ZOÉ ET GÉDÉON
© Sophie Hodeije
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Bzzzzzzz ... Bzzzzzzzzzz (faire comme si une abeille tourne autour du conteur) ... Bzzzzzzzz (elle tourbillonne et se pose). Tiens ? ! On dirait Zoé, la petite abeille amie de Gédéon. Gédéon, ce petit garçon, ... ce charmant galopin qui rit du soir au matin. Jamais il ne pleure, il est toujours de bonne humeur. Vous ne connaissez pas Gédéon ? Alors, il faut absolument que je vous raconte son aventure. Gédéon n’est pas un garçon comme les autres. Voilà. L’endroit où se passe son histoire n’est connu que de quelques personnes seulement. C’est un lieu étrange, une contrée très éloignée. Là où vit Gédéon, sur sa drôle de petite planète, le soleil, les villes, les magasins, les jardins, les maisons, les plantes, les animaux ... même les humains ... sont GRIS. Sur cette planète, tout est triste et gris comme le ciel quand il ne fait pas bon. Personne ne sourit, les gens sont tristes et grognons; les villes sont polluées et ne sentent pas bon. Tout sur cette planète est triste et gris ... sauf Gédéon ! Les cheveux orange vif, les yeux verts luisants, les lunettes cassis et le sourire aux dent, rien chez Gédéon n’est pareil. Il vit dans sa maisonnette jaune citron. Les portes et les volets rouge groseille sentent bon le fruit mûr. On dirait que l’intérieur de son petit nid est peint de pulpe de pastèque fraîche et d’éclats de tournesols. Les fauteuils, les armoires, les vases, les couverts, les essuies vaisselle, tout, absolument tout est coloré. Même la cuvette des W-C. “Quelle joie, quel bonheur, la vie en couleur.” Dans cette atmosphère bigarrée, Gédéon ne peut être que le plus joyeux des garçons. D’ailleurs, si vous vous approchez de ses carreaux, vous pouvez le voir sautiller, tournoyer et danser ... tout seul ... par simple plaisir. “Quelle joie, quel bonheur, la vie en couleur. Tout semble merveilleux à l’intérieur de cette maison. On croirait que rien ne peut arriver à Gédéon ... Sa bonne humeur et son amour dues couleurs rendent ses voisins très jaloux, eux qui ne vivent que pour l’argent, n’ont plus de temps ni pour s’amuser, ni pour décorer leur appartement. - “J’en ai plus qu’assez ! Y m’embête, celui-là, avec sa bête chanson !” - “Oui, moi aussi. Y m’casse les oreilles ! Faut qu’ça cesse !” - “On n’en peut plus ! Faut agir ! Ça ne peut plus continuer !” - “Silence ... Silence ! Calmez-vous. J’ai une idée.” dit le plus vieux. “Cette nuit, deux d’entre nous pénétreront chez Gédéon; Pour s’assurer qu’il ne se réveillera pas, ils lui feront respirer un coton de chloroforme. Pendant qu’il dormira profondément, ils repeindront le moindre recoin de sa maison en GRIS: les fauteuils, les armoires, les vases, les couverts, les essuie vaisselle, la cuvette des W-C., ses cheveux, ses yeux, ses lunettes, son sourire. Tout doit être repeint. Fini les couleurs !” - “Ouais ! Bonne idée !” - “A bas les couleurs !” - “Silence ! Qui se porte volontaire ?” - “Euh ... Ben euh ... c’est-à-dire que ...” - “Personne ? Bon ! Scritch et Richie, vous irez !” Le soir venu ... - “O.K. On a tout. Coton chloroforme, peinture grise, rouleaux, pinceaux. Il ne reste plus qu’à attendre qu’il s’endorme. Gnèk ! Gnèk !” Ting ... ting ... ting ... (les lumières s’éteignent) - “Ça y est ! Tout est éteint. On peut y aller.” Sur la point des pieds, les deux compères entrent chez Gédéon. - “Quelle ... joie ... rrr ... rrr ... quel
bonheur ... rrr.” Gédéon
a déjà rejoint le pays des songes.
Lentement, les deux lascars montent à l’étage.
Gniiik ... Gniiik ... Gniiik ... - “Chloroforme !” ... Iiiiii (la porte
s’ouvre). Plouc plouc
plouc ... Frrrt frrrrrt frrrt ... - “La vie ... en ... cou ... leurrrrr .....
rrrrr” - “Gnèk ! Gnèk ! Gnèk !” Bip bip bip Il est l’heure de se lever. Bip bip
bip Il est l’heure de se lever. Jamais le réveil de Gédéon n’a
sonné si longtemps. Bip
bip. - “Aowww ... Quel étrange nuit ... quel
cauchemar !” Gédéon se
frotte les yeux, les ouvre ... - “Qu’est-ce que ? ... Que s’est-il passé
? Mon Dieu !
Mes fauteuils, mes cheveux, mes armoires, mes lunettes, tout,
tout est gris !” Gédéon
ne reconnaît plus sa maison. “Oh
mon Dieu ! Quel désarroi
! Quel malheur !
Plus une seule couleur ! Que
vais-je devenir?” Les jours passent.
Gédéon est triste. Ce gris le rend maussade.
Il ne danse plus, ne sourit plus.
Il n’est vraiment pas comme avant. - “Notre plan a merveilleusement bien fonctionné
! Notre petit d’homme
arrête enfin de nous casser les oreilles.
Regardez-le, il est aussi gai qu’une lavette !” - “Bien joué, les gars ! Beau travail !” - “Ouais. Allez, tournée générale ! A la
mauvaise santé de Gédéon !” - “A la mauvaise santé de Gédéon !” Gédéon n’est pas beau à voir.
Il n’a plus de goût pour rien, plus d’envies.
La seule chose qui l’intéresse, c’est acheter des fleurs
pour dire d’égayer sa triste maison. - “Des fleurs grises, ce n’est pas très beau
... mais bon ... c’est déjà ça ...
Allez, zouf ! Dans
l’eau, mes amies.” Il dépose le bouquet dans son vase .... - Bzzzzzzz ! Bzzzzzzz ! Za va pas, non ?
Tu as failli me noyer. Prends
garde, zinon, moi, Zoé, la plus vieille des zabeilles, ze vais te
piquer.” - “Oh, je m’excuse, petite abeille.
Je ne t’avais pas vue. Mais
... mais ... ooh ! Que tu
es jolie. Toutes ces couleurs sur ton dos !
Vermillon, indigo, violet, mauve, fuchsia ...
Jamais je n’en avais vues d’aussi éclatantes.
Où as-tu trouvé tout cela ?” - “Quelle queztion !
Ben z’est nous qui les fabriquons, tiens !
Mes zamies et moi, depuis des zentaines d’années, à la
ruche-usine.” - “Comment ?” - “Prenez 3 gouttes de pétales de rose, 4
grains de pollen de margurite, verzez le tout dans z’une alvéole; mélanzez
avec vos zailes juzqu’à obtenzion d’une pâte uniforme et hop !
Grâze à l’énerzie que nous dégazons, les gris se
tranzforment en couleur.” - “C’est magique !” - Le zeul petit problème !
Nous fournizons tellement d’énerzie pour la préparazion que
nous n’en zurvivons pas. Mais,
bon, z’est la vie ! On est là pour za !
Demain z’ezt à mon tour.
Za fait longtemps que ze butine, demain, ze devrai battre des
zailes. Mais, tiens,
z’ai une idée. Tu vas
m’aider, toi à économizer un peu de mes forzes.
Ze te propoze un marché. Tu
nous zaides à récolter les ingrédients, on ze charze de les
tranzformer et t’offre nos zalvéoles remplies de couleurs.
Bien zûr, tu continueras à aider mes zamies, même zi ze ne
zuis plus là.” - “D’accord, marché conclu !”
Commençons dès maintenant !” Gédéon se lance dans la grande aventure.
Il va chez le fleuriste, achète de gros bouquets, revient chez
lui, presse les pétales, en récolte le jus, le place dans de
mini-capsules, les donne à ses amies abeilles.
Dans la ruche-usine, ces demoiselles s’en donnent à coeur
joie. De toutes leur
petite force, elles battent des ailes, dégagent le maximum d’énergie
... lentement ... s’éteignent une à une.
Au revoir, Zoé. Tous les jours, c’est le même train-train:
fleuriste-maison-ruche - fleuriste - maison - ruche - fleuriste -
maison - ruche ... Le manège
commence franchement à intriguer le fleuriste. - “Il y a quelque chose de louche là-dessous.
Jamais on ne m’a acheté tant de fleurs en si peu de temps.
Demain, il viendra comme tous les jours.
Je lui vendrai sa marchandise, puis je le suivrai discrètement.
Je dois savoir ce qu’il mijote.” Le lendemain ... - “Bonjour, Msieu l’fleuriste.
Vous me mettez comme d’habitude ?” - “Bien sûr, Monsieur Gédéon, bien sûr.” Comme prévu, une fois servi, une fois sorti, Gédéon
se fait suivre par le curieux. - “Maison ... pétales gris ... jus de rose ...
capsules ... abeilles ... ruche-usine ... couleurs !
Mon Dieu ! Des milliards de couleurs !!! C’est impossible !
Il faut absolument empêcher ça!
Je reviendrai demain, muni d’allumettes.
Je reviendrai et je brûlerai la ruche usine !!!” Le lendemain ... - “Bonjours, Msieur l’fleuriste. Vous me
mettez comme d’habitude ?” - “Bien sûr, Monsieur Gédéon, bien sûr.” Servi, sorti, Gédéon ne remarque pas le
fleuriste derrière lui. - “Maison ... pétales gris ... jus de rose ...
capsules ... abeilles ... ruche-usine ... couleurs ... allumettes ...
ruche-usine ... CRACK ... FEU !!!
Gnaf ! gnaf ! gna !” D’un seul coup, une immense flamme embrase la
ruche-usine. Ça crépite,
ça bourdonne, ça chauffe ... chauffe ... ça explose ... VOUF ! _ “Qu’est-ce qui se passe ?”
Depuis sa maison, Gédéon assiste à un étrange phénomène.
“Mon Dieu, la ruche-usine !
Mais ... mais ... Oooh! Comme c’est beau, c’est magnifique
!” Gédéon n’a jamais rien vu d’aussi beau. Au lieu de détruire la ruche-usine, l’énergie
puissante des flammes, d’un coup d’allumette, avait transformé
les alvéoles de pétales cachés depuis des centaines d’années en
un splendide feu d’artifice. Au-dessus des jardins, des maisons, des magasins,
des milliers de petites lumières scintillent.
Les maison sont aussi belles que celle de Gédéon.
Au-dessus des villes et de la planète, plus rien n’est
triste et gris. Les gens
rient, dansent, chantent. Quel joie, quel bonheur que la vie en couleurs ! La prochaine fois que vous verrez un feu d’artifice,
regardez. peut-être apercevrez-vous
l’âme des petites abeilles et celle de Zoé ...
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