| Autour de moi
on commence à connaître mon obsession et un jour on me
signale une réunion d'un Club COSMORAMA à l'YWCA de Liège.
J'y descends en compagnie de Mikil de Déneb pour découvrir
un tas de gens bizarres. Y avait un dingue complet qui se
prenait parfois pour un détective privé, croyait à la
métempsycose, s'imaginait que les Pyramides étaient des
copies de vaisseaux spatiaux, enfin je ne sais plus
quelle collection de billevesées à faire frémir. Heureusement, y avait aussi un mec qu'était seulement demi-dingue, et par rapport à l'autre, la moitié saine faisait choc, créait la sympathie, le respect, etc. Par respect pour la modestie de mon coauteur, je ne citerai pas son nom. |
Le Club COSMORAMA organise 4 rencontres à Liège au siège de l'YWCA, crée une bibliothèque fanique et expose au "Grand Bazar" dans le centre de la ville une capsule Apollo aimablement prêtée par le Ministère de la Culture Américain. Il est difficile de choisir ses collaborateurs dans ce genre d'activités. Aussi Dumont s'entoure-t-il de personnages qui se révéleront par la suite assez fantasques et de peu d'utilité. (A l'exception d'un seul: Moi!) Entrent dans l'équipe primitive René Lixon (c'est le dingue complet dont il est question plus haut) et son épouse, qui invite un jour Dumont à dîner, en lui servant un plat de nouilles mélangées à des frites, le tout arrosé d'une bière chaude servie dans des gobelets de récupération. La classe, quoi!
Il faut s'attarder un peu sur le personnage de René Lixon, qui est un cas dans l'histoire du fandom.
Lorsque Claude Dumont fait sa connaissance, il exerce la profession de détective...
UN DETECTIVE PASCOMME LES AUTRES |
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En fait, son bureau, installé dans un faubourg de Liège, est constitué d'une chaise et d'une table sur laquelle trônent une loupe, le "Code Civil belge" et un appareil photo Kodak en plastique du type Brownie.
Le personnage est hanté par les mystères égyptiens, la civilisation Aztèque et les sciences occultes. Il créera d'ailleurs par la suite une série de fanzines assez particuliers, les plus folkloriques que le fandom ait jamais connus: "EGYPTO", "MULTI-MATIERES", "L'ORDRE VERT CELTIQUE", "LA VOIX DES ORDINATEURS", ARMOR HAG ARCOAT, etc. Ce dernier étant le bulletin de " LORDRE VERT CELTIQUE ", dont la devise était:
| " Du travail pour tous, plus de plaines de jeux et de terrains de sports, la langue wallonne à lécole, une jeunesse forte et joyeuse, bien disciplinée et non des anarchistes poilus et contestataires manipulés par les rouges. Lordre vert celtique veut une réforme dans tous les domaines: politique, religieux, social, etc... " |
Dans "EGYPTO", René Lixon met en place les structures dun " ORDRE DU TRIANGLE NOIR ", qui est, écrit-il, un " club idéologique privé ". Ces fanzines ont une particularité: ils piétinent allègrement syntaxe et grammaire. Une vraie contamination de la langue française. Déjà que certains fanzines se trouvent juste à la frontière du bon langage...
Au bout de quelques mois, Dumont se voit obligé d'écarter René Lixon à cause de différents culturels simples à comprendre. De plus, l'épouse nymphomane de René Lixon se fait de plus en plus pressante et provoque des situations équivoques qui ne plaisent nullement au créateur de "COSMORAMA", ce qui donnera par la suite les textes suivants, publiés dans les fanzines d'alors:
| "
Toute la vérité sur le Club COSMORAMA", publié
sous la seule responsabilité de l'auteur. Extrait de
"L'ARTEFACT", publié par Jacques Ferron, en août
1968): A propos d'un cadavre. Voici un titre étrange. De quel cadavre s'agit-il? Qui est mort? Mais voyons, c'est le "fameux" Club COSMORAMA, et j'aime autant dire que le cadavre est si vieux qu'il se décompose déjà. D'ailleurs, le Club n'a jamais existé que dans l'imagination de Claude Dumont. Il fut lancé (avec 4 ans de retard) le 12 novembre 1967. Il y eut tout juste deux réunions qui furent un fiasco complet, et l'exposition de la capsule Apollo passa sous le nom du Club CERA (petite aviation liégeoise). Ensuite, rien! Quant au soi-disant restaurant fanique, c'était tout simplement celui de l'YWCA, Maison des Jeunes où le Club avait ses assises. Dumont s'empressa d'imprimer que c'était "son" restaurant... |
| Avec 35 ans de décalage temporel, la vérité sur le Club COSMORAMA est qu'il a permis au Fandom de recruter un membre d'élite (je ne citerai pas de nom, MOI) et m'a permis de boucler une première boucle: J'avais découvert le plaisir de publier, puis celui d'écrire, enfin celui de rencontrer d'autres dingues. |
Il est inutile de continuer dans cette voie sous peine de lasser le lecteur, mais les paragraphes qui précèdent sont nécessaires: ils aident à comprendre un phénomène qui fera date: les guerres faniques.
A partir de cette période, dans pratiquement tous les fanzines, les règlements de compte se succèdent, soit à la suite d'une parution arbitraire ou d'une critique mal acceptée, soit à la suite d'un courrier un peu trop acide ou tout simplement par jalousie. Les quelques fanzines comme "LE JARDIN SIDERAL", "LA FUSEE A VAPEUR", "MERCURY", " GALOOK " ou "LUEURS" s'invectivent copieusement par éditoriaux interposés. Nous citerons un exemple, emprunté à " Cosmorama Fanzine Eté ", daté de 1969:
| " ... Les temps sont durs, oh oui alors! Cest comme on vous le dit. Si durs que, en cette chienne de Troisième Guerre Fanique, je me demande si la fanédition vaut encore la peine quon sy intéresse. Devant les absurdités pornographiques de " TETANOS " ou de " NOTRE FAILLITE ", qui inondent le fandom dun souffle malsain (les publications de mes amis Feron-Ferron prouvent que les mordus existent encore et que, malgré ce souffle malsain, bon gré mal gré, ils continuent leur action " culturelle "), je ne puis que mindigner. Mais est-il besoin de le dire: je suis fatigué de ces plaisanteries grossières indignes desprit sain et je vais finir par sérieusement me fâcher. Quoiquil en soit, je suis certain que les vrais amateurs savent de quoi il retourne. Et ceux-là, je les remercie vivement car, au fond, la fanédition nest-elle pas une affaire dadultes? " |
Dans ce même fanzine, nous lisons, de la plume de Claude Dumont, larticle suivant:
| " ... beaucoup de fanzines de naguère nétaient pas mieux orthographiés et, là, il faut tenir compte des embarras techniques. Mais je maintiens ce que jai dit: " THE MYSTERIANS " (de René Lixon) est peut-être un zine valable, un essai aux idées particulières, mais il manque totalement de moyens... grammaticaux. " |
Dans " COSMORAMA INTERLUDE " daoût 1967, on y trouve également du même auteur les lignes suivantes:
| " ... il est nécessaire de relever la science fiction autrement quau travers de bulletins mal rédigés, mal répartis, au tirages insuffisants. Il est nécessaire de publier autre chose que des fanfaronnades qui nont pour utilité que la satisfaction de leurs créateurs. " |
Enfin, dans " OCTAZINE " numéro 45 de novembre 1972, votre serviteur grince de nouveau des dents:
| " ...
Alors, quai-je donc sur la patate qui me chagrine
ainsi? Quon se rassure, je ne jure pas sur ma
machine à écrie qui laisse ici et là des espaces. Je
ne grogne pas non plus parce quon a augmenté le
prix de la bière, ni parce que le lait que je donne à
mon cochon dInde est moins riche en matières
grasses. Je me fous pas mal de laugmentation du
prix de lessence et encore moins des affaires
politiques du Viêt-Nam. Non, ce qui ne va pas, cest le fandom. Je ne fais ici aucune polémique nouvelle. Le refrain est toujours le même: le nombre de gars intéressés par une quelconque activité fanique diminue au fil des mois, et cela parce que, finalement, personne nest daccord pour une orientation précise. Au départ, un fanzine était un moyen fort sympathique, artisanal soit, pour transmettre la science fiction, puis le fantastique. Au cours des ans, ce qui constituait le " fandom " a prit une orientation différente. Je devrais dire: des orientations différentes. Il y a eu le fanzine libertaire, le fanzine scatologique, érotique, sadique, sérieux, éphémère et jen passe. Maintenant, il y a le fanzine de Diplomatie. Je nai rien contre, loin de là. Seulement, il y a des gars qui trouvent illogique de faire dautres fanzines que des fanzines de Diplomatie, des gars qui pleurent parce que malgré de vains appels depuis six mois, personne ne bouge afin de former un fandom de Diplomatie, des gars qui affirment quil nexiste en Belgique que quelques tordus passionnés, mais " perdus " comme dhabitude dans la publication de quelques machins épisodiques, endormis parmi les pièces rares de leurs collections ou vautrés dans une cage du Zoo dAnvers (Cette dernière phrase sadressait en particulier à Danny De Laet). Voilà, jatteins ma vitesse de croisière. Le venin me vient facilement à la bouche. Je nen veux à personne, mais à tout le monde. Il y a des années que, pour ma part, je maintiens un petit noyau de ces " tordus " qui lisent mes fanzines. Ces gens-là, monsieur, me sont fidèles quavec des trésors de patience et de... diplomatie. Ces gens-là, monsieur, diminuent au fil des jours. Ces gens-là, monsieur, ne croient plus aux fanzines, ni aux couillonnades quon y publie... Et pourtant, il y a encore des forcenés, des mabouls, des ahuris, des trous-de-cul qui " mettent laccent sur une présentation impeccable, sur une épaisseur tournedosesque ou sur un snobisme de lavant-gardisme à tout prix qui na de plus ridicule que lui-même multiplié par un nombre supérieur à un." (Note: ce texte nest pas de moi, mais de Michel Liesnard, instigateur des Jeux de Rôles à lépoque en Belgique, qui sest expatrié en Irlande il y a maintenant 20 ans pour y élever des chevaux. Liesnard a organisé à Bruxelles plusieurs Convention Belges de Wargames, ainsi quun fanzine de jeux. Actuellement, lhomme a rompu toute attache avec le fandom, mais lorsquil nous téléphone, il se souvient du " bon temps, lorsquon sengueulait copieusement par fanzines interposés, parce quil était envahi par dépais sandwiches de papier tout fourrés de nouvelles plus ennuyeuses quun office mortuaire et aussi fraîches quun remoudoux et aussi inutilisables que lautoroute Bruxelles-Ostende le week-end de Pâque. Avec, pour remplacer les cornichons, de tristes nouvelles, des critiques pontifiantes et lestes comme le machaidorus dAvignon "). |
La rivalité s'est donc bien installée chez les fanéditeurs, qui s'efforcent de travailler comme des professionnels. Hélas! les moyens de reproduction de l'époque ne permettent nullement de concurrencer l'imprimerie ou l'offset.
La revue "COSMORAMA" ne durera en fait que quelques numéros, Claude Dumont ayant de graves problèmes de famille. Durant sa brève existence, "COSMORAMA" va publier Alain Dorfner, Gil Roc, J.P. Cronimus sous le pseudonyme de Guy de Vair, Massimo Pandolfi, Lino Aldani et bien dautres. Une rubrique tenue par Gil Roc est créée: "Les colères du Moloch", rubrique critique passant en revue les dernières parutions de livres.