Parole Active et le conte d'intervention

 

Contes pour tous allant et venant
Yvan Couclet


En 1995, les conteurs de Parole Active occupaient pour la première fois l'espace extérieur du Festival du Conte de Chiny.
Le conte en rue était une pratique qu'ils connaissaient bien pour avoir déjà été impliqués maintes fois dans la rue et autres lieux publics depuis le début de l'existence du groupe.
Conter dans un lieu soumis aux aléas d'un lieu public était alors une pratique particulière, peu ordinaire, du moins en Belgique. Rappelons que la pratique du conte de rue n'a que très peu de choses en commun avec celle de la balade contée.
Trois ans plus tard, les conteurs de Parole Active, conscients de la particularité de leur pratique et du fait que la maîtrise de celle-ci s'est construite de façon spontanée et naturelle, ont voulu comprendre et analyser leur démarche de conteurs de rue. Il fallait pour cela répondre à la question du "quoi ?" et du "comment ?" Très vite, il s'est avéré que la théorisation de la pratique offrait la possibilité de construire une méthodologie permettant de former d'autres conteurs à la maîtrise du conte de rue.
Pendant un an, une équipe de travail s'est réunie pour rendre concret un savoir-faire et construire un savoir-faire-faire qui serait partagé dans une formation dès 1998, dans le cadre même du Festival du Conte de Chiny.
Le résultat fut la mise en place d'une méthodologie originale et d'un vocabulaire particulier pour une pratique particulière. Cette méthodologie et ce vocabulaire furent, soit créés de toutes pièces, soit récupérés comme tels ou adaptés de la méthodologie et du vocabulaire de la pratique du spectacle de rue et du boniment.
En 2002, une proposition de Patrick Besure, responsable de l'organisation du Festival du Conte de Chiny, fut de renommer la formation "Contes d'intervention". L'idée était que l'objet de la formation ne portait pas seulement sur la pratique du conte de rue mais sur toutes les pratiques qui impliquent une convention toute particulière entre le conteur et son public. Une convention qui ne lie par aucun contrat le public dit "allant et venant" au conteur qui a pour mission, non seulement d'assumer une parole contée, mais aussi de s'assurer un public qui n'a pas nécessairement l'intention de s'en laisser conter.
Rappelons aussi qu'il y a peut-être, sinon certainement, une parenté entre notre pratique et celle des BIP (Brigades d'Interventions Poétiques) que l'on peut voir à l'œuvre en pays de Gaume notamment.*
Cette année encore et pour la septième fois, nous nous félicitons (on n'est jamais mieux servi que par soi-même) qu'un comédien professionnel, des amateurs de contes, des conteurs pré-professionnels et professionnels de Belgique et de France (surtout ! Nul n'est prophète en son pays) se soient investis dans une formation très impliquante puisqu'elle inclut une pratique d'intervention immédiate dans le cadre même du Festival, et une remise en question des savoir-faire acquis de longue date, notamment par les professionnels.
Après sept ans d'existence, la formation "Contes d'intervention" de Parole Active trouvera sans doute des émules pour en adopter les principes. Tant mieux ! L'histoire nous apprend que plus il y aura de conteurs formés professionnellement au "conte d'intervention", plus les lieux publics s'ouvriront à cette pratique permettant au public cible – celui qui ne mettra sans doute jamais les pieds dans un théâtre ou un centre culturel – de re-découvrir un art qui, après tout, reste un art populaire.

* Pourrait-on parler de BIC, Brigades d'Interven-tions Contées ? (ndlr)