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entretien
- M-C. Desmette.
Italia
Gaeta, dites-nous quel a été votre parcours de conteuse.
Il y a vingt ans que je cours après le conte, que le conte
me court après. Le conte m'a choisie ou plutôt, c'est
une reconnaissance mutuelle.
Pour la fin de mes études de régendat, j'ai présenté
un mémoire "Le schéma quinaire du conte",
théorie et applications pédagogiques. J'ai suivi des
stages de conte, p.e. avec Myriam Maillé. J'ai aussi une formation
de gestaltthérapeute et j'ai utilisé le conte en thérapie,
comme outil de créativité et de mieux-être.
J'ai animé des groupes de femmes immigrées, je les ai
incitées à raconter leurs histoires, ce qui a eu un
impact bouleversant pour certaines. J'étais leur plume, elles
me fournissaient les images "un papillon enfermé en cage",
un instituteur brutal devient "ce chien sauvage qui me regardait
..."
Comme célibataire, j'avais beaucoup d'activités, entre
autres théâtre, danse, ... Il y a deux ans, j'ai adopté
une petite fille. Certaines de mes activités se sont effacées,
l'essentiel a émergé, le conte s'est installé
dans ma vie.
J'ai rencontré Henri Gougaud lors d'un stage. J'ai été
séduite par l'être humain, sa façon de voir et
d'aborder le conte. Il dit que les contes sont vivants, qu'il faut
se laisser appeler par eux, qui font partie de la vie.
Je participe à l'atelier mensuel animé par Martine Tollet.
Le but est de souffler sur le feu, de permettre au conteur de grandir,
d'oser ses faiblesses et ses qualités.
Parlons
du prix du Festival de Chiny dont vous êtes la lauréate
2002. Pourquoi avez-vous décidé d'y participer ?
A Chiny, j'avais écouté des conteurs mais je n'avais
pas assisté aux séances de présentation du concours.
J'ai trouvé le public chaleureux, accueillant, réceptif.
Je voulais une confrontation avec un public de connaisseurs exigeant
et qui ne me connaissait pas personnellement. Je me suis dit que ce
serait un chouette défi à relever. Je me suis inscrite
assez tard.
Quel
était votre programme ?
Sous le titre "C'era una volta", il était une fois
en italien, ce tour de conte circulait depuis novembre 2001. Je l'ai
resserré pour tenir dans le temps imparti. Le fil conducteur
est l'histoire de mes parents, leur enfance dans un petit village
près de Naples, l'arrivée en Belgique, la mine de charbon
dans le Borinage. En plus de leurs souvenirs, j'ai intégré
deux contes italiens traditionnels recueillis par Italo Calvino, un
Nasrédin à la sauce italienne. Mon but était
de faire voyager le public dans mon univers.
Comment
avez-vous vécu le concours ?
Des amis ont pris ma petite fille en charge, ce qui m'a permis de
me connecter avec moi-même. La
présentation au public a été un pur plaisir.
Je me suis laissée porter, je sentais un échange d'énergie,
une osmose. Le public réagissait très fort.
Mon univers permet aux spectateurs de s'y retrouver eux-mêmes:
solitude, amours, parents, partir, laisser ce qu'on a, immigré
de terre, immigré de coeur, ...
Qu'avez-vous
ressenti lors de la proclamation du prix ?
J'étais contente. Pour moi et également parce que c'était
une reconnaissance du travail de l'atelier de Martine Tollet. Le jury
a dit qu'il m'avait choisie pour mon humour, mon émotion et
ma belle écriture. Orale, évidemment.
J'ai téléphoné à mes parents qui étaient
très heureux de mon prix.
Avez-vous
eu des retombées de ce prix ?
J'ai tout de suite eu des contact, avec le Centre culturel d'Ittre,
par exemple, la bibliothèque de Commercy, de Bertrix, ... On
me téléphone. Je participerai à la journée
professionnelle à Chiny, le 10 janvier, je suis programmée
dans Raconteurs d'Histoires. La liste n'est pas close.
Parlons
de votre spectacle "C'era una volta":
Dans l'atelier, nous travaillons beaucoup sur la mémoire sensitive,
sur l'éveil. Les histoires se sont imposées d'elles-mêmes,
comme si je n'étais qu'une exécutante de quelque chose
en dehors de moi. C'était jouissif. Je me sentais une terre
labourée prête à tout accueillir
Les histoires de mes parents, je les ai entendues avec une oreille
de petite fille. Je ne garantis pas la véracité de tous
les détails. Au contraire, mon imagination a certainement opéré
des transformations. Mes parents ont accepté cette "légende".
Quel
a été l'impact de "C'era una volta" sur votre
famille ?
Les jeunes ont été émus, ils ont découvert
que les parents ont un passé. Mes parents ne racontaient rien
d'une manière anodine. Aller acheter du pain au coin de la
rue devenait une histoire extraordinaire.
Pour
vous, la mémoire vive est importante ?
Oui, je rends vivants mes parents. Elle a aussi provoqué un
réveil en eux. Mon père s'est rappelé une chanson
de soldat, ma mère, une chanson napolitaine de sa jeunesse.
C'est bien de remuer le passé, d'être un témoin.
C'est aussi pour cela que je conte en français et en napolitain.
Avez-vous
d'autres projets ?
Je prépare "le grain de riz", sur le thème
de l'adoption. Il sera fait de récits de vie, de contes traditionnels
de
Belgique, d'Italie, de Chine (ma petite Léa vient de Chine)
Ecrivez-vous
vos histoires ?
Depuis toujours, j'ai imaginé et écrit des histoires.
Souvent à usage thérapeutique.
Je n'écris pas mes tours de conte, pour ne pas fixer, nécroser
la parole. A l'atelier et ailleurs, je m'imprègne du retour
des autres et de mon ressenti. Je travaille donc actuellement dans
l'oralité. Cela ne veut pas dire que je n'écrirai pas.
Avez-vous
un public favori?
Je préfère des gens que je ne connais pas. Mon public
favori est celui qui réagit, rit, pleure, s'exclame. Cela ne
veut rien dire si le public reste réservé. Des contacts
avec les gens m'apprennent qu'ils ont ressenti en profondeur. Chacun
réagit de façon différente. C'est évidemment
plus facile quand le public "part" avec moi.
Voulez-vous
ajouter quelque chose ?
J'en ai déjà beaucoup dit ! J'ajoute: Au revoir.
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