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Pauvre
Belle
Rappelons
les souvenirs de la Belle au Bois dormant, de Perrault:
Le prince Charmant éveille la princesse (elle n’a pas
de nom) d’un baiser. Il rentre chez lui, ne dit rien à
ses parents. Il fréquente la princesse pendant deux ans. Ils
ont deux enfants: une fille, Aurore, et un fils, Jour.
Le Prince Charmant devient roi et proclame son mariage. Il part à
la guerre. Sa mère, qui est ogresse, commande à son
maître d’hôtel de préparer successivement
Jour, Aurore, la jeune reine. L’homme a pitié, les recueille
chez lui et donne du gibier à la reine-ogresse. Celle-ci retrouve
ses victimes, prépare une cuve remplie de crapauds, vipères,
serpents. Au moment où on va précipiter la jeune reine
dans la cuve, le roi Charmant revient et sauve femme et enfants. La
reine ogresse se jette dans la cuve.
André
Lichtenberger a imaginé une suite.
Le roi Charmant ne peut s’empêcher d’en vouloir
à sa femme d’avoir été l’occasion
de révéler au monde qu’il avait une mère
ogresse. La “jeune” reine a quand même 115 ans,
soit 95 de plus que son mari, une grande différence d’âge
n’est pas favorable à la bonne entente d’un ménage
! Elle traite parfois son mari comme un petit garçon.
Elle a gardé les façons de faire, les modes de sa jeunesse.
Ses domestiques aussi, ce qui crée des tensions dans le personnel.
Elle a un long silence à rattraper. Elle revient inlassablement
sur les mauvais traitements de la reine-mère.
- “Quelle idée j’ai eue de la réveiller
!”
Un jour, la reine prend une quenouille, se pique, s’endort.
Le roi Charmant ne veut pas que les médecins essaient de la
réveiller. Un doigt sur les lèvres, il se retire sur
la pointe des pieds.
d’après
La Belle Rendormie, d’André Lichentenberger, in Le Petit
Chaperon Vert et autre contes, publié par Georges Cres, repris
dans Cent et un Contes, Gründ 1965.
Une
autre suite de la Belle au Bois dormant imaginée par votre
seravante:
- “Comme vous avez de la chance d’avoir un mari aussi
charmant !” Belle sourit sans répondre. Son amant charmant
s’est transformé en mari souvent méprisant, exigeant,
rouspéteur, irascible, de mauvaise foi, ...la liste n’est
pas limitative.
Belle vit un temps du souvenir de l’amant charmant.
Un jour, elle prend son nécessaire de couture, en sort une
aiguille et se pique délibérément le doigt. Elle
tombe en somnolence, l’aiguille n’a pas autant de vertu
qu’un fuseau. D’autres dans son cas prennent du Prozac
Je vous fais cadeau de ce schéma. Si jamais vous en faites
usage, je vous demande simplement de mentionner que l’idée
vient de moi. M-CDesmette
Mises
en scène
En formation,
on nous dit souvent: un mot abstrait, un concept, ne parlent pas à
l’imaginaire, ne font pas image. Il est bon d’utiliser
des comparaisons, de les mettre en scène.
Voici
une mise en scène de la surdité:
Un garçon veut tuer une mouche posée sur un miroir au-dessus
de la cheminée. Il monte sur une chaise.
Le miroir se détache, fait tomber les nombreux objets posés
sur la cheminée, la chaise se renverse, l’enfant tombe.
Dans la chambre voisine, le grand-père demande ce qui se passe.
- “Rien, j’ai laissé tomber mon porte-plume.”
- “Hein, mon petit, moi qu’on croyait déjà
sourd, comme j’ai encore l’oreille fine.”
(Cela peut être dit sans cruauté pour ceux qui souffrent
de surdité. ndlr)
d’après
L’Oreille fine, Jules Renard, repris dans Cent et un Contes,
Gründ 19656.
une
mise en scène de la mémoire dans un conte traditionnel:
Un père et son fils vivent dans une palmeraie. Le père
a sa fierté d’enseigner la sagesse à son fils.
Un jour, ils labourent leur champ, le père dit:
- “C’est doux !”
Un an se passe. Ils labourent le même champ. Au même sillon,
le fils demande:
- “Quoi ?”
Un an se passe. Même circonstances. Le père dit:
- “Le miel.”
dans
les Contes du Roi-singe, d’André Voisin, édité
par le Club de la Femme, Paris, 1969
Les
écrits d’André Lichtenberger et de Jules Renard
sont dans le domaine public. Ne serait-il pas élégant
quand même de respecter la propriété intellectuelle
au-delà des règles légales et de citer les auteurs
dont on s’inspire ? MCD
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