| (envoi
de Pascal Mitsuru Guéran)
Un
vieil homme sculpte patiemment un gros bloc de pierre. Ses gestes
sont précis: il observe d'un regard perçant la masse
inerte devant lui, puis il lève son maillet et, à l'aide
d'un ciseau en acier, il attaque le roc et en arrache des éclats.
Parfois des étincelles jaillissent, comme de minuscules éclairs.
Un enfant passe non loin, sur le chemin.
Intrigué, il s'approche du vieil homme et, sans un mot, il
se met à l'observer.
Le vieux sculpteur adresse un sourire à l'enfant et continue
sa tâche, patiemment. Puis l'enfant reprend la route, il retourne
à ses jeux. Mais le lendemain, il revient, et à nouveau,
il reste un moment à regarder le sculpteur et son œuvre
qui, lentement, prend forme.
Au fil des jours, la pierre se transforme: au départ, c'est
une masse un peu ronde, corpulente, musclée, semble-t-il; puis
la masse devient poitrail, elle s'allonge, un cou solide apparaît;
et une tête pointe le museau, c'est une tête de cheval;
ensuite des pattes se dessinent, elles semblent vouloir se mettre
à courir …
Un jour, le vieil homme termine son œuvre, il fignole les sabots:
devant lui se trouve un magnifique cheval de pierre emporté
dans un galop immobile.
L'enfant est là: il regarde le cheval avec admiration.
Puis l'enfant se tourne vers le vieil homme et, pour la première
fois, il lui adresse la parole:
- Dis, Monsieur, comment tu savais qu'il y avait un cheval dans la
pierre ?
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