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Il était une fois un homme vert comme l’herbe, avec un
œil au milieu du front. Il avait trois filles très belles.
Un oiseau, grand comme un taureau, noir comme le charbon, se dit le
Roi des Corbeaux et lui demande une de ses filles en mariage. Les
deux aînées refusent, elles sont fiancées à
des fils de roi. La cadette a dix ans, le père ne lui parle
de rien.
Le lendemain, le père apprend le refus au Roi des Corbeaux.
Celui-ci crève l’œil unique de l’homme. La
cadette vient au secours de son père, apprend la demande du
Roi des Corbeaux et veut bien l’épouser. En apprenant
cela, le Roi des Corbeaux rend la vue au père.
Le lendemain, la fiancée est prête avec robe blanche,
voile, bouquet, couronne. Une nuée de corbeaux préparent
la cérémonie. Le Roi des Corbeaux est caché sous
un grand linceul blanc. Un prêtre, venu on ne sait d’où,
officie.
Après le mariage, les corbeaux emportent leur reine au pays
du froid et de la glace. La petite Reine les remercie, entre dans
un château. Lumières, feux ardents, table mise pour une
personne.
La Reine va se coucher dans un lit aux rideaux d’or et d’argent.
Au premier coup de minuit, avant d’entrer dans la chambre, le
roi fait souffler la lumière.
- « Écoute, femme, j’étais roi chez les
hommes. Un méchant sorcier nous a changés en corbeaux,
mon peuple et moi. Mon épreuve finira grâce à
toi. Mais tu n’as que dix ans. Tu deviendras vraiment ma femme
dans sept ans. Garde toi d’essayer de me voir ou il arrivera
un grand malheur. »
Le Roi des Corbeaux se dépouille de son plumage, se couche,
met une épée nue entre la Reine et lui. Le lendemain,
avant le jour, le Roi remet son plumage, reprend son épée,
s’en va. Et ainsi, nuit après nuit.
La Reine s’ennuie à ne voir personne. Un jour, elle va
se promener. Elle arrive au-dessus d’une haute montagne. Là,
une femme lave du linge noir comme la suie.
- « Je vais vous aider ». La Reine plonge ses mains dans
l’eau, le linge devient blanc comme
lait.
- « Tu as levé mon mauvais sort mais toi, tu n’as
pas fini de souffrir. »
A sept ans moins un jour, la Reine ne résiste plus.
Elle cache soigneusement une lampe. Quand le Roi est endormi, elle
sort sa lampe et voit un homme beau comme le jour. Un goutte d’huile
chaude tombe sur le Roi, l’éveille.
- « Femme, tu seras cause de grands malheurs. Pars de ce château
et que le Bon Dieu t’accompagne ».
Le sorcier emporte le Roi au sommet d’une montagne dans un île.
Il l’enchaîne et le fait garder par un loup blanc et un
loup noir. Le blanc pour le jour, le noir pour la nuit.
Au désespoir, la Reine sort du château, marche en pleurant.
Elle va voir la vieille lavandière.
- « Tu m’as rendu service jadis, à mon tour de
t’aider. Prends ces souliers de fer pour aller à la recherche
de ton mari. Il se trouve enchaîné au sommet d’une
montagne dans une île. Voilà une besace où le
pain ne manquera pas, une gourde où le vin ne manquera pas.
Voilà un couteau pour te défendre et aussi pour couper
l’herbe bleue qui chante et qui brise le fer. Quand tes souliers
se rompront, tu sera près de retrouver le Roi des Corbeaux.
Après de multiples péripéties, pendant trois
années, sans jamais se décourager, la Reine cherche
l’herbe bleu qui chante et qui brise le fer. Sans la voir, elle
marche dessus. Ses souliers se rompent. Avec son couteau, elle coupe
l’herbe bleue. Elle va au bord de la mer où un canot
l’attend.
Elle arrive à l’île, escalade la montagne. L’herbe
bleue chante, les loups s’endorment. La Reine les tue avec son
couteau. Avec l’herbe bleue, elle touche la chaîne qui
attache le Roi. La chaîne disparaît.
Le Roi se lève, fier et beau. Il appelle son peuple. Des nuées
de corbeaux atterrissent sur l’île, se changent en hommes.
Des navires apparaissent. Ils rentrent tous au pays.
M-C.D.
D’après le Roi des Corbeaux, conte
de Gascogne, recueilli par J-F Bladé, in Il était une
fois, Gründ 1947.
Comme plusieurs contes de cette veine, il conjugue le thème
du fiancé animal et celui de Psyché.
Réflexion générale: pourquoi la curiosité
féminine est-elle à ce point stigmatisée ?
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