AMINE ET LE FANTÔME
réécriture
de Thomas Evrard,
atelier de réécriture de contes d’avril 2000
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Chant
des ancêtres
Dans
une petite ville, aussi blanche que la pureté de ses âmes, vit Amine
Djeballha. La cinquantaine
grisonnante, sourire avenant. Homme respectable et respecté, un sage droit dans ses
bottes, comme disent les gens de par là-bas.
Amine
est juge de paix.
Lorsqu’il
n’exerce pas son office, le passe-temps préféré d’Amine est la
chasse, la chasse aux gazelles.
Par les nuits calmes, le fusil à l’épaule, il s’en va en
compagnie de ses fidèles animaux: son chien, son âne. Le chien, pour débusquer le gibier, l’âne pour porter les
produits de la chasse.
Amine est un grand chasseur. Je veux dire par là qu’il a une expérience
extraordinaire. Jamais il ne revient bredouille.
Toutes les nuits, il disparaît au pays des ancêtres.
Le plus souvent, Amine distribue de beaux morceaux de gibier aux
indigents, aux pauvres, aux veuves, aux hommes de bonne volonté.
Amine est généreux. Cela,
vous l’avez compris.
Par un beau soir - car tous les soirs sont beaux dans l’Algérie
d’autrefois, Amine se prépare: -
“Monsieur Amine nous offre de la viande succulente, nous n’allons
pas poser des questions impertinentes. Sur le
chemin, sur la piste, dans la nuit, cette nuit-là, les compagnons d’Amine
sont inquiets. Les oreilles
pointées, le chien jappe,
refuse de bouger. L’âne brait, s’immobilise. -
“Allez, mes beaux, allez, venez ...
Mais qu’avez-vous ?” Rien
ne bouge. Amine se pressent
regardé, observé, pointé, par des êtres invisibles pour lui.
Quelqu’un l’observe quelque part.
Il y a un je ne sais quoi de dérangeant. (le
jouer) Hurlement sinistre au milieu de la nuit obscure.
Hurlement lugubre, languissant et bientôt plaintif.
Les forces de l’obscure envoûtent les vivants.
Frères humains, tremblez, bientôt nous nous rencontrerons. Dans
la nuit, à l’heure où le soleil dort d’un sommeil profond, une tête
hirsute apparaît, disparaît, revient, repart pour mieux
s’approcher. SUSPENSE. La tête
sans corps ricane, joue autour du trio, va de gauche, va de droite,
sautille, grommelle. Une tête
de revenant aussi épaisse qu’un cauchemar. Après
un sursaut, Amine se ressaisit. Le
fantôme voltige à la vitesse d’une danse ancestrale.
Disparaît. -
“Vous, que feriez-vous dans cette situation ?
Vous, Monsieur ? Vous,
Madame ? Que feriez-vous
?” -
“Partir au plus vite !” Eh
bien, non. Amine, lui, est
un HOMME RAISONNABLE. Raisonnable,
je vous l’avais dit. La tête
bien sur les épaules et les pieds dans ses bottes, Amine fait face.
D’un geste auguste, il plante sa canne dans le sable, y attache
ses compagnons. Du pied, il
trace à même le sol un cercle autour de leur trio. -
“Allah est grand. Son
mystère dépasse le plafond céleste.
Qu’il me donne le courage de garder mon sang-froid.
Que sa sagesse me protège.” Il
ramasse quelques brindilles, à tâtons frotte deux cailloux, chantonne
une phrase mystérieuse. Le
feu jaillit. Il allège son
âne d’une cuisse de gazelle et le grille.
Amine regarde tout autour de lui.
Rien, RIEN ne bouge ... ou presque.
Par prudence - il en connaît un bout en magie blanche -
Amine met la lame de son couteau dans le feu..
Le tranchant rougeoie. Chant: Hurlement
sinistre au milieu de la nuit claire-obscure, Une tête
d’homme avec un cou décharné, un tronc.
Le fantôme, le fantôme approche, attiré par la viande grillée.
Ses dents claquent. -
“Homme, homme de bien, donne-moi à manger. Ton gibier est cuit à
point. Ne laisse pas une âme errer, divaguer par delà les monts,
sans lui donner à manger. Sois
bon comme tu l’as toujours été.
Homme, ce morceau me revient.” Le
spectre s’approche de la flamme.
Amine s’empare de son couteau, tranche, transperce, porte des
coups décidés. Le fantôme
hurle. Dans un vacarme
digne des meilleures sciences-fictions, s’enfuit, se désintègre. LONG
SILENCE. Ouf ! Amine
creuse la terre à l’endroit indiqué, sous les palmiers.
Le soleil se lève
SILENCE (geste
de tenir une bourse) Que
faire d’une telle somme ? Bonne
réflexion !
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