Voilà une randonneuse à priori inconnue, puisqu'elle publie à compte d'auteur…

Elle fait partie de ceux que le pèlerinage de Compostelle a attiré pour ce qu'il représente d'exigence d'authenticité, de dépassement de soi et de dépouillement. Dans cet esprit, c'est presque sans argent qu'elle a marché depuis Limelette, village près de Bruxelles, jusqu'à Saint Jacques. Son récit a ceci de curieux qu'on n'y trouve pas facilement d'extraits significatifs. La magie fonctionne dans la globalité ; comme un vrai pèlerinage, en quelque sorte !

Je vous ai cependant sélectionnés quelques passages qui laissent transparaître quelque chose de l'atmosphère de ce livre. De quoi juste donner le goût de commencer la lecture…  

Mon chemin vers Compostelle,
Véronique Choppinet éditeur, 1997.
          A six heures, je vais au lavoir pour faire ma toilette. Je me demande si je dois partir comme cela pour ne réveiller personne. J'aimerais quand même leur dire au revoir. Lorsque je reviens vers la caravane, j'aperçois Dedette dans un t-shirt vert pomme avec des manches chauve-souris. Elle me guettait. " Je voulais être sûre que vous ne partiez pas sans avoir pris le petit déjeuner. Venez, venez. "
           Elle est ravissante dans son t-shirt. Nous nous parlons, elle se livre de façon très spontanée. Mon Dieu comme c'est étrange, je me trouve tellement souvent dans des situations de confidences. En très peu de temps, la confiance s'installe, et à chaque fois, quand je me retrouve sur la route, c'est avec un cadeau de plus dans le cœur. L'impression d'une amitié semée, qui germera même si on ne se voit plus jamais.
p. 82-83
          Après cinq kilomètres, le clocher de Sainte-Colombe résonne dans la campagne. Il est dix- huit heures, je quitte la route vers le village. C'est un tout petit hameau, mais bien animé. Il y a beaucoup de voitures sur la place, et je me dirige vers un groupe de personnes endimanchées.
          « Vraiment, nous ne savons pas où vous pourriez être logée. Demandez à monsieur le maire, il est au foyer rural. »L'une de ces personnes m'accompagne jusque-là et s'arrange pour me le faire rencontrer. Je l'aurais difficilement trouvé par moi-même, tellement il y a du monde. Tous les villages avoisinants sont également de la fête.
          « Je ne vois pas où vous héberger, d'autant plus que ce soir nous fêtons les noces d'or d'un couple de chez nous. Si vous alliez voir au gîte, c'est à trois kilomètres, il est tenu par des Anglais. Ce n'est pas trop loin n'est ce pas ? »
          Bof ! Quand je décide de m'arrêter, il m'est difficile de me remettre en route, même pour cinq cents mètres. Mais c'est cela le chemin.
          « Alors, qu'a dit le maire ? Il vous a dit d'aller au gîte ? Oui, vous verrez, ils sont très gentils les Anglais. Mais cela vous fait encore un petit bout de chemin. » J'explique à ces personnes qu'il ne me faut nécessairement le confort d'un gîte. Un petit coin abrité dans le village me suffit, mais monsieur le maire n'a pas compris.
          Je fais un amical « au revoir » au petit groupe qui s'intéresse sérieusement à mon problème sans pouvoir m'aider, et me mets en route.
          Mon esprit est déjà tendu vers le fameux gîte, et le village de Sainte-Colombe est à cinq cents mètres derrière moi, quand j'entends une voix de femme appeler.
          « Ou-Ouh! » N'en croyant pas mes oreilles, je me retourne. Eh oui! C'est moi qu'elle interpelle. « Ce n'est pas possible », me dis-je avec une joie immense. Je n'ai pas vu cette dame tout à l'heure, et elle vient me chercher pour m'aider, manifestement. C'est merveilleux !
          Annie est une personne de mon âge. « Vous n'allez tout de même pas aller jusqu'au gîte ! Vous pouvez dormir chez nous. Cela sent un petit peu le peinture, mais on s'arrangera. » Elle marche très énergiquement à côté de moi, pendant que nous traversons les village. J'ai de la peine à la suivre.
          « Vous avez trouvé à vous loger ? » me dit un homme tout sourire. « J'ai l'impression que les gens sont contents que vous m'hébergiez » dis-je à Annie. Tous avaient envie de m'aider. Mais beaucoup ne peuvent entrevoir que des solutions compliquées. Pour d'autres, c'est la simplicité même. […]
          Il est dix-huit heures trente, la messe est à dix-neuf heures. Annie me montre tout : salle d'eau, chambre, frigo. Pendant que je prends une douche, elle me prépare un lit, malgré mes objections. « Il me faut partir à l'église, me dit-elle à travers la porte de la salle de bain. Si vous le désirez, vous pouvez nous rejoindre quand vous serez prête. »
          Incroyable, cette hospitalité, cette confiance ! Cinq minutes plus tôt, elle ne m'avait jamais vue et maintenant elle me laisse maître à bord. […]
          La soirée avec la maman d'Annie se passe simplement, autour de la grande table en bois massif qui trône au milieu de la cuisine. Elle me sert, heureuse de pouvoir me gâter. J'apprends plus tard comment Annie a été mise au courant de ma demande d'hospitalité. Son mari se trouvait parmi les personnes que j'avais rencontrées à la sortie du village. C'est lui qui a eu l'idée de m'accueillir chez eux, mais avant, il en a parlé à sa femme. Ce qui m'a impressionnée, c'est d'apprendre qu'il est d'origine kabyle. Cela fait le deuxième musulman qui me donne de l'aide.
p. 203-205

Suite de Véronique Choppinet

...Les autres voyageurs...
Ella Maillart     Nicolas Bouvier     Jacques Lacarrière 
Jean-Claude Bourlès     Véronique Choppinet     André Mabille
Joshua Slocum     Cilette Ofaire     Aurores boréales

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