vous voulez lire mon fanzine, vous n’avez qu’à l’acheter!), ALTAIR et une " auto-édition " du bruxellois Patrick Verlinden, contenant 7 nouvelles de qualité. Enfin (mais la liste est loin d’être close), citons encore " TEMPS TOT " du canadien Christian Martin qui n’a jamais refusé de publier des auteurs français ou belges.

Dans un autre domaine, citons " L’ANNONCE-BOUQUINS " de Pierre Caillens qui, au long de plus de 132 numéros au premier janvier 1997, recense des centaines d’annonces de ventes/échanges de livres divers, dans tous les domaines. Nous terminerons par " DESTINATION CREPUSCULE ", une " anthologie francophone des littératures de l’imaginaire ", concocté par Gilles Dumay et qui contient 15 nouvelles choisies sur le volet.

 

L’AAAPA, de Georges Pierru

L’AAAPA, de Georges Pierru, occupe une place à part dans le fandom. On pourrait assimiler ce fanzine de " participants " aux messageries électroniques d’aujourd’hui. Le principe était simple: chaque correspondant devait envoyer, en 40 exemplaires, son texte, avis, reportage, dessin, études, listes de livres, etc, à Georges Pierru, qui rassemblait le tout, agrafait, y collait une couverture et réexpédiait l’ensemble aux correspondants faisant partie de l’AAAPA. Un peu comme dans les newsgroups de maintenant, chacun y allait de son avis et de sa verve. C’est ainsi que, par exemple, déjà à cette époque (1984-1985) s’est instaurée une polémique sur la Dianétique. De plus, Luc Spirlet, (alors éditeur de " Fantaspace " - repris par la suite par Marc Bailly et devenu " Phénix "), dans le numéro 43, défendait la " Scientologie " en ces termes:

" ... Bien avant de connaître la Scientologie, j’avais émis l’hypothèse que la SF était la manifestation de réminiscences provenant d’un lointain passé, souvenirs rendus cohérent par les auteurs afin de rester compréhensible et acceptable pour cette société. La Scientologie comprend une technologie permettant de vérifier ce type d’hypothèse... "

La réponse de Pascal J. Thomas, dans ce même numéro, ne manque pas de piquant... Participaient à ces AAAPA des gens comme votre serviteur, mais aussi Dardinier, Philippe Lhoste, Caille, Ruaud, Martel, Luc Spirlet, Marc Bailly, Eric Sanvoisin, etc. Georges Pierru avait lancé l’idée d’un " fanzine national ", qui malheureusement n’a jamais vu le jour. Georges Pierru a publié près d’une cinquantaine d’AAAPA, avant de passer la main.

Pierru, Yverdon