Le jeune homme et la jument

© M-C Desmette
D'après La princesse et la jument, recueilli à Stavelot en 1979 par Jean Markale.
Contes et légendes des pays celtes, Le Grand Livre du Mois, 2000


Djean est fils de paysans pauvres de Stoumont. Il part chercher fortune. Dans son sac, un gros morceau de pain.
Fatigué, il s'assied au bord d'un étang. Un poisson arrive, se couche au bord, ne bouge plus.
- "Pauvre poisson, il est épuisé. Je vais lui donner un morceau de mon pain, ça lui fera du bien." Le poisson dévore le pain, passe la tête hors de l'eau: - "Je suis le roi des poissons, je dois visiter tous mes sujets et cela m'épuise. Tu as été bon pour moi. Quand tu auras besoin de moi, tu diras trois fois: "Roi des poissons, viens me voir. Bonne chance à toi."
Djean continue sa route, traverse péniblement un marécage, se repose , voit un aigle tournoyer dans le ciel. L'aigle s'abat, une aile blessée.
Djean nettoie la blessure, le soigne avec des mousses, lui fait un pansement.
- "Tu es bon et charitable. Un chasseur m'a blessé. Je suis le roi des oiseaux, je dois aller voir tous mes sujets. Quand tu auras besoin d'aide, appelle trois fois: Roi des oiseaux, viens me voir. Bonne chance à toi."
Djean arrive à une prairie dont une parcelle est rase et desséchée. Une jument est attachée si court qu'elle ne peut pas aller jusqu'à la bonne herbe. On lui voit les côtes.
- "Pauvre bête ! comment peut-on ainsi la laisser sans boire et sans nourriture ?" Il délie la jument qui se précipite vers le ruisseau et l'herbe verte.
- "Mon garçon, tu m'as sauvé la vie. Mon maître est un méchant sorcier toujours occupé à me faire souffrir. Tu es un brave garçon et je saurai te récompenser."
- "Quitte ton maître cruel et viens avec moi, veux-tu ?"
- "J'irai où tu iras."
Jean ne monte pas la jument, il la trouve trop faible. Ils arrivent à la ville.
Le roi de ce pays veut épouser une ravissante princesse. La princesse qui le trouve trop vieux et laid, lui signifie qu'elle ne l'épousera qu'à condition qu'on retrouve son écharpe envolée dans les airs et son collier de diamant tombé dans la Meuse. Comment répondre à ces obligations ? Le roi se morfond, la princesse est contente.
Sans réfléchir, Djean déclare qu'il serait facile de retrouver écharpe et collier. Ses propos sont répétés au roi qui le fait venir entre des gardes.
- "Jeune homme, ou tu es un sorcier ou tu es un menteur. Tu as le choix: rapporter le collier et l'écharpe de la princesse ou être pendu sur la place publique."
Djean se mord les doigts de sa vantardise, il demande à être amené au jardin et à y rester seul. Là, il fait appel au roi des oiseaux. L'aigle arrive. Djean lui demande s'il pourrait trouver l'écharpe de la princesse.
- "Je ferai appel aux oiseaux du monde entier. Reviens demain soir."
Djean persuade à grand peine le roi de lui donner un délai. Le lendemain soir, le roi des oiseaux arrive avec
l'écharpe, retrouvée par une hirondelle dans le montagnes de l'orient.
Djean porte l'écharpe au roi. La princesse reconnaît son écharpe, ... trouve Djean à son goût !
Djean demande à être conduit le long de la rivière. Là, il appelle par trois fois le roi des poissons.
- "Je vais envoyer les miens dans toutes les rivières et les mers et je te rapporterai le collier demain soir."
Le lendemain soir, le roi des poissons arrive avec le collier trouvé dans les mers du nord du monde par un saumon.
Le princesse reconnaît son collier ... regarde Djean.
- "Les conditions sont remplies, plus rien ne s'appose à notre mariage" , dit le roi.
- "D'accord, à condition que tu fasses mourir ce garçon dans un four chauffé pendant un jour et une nuit." Elle croyait que le roi refuserait une telle mauvaise action.
- "Tu as entendu, prépare-toi à mourir." Djean est outré de l'ingratitude du roi et de celle de la princesse. Il demande à passer une dernière nuit à l'écurie, près de son cheval.
A l'écurie, Djean se lamente sur l'ingratitude des puissants.
- "Tu as raison, il vaut mieux aider les pauvres animaux. Tu m'as sauvée et maintenant, je vais te tirer d'affaire. Ouvre-moi une veine à la patte droite, enduis-toi de mon sang, sans oublier la moindre partie de ton corps et aies confiance." Djean fait ce qu'elle dit.
Le matin, des gardes l'emmène près d'un four chauffé pendant un jour et une nuit. Le roi est là, la princesse, toute la cour, les notables, les autres habitants du pays. On murmurait contre la cruauté et l'ingratitude du roi. On met Djean dans le four. A la fin de la journée, le roi veut voir ce qui en reste. On ouvre le four. Djean en sort, indemne, comme s'il avait dormi.
Le roi tombe mort de saisissement. La princesse propose à Djean de l'épouser. Les habitants disent qu'ils ne veulent pas d'autre roi et reine que Djean et la princesse.
Mais Djean se détourne de la princesse, va à l'écurie. La jument n'y est pas. A sa place, une jeune fille très belle.
- "Djean, grâce à ton bon coeur et à ton courage tu m'as délivré d'un sortilège jeté par un maudit sorcier. Je serai pour toi ce que tu voudras."
La princesse eut beau faire, Djean s'en alla avec la belle jeune fille. Que devinrent-ils ? Nul ne le sait.