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"La
bonne nouvelle du jour"d'après DPA, in Le Soir,
L'histoire fait peut-être un peu conte de fées limite
"dame patronesse".
Sans doute quelque chose comme presque (?) un conte, moralisateur
avec une intervention féérique.
Mais il faut parfois faire taire son cynisme
Comme je ne sais toujours pas de quoi il s'agit, ce n'est pas très
convaincant de me donner des conseils. De plus, comment l'auteur pourrait-il
savoir si je suis cynique ou pas ? S'il parle pour lui, qu'il nous
dise: je dois faire taire mon cynisme.
et s'étonner de ces gestes extraordinaires que posent ces
étranges humains que nous sommes.
Je veux bien m'étonner mais de quoi ?
Ainsi, une jeune femme espagnole a fait la une de tous les journaux
du pays mercredi après avoir allaité un bébé
qui venait de débarquer avec 50 autres immigrés clandestins
sur la côte sud de l'Espagne.
Schéma de l'histoire, pour que vous compreniez ce qui va suivre,
ami lecteur sans doute pas très fûté. Le noeud:
une jeune femme a allaité un bébé autre que le
sien.
Maria Isabel Caro, 28 ans, était en train de se baigner
avec son mari et son enfant de 18 mois à Cadiz
Voilà enfin le nom de l'héroïne, le lieu de l'action
et l'utile précision, l'enfant de 18 mois.
lorsqu'elle a vu les immigrés. Ceux-ci venaient d'effectuer
la traversée depuis le Maroc.
L'actualité a montré assez d'images terribles. Ils ont
été mis à l'eau dès qu'ils ont eu pied
et le bateau a disparu ? Hommes et femmes ont marché, bu la
tasse, porté leurs enfants ? Ils se sont affalés sur
le sable, mouillés, fatigués, frigorifiés ? Ce
n'est jamais que la nième péripétie d'une difficile
et longue et couteuse aventure ?
Parmi les 50 africains, un bébé de 6 mois affamé
réclamait à manger à grands cris. Sa mère
éreintée par la traversée, était couchée
à ses côtés mais était incapable de le
nourrir.
Ereintée, une femme couchée peut allaiter son bébé.
Je pense plutôt qu'elle avait subi tant de privations qu'elle
n'avait plus de lait.
Maria Isabel a d'abord présenté au bébé
affamé un biberon de lait
Ce biberon était vraisemblablement destiné à
son bébé.
qu'il a fermement refusé.
Ça n'étonnera pas celles qui ont sevré un bébé.
J'imagine que Maria a laissé l'enfant près de sa mère
pour ne pas le bouleverser encore plus.
Ne voyant pas d'autre solution, la jeune femme a alors offert son
sein
Cela n'a de sens que si Maria est assurée d'avoir du lait.
Puisque biberon il y a, je pense qu'elle nourrit encore au moins partiellement
son enfant. Ou qu'elle est en train de le sevrer. Peu de femmes européennes
allaitent encore leur enfant à 18 mois. Elle a peut-être
aussi un tout jeune bébé. D'une façon ou d'une
autre, il faut que Maria ait du lait.
à la bouche de l'enfant.
Là, elle a certainement pris le bébé immigré
contre elle.
Toutes les mères auraient fait pareil, a-t-elle expliqué
aux journalistes.
Voilà des journaliste, maintenant ! Ils ont assisté
à la scène ? Un témoin en a-t-il parlé,
ému de ce geste ?
Maria Isabel est devenue un symbole pour le presse espagnole. L'image
de cette femme blanche allaitant un enfant noir
Comment voulez-vous, que notre imaginaire se fasse son cinéma
? Vous nous dites seulement maintenant que le bébé est
noir. Vous avez déjà dit: "africains" d'accord
mais tous les africains ne sont pas noirs ! Et que Maria est blanche.
Toutes les espagnoles sont blanches ? Des noirs, leur voyage a probablement
été encore plus long que ce que nous imaginions.
venu d'un pays si différent du sien, a ému l'Espagne
entière.
Le pays d'origine rend l'histoire émouvante ?
Les femmes portent leur enfant, le mettent au monde, l'allaitent,
partout de la même façon, non ? C'est vrai qu'allaiter
enfant autre que le sien est un don émouvant, quels que soient
les pays d'origine.
Manquent les réactions, les sentiments de la mère et
de ses compagnons immigrés, du mari de Maria Isabel, de l'enfant
de 18 mois.
Je ne vois dans
tout cela qu'une histoire bien humaine, sans intervention du fantastique,
sauf métaphorique. Dites-moi maintenant où vous voyez
une dame patronnesse.
Je ne vais pas
me battre contre l'utilisation abusive du mot "conte". Le
mot est à la mode, tant pis pour le mot ! Laissons le mot conte
et employons le mot "histoire". Tous les journalistes, beaucoup,
plusieurs, quelques uns d'entre eux, feraient bien d'apprendre à
raconter une histoire. Les ateliers de formation au conte leur sont
ouverts !
J'ai exhalé
ma mauvais humeur et ma mauvaise foi, ça fait du bien.
Je peux maintenant vous dire que cette histoire m'a paru belle, qu'elle
me séduit, en tant que conteuse, en tant qu'animatrice d'atelier-conte.
Est-ce une histoire pour femme ? Qu'en pensent les conteurs ? Il serait
intéressant de comparer les réactions et les versions.
Texte du Soir
Commentaires de M-C. D., qui aurait encore beaucoup de choses à
dire !
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