Phénice et Cligès

D’après Cligès, de Chrétien de Troie, cité et commenté par Georges Duby dans “Dames du XIIe siècle, Folio Histoire n° 84.

Alexandre, héritier du trône impérial d’Orient, fait ses classes de chevalier auprès du roi Arthur . Il épouse Dorée, soeur de Gauvain. Ils ont un fils, Cligès.

A son retour à Constantinople, il constate que son frère Alis a pris le pouvoir. Reconquérir son trône vaut-il morts et malheurs ? Les deux frères font un pacte. Alis ne se mariera pas, Cligès lui succédera ? Alis mange sa parole, il décide d’épouser Phénice, fille de l’empereur d’Occident. Il se rend en Allemagne avec Cligès.

Phénice ..... est venue, chef découvert et tête nue, et la lueur de sa beauté répand aussi grande clarté qu’eussent fait quatre escarboucles ..... ......tresses dorées, gorge plus blanche que neige entrevue dans les plis de la tunique. .... si l’on pouvait voir le corps tout entier découvert, s’il sortait du bliau et de la chemise !

amour ébloui entre Phénice et Cligès. Ses yeux lui baillent et prennent les siens

Fêtes du mariage. Tournoi. Les demoiselles montent aux galeries, aux créneaux et aux fenêtres, pour voir et pour regarder ceux qui doivent s’affronter. Cligès est en difficulté. Phénice, tant ébahie qu’elle crie Dieu à l’aide du plus haut qu’elle peut et tombe pâmée. Aiguillonné, Cligès l’emporte.

Il avoue son amour. Phénice ne veut pas être enlevée. Et quand celui-là (Alis) sera le seigneur de mon corps, s’il en use malgré que j’en aie, il n’est pas juste que ce corps en accueille un autre.

Elle n’ose pas s’opposer à son père qui veut la marier à Alis. Mais comment échapper quand même à ce mariage ? Par la magie. Thessala, nourrice de Phénice prépare un filtre que Phénice donne à son mari. Alis tire une vive jouissance du corps de son épouse mais en rêve seulement. La mariée reste vierge.

Cligès part à la cour de Bretagne, auprès du roi Arthur.

Grâce à une potion de Thessala, Phénice a l’apparence d’une mourante, puis d’une morte. Des médecins, craignant une supercherie, tourmentent son corps pour l’amener à se trahir. Elle tient bon. Plusieurs milliers de femmes, ameutées par Thessala, envahissent le palais, jettent les tortionnaires par la fenêtre. Phénice entre au sépulcre, en sort dans le verger d’un château de rêve dont nul ne connaît l’entrée.

Cligès revient de Bretagne, où il a été armé chevalier par le roi Arthur. Grâce à Thessala, il pénètre dans le verger.

Alis meurt. Suivent aussi tôt les noces couronnant le parfait amour de Phénice et de Cligès.

Quand mon coeur en vous se mit, le corps vous donne et promis sans mettre à part ni volonté, ni coeur, ni corps.

Epousée, Phénice ne fut pas recluse sous la protection des eunuques comme le sont les femmes en Orient. Le mari aima sa dame comme on aime une amie. Elle l’aima comme on doit aimer son ami. Chaque jour leur amour crût.

Et bientôt Phénice se trouva pleine de semence et de graine d’homme.

D’après Duby, Chrétien de Troie a écrit un poème contre l’adultère, un anti Tristan et Iseut. Phénice le dit elle-même: Si je vous aime et vous m’aimez, jamais on ne vous appellera Tristan et je ne serai jamais Iseut. Mais dans le verger quand l’un et l’autre accolent et baisent, dormant ensemble nue à nu, cet adultère n’est-il pas commis ? Pour Chrétien de Troie, c’est non. Phénice n’est pas l’épouse d’Alis, le mariage n’est pas consommé. Il n’est pas interdit de faire l’amour, il est interdit de prendre l’épouse d’un autre.

Pour le poète, le mariage est l’accomplissement de l’amour.

Je vous avoue ne pas partager les soucis moralisateurs de Chrétien de Troyes. J’ai simplement été séduite par une belle histoire d’amour courtois et je partage ma découverte avec vous.. Reste le défi de nous investir dans un monde si éloigné de nous. Quoique ...

M-C D.