La tradition du grand feu dans nos villages ardennais

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C’est toujours le même cérémonial depuis la nuit des temps. Les allumeurs boutent le feu au bûcher. Les flammes montent à l'assaut de "Bonhomme hiver ». Bientôt le bûcher n'est déjà plus qu'une immense torche. Il continuera à brûler jusqu'au petit matin.

Historique :
Dans la mythologie grecque, Prométhée avait dérobé le feu aux dieux. On l’avait puni en l’enchaînant à un rocher et un aigle lui dévorait le foie. Vulcain, le forgeron boiteux, avait aussi son mythe. Le feu a toujours un côté satanique et paradoxal. Il fait peur et en même temps, il purifie. Vulcain est un dieu énigmatique. Il avait un air repoussant. Mais cela ne l'avait pas empêché de séduire Aphrodite, la plus belle femme de l’Olympe. A Delphes et Athènes, on entretenait un feu sacré.
On connaît aussi la tradition, à Malmedy, et dans les Cantons de l’Est. Le soir du 10 novembre, c’est le feu de la Saint Martin. Trois feux sont allumés dans des endroits différents bien visibles de la ville. Cette tradition dans la cité de la Warche remonte à avant la Révolution Française (1789). Le Prince-Abbé de Malmedy se voyait contraint d’interdire l’allumage du feu de la St-Martin en 1763.
Vers 1920, les comités de quartiers s’étaient constitués afin de faire renaître cette tradition. Les adultes font du "porte à porte" en vue de l’obtention de généreux dons : vieux meubles, poutres ou petits bois. En contrepartie, les enfants reçoivent des friandises le soir du feu. Ces préparatifs sont connus sous l’appellation "les hèyes". Les habitants chantent l’air populaire "C’è-st-û-lu veûye du Sint-Martin".

Une tradition antique
Les grandes fêtes des Gaulois correspondent à certaines fêtes que nous célébrons encore aujourd'hui. A l'époque de notre Noël, c'est-à-dire au solstice d'hiver, on allumait, la nuit, des feux sur les montagnes, en l'honneur du dieu du soleil, Belen. On se livrait ensuite aux danses et aux festins.
Dans la nuit du 1er au 2 novembre, on célébrait la fête du feu nouveau. Tous les feux étaient éteints dans toute la contrée celtique, pour être ensuite rallumés à la flamme de l'autel. C'était aussi la fête des défunts. Cette nuit là, le dieu Teutatès procédait au jugement des morts ". Il conduisait les uns dans " l'abîme ténébreux ", les autres dans le " cercle du bonheur ".
Une autre fête est la Fête de la Saint Jean, le 24 juin, date symbolique du solstice d’été. Parmi les nombreux rites qui sont associés à cette fête, certains semblent venir directement des anciennes grandes fêtes celtes. Cette nuit était réputée surnaturelle, et les feux cérémoniels. La pratique des feux de la Saint-Jean reste très vivace.

Souvenirs personnels
Il y a une quinzaine d’années, j’ai raconté un petit conte en forêt en forêt de Brocéliande. C’est un des hauts lieux de la culture celtique en Bretagne. Je me souviens de jeunes fiancés qui sautaient au dessus des cendres fumantes. Les paysans s’enivrent et font la ronde au hameau de Théorantec, non loin de la fontaine de Merlin.
Je me souviens aussi lors de mon trek le long de la Grande Muraille en mars dernier. Mon guide chinois avait évoqué l’anecdote suivante: les tours les plus hautes s’allumaient de feu comme moyen de communication quand l’ennemi mongol était en vue.
Il y a deux ans, en février, j’ai eu le bonheur, avec un ami russe de Saint Pétersbourg, de passer trois jours dans sa cabane par moins 25 ! Il me racontait une anecdote d’un étudiant pauvre vers 1900, qui se plaignait à son propriétaire. Il mourait de froid dans sa chambre mal chauffée au 3ème étage. Son propriétaire, philosophe, tout aussi pauvre, lui avait donné une bûche noueuse. Le pauvre étudiant voulut couper la bûche pour qu’elle puisse entrer dans son poêle. Au bout d’un temps il dut y renoncer. « Vous vous moquez de moi, j’ai tenté pendant une heure de couper votre bois, regardez, je suis en nage » Et bien justement, répondit le propriétaire, chaque fois que vous aurez froid, vous n’aurez qu’à tenter de couper cette bûche !
Mais le plus beau spectacle de feu auquel j’ai assisté, c’est dans les îles d’Aran, au large de Galways (Irlande). C'est un usage ancien de pêcheurs lors des marées exceptionnelles. Ils allument, d’une île à l’autre, peu avant l’aube, de grands feux, qui précèdent le lever du soleil.
Envoi de Gaëtan Plein.