Écrit à l'atelier d'écriture
novembre 1998
La fête des mères
© Nadine Lefèvre
Le monde es une rose, respire-la et passe-la à ton ami ...
Mon histoire est une rose, respire-la et passe-la à ton voisin, ton ami, ton enfant.
Robin est un petit garçon de six ans, Cheveux bruns coupés courts, avec un épi insolent. Même Maman ne parvient pas à le discipliner. Des yeux bleu-clair, très grands, toujours en éveil, toujours à l'affût. Comme tous les petits garçons, il joue, il crie, il saute, il court. Il joue au football avec Rock, son chien, son compagnon inséparable, son confident, docile, toujours disponible. Robin est turbulent, -envahissant, casse-cou - bref un vrai -petit garçon vigoureux, costaud, plein de vie.
Il aime très fort ses parents, puis Rock et puis aussi sa grand-mère. Ah ! sa grand-mère
Une personne assez extraordinaire. Elle paraît très sérieuse et pourtant elle est capable de jouer par terre pendant des heures, aux Indiens, avec plein de plumes dans les cheveux ! Elle -connaît aussi le nom de tous -les arbres, de toutes les fleurs, de tous les animaux. Elle sait dessiner des maisons, des chiens, des chats et même des papas et des mamans. Mais surtout, surtout, elle -raconte -des histoires. Des histoires fabuleuses, de fées, de princesses, de -sorcières, de pirates, de loups... Robin écoute, rit, tremble, applaudit. Le soir, dans son lit, il rêve d'aventures merveilleuses dont il est le héros.
Ce soir, il ne pense ni au Petit Poucet, ni au Chat Botté, ni à Aladin, il a un problème, bientôt ce sera la fête des mère.
- "Rock, qu'est-ce que je vais offrir à Maman ? Sûrement pas le collier en macaroni de l'école, il est affreux. Je ne vais pas, non plus couper des fleurs du jardin. Papa n'a pas beaucoup apprécié, la dernière fois. Non, je veux quelque chose de très beau. Un trésor, un vrai trésor ! Même si je dois combattre les dragons Tu m'entend, Rock? D'accord, tu m'aideras."'
Le lendemain, il part en expédition dans le grand champ en
face de la maison. Au milieu -de ce champ, il y -ales ruines
d'une maison quelques pans de mur encore debout, des décombres.
Sûrement qu'en creusant, il trouvera un coffre rempli de bijoux.
Il prend quelques biscuits (on ne part pas à l'aventure sans
provisions), sa pelle magique, et Rock qui trépigne
d'impatience.
Les blés sont si hauts qu'ils lui arrivent au visage. Robin
s'enfonce prudemment, comme un indien sur le sentier de la guerre
-Il avance en zigzag entre les tiges.
- "Attention, Rock, il y a peut-être un dragon par
là." Ils arrivent devant les ruines. "Si une sorcière
habitait là " Il ne faut pas avoir peur. Un héros n'a
jamais peur. Et puis, il a sa pelle magique. Malgré tout, son
petit cur bat très fort dans sa poitrine. Il s'approche du
mur ... Rock se met à gratter le sol, il s'agite, il aboie.
- "Tu as trouvé quelque chose ? Le trésor ?" Un coup
de pelle, un deuxième ...
- "Héla ! Qu'est-ce que tu fais là ? Il ne faut pas jouer
ici. C'est très dangereux, ces vieilles pierres. Allez, ouste,
petit bandit !"
- "Au secours, un ogre ! Vite, Rock, sauvons-nous va nous
manger !" Robin se sauve à toutes jambes. Parfois, la fuite
est la meilleure défense.
A nouveau à l'abri dans la cabane de bois au fond du jardin, Robin réfléchit.
- "Ce n'était peut-être pas une bonne idée, Rock. Il faut changer nos plans. Où trouver un trésor ? Et si nous essayions la cave ? Les anciens propriétaires étaient très vieux, ils ont dû cacher leurs pièces d'or quelque part... et ils les ont oubliées ? Allez, on y va!"
Rock suit l'enfant. En haut de l'escalier, les oreilles basses, il gémit tristement. Il n'aime pas beaucoup ces marches qui descendent dans le noir.
- "Allons, froussard, n'aie pas peur, je vais allumer. Et en plus, je prendrai la lampe bleue, celle qui paralyse les ennemis à cent mètres."
La cave sent le moisi, l'humidité suinte des murs, le silence est lourd, menaçant, il résonne des pas de notre héros, qui n'est plus très rassuré. Un tas de caisses. La poussière recouvre tout. Dans les coins les plus sombres, Robin trace des pistes lumineuses avec sa lampe. Il doit y avoir là des pierres qui vont pivoter dès qu'il les touchera et, derrière ces pierres, le trésor ! Le faisceau suit chaque interstice, guette la moindre étrangeté dans l'ordonnance de la construction.
Soudain, ébloui par la lumière, un monstre jaillit de derrière une caisse en poussant des cris affreux. C'est une horrible boule grise, avec une queue immense. Elle se met à courir dans tous les sens. Robin la sent déjà grimper le long de sa jambe ! Il lâche la lampe, remonte l'escalier en hurlant, suivi de Rock qui aboie comme un fou.
Maman console, Maman apaise, Maman réconforte. Dans ses bras doux comme de la ouate, avec des mots-caresses de sucre et de miel. Elle aura beau faire, elle ne saura pas pourquoi Robin a affronté les monstres du logis.
Robin est de plus en plus désespéré. Qui va l'aider à trouver un trésor pour sa maman d'amour ?
-"Bon sang, que je suis bête! Je vais demander à
Mami.''
- "Tu veux fouiller le grenier ? Tu n'as pas assez de jouets
ici ?"
- "S'il-te-plaît, Mami, c'est pour un grand secret."
- "Pour un grand secret ? Alors, dans ce cas..."
- "Je te dirai si je trouve ce que je cherche."
- "Je ne peux pas t'aider ?"
- "Ah non, Mami, je dois trouver tout seul, sinon ça ne
compte pas."
Le grenier de Mami, Robin le connaît bien. Il connaît toutes les vieilles valises pleines de costumes. Quand Mami était professeur, elle faisait du théâtre avec ses élèves et elle a tout gardé. Les robes des reines, les couronnes des rois, les chapeaux des sorcières, les masques de loup, d'âne ... Elle lui a raconté toutes les histoires et ils les a écoutées en écarquillant ses grands yeux brillants. Non, non, il connaît tout ça par cur, ce n'est pas là qu'il trouvera le trésor. Même pas dans la caisse aux faux bijoux, les grosses bagues à chatons rouges comme celle de St-Nicolas, les colliers de perles... Il est pourtant beau, le diadème de la princesse. Pas assez pour Maman. Et puis, où serait l'exploit ?
Pendant qu'il réfléchit, il appuie avec son doigt sur la petite dent qui bouge depuis quelques jours. Ohla la ! Elle bouge de plus en plus, elle va bientôt tomber elle ne tient presque plus. S'il était courageux, il tirerait une bonne fois, d'un coup sec et crac, fini !
- "Je pourrais l'offrir à Maman, dans une jolie boîte, sur un coussin brodé Il trouverait sûrement cela dans le grenier. Si pas, il le fabriquerait. 'Et puis non, c'est vraiment stupide comme idée !"
Au bout d'une heure de vaines recherches, le découragement le gagne. Il redescend tout penaud. Hum ..., c'est bien connu, les grands-mères savent tenir un secret, surtout la sienne.
- "Mami, écoute, il faut que je t'explique Il lui raconte tout, depuis l'ogre du champ jusqu'à l'idée saugrenue de la dent-cadeau.
- Mais, Robin, c'est une idée magnifique ! Si tu veux, nous
irons chez le bijoutier et nous la ferons enchâsser dans une
bague en or. Ma maman, ton arrière-grand-mère en avait une
toute pareille. Elle avait conservé la première dent de son
premier fils et en avait fait une bague. Elle l'a portée
jusqu'à sa mort et je suis certaine que, pour elle, elle valait
tous les trésors." Robin sourit. Il respire à pleins
poumons, il ferme les yeux. Lentement, il puise en lui tout le
courage, toute la force des héros.
- "Vas-y, Mami, arrache-la moi."
Le jour de la fête des mères, il tend timidement à sa maman un petit coffret de nacre, entouré d'un ruban de soie rouge. Derrière Maman, il y a Mami. Elle fait signe à Robin, un grand clin d'il complice et un large sourire.