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Interview
exclusive de Chantal Dejardin lauréate
du concours du Festival de Chiny 2001.
propos recueillis par M-Cl Desmette Quel
effet ça t’a fait de gagner le prix du Festival ? Sur le moment même, rien ! Le temps de comprendre ... Après deux jours, la folie ! Je l’ai même dit à la voisine. Maintenant, je déguste, je suis très contente. C’est un peu la victoire de Parole Active, qu’elle soit fière aussi. Quel effet ça t’a fait de conter pour le concours ? Très dur. Qui fait partie du jury ? Si j’étais nulle devant des inconnus, tant pis. Je connaissais quelques uns des membres, c’est encore plus dur. Il fallait jouer le jeu, supporter d’attendre de passer, d’attendre le résultat. Comment
as-tu établi ton programme ? Sur base du spectacle présenté à l’Aquilone à Liège en février. Je devais éliminer pour arriver à 45 minutes, comme “François le malchanceux”, trop connu. Mes contes se complétaient. “Les Ages de la Vie”, “Le Trésor de Nacre”, “Le Secret du Bonheur” avec insertion de “Falim”, “L’Arbre généreux”.. “L’arbre généreux” reste le préféré, le conter assise le rend encore plus dense que de le conter debout. Quand, comment es-tu devenue conteuse ? C’est une longue histoire. Je travaillais à la Maison des Jeunes de Méry il y a 10 ans. A la Nuit du Conte de Tilff, j’ai entendu Hamadi. Je l’ai trouvé génial. J’ai fait une formation avec lui, j’y ai rencontré plusieurs des futurs membres de Parole Active, qui a été fondée il y a bientôt 10 ans. J’ai suivi plusieurs autres formations qui toutes m’ont apporté quelque chose. Je me suis produite en public pour la première fois dans le spectacle “Cric Crac” à Chanxhe. Depuis, je conte. C’était une grande première: je prenais du temps pour moi. Pourquoi ou pour quoi contes-tu ? D’abord pour moi. Mais si cela ne plaisait pas aux autres, cela m’arrêterait. Je veux renouveler le plaisir, relever des défis. Il est trop facile de tourner en rond. Il faut se poser des question, on a toujours à faire, ne jamais se croire arrivé. Il est nécessaire de faire savoir que conter est le prix d’un travail soutenu, que la maturation, la décantation sont nécessaires. Il faut aussi profiter de toutes ses expériences. Pour le concours, j’avais un trac fou, je me suis plantée, j’ai perdu un temps ma voix. Sans l’expérience, je ne me serais jamais “retrouvée”. Il faut improviser, non pas le conte, mais avec les situations, avoir l’humilité de dire son désarroi au public. Le conteur a un pouvoir, cela lui donne une responsabilité à l’égard de l’histoires, à l’égard du public. Respect de l’un et de l’autre. C’est
peut-être le moment de parler du rapport au public qu’entretient le
conteur ? Le rapport direct avec
le public est essentiel. C’est un rapport de générosité mutuelle,
tout est lié. L’art du
conte est d’autant plus grand que le conteur se présente sans
artifice, sans décors, sans éclairage particulier.
Tu donnes ta personne. D’une
façon, tu es nu, tout en observant une grande pudeur, par respect pour
le public, pour se préserver. L’art
du conte est un subtil mélange de paradoxe. Pourquoi t’es-tu mise à l’accordéon ? Au carnaval de Huy,
j’ai fait un challenge avec une copine.
Elle avait envie de faire de la contrebasse, moi, de l’accordéon.
Je trouve que cet instrument va bien avec le conte.
Un ami m’a offert un accordéon.
J’ai commencé à jouer à la Toussaint et j’y ai découvert
un plaisir fou. A Noël,
j’ai essayé ce que cela faisait sur les enfants dans le cadre de mon
travail. Quid de ton répertoire
? Mon bagage-conte s’élargit de plus en plus lentement, je dois avoir le coup de foudre. Au début, j’en choisissais beaucoup, maintenant je devins plus difficile. Vais-je reprendre des contes abandonnés, l’avenir le dira. Si oui, ce ne sera pas par hasard. Quels conseils donnerais-tu à qui voudrait se lancer à conter ? Se donner des occasions
de conter. Dans le domaine artistique, le partage est indispensable. Tu as reçu un prix
d’encouragement. Encouragement
à quoi ? quels sont tes
projets ? Encouragement à continuer à conter. Le prix me dit que je ne suis pas complètement naze. Je serai plus rigoureuse dans mon travail. Comme je le fais déjà, je conterai en classes vertes, lors de spectacles, en balade, pour des handicapés, des prisonniers, dans la rue, pour les ados ...Les occasions de conter viennent et vont venir, je l’espère. |