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Si un Bulgare me demandait de lui donner une idée de la vie quotidienne aux USA, je lui
recommanderais sans hésitation de se procurer une pile des suppléments publicitaires du
New York Times. Ils vous donnent une idée de la richesse et de la variété de la vie américaine qui dépasse tout ce que les étrangers peuvent imaginer dans leurs rêves les plus fous. Comme pour prouver ce que j'avance, mon numéro contenait un catalogue d'idées cadeaux, publié par la firme Zwingle de New York. Il offrait une gamme incroyable d'objets, de ceux dont on ne soupçonnait pas jusque-là qu'ils fussent indispensables : des embauchoirs musicaux, des parapluies avec radio incorporée dans le manche, des polissoirs à ongles électriques. Quel pays fabuleux ! Mon préféré était une petite plaque chauffante-à-poser-sur-son-bureau-pour-empêcher-son-café-de-refroidir. Une véritable aubaine pour ceux qui souffrent d'un dérangement cérébral qui les pousseraient à partir à l'aventure en oubliant leur boisson. J'imaginais les lettres d'épileptiques reconnaissants, venues du monde entier (Chère Zwingle compagnie, Je ne peux vous dire combien de fois je me suis retrouvé sur le plancher, saisi du grand mal, en train de me dire : « mon Dieu, mon café va encore être froid. » ) Sérieusement, qui donc peut bien avoir l'idée d'acheter ces gadgets, cure-dents argentés, caleçons avec monogramme, miroirs ornés de l'inscription « homme de l'année » ? Si je dirigeais une de ces firmes, je produirais une petite planche d'acajou, avec une plaque de laiton où serait gravé : « les mecs, j'ai dépensé 22 dollars 95 pour cette merde absolument inutile. » Je suis sûr que ça partirait comme des petits pains. Un jour, dans un moment d'égarement, j'ai commandé un de ces gadgets dans un catalogue, tout en sachant pertinemment que ça serait une catastrophe. C'était une petite lampe qu'on fixe à son livre pour pouvoir lire au lit sans troubler le repos de sa compagne. A cet égard, c'était réussi, la lumière émise était ridiculement faible (le catalogue donnait pourtant l'impression qu'on aurait pu s'en servir pour signaler sa position en cas de naufrage) et permettait à peine d'entrevoir les deux premières lignes. J'ai déjà rencontré des insectes qui donnaient plus de lumière que cette lampe. Après quatre minutes d'utilisation, son faisceau se mit à vaciller pour s'éteindre tout à fait. Je ne m'en suis plus jamais servi. Le plus drôle est que je savais depuis le début que ça finirait comme ça et que ce serait une amère déception. Finalement, si je dirigeais une de ces compagnies, je me contenterais d'envoyer une boîte vide avec un petit mot : « On a décidé de ne pas vous expédier l'objet que vous avez commandé car, comme vous vous en doutez, il ne fonctionnera jamais vous ne pourriez qu'être déçu. Et qu'à l'avenir cela vous serve de leçon ! ».
(p.39-40)
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