Thyl
Ulenspiegel
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Au
bout de la rue Notre-Dame, étaient plantés, l'un en face de l'autre,
deux saules, au bord d'une eau profonde. Ulenspiegel
tendit entre les deux saules une corde où il dansa un dimanche après vêpres,
assez bien pour que toute la foule des vagabonds l'applaudît des mains
et de la voix. Puis il descendit de sa corde et présenta à chacun une
écuelle qui fut bientôt remplie de monnaie, mais il la vida dans le
tablier de sa mère et garda onze liards pour lui. Le
dimanche suivant, il voulut encore danser sur la corde, mais quelques
garçonnets vauriens, jaloux de son agilité, avaient fait une entaille
à la corde , si bien qu'après quelques sauts, la corde se cassa et qu'Ulenspiegel
tomba dans l'eau. Tandis
qu'il nageait pour gagner le bord, les petits bonshommes entailleurs de
corde criaient: Ulenspiegel,
sortant de l'eau et se secouant, leur cria, car ils s'éloignaient de
lui de peur des coups: Le dimanche, les garçonnets n'avaient pas coupé dans la corde, mais faisaient le guet autour, de peur que quelqu'un y touchât, car il y avait une grande foule de monde. Ulenspiegel
leur cria: Et
ils lui donnèrent chacun un de leurs souliers. Ulenspiegel les mit tous
dans le tablier qu'il portait et, ainsi chargé, dansa sur la corde,
mais non sans peine. Les
entailleurs de corde criaient d'en-bas: Ulenspiegel
dansant toujours répondit: Mais
ils le huèrent, s'écriant qu'il devait leur rendre leurs souliers. Ulenspiegel
les leur jeta l'un après l'autre, en un tas. Ce dont advint une
furieuse bataille, car aucun d'eux ne pouvait clairement distinguer, ni
prendre sans conteste, son soulier dans le tas. Ulenspiegel
alors descendit de l'arbre et arrosa les combattants, mais non d'eau
claire. (La
Légende d"Ulenspiegel, de Charles De Coster, Livre Premier XXIV.
Editions de la Toison d'Or Collection "La Porte ouverte") |