Rêver le réel avec Dominique Van RossommeentretienM-Cl Desmette Question classique: Dominique Van Rossomme, comment êtes-vous venu au conte, ou plus généralement à l’oralité ? En trois temps. J’avais un grand-père raconteur d’histoires, ça c’est déjà une chose. Avec les cousins et les cousines, nous nous réunissions autour de lui. En 91, j’ai quitté le collège où j’enseignais pour enseigner à l’Ecole Normale de Gosselies. Là, j’ai découvert la littérature enfantine qui m’a ouvert des horizons A ma dernière fille, j’ai raconté des histoires tous les soirs. Au collège, j’étais très tourné vers le théâtre, c’est un cours que j’avais dans mes attributions J’ai voulu me former. De là, j’ai suivi des formations au conte avec Antoine Patigny, Stéphane Van Hoecke, Hamadi, Claudine Aerts. Le virage vers le conte a coïncidé avec mon arrivée à l’Ecole Normale, découverte personnelle pour mon plaisir à moi, sans plus de nécessités pédagogiques. En 1999, j’ai présenté un conte au concours de Surice et j’ai remporté le prix avec "François Quatre Vents". Des membres du jury m’ont conseillé de me présenter au concours du Festival de Chiny. Ce que j’ai fait et, à ma grande surprise, j’ai remporté le prix.
Un bon effet ! J’y ai trouvé l’encouragement à écrire, à écrire et à raconter ce que j’avais écrit. Le plaisir d’être reconnu dans quelque chose que j’avais envie d’exploiter pour moi-même. C’était aussi un défi, une occasion à saisir. J’y suis allé en me disant: Pourquoi pas ?
Comme prof de français, j’organise avec les élèves un stage résidentiel d’une semaine sur la littérature enfantine. Cela débouche sur les animations lecture et un petit spectacle. Une formation au conte est dispensée par des intervenants extérieurs à l’école. Nous avons aussi des spectacles de contes à l’école.
Jusqu’à présent, j’ai raconté des histoires de ma propre écriture. Je ne me suis jamais lancé dans les contes traditionnels. Ce qui ne m’empêche pas de les intégrer dans le programme et les faire découvrir à mes élèves.
Je pars d’images de la vie réelle, d’anecdotes. Sur la route du village, un jeune homme court, les cheveux dans le vent ... Au bout de la rue, une petite vieille, dans sa maison, vivait avec trois chats ... Dans la rue, un jour, un homme m’a appelé pour regarder la lune ... Au pied de l’église, au bout des escaliers, se trouve une maison pleine de fleurs et de jouets à la fenêtre... Situations réelles au départ d’histoires de rencontre avec le quotidien de la ville, du village, de la vie, pour, tout d’un coup, basculer dans l’imaginaire, le rêve la poésie. Rêver le réel. Laissons chanter notre regard sur le vie de chaque jour. Quand c’est mûr, la création vient. Je vais donc de la vie quotidienne vers l’original, l’inquiétant, la fantaisie, la poésie. Cela crée une certaine unité dans l’univers des histoires. Cela se transformera peut-être un jour.
Jusqu’à présent, j’ai fait deux tentatives de spectacles. Une qui est "au point". Il s’agit d’un spectacle pour des enfants de 4 à 10-11 ans de 40 - 45 minutes. "Tom, Lucas et Teddy" raconte les aventures d’un Nounours, d’un clown et d’un monsieur. Je suis le narrateur et je fais intervenir les personnage par de petits objets au milieu d’un petit décor. Le public accroche. L’autre tentative se situe entre théâtre et conte. Il est trop court, je dois l’amplifier. En cours de travail donc.
Pas autant que je le voudrais. Je dois donner la priorité à ma vie professionnelle. Je n’ai pas beaucoup d’opportunités pour raconter à l’extérieur, environ 6 à 8 fois par an. En avoir plus me permettrait d’affiner le travail. On apprend en vivant sur le terrain. Quand je serai retraité ... Je suis membre de la Maison de la parole de Châtelet. J’y raconte pour la troisième année, par exemple dans les caves du château de Fagnolle, de magnifiques caves voûtées. Au-dessus de nous, il n’y avait que des ruines. Chaque année, je participe comme raconteur à l’Estival de Surice.
Une expérience particulière ? A Couvin, j’ai présenté quatre fois mon spectacle en une seule journée. Belle expérience qui m’a permis de me corriger petit à petit, de m’améliorer, d’aller au bout de mon énergie. Il n’aurait pas fallu une cinquième ! Je souhaiterais la recommencer.
Raconter une histoire avec un autre conteur, être à deux dans la même histoire. Cela poserait certainement des problèmes d’écriture. Prendre une histoire qui existe déjà ou écrire à deux plumes ?
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