trois
contes , tirés de “L’Inde vous conte”,
de Gérard Cotton, Collection Durandal, 1949
La femme et la cloche
Un voleur
rôde, cherchant quoi voler. Les gens sont prudents, enferment
leurs provisions, cachent leurs économies. Le pauvre voleur
rôde.
A l’entrée d’un monastère, une cloche. Une
belle cloche en or ciselé.
- “J’en tirerai un bon prix.” Le voleur dépend
la cloche sans la faire tinter, s’en va. “Pour la vendre,
je dois m’éloigner d’ici, les gens la reconnaîtraient
et me mettraient à mort pour sacrilège.”
Le voleur marche, marche, arrive à l’orée de la
forêt. Il commence à avoir faim.
Qui a très faim, c’est le tigre.
- “Au sec...” Le tigre tue le voleur, mange les meilleurs
morceaux. Il donne un coup de dents dans la cloche.
- “Trop dure, pas comestible.”
Dans les arbres, les singes attendent le départ du tigre.
- Ça y est, il est parti !”. Les singes s’emparent
de la cloche. Ding ! Frayeur, lâchent la cloche. Ding en tombant
par terre. Les singes reviennent, réessaient, n’ont plus
si peur. Le désir est grand, le son est amusant, à tout
prendre. Ils emportent la clochent dans les arbres, sonnent.
Au village, les gens entendent le son de la cloche. Ils trouvent le
cadavre du voleur à demi dévoré.
- “Un génie, un mauvais génie sonnant habite la
forêt. Il mange les hommes.” Cela devient vite:
- “Chaque fois que le mauvais génie sonnant sonne, il
cherche un homme à dévorer.” Au village, on se
met à raconter tous les maléfices du génie sonnant.
- “Je ne reste pas ici, c’est trop dangereux. Nous allons
tous être dévorés.” Les gens désertent
le village.
Une femme qui a mauvaise réputation mais un peu plus de bons
sens que les autres villageois, dit le texte original. (Je ne sais
pas ce qui causait cette mauvaise réputation de la femme, à
vous de le deviner. Pour moi, son bon sens la faisait considérer
comme un peu voyante et sorcière.)
...”Depuis qu’on entend la cloche, il n’y a eu qu’un
homme dévoré et pas quelqu’un du village. Un seul
homme, quoi qu’en disent les gens. Dévoré par
qui ? Il y avait des traces de tigre...”
La femme a du bon sens, elle est aussi courageuse. Elle va dans la
forêt, entend la cloche, voit les singes.
Elle revient au village, va trouver le chef. Celui-ci faisait ses
bagages pour partir.
- “Donne-moi une bonne récompense et je vous délivrerai
du Génie Sonnant.”
- “Que veux-tu ?”
- “Vos casseroles en cuivre (il faut être riche pour avoir
des casseroles en cuivre) et une somme pour que je vive hors du besoin
jusqu’à la fin de mes jours.” promesse du chef.
La femme emporte les casseroles en cuivre dans la forêt. Les
singes, s’enfuient, reviennent, dévorés de curiosité.
La femme monte dans un arbre, jette une
casserole. Les singes descendent, regardent, flairent la casserole.
La femme récupère la casserole, en jette une autre.
Les singes finissent par l’imiter. Enfin, le cloche atterrit.
La femme l’emporte, va chez le chef.
- “Voilà la cloche du Génie Sonnant. Il ne peut
plus faire de mal.”
Rassérénés, les villageois reviennent.
Ont-ils versé à la femme une pension, jusqu’à
la fin de ses jours ? On ne peut que le souhaiter.
Si cette femme était considérée comme plus ou
moins sorcière avant, cet épisode n’a pas dû
arranger sa réputation. A moins qu’elle ne soit devenue
une “bonne” sorcière ?
Le
saint et la souris
Un grand
saint vivait dans une forêt. Un jour, il sauve une souris des
griffes d’une corneille qui allait la dévorer. La souris
devient son amie et mange quelques grains de riz à sa table.
Un chat poursuit la souris. Le saint change la souris en un beau grand
chat, plus grand que l’agresseur.
Le chat est traqué par un chien. Le chat est changé
en un chien plus puissant que l’assaillant.
Un tigre court derrière le chien. Le chien est changé
en tigre plus fort que le poursuivant.
Le tigre vit près du saint, traité comme une souris.
Des grains de riz ne font pas son affaire.
Mais surtout ! Les villageois connaissent l’histoire. Ils n’ont
pas peur du tigre. Les garnement chantent des chansons diffamatoires
pour un tigre, le traitant de souriceau. Humiliation du tigre.
- “Aussi longtemps que le saint vivra, les gens se souviendront
que je suis souris, changée en chat, changé en chien,
changé en tigre. Je vais tuer le saint.”
On n’est pas saint pour rien. Le saint voit le mauvais plan
du tigre.
- “Souris tu étais, souris tu seras. Et pour toujours.”
A vous d’en tirer leçon, si vous le voulez.
Le
brahmane et la mangouste
Un brahmane
confie la garde de son bébé à sa mangouste apprivoisée.
Un serpent s’approche, la mangouste le met en pièces.
Le brahmane revient, voit du sang sur le museau de la mangouste, croit
que c’est celui de son fils, tue la mangouste. Rentré
chez lui, voit son bébé dans son berceau. Désespoir
du brahmane. (un thème récurrent ! Comme ce conte est
très ancien, il est peut-être le père de tous
les autres)
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