Contes et film

Mes propos s'appuient sur le téléfilm d'Olivier Minne "Trois contes merveilleux", Blanche-Neige, Barbe-Bleue et Cendrillon, annoncés selon Grimm et Perrault. Blanche-Neige suit le texte des frères Grimm (v.G), Perrault n'a pas écrit de conte de ce nom. Je crois pouvoir affirmer qu'il n'y a pas de version Grimm de Barbe-Bleue. Cendrillon a été écrit par Perrault et les frères Grimm. Les deux versions sont assez différentes. Vous trouverez celle de Grimm en page 11. Ce que j'ai vu dans le film se fonde visiblement sur la version de Perrault (v.P) .
Il s'agit d'un film mettant en scène des acteurs et des décors réels. Le ton général est donc à la représentation réaliste. Costumes et décors sont beaux.
Une première réflexion: je ne suis certainement pas opposée à une réécriture; Comme tous les conteurs, je la pratique. Le tout est de savoir quoi, dans cette réécriture, serte l'histoire, particulièrement les modifications.
Les trois épisodes sont introduits par un conteur qui a un air de vieux barde. Il intervient aussi mais rarement, en voix off, dans les contes. Il ne conte pas, il lit. Quoiqu'en dise le générique, ce n'est donc pas un conteur.
Blanche-Neige. Comme dans le dessin animé de Walt Disney, le film propose une héroïne grande adolescente, alors que pour (v.G), elle est une petit fille de 7 ans. Ce jeune âge pose des problèmes quasi inextricables, nous les avons évoqués dans le Mensuel d'avril 2006. Je comprends donc la modification.
Dans le film, le chasseur chargé de tuer Blanche-Neige porte un prénom, pourquoi pas ? Ce chasseur est donc ému par Blanche-Neige et la laisse s'enfuir. Dans (v.G), il fait la réflexion cynique qu'elle sera d'ailleurs rapidement dévorée par les bêtes sauvages. Dans le film, la voix off dit: "Il sacrifia une biche, prit son cœur et son foie et les apporta à la reine." Dans (v.G), il s'agit d'un marcassin, de poumons et de foie. Ne dit-on pas que les organes internes d'un cochon se rapprochent très fort de ceux des humains. Pourquoi changer ? Mais surtout, le cinéaste a reculé devant la représentation. Sans doute cela serait-il insoutenable à voir. On accepte les mots et pas les images réalistes. Je crois qu'on touche ici une des limites de la représentation. On aurait pu suggérer la mort et le dépeçage de l'animal, on a bien suggéré la mort de Barbe-Bleue sous l'épée des frères.
Une série de modifications me paraissent inutiles. Dans (v.G), la maison des nains est propre et parfaitement rangée. Dans le film, le désordre règne et Blanche-Neige se met au boulot.
Le lacet de corset devient un lacet à mettre autour du cou, pas très convaincant comme collier.
Dans (v.G), les serviteurs du prince emportent sur leurs épaules le cercueil de verre. Ils trébuchent, bousculent le corps et Blanche-Neige rend le quartier empoisonné de la pomme. Elle reprend vie. Dans le film, le prince lui donne un baiser et elle se réveille. Pour moi, cela fait poncif.
La fin est édulcorée. Dans (v.G) La reine assiste au mariage de Blanche-Neige et du Prince. On la force à chausser des souliers rougis au fer rouge et à danser jusqu'à ce que mort s'ensuive. Dans le film, elle tombe morte à l'annonce par son miroir que Blanche-Neige est toujours vivante.
Barbe-Bleue. Première remarque: Perrault parle toujours de "la Barbe-Bleue", même s'il accorde au masculin. "La Barbe-Bleue annonça à sa femme qu'il était obligé de partir en voyage...". J'avoue n'avoir jamais remarqué la présence de l'article. Le film le supprime, ce qui correspond, je crois, à la mémoire populaire et me paraît judicieux.
Dans (v.P), la Barbe-Bleue est si laid qu'on ne peut en supporter la vue. Dans le film, il n'est pas beau mais certainement pas hideux. Sa barbe et ses cheveux sont bleus.
Dans (v.P), la Barbe-Bleue invite la mère, les deux filles, les deux frères, et des amis. Il est si fastueux, si aimable, que la plus jeune accepte de l'épouser. Plus loin, elle deviendra "la jeune femme".
Dans le film, malgré les rumeurs sur le disparition des femmes précédentes, la mère des deux filles veut absolument en fourguer une à Barbe-Bleu pour bénéficier des richesses de celui-ci. Barbe-Bleu préfère la plus jeune, Adélaïde, parce qu'elle est plus docile, alors qu'Anne est plus rétive. Le mariage se fait malgré la réticence des deux frères.
Dans le film et (v.P), il part en voyage, confie ses clefs à sa femme avec permission de les utiliser toutes, sauf une petite qui ouvre une porte dans la cave du donjon (film), d'un cabinet au bout de l'appartement (v.P). Elle promet d'obéir. La curiosité l'emporte dans les deux versions.
Dans le film, elle découvre les fantômes des premières épouses, dans (v.P), ce sont des cadavres sanglants.
Dans les deux versions, une tache de sang indélébile, prouve que la jeune femme a désobéi. Barbe-Bleue veut la tuer. Elle implore un sursis pour dire une dernière prière. Il le lui accorde.
Dans le film, Anne envoie une tourterelle, qu'elle appelle pigeon. Dans (v.P), les deux frères avaient promis leur visite pour ce jour-là.
Film et (v.P) se termine par l'arrivée des frères qui tuent Barbe-Bleue.
Cendrillon. Mon premier étonnement: dans le film, le père est vêtu d'un frac noir et d'un chapeau buse. Pourquoi dater ainsi ?
La marâtre est méchante à souhait, la vilénie de ses deux filles est illustrée par deux faits. Une fille renverse le bac à cendres que Cendrillon vient de ramasser. "Tu n'as qu'à recommencer." Le chat de Cendrillon est tué. Pas de chat dans (v.P). Cela me paraît une bonne idée de mettre en scène la méchanceté des filles plutôt que simplement la mentionner.
Toujours dans le film, le roi, la reine et le prince portent des habits qui évoquent plus tôt la Renaissance, ce qui fait conte des fées, alors que les autres messieurs sont en frac noir. Pourquoi cet anachronisme, renforcé par la valse dansée par le Prince et Cendrillon. Un seul bal dans le film, deux bals dans (v.P). Simplification ? Resserrement utile ?
Cendrillon et Barbe-Bleue nous épargnent les réflexions moralisatrices de Perrault.

Conclusion. Indéniablement une soirée agréable. La représentation ajoute-t-elle quelque chose ? Les modifications aussi ? A vous de voir. Marie-Claire Desmette.



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