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Partir, nous en rêvions. Le plus souvent à voix haute. Peut-être pour prendre date. Partir pour
déchiffrer l'espace et les traces sur la draille, retrouver l'accent et les goûts rudes, les heures
sans concession et certains soirs de défaite... Continuer le chemin, jour après jour, semaine après
semaine, jusqu'à cette ville dont l'appel nous parvenait, sans cesse répété par l'écho des cartes et
le décodage des villages : Compostelle ! Certes, l'engagement
était pris, certifié, et même consigné par écrit. Nous repartirions pour mener ce projet à son terme
: tenter de voir et de comprendre ce qui, depuis plus d'un millénaire, pousse hommes et femmes du
monde entier à abandonner un peu d'eux mêmes sur quelques vieux chemins d'Europe ; mais aussi pour
les joies sauvages que sont la solitude et la rencontre, l'intempérie et le goût des fontaines. Pour
que ce périple de huit cents kilomètres fût le plus authentique possible, nous voulions l'accomplir
d'une traite. Impossible ! répondait la vie. Où prendriez-vous les quarante jours nécessaires ? Le
temps se montre intraitable. Alors, entre deux poussées de fièvres velléitaire, où l'Espagne, quand
ce n'est pas l'apôtre lui-même, prend possession de nos jours, nous regardons les calendriers.
Attendre trois ou quatre ans. Plusieurs dizaines de mois. Beaucoup de jours... Beaucoup trop. D'ici
là, patienter en rêvant dans les livres. Combien de rêves ? Combien de livres ?
p.7-8
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©1999 Emmanuel Bovet
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