Le roi Midas

©Nathalie de Pierpont, réécriture d’un extrait des Métamorphoses d’Ovide

Tout est calme.  Pas un seul bruit. Le soleil vient à peine de se lever. Le roi Midas et sa femme sont allongés dans leur lit.  Ils dorment profondément.  Soudain, un roulement de coups sur la porte royale et un cri: “Réveillez-vous, ouvrez-moi, j’ai soif !”  Le roi Midas et sa femme se réveillent en sursaut, ils se précipitent vers la fenêtre et ils le voient: un vieil homme assis sur le dos d’un âne.  Trois quarts chauve, petites cornes sur le front, le visage imbibé de vin, poilu, ventru et pattes de chèvre.  Ils le reconnaissent. C’est Silène, le père nourricier du dieu Bacchus, dieu du vin et des plaisirs de l’ivresse.  “Ouvrez les portes et qu’on organise une fête en son honneur !” C’est ce qu’ils font.

                Le premier jour, je chante, je danse, je bois, je ris. Le deuxième jour, je danse, je bois, je ris.  Le troisième jour, je danse, je bois, je ris. Le neuvième jour, je danse, je bois moins, je ris.  Le dixième jour, le roi Midas a des clous enfoncés dans son crâne, il a envie de vomir, il ne pense qu’à une chose: s’allonger dans son lit et dormir.  “Viens, Silène, je te reconduis chez Bacchus.”

                On installe Silène sur le dos de son âne, il s’endort aussi tôt.  Midas prend la longe de cuir et tous deux, ils s’en vont.  Quand ils arrivent aux rives du fleuve, quand ils voient Bacchus et que Bacchus les voit, il éclate de joie.  “Midas, mon bon Midas, ça fait des jours que je cherche Silène.  Nous le croyions perdu à tout jamais.  Pour te remercier, Midas, fais un vœu et je l’exauce.  Vas-y, fais un vœu !”  “Un vœu ... Que tout ce que je touche devienne de l’or.  Ouais, c’est ça, que tout ce que je touche devienne de l’or !”  “Si c’est ce que tu veux, Midas, je l’exauce.”

                Bacchus et Silène s’éloignent le long des rives du fleuve.  Midas est seul.  Il prend une pierre en main, il ouvre la main, de l’or.  Il touche les fleurs du bord du chemin, de l’or.  Il touche les arbres le long de la route, de l’or.  Il met les deux mains sur les portes de son palais, de l’or.  Les couloirs, de l’or.  Il voit sa femme “Chérie, regarde !  Ton vase, de l’or et ma tunique, de l’or.”  Sa femme a compris et, ce soir-là, elle fait chambre à part.  Ça n’a pas empêché le roi Midas de continuer son jeu.  Il a des rêves plein la tête.  Il rêve d’un royaume tout en or.  Les rêves tournent dans sa tête toute la nuit.

                Le lendemain matin, il se réveille sous un drap lourd et froid, la tête posée sur un oreille dur et froid.  Pourtant, il est heureux, il a de grands projets;  Mais c’est l’heure du repas.  Le roi Midas se met à table.  Il vois sa femme à l’autre bout de la longue table en bois ... en or.  On leur sert un plat de beignets d’aubergine avec coulis de miel. L’odeur lui chatouille les narines, lui ouvre l’appétit.  Mais quand le roi Midas prend un beignet pour le porter à sa bouche, de l’or.  On leur apporte une corbeille de petits pains aux épices, aux noix, au sésame, croustillants et chauds.  Mais quand le roi Midas prend un pain, de l’or.  On leur sert une carafe de vin frais et épicé.  Mais quand le vin touche les lèvres du roi Midas, de l’or.

                Il regarde sa femme: “J’en peux plus, c’est trop.  Je retourne voir Bacchus.”  Il marche vite dans les couloirs du palais.  Sa tunique en or et ses sandales en or l’empêchent de courir.  Il enlève tout.  Nu, tout nu, il court vers les chemins qui mènent au fleuve, l’empreinte de ses pieds s’impriment en or dans le sol.  Quand il arrive aux rives du fleuve, il s’agenouille devant Bacchus: “Bacchus, je t’en prie, je veux redevenir comme avant.”  “Quoi, mon bon Midas, ça ne fait pas deux jours que j’exauce ton vœu le plus cher et déjà tu n’en veux plus ?  Bon, fais tout ce que je te dis.”  Midas court, court, le long des rives du fleuve.  Il court, il arrive à la source et là, il se nettoie les mains.  Des filaments d’or s’étirent dans l’eau;  Il se nettoie les pieds, il se nettoie le corps tout entier.  Quand il sort de l’eau et prend une pierre dans sa main, la pierre reste pierre.  Quand il touche une fleur, la fleur reste fleur. Quand il touche un arbre, l’arbre reste arbre. Alors, il court nu, tout nu, il court jusqu’au palais et cherche sa femme.  Elle le voit arriver, son mari, nu, tout nu, en train de courir vers elle.  Elle est prise de frissons ....  il la serre tendrement dans ses bras.