A la naissance de leur enfant, des parents consultent Ifa (Dieu) par l’intermédiaire du bokonon. L’homme des esprit, la voix des ancêtres, déclare: - “Cet enfant ne peut pas se marier.”.
L’enfant grandit, devient un jeune homme. Il connaît le sort. Un jour, au marché, une jeune fille l’interpelle: “Je veux me marier avec toi.”
- “Ifa a dit que je ne pouvais pas me marier.”
Les jeunes gens se rencontrent de nouveau. La jeune fille fait tant et si bien que le jeune homme décide de la prendre pour épouse.
A leur première “rencontre”, le jeune homme meurt.
Douleur de la mère, reproches. - ”Rends la vie à mon enfant.”
Les parents consultent Ifa. Réponse par la voix du bokonon: - “Votre enfant peut vous être rendu. Creusez une fosse, jetez-y du bois, mettez le feu et qu’un de ses parents passe à travers la flamme.”
Le bokonon et les parents creusent une fosse, y mettent bois qu’ils allument et arrose d’huile. Le feu est très ardent.
Ni le père ni la mère ni aucun parent n’a le courage de passer à travers la flamme.
La jeune femme se place devant le feu, chante:
- “Le père qui a travaillé pour élever cet enfant
refuse,
la mère qui a veillé cet enfant
refuse.
Moi, je passerai dans le feu
et le jeune homme sera sauvé.”
Elle s’avance dans les flammes, tombe.
- “C’est fini, elle est morte.”
On entretient le feu jusqu’au matin.
A la pointe du jour, le jeune homme et la jeune fille arrivent en se tenant par la main.
Le jeune homme chante:
- “mon père ... a refusé
ma mère ... a refusé
cette jeune fille est passée dans le feu
elle m’a délivré du sort, elle m’a rendu libre, je suis comme les autres hommes.

Dans ce conte, un élément m’a semblé invraisemblable. Une jeune fille va-t-elle aborder un garçon pour lui proposer le mariage ?
Une belle chance m’a fait rencontrer un conteur originaire de cette région d’Afrique noire. Je lui parlé du conte.
Pour lui, il est impensable que la jeune fille agisse ainsi. Voici ce que lui imagine.

Les parents de la jeune fille veulent la marier à un vieux polygame. Elle est amoureuse du jeune homme. Ils se connaissent. La consultation d’Ifa date d’avant sa naissance, la connaît-elle ? De toutes façons, quand elle l’apprend, elle considère le sort jeté sur le jeune homme comme une superstition du temps passé.
Elle demande au jeune homme de la demander en mariage à ses parents. Le jeune homme sait que cette demande est impossible. mais entre-temps, ils se rencontrent. Elle est de plus en plus amoureuse et lui se met aussi à l’aimer.
Le jeune homme meurt lors de leur première étreinte et le conte peut continuer à se dérouler.


Tomma et Hebioso

Tomma est orpheline, pauvre. En plus, elle souffre du pian, une maladie de la peau. Elle est rejetée par tous. Elle apprend qu’un parasite du palmier pourrait la guérir.
Incapable de monter à l’arbre, elle demande à la panthère, puis au lion d’aller chercher le remède. Elle promet sa main en remerciement. Refus méprisant.
Passe Hebioso, un beau jeune homme. Il va chercher le remède, sans contrepartie. Il donne aussi à Tomma trois gourdes.
De la première sort un palais, de la deuxième; de l’argent; de la troisième, des terres et des serviteurs. Tomma est reine.
Elle annonce qu’elle veut se marier. Les prétendants se pressent, dont la panthère et le lion. Arrive Hebioso, pauvrement vêtu. Mépris général. Tomma choisit Hebioso.
La panthère, puis le lion veulent le tuer. Il les vainc tous les deux après un combat acharné.
Tout est bien ...

in Contes et légendes du Dahomey de P. Barreau, collection Lavigerie. (Depuis 1975, le Dahomey est appelé le Bénin.