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| John Muir est né en Ecosse en 1839. Emigré aux Etat-Unis, Il est célèbre pour ses explorations en tout genre, en particulier dans le Grand Nord. Il est l'instigateur des parcs nationaux américains. Il est mort en 1914. | |||
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Voyage en Alaska,
Ed. Payot (coll. Petite bibliothèques Payot / Voyageurs, n° 235), 1995. |
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- Muir, venez voir par ici ! C'est absolument superbe !
Tout exalté, je me précipitai à l'extérieur. Il s'agissait effectivement d'une aurore, aussi étonnante que le défilé des colonnes aux couleurs d'arc-en-ciel. Une arche d'argent resplendissante se déployait au-dessus de la crique Muir, décrivant une courbe magnifique, placée juste au-dessous du zénith, et ses extrémités reposaient sur les sommets des parois montagneuses. Bien qu'incolore et uniforme, sa splendeur blanche, intense, ses nobles proportions, la pureté de son aspect méritaient une admiration sans bornes : un pont de sept kilomètres de large, jeté tout d'une pièce, et pareil à un arc-en-ciel ! Devant cette aurore si lumineuse, si belle, si uniformément |
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homogène, je me dis que, si l'on pouvait toutes les étoiles du ciel en un seul andain, les amalgamer
et les souder grâce à quelque laminoir céleste, il les faudrait toutes au grand complet pour former un
pont aussi colossal.
Après que mon dernier visiteur fut parti se coucher, je m'allongeai sur la moraine, devant ma hutte, pour contempler le ciel. Heure après heure, cette merveilleuse arche demeura parfaitement immobile et l'on aurait dit qu'elle faisait partie du firmament. Puis, une série de petites boucles cotonneuses et tremblantes, en forme de spirales d'un tin gros pâle, apparut soudain en un alignement parfait au-dessus des sommets de la montagne, vers l'orient, et commença à glisser avec des mouvements verticaux verveux et hâtifs entre l'arche de lumière et la paroi de la montagne occidentale. Cet alignement, long d'une fois et demie le diamètre apparent de l'arc, glissait rapidement tel un rideau suspendu par des anneaux. Si les petites fées enthousiastes de cette aurore boréale avaient fièrement traversé le fjord sur ce pont de lumière au lieu de passer timidement en dessous, on aurait pu les prendre pour un joyeux groupe de revenants en promenade, qui se servaient de cet arc comme d'une passerelle. Il y en avait certainement des centaines de milliers car la traversé de chacune d'elles, d'un bout à l'autre du pont, ne paraissait pas durer plus d'une minute, alors qu'il s'écoula presque une heure entre la première apparition de cette foule pressée et se disparition derrière la montagne. Elle laissèrent l'arche aussi brillante et uniforme qu'avant leur passage. Enfin, au bout d'une demi-heure, l'aurore boréale commença à s'estomper. Des fissures la coupèrent en diagonale, à travers lesquelles apparurent quelques étoiles. Puis, elle s'affaiblit, devint aussi nébuleuse que la voie lactée, et finit par disparaître, ne laissant derrière elle aucune trace visible qui permît de repérer son emplacement préalable. Je retournai alors à ma hutte, alimentai le feu pour me réchauffer avant de me coucher, mais j'étais trop remplit d'allégresse pour pouvoir dormir. J'allais me mettre au lit, quand je me dis qu'il serait peut-être bon de jeter un œil au-dehors. Contre toute attente, je découvris alors qu'apparaissaient les pâles fondations d'un nouvel arc, semblable au premier, juste au-dessus de ma tête. Toute idée de dormir envolée, je courus jusqu'à ma hutte, en ressortis avec des couvertures et allai me coucher sur la moraine - et je restai ainsi, jusqu'à l'aube, pour ne manquer aucune autre des merveilles célestes que cette nuit allait m'offrir. |
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J'avais vu le premier arc quand il s'était déployé dans toute sa splendeur et j'avais assisté à son
effacement progressif. Je découvrais à présent la formation d'un nouvel arc depuis son commencement.
En peut-être moins d'une demi-heure, le matériau argenté fut rassemblé, condensé, et soudé en un arc
rayonnant aux proportions harmonieuses, semblables à celles du premier, et situé dans la même partie
du ciel. Puis, à point nommé, arriva de la paroi de la montagne orientale une autre foule de ces fées
électriques impatientes qui hantent les aurores. Leur robe gris pâle touchait à peine celle de leurs
voisines alors qu'elles défilaient rapidement sous le pont en direction de la montagne occidentale,
exactement semblables au joyeux groupe qui avait suivi le même chemin avant elles.
Elles avançaient d'un pas tremblant, au rythme d'une musique trop subtile pour les
oreilles des mortels.
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Tandis que cette joyeuse troupe glissait ainsi, furtivement,
j'observai le pont pour y détecter un éventuel changement, mais je n'en vis absolument aucun. Elles
disparurent, sans laisser de trace visible de leur passage, sous un arc immuable. Et ce n'est que
longtemps après qu'il finit par s'évanouir, lentement, comme son radieux prédécesseur.
p. 336-339
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Suite des Aurores boréales Autres textes de John Muir