Voici en parallèle, deux textes extraits des récits d'Ella Maillart et de Peter Fleming, racontant le même épisode de leur voyage en commun à travers la Chine en 1935 : Une manière de voir deux sensibilités différentes de voyageur à l'oeuvre...

Courrier de Tartarie,
Traduit de l'anglais par S. et P. Bourgeois,
Editions Phébus, (coll. libretto, n°80) 1989.
Oasis interdites,
Editions Payot et Rivages, (coll. Petite bibliothèque Payot voyageurs, n°175) 1994.

          L'étape suivante représente la plus longue de toutes nos marches. Le départ eut lieu dès l'aube. Cynara, qui était d'humeur fantasque, refusa de se laisser attraper et suivit les chameaux à prudente distance.
          Toute distraction étant la bienvenue pendant la route, cela nous amusa au début d'essayer de déjouer ses manœuvres; mais nos larges mouvements d'encerclement, aboutissant à une ruée soudaine invariablement vouée à l'échec, nous épuisaient et peu à peu la colère nous prit. Cynara gardait un air de parfaite innocence; elle aimait toujours marcher le nez sous la queue du dernier chameau, et si nous la laissions tranquille, elle ne manque pas de rallier la caravane. Mais que quelqu'un, surgissant l'improviste par derrière, essaye seulement d'empoigner tête, elle esquivait brusquement comme un trois-quarts aile et se retirait à bonne distance. Après plusieurs heures, ce manège devient aussi vexant que fatigant. Kini grimpa sur un des chameaux et fabriqua un lasso qu'elle tenta de lancer vers la tête de la rebelle, qui dès lors redoubla de circonspection. Mais la manœuvre échoua et il fallut songer à une autre méthode, qui consistait à faire pirouetter brusquement le chameau de tête au moment où Cynara longeait la caravane, de manière à l'empêtrer dans les cordes de tête. Ainsi, au bout de sept heures de marche, elle fut enfin prise.
          Nous avions maintenant descendu l'épaulement de l'Achik Kul Tagh, et traversions de biais un grand bassin désertique vers une ligne basse de partage des eaux. La campagne était lugubre, mais comme nous allions atteindre l'eau, un semblant de piste se présenta. Elle était ancienne et effacée, mais de-ci de-là, des pas de chameaux étaient profondément imprimés dans ce qui avait été de la boue lors de leur passage et parfois trois pierres se trouvaient rassemblées en bordure de chemin, qui avaient visiblement servi de support à marmite. La route, qui menait probablement vers Ghass, dans le Tsaidam, n'avait de toute évidence pas été utilisée depuis longtemps, mais c'étaient là les premières traces humaines que nous apercevions depuis huit jours, et elles nous rassuraient.
          Au-delà de l'arête de partage des eaux, nous entrâmes dans une longue vallée flanquée de collines rocheuses entièrement dénudées, dominée à son extrémité par un grand pic neigeux; au centre, un cours d'eau desséché avait creusé un lit capricieux. Bientôt nous trouvâmes une petite source. Nous marchions depuis neuf heures et étions tout prêts à camper, mais les Turkmènes - probablement parce qu'il n'y avait là presque rien à manger pour les chameaux - insistèrent pour continuer. Ils prétendaient que plus loin, dans la vallée, il y aurait de l'eau en abondance.
          Ils se trompaient. Le lit s'élargissait mais restait désespérément sec. Un mirage ensuite nous trompa. Enfin l'on aperçut des traces de campement auprès desquelles des trous d'eau avaient été creusés, mais ils étaient à sec eux aussi.
          Notre marche se poursuivait sans répit. Les heures passèrent lentement. Nous nous traînions le long de l'interminable vallée, petite chaîne d'automates surmenés, dominée par les collines qui s'estompaient. Des antilopes étrangement lumineuses dans le jour mourant sautillaient à travers le dur désert grisâtre. Le cours d'eau avait ici plus de six cents mètres de largeur et formait un écheveau de petits bras entrelacés. Poussé par l'approche de la nuit hors de la routine automatique consistant à suivre l'allure des chameaux, je me livrais à des reconnaissances en zigzags à travers les lits peu profonds de la rivière, mais sans que le moindre filet d'eau, sans même qu'un peu de boue humide vienne récompenser cet effort. A ma question, les Turkmènes réaffirmèrent sur un ton de plus en plus négligemment optimiste que nous étions sur le point d'atteindre l'eau; les tenant déjà pour bornés et incompétents, nous ne pouvions fonder aucun espoir sur leurs dires.
          Tout individu, à condition qu'il ne contracte aux pieds ni ampoules ni autres maux, peut parcourir dans la journée une distance au moins de moitié plus longue qu'il n'imagine. Les muscles responsables du déplacement du pied gauche (levant le pied droit et du pied droit devant le gauche ne se fatiguent pas facilement, seuls les pieds comptent. Les miens sont à peu près aussi insensibles que des sabots, et tandis que les heures se traînaient, je n'avais à me plaindre que de la monotonie de l'anxiété et de l'abattement résultant d'un effort soutenu. Mais l'eau aurait été la bienvenue - doublement lorsqu'un vent du nord pénétrant s'abattit, glacial, sur notre trajet, balayant la vallée en enfilade. Quand la nuit tomba, nous avions cessé de parler, cessé d'espérer, cessé de penser. Nous avancions engourdis, chacun de nous recroquevillé dans sa coquille de mauvaise humeur.
          A sept heures et demie, nous abandonnâmes, faisant halte et plantant les tentes sur une déclivité caillouteuse, en plein désert. Nous avions marché, à bonne allure pour un chameau, pendant quatorze heures sans manger, en ne nous étant octroyé que deux ou trois pauses n'excédant guère cinq minutes; Kini avait fait les sept premières heures - les plus dures, puisqu'il s'agissait d'attraper Cynara - à pied. Pendant les sept mois que nous avions passés ensemble, je m'étais tellement habitué à considérer Kini comme mon égale en la plupart des choses, et comme supérieure à moi pour certaines, que je n'ai peut-être pas assez rendu hommage (entre autres) à ses facultés d'endurance. Les louanges, et surtout les louanges imprimées, sont une denrée surestimée à laquelle, je le sais, Kini ne tient guère; pourtant - comme il s'agit d'un fait aussi remarquable que bien des spectacles étranges que nous avons vus - je voudrais insister sur un record : après quatorze heures de marche, au coeur d'un voyage singulièrement éprouvant, Kini (presque toujours levée avant l'aube et ne mangeant à peu près rien) fut se coucher le ventre vide, sans même, en termes familiers, qu'un cheveu bouge sur sa tête. Le meilleur éloge que j'en puisse faire est, je pense, de dire que je ne m'en avisai pas sur le moment.

          Ce fut un bien pauvre campement. Les animaux ne et donnèrent guère la peine de flairer le sol couleur de fer en quête de pâture. Bêtes et gens sombrèrent avec reconnaissance dans le sommeil, oubliant la nécessité de couvrir une autre étape le lendemain et une autre encore le jour suivant. Tout le monde était mort de fatigue. Les Turkmènes nous réveillèrent pourtant à trois heures. Sous les étoiles, le monde était silencieux, obscur, mais, chose incroyable, une marmite bouillait sur le feu. Dans ces régions, des ruisseaux coulaient la nuit et non le jour, et l'un d'eux, tardivement ressuscité par la neige fondue deux heures auparavant sur des pics lointains, s'était mis à ruisseler musicalement sur le versant qui nous faisait face, incitant le plus vieux des Turkmènes à une action aussi inattendue que profitable. Il y eut ainsi, avant le départ, du thé à boire et chose plus importante encore - on put y tremper la tsamba; nous nous mîmes en route le ventre plein, abandonnant sur place l'horrible squelette de ma dernière paire de chaussettes. Dès lors, je marchai ou chevauchai chaussé de mes seules bottes : c'était une paire de bottes de l'armée américaine, battue par les ans et couturée de cicatrices extraordinaires, mais elles m'allaient si bien que, quoiqu'une semelle fût presque percée et l'autre tout à fait, le manque de chaussettes ne me gêna jamais.
          La matinée était lumineuse, faisant présager la chaleur et la soif, mais au bout de la vallée nous trouvâmes de l'eau dans le bras central de la rivière. Les animaux burent profondément et avancèrent plus facilement. Pour sortir de la vallée, il nous fallut encore nous frayer un passage à travers une gorge serrée, ce qui nous obligea à traverser plusieurs fois le fleuve à gué. Quelques rares fleurs (les premières de l'année pour nous) pareilles à des crocus et toutes aplaties par le vent, des touffes d'une herbe évoquant la bruyère se voyaient ici et là. " Herbe en quantité inhabituelle", proclame mon journal, ce qui ne correspondait pas encore à une grande abondance. Coupant court, nous franchîmes un mamelon où des marmottes à l'organe perçant et aigre disparurent brusquement sous terre.
          Le mécanisme de mes jambes commençait à donner des signes de défaillance. Le chameau bactrien, je l'ai dit précédemment, marche à l'allure plus que raisonnable d'environ quatre kilomètres à l'heure; mais il ne s'arrête jamais, et si l'on suit son train, on se trouve, après trois ou quatre heures, soupirant en quête d'un prétexte pour se décharger les jambes et les pieds, pour plier le dos, s'arrêter, s'asseoir ne fût-ce qu'un instant. Pendant des jours, ma pipe m'avait servi d'excuse. " Je vous rattraperai, criais-je, prenant refuge à l'abri d'un rocher, le temps d'en allumer une. " Aujourd'hui formule servait plus souvent qu'elle n'était mise en pratique... Evidemment, on sortait sa pipe et sa blague à tabac, mais 1e soleil était chaud; on avait dans le dos un roc s'apparentant si à propos à un fauteuil et l'immobilité en elle-même était un tel délice qu'on hésitait à la troubler. D'une moitié de soi-même on suivait des yeux les quatre chameaux et 1a modeste jument - d'abord petit groupe de quadrupèdes individuels, familiers, puis minuscule tache noire qui se dilatait et se contractait obliquement; de l'autre moitié, on somnolait on s'évadait rapidement de la Haute-Tartarie vers d'autres régions où l'on vivait de courts instants, prisonnier sur parole, fantôme asservi mais sensible. Mais l'heure sonnait bien vite La pipe vide, la blague à tabac intacte réintégraient la poche. Se levant, engourdi, on ramassait le " 22 ", on soufflait 1a poussière de la culasse et l'on repartait.
          Il fallait maintenant marcher rapidement, le pas plus allongé, l'effort plus grand qu'à l'ordinaire. Mais la petite caravane, point dans l'espace vide, gardait sa distance. On la poursuivait avec acharnement à travers une désolation tourmentée... Une demi-heure plus tard, elle grandissait un peu mais sûrement son avance aurait dû décroître davantage -- l'arrêt n'avait pas été bien long. Cela tournait peu à peu au feu follet, on se sentait condamné à une lutte avec la certitude, de succomber. On connaissait maintenant la technique des longues marches - combien une suite de pensées était secourable, combien une citation dont on se souvient à moitié, une idée qu'il faut travailler peuvent servir de nourriture reconstituante à l'esprit, de point d'appui au cerveau pour ignorer le corps. Mais ce traitement venait trop tard, le vaccin ne prendrait plus. On retournait dans sa tête les pensées désordonnées qui voltigeaient comme des chauves-souris dans chambre que la lampe éclaire; impossible de se concentrer. L'esprit pouvait maintenir le corps en marche, il ne pouvait oublier à quelle tâche il était attelé; tous les dérivatif étaient inefficaces. Rien ne comptait que la caravane qui vacillait en avant, dans la réverbération...
          Au milieu de la matinée, nous arrivâmes à Dimnalik. Ce lieu s'honorait d'un nom sur notre carte, et les Turkmènes avaient prédit de confiance que nous y trouverions des habitants. Comme toujours ils avaient tort, il n'y avait là ni tentes ni troupeaux, mais seulement une étendue déserte de collines. -, Adam Yok! " dit le vieillard d'une voix peinée, " il n'y a personne ". Nous continuâmes.
          Après six heures de marche, nouvelle descente vers la gorge de la rivière pour charger de l'eau; puis la piste nous mena pendant trois heures interminables à travers un vaste désert pointillé " d'arbustes à chameaux ", jusqu'à un terrain sablonneux où le camp fut dressé et où nous dûmes avoir recours à de vieilles cornes d'antilope pour renforcer les piquets de la tente. Il tomba de la grêle, presque fondue; nous avions perdu beaucoup d'altitude les deux derniers jours. Les Turkmènes prétendaient qu'une seule étape nous séparait de Bash Malghun.
Courrier de Tartarie, p. 235-241.
          Quatre jours interminables nous séparent encore de notre but immédiat. Grâce à la fonte de la neige qui couvre les croupes rondes de l'Atjik koul Tagh à peine entrevu, nous trouvons chaque soir un filet d'eau dans un vallon latéral où de petites plaques de gazon commencent à pousser. Mais le reste de la journée, notre avance est si monotone qu'elle semble durer depuis des siècles. Peter se défend à sa manière: souvent il s'arrête une demi-heure à l'abri du vent dans un fossé pour fumer une pipe, de sorte que la nécessité de nous rejoindre l'occupe par la suite; je me garde bien de rester avec lui, car quoique les chameaux n'aillent pas très vite, ils ne s'arrêtent jamais, et je sais combien ils sont difficiles à rattraper.
          Pendant les matinées, je montais Cynara afin de pouvoir la céder à Peter lorsqu'il mettait fin à son marathon asiatique. Les heures du milieu de la journée étaient toujours difficiles à tuer. Las, on souhaite la halte avec impatience. J'avais pris l'habitude de me distraire en répétant cent fois les mêmes vers sur lesquels je rythmais mon pas. Au milieu de ces vastes étendues de terre jaune desséchées par le soleil et le vent, rien ne me plaisait autant que:

Midi là-haut, midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même.

          Passé deux heures de l'après-midi, on revit un peu car, résigné, on a refait un contrat de quelques heures avec ses propres jambes, pas encore à bout.
          Un matin au départ, vers cinq heures et demie, il est impossible d'attraper la pouliche pour la seller: distraction fort bienvenue tout d'abord. Elle suivait cependant les chameaux, se maintenant juste hors de portée, quoi que nous fassions pour l'encercler. Assa Khan, fort aimable, m'ayant offert son chameau, je m'exerçai même à lancer le lasso sur la tête du cheval, et je crois pouvoir affirmer sans vantardise qu'après une semaine d'entraînement j'y serais parvenue à coup sûr... Bref, au bout de sept heures d'efforts, la poursuite avait depuis longtemps perdu son charme quand une petite falaise nous permit enfin de barrer le chemin de l'animal à l'aide d'une longue corde. Et je vous promets que Cynara fut rossée comme elle le méritait.
          D'autres surprises nous attendaient ce jour-là. Sur le plateau à peine bombé que nous foulions depuis le matin, coulait vers l'Ouest une des maigres sources du Tchertchen Daria. Sans nous en rendre compte encore, nous avions quitté la vallée du Gouldja, tournée vers l'Est, et touchions à l'immense bassin du Tarim, qui constitue le Turkestan chinois. Assa Khan, nous promettant mieux, dédaigna ce filet d'eau qui se perdait, à peine né, dans le gravier. Il était deux heures.
          A six heures du soir nous marchions toujours. Cinglée par un vent glacial, je ne quittais pas l'abri médiocre que me donnait le chameau chargé d'une de nos caisses, une vieille caisse à bidon d'essence dont le coquillage rouge finissait par m'obséder. Nous ne longions toujours qu'un cours d'eau asséché: malin à coup sûr celui qui trouverait de l'eau à la rivière dans ce pays-ci ! Peter venait d'arracher entièrement l'une de ses semelles et avançait tout contristé. Mais à quoi bon faire crever bêtes et gens par quatorze heures de vaine marche sans arrêt? En dépit du manque d'eau, j'exige que la tente soit plantée avant la nuit, et ce soir-là Peter s'endort tout d'un coup, laissant tomber sa pipe amère qui tirait mal...
          Au milieu de la nuit le grondement sourd d'un torrent lointain m'ayant réveillée, je crus apercevoir Assa Khan. En effet il revenait avec notre bouilloire pleine. Les neiges ne fondent que pendant la journée, et leur eau, d'abord absorbée par le gravier assoiffé, n'arrive dans la grande vallée que dans la nuit. Aussitôt nous faisons le thé sur un feu de racines apportées avec nous et Tokht'Ahoun au front bas, ne manque pas de me demander de la tsamba, affirmant qu'il y aura ce soir des hommes en un lieu nommé Dimnalik; mais je n'en crois rien. Dans le petit jour, près de nous, les chameaux mangent trois touffes de vieille herbe, seule végétation visible.
          Quelques heures plus tard, il est clair que nous en avons fini avec les plateaux monotones. A mesure que nous descendons, le paysage se transforme, la rivière renaît dans le fond de la vallée, et nous mènera jusqu'à Tchertchen. Plus bas dans l'ombre, l'eau passe encore sous une carapace de glace; les montagnes de chaque rive se sont rapprochées et nous devons même nous élever au flanc de la chaîne sud car le cours d'eau passe entre deux falaises à pic. De la hauteur ainsi gagnée, Assa Khan a découvert les pentes de Dimnalik et devant le pays désert remarque comme à Toruksaï : " Adam djok 1 " (Pas d'hommes!)
          Dans un vaste cirque, notre rivière se joint au Patkalik Sou venu du Sud, et cette plaine, à défaut d'hommes, au moins du combustible; elle est couverte de boutourga, et nous jetons notre provision de racines. Nous suivons maintenant un sentier et là, avec émotion, je vois la première fleur de l'année, à peine hors du sable: l'étoile bleue d'un iris à trois pointes. Les étapes désolées sont bien derrière nous.
          Peter me fait alors le plaisir pour la seconde fois - car les munitions étaient rares - de me prêter sa carabine. La première fois, dans les tamaris de la cité morte au Tsaidam, j'avais manqué deux lièvres; aussi brûlais-je de réhabiliter mon coup d'œil d'autant plus que nous étions à court de viande. A mon tour, pour une fois, je marchais bien en avant de nos bêtes, aux aguets; arrivée sans bruit au bord d'une terrasse, quelle n'est pas ma joie de voir en contrebas une petite antilope qui broute. A plat ventre, je tire: le coup passe au-dessus de la nuque et se perd dans le sable. La bête étonnée, qui ne peut pas me voir, reste sur place. Mais je n'avais qu'un coup. Lorsque Peter et la caravane arriveront, il sera trop tard, et voilà la fin de mes exploits cynégétiques.
          Le soir au camp, après avoir marché vingt-trois heures sur trente-trois, notre guide ayant affirmé que demain il y aura des hommes à Bach Malgan (Tokuz Dawan), je prépare ma marmite de mien avec le reste de la farine.
Oasis interdites, p. 136-138.



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