| Philippe
Casterman, le berger conteur
entretien
M-Cl Desmette
Philippe, si tu devais te présenter, que dirais-tu ?
La question est trop difficile. A la suivante.
Quel a été ton parcours de conteur ?
Je viens d’un milieu en décomposition, celui des charbonnages
du Pays de Charleroi, mon père était géomètre.
Je n’avais aucun diplôme et je suis devenu berger, un métier
en voie de disparition qui mérite de ne pas disparaître.
Métier qui n’est pas rentable. Venant de chômeur, créer
son propre emploi, c’est la galère. J’ai frappé à
plusieurs portes, parlant de la Flandre où certains bergers
sont salariés et sont chargés de l’entretien des réserves
naturelles.
Entre bergers, nous nous réunissions et nous racontions des
anecdotes. Les promeneurs qui me rencontraient avec mes brebis disaient:
“Mêê que c’est beau !
Au début des années 90, j’ai été nommé
animateur par la Province de Hainaut. J’étais chargé
de l’accueil à la bergerie, de rappeler les traditions tournant
autour du mouton, de créer un espace culturel. J’ai commencé
à raconter des anecdotes, des récits de vie. Je me suis
mis à écrire.
J’ai imaginé des contes de Noël avec des moutons et j’ai
tourné dans les écoles. Entre autre avec l’histoire
des boules de Noël et celle du bélier-conteur.
La vie de gardien de troupeau est riche et dramatique, matière
à histoires. J’ai eu envie de raconter des choses de chez nous,
peu connues et dignes d’intérêt.
Par exemple celle des souffleurs de verre ?
Une photo m’a rappelé l’existence d’une cousine de ma grand-mère,
qui était partie aux Etats-Unis à la fin du 19ème
siècle, avec son père souffleur de verre, et qui parlait
le wallon et l’américain. En vérité, j’ai recueilli
peu de choses sur elle. Je me suis documenté sur la vie et
l’histoire des souffleurs de verre. J’ai été de découvertes
en découvertes. C’était le passé de ma propre
région mais je l’ignorais. J’ai avancé à tâtons,
je me suis dit que ça pourrait faire une belle histoire. C’est
devenu “les Souffleurs de Colère”
D’autres étapes ?
J’ai gagné le Prix de l’Eau Noire, au concours d’écriture
de conte organisé par la ville de Couvin. J’y ai reçu
un porte-plume en bois précieux. Je le garde pour écrire
les choses intéressantes.
Couvin ne m’était pas inconnu. A la suite de l’éclatement
de la famille, j’y avais été pensionnaire pendant 7
ans. La beauté du pays m’avait fait oublier bien des choses.
Revenir à Couvin et, cancre que j’y avais été,
recevoir un prix d’écriture, c’est un clin d’oeil du sort.
A Ronquières, je donne des soirées conte pour les enfants
qui suivent les classes-canal. Pendant la journée, ils me voient
avec mon troupeau sur les berges du canal.
J’ai conté aussi pour les Nuits de la Chouette dans les réserves
naturelles.
Je suis venu pour la première fois à Chiny en 1998,
avec mon copain-complice- accordéoniste, Bernard Ghislain.
A deux, nous avons présenté au verger “Le saule fêtard
et la chouette revêche”.
En 1999, toujours avec Bernard, j’ai gagné le concours du Festival
de Chiny.
Parlons de ce prix. Quel effet cela t’a-t-il fait ?
J’ai été heureusement surpris. Le président,
André Namotte, m’a dit son émotion et m’a incité
à continuer. J’en suis sorti avec rêves et espoir. En
berger naïf, je croyait que le téléphone n’arrêterait
pas de sonner. Nos stons r’tchus ! Je suis quand même repris
dans Art et Vie !
Ton avenir ?
J’ai encore beaucoup de chemin à faire.
J’espère un avenir plein d’inspiration, je soigne mon imagination.
Je voudrais pouvoir vivre comme conteur et comme gardien de brebis.
Philippe Casterman organise aussi “Contes de Ronquières et
... d’aujourd’hui. Le prochain aura lieu le 4 octobre. Balade contée,
souper et spectacle à la bergerie..
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