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Le conte
C’est un court récit d’aventures imaginaires, destiné à
distraire et à instruire. Il
est vivant, non seulement du fait qu’il est dit mais aussi parce
qu’il est à chaque fois une re-création de celui qui le profère
pour ceux et avec ceux qui écoutent-regardent.
Ceci
est vrai depuis la nuit des temps.
De tous les langages, il est le plus universel.
Le conte est nomade par nature, il s’adapte à l’esthétique
et à l’éthique de ceux qui l’accueillent.
C’est la source de son éternelle jeunesse.
Le
conte est avant tout plaisir. Plaisir
de rencontres multiples, plaisir de bouches et plaisir d’oreilles.
Il a donc une valeur particulière dans la communication,
rencontres, partages, pour renouer avec la tradition orale qui est de
donner et de recevoir, là où la relation de proximité est première.
Ensuite, demeure la MAGIE du conte, avec son univers d’émerveillements
et d’expériences qui se transmettent, magie des mots qui portent
au-delà du temps des messages au fond des coeurs.
Et celui qui accueille le conte n’aura qu’à en prendre ce
qu’il veut pour en faire ce qu’il voudra ...
Le
conte est une ouverture sur l’intériorité.
Avez-vous remarqué que les contes ont besoin de la douceur du
silence et d’une écoute ardente pour s’inscrire au plus profond
de vos vérités les plus intimes ?
Sachez que les bienfaits d’un conte ne se mesurent pas au
bien-être d’une première écoute.
Certains peuvent éclore dans l’instant et d’autres
chemineront plus lentement en nous.
Plus simplement, je crois que, écouter une histoire, c’est
marcher à l’intérieur de soi-même ....
Et surtout, surtout: “Si tu connais un conte, ne le garde pas
pour toi.”
Suzanne Smeets
Le conte, ce pèlerin infatigable parti de la nuit des
temps, marcheur curieux de tout. Que
de semelles usées à parcourir le monde.
La terre n’a plus de secret pour lui, montagnes, ciel, océans,
forêts, ... Ses semelles,
il les ressemelle de bleu, de jaune, de rouge, de noir.
Le
conte pianote les légendes, les histoires, sur la portée des mots,
des phrases, en mineur ou en majeur selon son humeur.
Peut-être pensez-vous que c’est un conte d’ici.
Oh ! Que non ! Ou
peut-être que si, allez voir. Il
apparaît ici, le temps de l’attraper, hop, il est en Chine, il est
en Afrique, et nous revient avec les yeux bridés ou la peau sombre.
Un
jour, c’est certain, nous le retrouverons sur Mars.
Edith Colas
Bonjour,
Quelques réactions spontanées aux questions évoquées par
Marie-Claire (au 7enVolière, ndlr).
Ce qui m’a attiré comme spectateur/auditeur c’est la
fascination que je ressentais et que je voyais chez les autres et que
cette fascination soit créée par “trois fois rien”, quelques
paroles, quelques gestes, quelques postures.
Le plaisir que j’ai trouvé dans ma jeune “expérience”
de conteur, c’est le retour direct des spectateurs, les regards, les
rires.
Et
puis il reste les “histoires”, leur pouvoir d’écho et d’évocation
dans ce qui me touche et peut toucher les autres ...
Voilà pour moi des spécificités: le contact direct, visuel au
public, l’économie des moyens (la parole, le geste ou simplement la
posture), l’image évocatrice et l’histoire qui dit des choses
sans les expliquer.
Merci pour les lieux et les moments que vous nous offrez
Philippe Noël
Dans le débat sur ce qu’est un(e) conteur(euse),
quelques éléments de natures fort différentes :
- quand nous (la Maison du Conte de Liège) avons organisé, en 1999,
des Nuits du Conte, nous avons reçu un courrier indigné provenant
d’une autre asbl qui organise (organisait ?) depuis 1988 des Nuits
du Conte. Ce qui nous était
reproché, c’était d’utiliser les termes “Nuit du Conte”, que
cette asbl revendiquait (que tous ceux qui organisent des Nuits du
Conte en prennent bonne note, svp !!).
Mais l’essentiel n’est pas là, il est dans la
justification, dont voici un extrait :
“Depuis ce mois de mai 1988, 11 Nuits du Conte se sont succédées
en regroupant des conteurs tels que Gougaud, Hamadi, Chabrol, Nacer
Khemir, ... Ce sont eux et
non des néo-conteurs comme le dit JR Rolland, qui défendent avec
passion des valeurs, des contenus différents dans leurs styles ou
dans leurs répertoires.
La richesse du contenu de la formation, résulte d’un travail en
profondeur dans les domaines ethnologique, linguistique, sémiologique,
... durant des années ce
long travail a permis à ces conteurs de nous faire découvrir le
plaisir du merveilleux.
La Nuit du Conte (...) est loin d’être un banal festival ou un
show.”
Il existe donc, et nous ne disons pas le contraire, une différence
entre conteurs et néo-conteurs*, même si le grand public risque de
ne pas toujours bien saisir la différence.
Il y a pourtant, semble-t-il, un gouffre entre d’une part ces
conteurs “qui défendent avec passion des valeurs, qui
travaillent en profondeur, etc.....” et nous, d’autre part, néo-conteurs,
qui, sans avoir travaillé, sans défendre des valeurs, participons à
de banals festivals, voire à des shows.... (quelques petits points
d’ironie !?)
Notons au passage que certains de ces conteurs soit encouragent le
public à raconter à son tour leurs histoires, soit donnent des
formations, donc forment des néo-conteurs...
- Manfeï Obin, originaire de Côte d’Ivoire, était en 2000
au banal (Non, c’est pour rire !!) Festival de Chiny.
Il est interrogé par Claude Leguerrier et Marie-Ange Mahy (in
L’autre parole, n° 6). Extraits
:
Question : Comment et pourquoi es-tu devenu conteur ?
Réponse : Je n’ai pas décidé de l’être.
Comme on dit, l’appétit vient en mangeant.
On essaie, on essaie... D’ailleurs,
je suis toujours en train d’essayer.
Etre conteur, ce n’est pas une vocation pour moi ...
Q.: Est-ce que tu te définis comme un conteur traditionnel ?
R.: C’est assez difficile à dire : je ne suis pas un conteur
traditionnel, mais je dis des contes traditionnels.
Pour moi, un conteur traditionnel est celui qui vit au village,
dans la tradition. Je vis
en ville, en Europe; je dis mes contes sur des scènes, dans des
ensembles et des structures organisés.
Je me définirais plutôt comme un conteur moderne, urbain,
dans le courant du renouveau du conte.
Q.: Comment considères-tu le travail de formateur ?
Quels sont les buts poursuivis par cette démarche ?
Devrait-on créer des écoles, établir des règles, proposer
des normes ?
R.: Oui, un travail de formation est nécessaire.
Ceux qui ont une connaissance du conte peuvent en faire
profiter d’autres, peut-être sous une forme de compagnonnage, de
veillées, de rencontres, etc.....
Aujourd’hui, il y a des écoles et des normes.
Et s’il y a des normes, c’est parce qu’il y a des écoles
et différents types de formation...
N’est-ce peut-être pas là la reconnaissance du conte ?
- “Nous reconnaissons comme Conteur celui ou celle qui
raconte, avec une couleur de parole unique, des histoires vraies,
fictives ou symboliques, qui se construit un répertoire original,
fruit d’efforts et de recherches personnelles, qui parle et se présente
à son auditoire en son nom propre et non au nom d’un
personnage-narrateur, et conduit cette pratique comme un Art.”
(Art. 2-2 de la Charte Nationale des Conteurs, France, 1996.)
Paul Fauconnier.
La
personne qui définira clairement le néoconteur/conteur
recevra un sucre d’orge. (ndlr)
Chers amis,
Dans le dernier numéro de la Revue, vous posez la question:
“qu’est-ce qu’un conteur ?”
Voici ma modeste réponse qui n’engage que moi.
Un conteur ? C’est là
une personne bien difficile à cerner car il y a différents types de
conteurs bien sûr, liés à différentes cultures.
Comment privilégier l’un par rapport aux autres
puisqu’aussi bien il y a différents types d’auditeurs ?
Pour moi, un conteur doit être assez calme, intériorisé, sans
artifices. S’il fallait
lui attribuer une couleur, je le verrais bleu/noir; pour d’autres,
il devrait être flamboyant, volubile - rouge orangé.
mais ce qui est vraiment indispensable chez tous, c’est une
sincérité profonde et une harmonie avec soi-même.
Voilà !
Un conteur ?
Pour moi, un conteur, c’est avant tout un passeur de paroles, un
voyageur parmi les images.
C’est quelqu’un qui me charme parce qu’il a faite sienne une
histoire qu’il a longuement apprivoisée et avec laquelle, parfois,
il a dû se colleter. Sans
rompre le fil rouge de sa trame, il l’a habillé avec ses mots à
lui et l’a fait vibrer de ses propres sensations.
C’est celui qui est si vrai, si en harmonie avec lui-même, qu’il
entraîne ses auditeurs, sans même se retourner, dans sa transe rêveuse.
C’est celui qui ne récite jamais “par coeur” et ne fait pas
d’effets; surtout, il laisse vivre et évoluer l’histoire chaque
fois qu’il la raconte.
Ce conteur-là n’a pas besoin nécessairement de musique, de
costumes, d’accessoires ou d’esquisser un pas de danse.
Il ne se croit pas obligé de solliciter sans cesse ceux qui
l’écoutent car il les envoûte par la seule force de sa conviction
et de la puissance de sa parole.
C’est un magicien qui joue avec les sons, le souffle, le silence et
les rythmes, qui trousse les phrases comme des filles et soudain,
s’esquive avec malice. Il
est si persuasif que je me sentirais abandonnée dans une forêt
obscure si je ne le suivais.
Il a enfourche son conte comme un cheval ... il galope ou va l’amble
et moi, je suis en selle derrière lui, les bras autour de son corps
et la tête contre son épaule ...
C’est quelqu’un enfin, capable de passer de l’autre côté du
miroir avec l’innocence d’Alice et cela peut-être, parce que la
vie l’a souvent bousculé, érodé et qu’il baigne, le temps du
voyage, dans une grand paix intérieure.
Hélène Stevens
Pourquoi contez-vous ?
Qu’est-ce qui vous procure la plus grande satisfaction ?
Je crois que je conte parce que j’aime jouer avec les mots et parce
que j’aime démêler les fils rouges et aussi peut-être, parce que
dans ma lointaine enfance (!), j’ai appris à lire avec les contes
de Perrault et de Mme d’Aulnoye.
A un moment de ma vie, j’éprouve le besoin irrésistible de
raconter telle histoire, sans doute parce qu’elle fait vibrer les
profondeurs obscures de mon inconscient, qu’elle libère des forces
mystérieuses et peut-être parce qu’elle dénoue des souffrances
latentes.
Cependant, il n’y a pas que cela (qui serait de l’ordre de la
catharsis), il y a aussi le plaisir de dire, de transmettre à des
inconnus un “message”, un “secret” qui me touche de près et
qui peut-être, les touchera aussi mais pour des raisons qui leur sont
propres
Raconter, c’est charmer (dans le sens d’envoyer un charme, jeter
un sort), c’est séduire par la force du récit, c’est ouvrir à
des inconnus le chemin miroitant de leurs rêves.
Hélène Stevens
(extraits) Qu’est-ce qu’un conteur ?
Pour moi, c’est quelqu’un qui a des choses à
dire. Qu’est-ce que
j’ai à dire ? Je puise
dans la tradition de mon pays et j’essaye de le verser dans
l’universel. Je suis en
Belgique, j’en reçois des choses.
Qu’est-ce que j’ai à lui donner ?
Je me souviens de ma mère qui me chantait des chansons.
Je me rappelle les contes qu’on racontait la nuit.
Et je trouve ici des gens seuls, tristes, qui ne communiquent
pas souvent. Toutes ces
valeurs, ils les avaient mais ils les ont perdues.
Je me donne pour tâche d’essayer de vous rappeler tout ce
que vous aviez et que vous avez perdu.
Un conteur, c’est celui qui réunit les gens autour de lui, qui
favorise l’écoute, qui donne la parole, qui crée la convivialité
et qui raconte des histoires qui vont trotter dans la tête des gens.
Ce n’est pas nécessairement tout de suite que ça agit.
Dans des moments difficiles, quelqu’un peut se souvenir
d’un conte que j’ai raconté et y trouver des raisons de continuer
à espérer. C’est comme
ça que ça se passe dans mon pays.
Dans votre spectacle, vous décrivez votre grand-père comme un fan de
contes ...
Je pense aussi à ma mère. Au
Congo, quand j’étais petit, j’habitais dans une maison sans électricité.
Après avoir fait nos devoirs, quand la nuit était tombée, il
faisait plus clair dehors, avec la lune.
On se retrouvait et avant d’aller dormir, on se racontait des
histoires. C’est un peu
une école de la tradition parce que, pour les enfants, c’est une leçon
d’élocution, de mémoire, de musique.
C’est une initiation à la vie à travers le récit.
Une initiation à la communication et à la capacité
d’apporter de la chaleur autour de soi.
Pie Tshibanda in Le Soir 14 février 2002
Le conteur ou le théâtroconteur ?
Chez le conteur cela vient du ventre.
La tête n’a qu’à suivre, avec ses états d’âmes, son
vocabulaire, son rythme, ses capacités, ses moments, ses aides:
lectures, rencontres, formations ... et même de la technique.
Le théâtroconteur, lui, est dans la tête, qui a accumulé
(beaucoup aussi) et redonne.
Entre
les deux, c’est l’étincelle de vie, de la création spontanée,
conjoncture de quatre monde. Moment
présent, conte, conteur, auditeurs.
L’un portant et inspirant les autres !
Si les quatre éléments ne sont pas présents, le conte (si
parfait soit-il) ne vivra pas !
Car
la force des conteurs, c’est la parole vivante.
Mimie Poncelet
Esprit d’à-propos du conteur
Lors de la Nuit du Conte de Chiny,
2 mars 2002, nous avons assisté à une brillante démonstration
de ce qu’est la liberté du conteur et sa faculté d’utiliser tout
ce qui lui tombe de bon du ciel.
Sylvain
Cébron de Lisle, qui nous venait de Bretagne, a conté à la fin de
la soirée. Il n’avait
jamais entendu les contes histoires qui étaient inscrits au programme
avant son intervention.
Dans ses contes à lui, il a intégré magistralement tous ou au moins
la plupart des personnages mis en scène par les conteurs qui l’ont
précédé. C’était de
l’esprit d’à-propos puisqu’il ne savait pas à l’avance ce
qu’il allait entendre.
Une
grande liberté envers son texte, esprit d’à-propos, une attention
sans faille de sa part, le contact avec le public.
Exemplaire.
M-C D
Qui donc a dit: quand on aime on ne compte pas “ ?
Quand on aime, on conte.
Même
s’il est professionnel, le conteur est un amateur au sens étymologique
du terme, un être qui aime. Moi,
j’aime les mots, les cultive, les récolte, les fais germer, les décortique
et les assaisonne à ma façon avant de les semer (plaisir de bouche
quoi !) et les contes que je donne aux auditeurs, ce n’est pas moi
qui les trouve. Ce sont
les contes qui me trouvent.
Etre
conteur, c’est être un maillon (pas faible du tout) de cette longue
chaîne du temps et de l’espace.
Chaîne qui unit les raconteurs et les écouteurs.
C’est lutter contre l’a-parole en véhiculant la parole
pour qu’elle ne soit jamais perdue.
C’est être historien, anthropologue, aventurier, relais (témoin),
saltimbanque des mots. Ecouter
une conteur c’est ren-conte d’un autre type (même si c’est une
fille). C’est plonger
dans un voyage empruntant des portes spatio-temporelles.
Les
rencontres-contes sont des lieux d’échanges où se retrouvent des
gens de paroles qui en ont plus d’une.
Tout le contraire de cet humoriste qui disait: “Je n’ai
qu’une seule parole, c’est pourquoi je ne la donne jamais “.
Quant
à moi, lorsque je conte, j’éprouve au-delà du plaisir des mots,
au-delà de la satisfaction d’avoir surmonté mon appréhension, une
forme de puissance face à ce public qui m’écoute en silence (enfin
le plus souvent).
Mais
ma plus grande satisfaction, je la dois aux enfants: quand ils
interviennent, commentent, proposent des solutions lorsque les héros
sont en difficultés, émettent des hypothèses, ... bref, quand l’échange
se produit, quand la communication surgit.
Et je ressors de
ces rencontres en me disant que les enfants apprécient autre chose
que la télévision ou les jeux vidéos.
Encore faut-il leur proposer autre chose.
Je
terminerai en précisant que, logopède de formation, j’ai pu vérifier
des dizaines de fois la valeur apaisante de la parole et des histoires
auprès d’enfants étiquetés par ailleurs comme turbulents, caractériels,
instables ou incapables d’attention.
Je me dis parfois que cela tient du magique: les fées sans
doute.
Luc Risselin
(extrait)
Conteuse, menteuse, philosopheuse à mes heures perdues, je réfléchissais
l’autre soir au sujet de notre activité de conteur.
En
formation, on me l’a dit souvent comme à d’autres: “Quand vous
vous trouvez devant un public, dites-vous toujours que c’est le
meilleur de tous les publics du monde, que vous allez l’honorer
parce que vous êtes le meilleur conteur du monde, parce que vous avez
les meilleures histoires du monde.”
Evidemment,
peu de conteurs sont dupes. Nous
savons par humilité que ces paroles nous aident mentalement, elles
nous soutiennent et nous font comprendre que tous les publics sont
dignes d’intérêt et du meilleur de nous-mêmes.
Je
peux dire sans fausse pudeur que, depuis les nombreuses années que je
conte, mon plaisir se renouvelle chaque jour.
Ce n’est pas de la magie.
Je considère tout simplement que c’est du travail.
Ici, il n’y a pas de hasard.
Lorsque
vous avez une certaine pratique, vous parvenez généralement à vous
adapter à de multiples situations, aux espaces scéniques les plus
inattendus. Vos cordes
vocales ont été mises à rude épreuve, vos contes ont résisté
vaillamment à l’usure du temps, ils ont évolués.
Aujourd’hui,
pour la xième fois, vous allez entrer en conte.
Votre joie d’être là est incontestée ...
Chantal Dejardin
Le conteur.
Le conteur est celui qui a vécu, ressenti, connu, partagé.
Il a fouillé en lui-même et il en a ressorti des trésors.
Alors, par le charisme de sa voix, par le choix des mots, des
gestes, par son regard, en un mot, par sa “présence” il raconte
l’histoire de son public et le public doit pouvoir prendre plaisir
à s’imaginer être le conteur à son tour.
Mais raconter est un art qui s’apprend et se perfectionne.
Le
conteur s’implique à fond dans son histoire, il donne là toute son
humanité. Parfois, il reçoit
autant qu’il donne.
L’imaginaire
est son univers. Il s’y
complaît, il s’en imprègne, il y baigne ... Le conteur est libre
aussi de puiser à la source commune et d’arranger, de modifier les
modalités d’une histoire choisie.
C’est son droit absolu de la mettre à la sauce qui lui
convient.
Le
langage oral est la musique du son, jamais fixée, toujours ouverte à
l’improvisation. C’est
le contraire du travail de l’acteur qui répond à des exigences
strictes. Le conteur est
libre de jouer d’un texte dont la qualité première est la
maniabilité tandis que l’acteur est contraint à respecter un texte
figé. Le conteur ne
donnera jamais la réplique à un partenaire, il ne porte pas de
costume de scène, il n’est pas entouré d’artifices.
Le langage du conteur manipule le merveilleux, il est souple,
coloré, pleine d’images et de poésie où l’improvisation peut se
donner libre cours.
Face
à son public, il est seul maître à bord, il conduit son bateau
selon son bon plaisir.
Le
conteur est un spectacle à lui tout seule, c’est même le premier
des “Hommes-Spectacles” si à la mode aujourd’hui.
Suzanne Smeets
Qu’est-ce qu’un conteur ?
Quelqu’un
qui émerveille par l’étonnement suscité par ses créations et la
magie créée par ses mots. Les
conteurs-créateurs sont rares, peu reconnus et mal soutenus par les
festivals et les centres de contes, où ils apportent par leurs créations
le vent nouveau dont le monde du conte a besoin.
Je conte car le monde du conte et la création de récits bouillonnent
en moi. Ma plus grande
satisfaction est de lire le bonheur et l’émerveillement dans les
yeux des enfants (petits et grands) qui écoutent.
Jean-Jacques Detiège
Je vais vous dire ce que j’aime dans le conte et le fait de
conter ...
J’aima
le conte en extérieur, j’aime rameuter mon public, j’aime
bonimenteur, j’aime jouer de l’accordéon pour inviter les gens à
me rejoindre en toute simplicité, j’aime voir les gens assis par
terre, j’aime le vent sur mon visage, le soleil sur leur tête ou le
froid sous leurs pieds. J’aime
les voir suspendus à mes mots dans un relatif inconfort.
J’aime avoir le temps de leur dire au revoir, en leur
souhaitant d’être heureux. J’aime
les flammes du soir comme seul éclairage, j’aime l’odeur de la
terre pour encenser les histoires.
Voilà
quelques réflexions pour me rappeler pourquoi j’aime raconter des
histoires, sans chichis, sans manières. Rions de nous tant qu’il
est encore temps, il nous restera toujours quelque chose.
Chantal Dejardin
“Ce que conter veut dire ...”,
voici ma profession de foi (...!)
Conter est un artisanat pétri d’humilité, de sobriété et
de liberté.
Humilité, le conteur est un passeur de paroles: “Il
était une fois ...”
Sobriété, le conteur use de la présence et de la voix pour créer
les personnages, les paysages, faire vivre les émotions et ce peu
peut beaucoup.
Liberté, le conteur va à la rencontre du public varié dans les
lieux les plus divers en arpenteur de l’imaginaire.
Joël Smets
Chers conteuses, chers conteurs,
Voici comme promis le compte-rendu de l’après-midi
passé ensemble le 16 février à Liège.
Rappelez-vous: notre discussion était organisée en deux
parties. La première
consistait en des pistes de réflexion à propos de notre pratique.
La seconde était un questionnement sur les mouvements actuels
(et bruxellois) dans le monde du conte.
En
relisant mes notes, j’ai remarqué une très grande complémentarité
entre nos réflexions. Cette
belle unité est d’ailleurs la première chose à retirer de notre
rencontre. Je me permets
donc, sauf cas précis, de ne pas citer de nom à chaque déclaration.
Première partie.
Que se passe-t-il lorsque nous contons ?
Que suscitons-nous ?
Conter, c’est faire naître des choses, faire naître des lumières
au fond des yeux.
C’est faire fonctionner l’imaginaire et éveiller chez le
spectateur ses propres images.
C’est susciter des silences et parfois des silences étoilés.
C’est permettre au spectateur d’entrer dans un univers différent.
C’est parler au ressenti et faire vivre un moment particulier.
Pierre Péju, dans son livre “La petite fille dans la forêt des
contes”, dit du conteur qu’il est un ravisseur, dans les deux sens
du terme, et tous semblent d’accord.
Quel est le pouvoir de la parole contée ?
Le conteur a un pouvoir par sa parole, car conter, c’est
affirmer ce qu’on aime mais aussi ce qu’on dénonce.
Le conter permet d’exprimer et de partager des idées mais surtout
des émotions.
Nous dirons aussi du conte qu’il est une parole subversive, car
conter rend plausible une autre réalité.
Le conteur a donc une grande responsabilité.
Notamment lorsqu’il conte à des enfants et leur fait découvrir
des choses bien différentes de ce qu’ils connaissent déjà.
A nouveau, Pierre Péju résume bien la situation en
disant du conte qu’il “s’agit d’une révélation de
l’existence de quelque chose qui est dans la marge.”
Un pouvoir, bien entendu, qui va de pair avec l’humilité du
conteur: il n’est que passeur, tout est dans les histoires.
Conter revient à laisser tomber les rationnels “oui” et
“non”, et à dire “peut-être”.
On laisse ainsi une porte entrouverte par laquelle le conte se
faufile.
Conter, oui, mais dans certaines conditions.
Il faut un minimum de conditions pour qu’une conterie se passe
bien.
Il faut que le public soit preneur et non pris en otage.
Le conteur est là pour raconter des histoires, et le public
est là pour en écouter. Ce
contrat tacite est la base du moment conté.
Il faut que chacun soit prêt à le rencontrer, sans préjugé ni
positif ni négatif.
La confiance entre le conteur et son public est primordiale et permet
une relation de complicité. Il
s’agit aussi de se respecter soi-même en tant que conteur et d’être
capable de ne pas accepter certaines mauvaises conditions de conteries.
Nous avons tous remarqué la manie qu’ont les organisateurs de fixer
des thèmes aux conteurs. Sans
doute est-ce un effet de mode. Le
conte devient alors le faire-valoir d’un
produit ou d’une activité. Il
faut préférer à cela une véritable rencontre entre le thème et le
conteur.
Ce que conter nous apporte...
Tout le monde est d’accord sur ce point: le conte occupe une
place centrale et primordiale dans notre vie.
Les réponses se font ici plus personnelles:
Benoît et Michelle expriment la même idée: “le conte est un
chemin spirituel, initiatique, tout comme celui des personnages de nos
histoires.”
Chantal dit: “c’est mon jardin secret, une identité, une
reconnaissance, et un grand plaisir du bonheur que j’apporte en
contant.”
Thomas: “c’est un moyen d’expression de moi-même, une bulle
d’oxygène, un ailleurs indéfini ...”
Raphaël: “c’est le désir de partager l’espoir de trouver
d’autres moyens de poser des questions, c’est un univers d’émotions
qui ainsi s’exprime, c’est une hygiène de vie.”
Pol: “ça a changé toute ma vie.
C’est un élan de plaisir et une reconnaissance, un étonnement
devant l’humilité des moyens par rapports aux effets.”
Marie-Claire: “le monde du conte est un cadeau, un espace où je
peux être moi-même.”
Barbara: “conter, c’est vivre des relations vraies.”
Deuxième partie.
Rappelons que deux événements suscitent notre réflexion:
la lettre “S.O.S.” du Festival de Chiny, et la création de la
Maison du Conte de Bruxelles, grâce aux subsides de la COCOF.
Notre crainte est que toute activité conte se focalise uniquement sur
Bruxelles. Dans ce cadre,
ne serait-il pas intéressant d’interpeller la Communauté française
? Serait-il possible
d’avoir des subsides ? Dans
ce cas, l’idée serait de suggérer un incitant financier spécifique
à octroyer aux centres culturels afin de les inviter à programmer
des conteries.
Cela suscite une autre question: comment décider de ce qui est du
conte et de ce qui ne l’est pas.
Personne ne se sent le droit de décider cela *.
Pourtant le risque existe que des spectacles les plus divers
prennent l’étiquette conte afin de profiter du subside.
Une idée a été lancée pour faire avancer cette difficile réflexion:
prendre contact avec les autres maisons du conte, afin de parler
d’une même voix et de rendre un projet commun.
Nous nous sommes en tout cas quittés sur un constat: notre respect et
notre diversité sont notre grande force.
Il est agréable de trouver cette entente entre des gens qui
partagent le même terrain d’activité.
Autre et dernière proposition: lors d’une prochaine réunion de
cette sorte, nous pourrions partager les livres qui nous ont marqués
l’un et l’autre. Retenu
!
compte-rendu de Barbara du Fays
*Une approche: le conte ne se définit pas tant par ce
qui est dit que par la façon dont c’est dit.
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