Contes d'Afrique

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La Marmite

 

Un jour, un chasseur s'enfonce dans la forêt chercher des plantes pour préparer un médicament. Il rencontre un inconnu qui s'étonne de le voir si loin de chez lui. Le chasseur se plaint de la famine qui l'a poussé jusque là. L'autre, apitoyé, lui dit de poursuivre sa route. Lorsqu'il verra un palmier portant deux régimes de noix, l'un mûr, l'autre qui ne l'est pas; il devra couper ce dernier.

Le chasseur obéit, monte sur l'arbre, coupe le régime encore vert et le voit en touchant terre se transformer en une jeune fille qui lui offre une marmite au contenu délectable et dont on ne peut venir à bout.

Ayant apaisé sa faim, il ramène au village la marmite et s'en régale avec les siens.

Mais, poussé par la curiosité et la gourmandise, le chasseur retourne au palmier et coupe cette fois le régime mûr. Et c'est alors un homme robuste armé d'un gros bâton qui apparaît, le rosse et le poursuit au village où le chasseur succombe sous les coups.

André Rapona Walker - Contes Gabonais Présence africaine (classique africains)
juillet 1993.

 

L'amour récompensé

 

 

Il y avait dans un pays, un jeune homme dont les parents, à sa naissance, avaient consulté lfa. Et lfa leur avait dit: -"Cet enfant ne doit pas se marier."

Il grandissait, quand un jour au marché passant près de l'étalage d'une jeune fille, il s'entendit interpeller ainsi: -"Jeune homme, je veux devenir ta femme." Il connaissait l'ordre d'Ifa et se contenta de répondre: - "Je ne puis me marier." La jeune fille écouta, mais, résolue à devenir sa femme, elle passa outre.

Apprenant un jour que le jeune homme demeurait non loin de là, la jeune fille alla le trouver, lui parla et fit tant et si bien qu'il accepta de la prendre pour épouse.

Ifà l'avait défendu. Aussi, dès leur première rencontre, le jeune homme mourut. Apprenant ce qui s'était passé, la famille vint trouver la jeune femme, lui reprocha sa conduite et la somma de rendre la vie au défunt.

lfa, consulté, répondit: - "Votre enfant peut vous être rendu, mais, pour cela, creusez une fosse, jetez-y du bois, mettez le feu, et que l'un des parents passe à travers la flamme." Le bokonon, suivi de la famille, creusa la fosse, y mit le bois, l'alluma et l'arrosa d'huile. Mais ni le père ni la mère ni les autres parents n'eurent le courage de passer à travers la flamme.

Par affection pour celui qu'elle avait pris comme mari et se reconnaissant coupable de sa mort, la jeune fille se plaça devant le feu et se mit à chanter. Elle s'avança dans les flammes, mais elle tomba et tout le monde de dire: - "C'est fini, elle brûle."

On jeta du bois, de l'huile, le bois s'enflamma; on jeta encore du bois, on versa encore de l'huile et ainsi jusqu'au matin.

A la pointe du jour, que vit-on arriver ? Le jeune homme et la jeune fille. lis venaient se donnant la main, et le jeune homme chantait:

Si mon père qui a travaillé
Qui a peiné pour ni 'élever
A refusé,
Si ma mère qui a veillé,
Passé, ses nuits près de moi,
A refusé,
Cette jeune femme
M'a délivré, m'a rendu libre:
Je suis comme les autres hommes

L'amour est plus fort que la mort.

Contes du Dahomey de P. Barbeau