Le conte et le corps
entretien avec Marie-Rose Meysman
M-Cl Desmette


Un parcours original

Marie-Rose Meysman, vous qui avez gagné le Prix du Festival de Chiny 2003, quel chemin vous a mené au conte ?

Un long chemin détourné. Trois candis en médecine, une licence en logopédie que j’ai peu pratiquée. Depuis l’enfance, j’étais attirée par le théâtre et la danse, et j’ai fait le Conservatoire à Bruxelles. Mon reproche: tout pour le texte, rien pour le corps. J’ai fait de la danse. Là, tout pour le corps, rien pour le texte. J’étais intéressée par le mélange expressif des deux. On m’a demandé de tenir au Conservatoire une classe de mise en corps, travail corporel relié au texte.
En 93, 94, Hopiconte m’a demandé un atelier “corps” pour conteuses.
En 95, un deuil familial m’a amenée à faire quelque chose pour mes neveux. Je leur ai raconté des histoires.
J’ai ouvert un livre de Gougaud, j’ai eu de plus en plus de plaisir à conter en famille.
En 2000, j’ai conté pour Vagabond’art, parcours d’artistes. Cela a bien marché, j’ai senti que quelque chose passait.
J’ai conté dans une bibliothèque pour enfants, j’ai conté dans l’atelier d’un peintre sur son univers.
Je cherchais un thème de spectacle. La Vènerie a organisé des séances de contes dans les cimetières, j’ai été contactée. J’ai préparé un spectacle d’un vingtaine de minutes avec des contes de mort, de passage, mes propres rêves, les rêves d’amis: “Nouvelles de l’Arrière-Pays”, titre repris de Paul Willems pour un ensemble de conférences sur le thème de la mémoire, notre mémoire imprégnée d’émotions et de sensations, reliée à l’universel.
J’ai fait appel à une musicienne, Marie-Véronique Brasseur, percussionniste, qui joue, chante, dit des choses que les mots ne disent pas. Je danse sur cette musique, non pour illustrer mais pour communiquer des états d’âme.

Différence entre conte et théâtre ?
Vous qui avez l’expérience des deux, quelles différences voyez-vous entre théâtre et conte ?

Au théâtre, le défi est plus proche du profond du texte, le conte vise le profond du thème. Le conte est plus lié à la relation, à la communication. Il n’a pas besoin de beaucoup de moyens. Je peux être créative à l’aise, je me pose moins de fausses questions.

Pas d’écrit
Comment travaillez-vous ?

En silence. Je n’écris pas le texte. A un moment, je l’enregistre sur mini-disque. Je travaille sans metteur en scène, je demande l’avis de trois amies, une comédienne, une danseuse, une psy. Leurs réflexions me font beaucoup progresser. J’enrichis, je me corrige en m’écoutant. Quand je me vois et je m’entends, je sais ce que je dirais si j’étais un oeil extérieur.
Je veux faire confiance à mon inconscient. Cette liberté n’empêche pas le travail. J’ai participé à un atelier de Sarah-Christine Carstensen “Conte déployé” pour le développement personnel, le rapport entre le conte et l’inconscient, l’exploration des images. J’ai aussi travaillé avec Gougaud. De lui j’aime l’expression: “le conte vient se poser sur votre épaule.”

Coups de coeur
Comme constituez-vous votre bibliothèque ?

Elle est encore à son début. S’y trouvent des livres choisis et achetés, pas trop chers, dans lesquels je trouve un accord avec moi.
Je fréquente aussi la bibliothèque d’Ixelles qui est très riche.

Prix à Chiny
Pourquoi avez-vous participé au Prix du Festival de Chiny ?

J’avais envie de rencontrer des conteurs, envie de public, d’un lieu, besoin d’une échéance. Je me suis inscrite avec “Nouvelles de l’Arrière-Pays”.
Samedi, avant ma présentation, je ne voulais pas me distraire. J’étais programmée dimanche après-midi. Résultat: Je n’ai pas rencontré autant de conteurs que je l’aurais voulu. Ce qui n’empêche pas d’avoir eu de bons contacts avec certains.

Projets ?
Quels sont vos projets ?

A court terme, faire vivre “Nouvelles de l’Arrière-pays”, faire de la prospection sur la lancée du prix du Festival.
A plus long terme, continuer à travailler avec Marie-Véronique Brasseur.
J’aimerais présenter des contes dans des salles de spectacle pour pouvoir faire un travail dans l’espace. Aussi dans d’autres lieux comme les homes. Les relations transgénérationnelles m’intéressent beaucoup.