Augustin, le temps de Dieu
Texte écrit comme un exercice à la fin d'une session d'étude sur "Les Confessions" de Saint Augustin à l'inter-noviciat ignatien de Lyon.

Depuis que mes yeux se sont ouverts,
le mal s'est installé dans ma vie
et je n'en voyais rien;
qu'une angoisse lentement surgie,
qu'un destin de partout m'encerclant,
recherche d'un insaisissable bonheur,
et d'un autre moi-même...

Je suis le temps
qui t'enlace,
Je suis ta mort
qui grignote,
chaque jour
qui te porte
et t'emporte
vers la tombe

Ah ma mère,
tu m'assaillit de tes prières,
tu m'as cerné de tes supplications,
tu m'as bercé de tes implorations,
tu as traversé la mer de mes doutes,
tu as renversé les oracles de ma route.

Et ces corps qui se collent
se caressent se connaissent
s'embrassent s'entrelacent
doucereux engluement.

C'est le mal, c'est le bien,
je n'y puis rien!

Table n'est pas table,
Sable n'est pas sable,
Corps n'est pas corps.
Merveilleuse absurdité,
Je suis un ange à croquer,
Etincelle de divinité.

Je suis ta mort
qui te grignote,
chaque jour
qui te porte
et t'emporte
vers la tombe.

C'est le mal, c'est le bien,
je n'y puis rien!

Table n'est pas table,
Chaise n'est pas chaise,
Qui suis-je qui ne suis pas?

Sable n'est pas sable,
Pierre n'est pas pierre,
qui serais-je qui suis leurs pas?

Ame n'est pas âme,
Corps n'est pas corps,
ce qui n'est pas serait-il,
sans naître le saurait-il,
Ah n'être que subtil...

Mais ces corps qui se collent
se caressent se connaissent
s'embrassent s'entrelacent
doucereux engluement.

Je suis la mort
qui grignote,
chaque jour
qui te porte
et t'emporte
chaque jour
qui t'enlace
c'est l'amour
qui délace
ces larmes de lumière.

Oui ma mère,
tu m'assaillis de tes prières,
tu me cernas de supplications,
tu me berças d'implorations,
tu traversas mes doutes,
tu renversas ma route...

Combien de temps tarderais-je encore,
avant de me jeter entre tes bras?
Te désirer, sans te choisir,
quand obéit le corps
se refuse mon âme A toi
lourde de ces ombres,
immondes,
qui se collent,
se caressent, se connaissent,
pour mieux se perdre...

Quel secours, quelle issue,
quel recours, mais quelle pitié!
cerné que je suis, piégé.
Que pourrais-je encore?
Te désirer sans te vouloir,
Te désirer sans te pouvoir,
Te désirer...
Jusqu'à renoncer à t'étreindre
A s'éteindre,
Et désespérer...

Je suis la vie
qui te porte
chaque jour,
qui t'enveloppe
de larmes de joie,
de ce pain quotidien
qui t'emporte vers moi.

Je suis le temps de Dieu
du désir amoureux
la douceur bien-aimante
le pardon qui engendre,
et la grande patience,
Je suis le temps de rendre heureux!
   

                 


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