Jacques Lacarière est considéré comme un des pionniers du renouveau de la randonnée en France.
Mais il est aussi un spécialiste de la littérature grecque classique et un écrivain à la recherche des formes de vies spirituelles et mystiques de « l'extrême ».
Le livre dont je vous livre quelques extraits est le premier dans son genre, publié en 1977, alors que la randonnée n'était pas encore à la mode. On y goutte le parfum de l'inédit et du pionnier...

Photo DR

Chemin faisant, Mille kilomètres à pied à travers la France, Ed. Payot (coll. Petite bibliothèques Payot / Voyageurs, n° 97), 1992.

          Je me disais : moi aussi j'aurai mon livre des chemins, mon bréviaire des sentes, mon évangile des herbes et des fleurs, bref ma bible des routes et La Divine Comédie me parut bien convenir. J'avais depuis longtemps envie de la relire. Mais très vite, je finis par oublier le livre, ne plus penser à lui ou y penser comme à un compagnon présent mais de moins en moins essentiel. Dans la journée, j'aimais m'étendre au pied d'un arbre (chêne ou non, séculaire ou non) sans penser à rien d'autre qu'à la forme changeante des nuages, aux bruits lointains signalant une ferme, un hameau, un village. Et le soir - même quand l'atmosphère du café où j'avais pu trouver refuge rappelait le Purgatoire ou l'Enfer de Dante - je préférais rester là, avec les clients quand il y en avait ou seul, à lire le journal local, écouter les bruits et les silences d'un café, ce temps insidieux, anonyme des lieux qui soudain sont désertés de leur cris vivants, leur brouhaha, et leur rumeur humaine comme un rivage dont la mer vient de se retirer. Car même en ces endroits souvent sinistres, je me sentais plus réceptif qu'en allant m'isoler dans ma chambre pour lire un livre que je pourrais toujours retrouver à la fin du voyage. Les livres et les routes demeurent mais les rencontres, les paroles, elles, sont éphémères. Et c'est l'éphémère que je venais chercher dans la pérennité géologique des chemins ou la mouvance des visages. Cet éphémère égrené dans le fil des jours et qui se mue ainsi en petites éternités, à chaque instant recommencées.

p. 147.

          Le soir, tandis que nous mangions à la lueur d'une lampe à pétrole, j'ai ressenti cette même présence, juste et vraie, des choses quotidiennes : cette façon de couper le pain, cette façon de le mastiquer, bouchée après bouchée, et cette façon, aussi de découper la fourme, pour en goûter toutes les parts, les blanches et les bleues, les denses et les molles, et donc toutes les saveurs. J'ai rencontré sur ce plateau perdu un paysan heureux. Et quand je l'ai quitté, il m'a dit simplement : " Vous marchez, c'est bien. Moi, j'aimerais pas être nomade. Je n'aime pas bouger de ma place. De toute ma vie, j'ai dû aller une dizaine de fois à Ambert. Si je pouvais, je resterais ici toute l'année. On n'a besoin de rien de plus pour vivre. Chaque fois, j'ai de plus en plus de peine à redescendre." "

p. 167

          " Lorcières. Fatigue. Transi de froid malgré l'imperméable dernier cri. Halte dans un bistrot tenu par deux vieilles peu bavardes. Intérieur modernisé de formica. Elles parlent patois entre elles. Une heure avant, dans le vent et la pluie, j'ai vu, au bord d'un champ, un épouvantail. "

p. 206

          " J'ai goûté moi aussi cette joie, m'écrit une femme qui précise : je ne marche plus guère car j'ai maintenant soixante-cinq ans - d'aller devant soi à travers champs et friches, bois et chemins creux, ouvrant tout grands les yeux pour voir les jolies choses rencontrées : points de vue, fleurs en nappes, branchages fleuris, chenilles, papillons et autres insectes et écouter les chants d'oiseaux, le vent bruissant dans les arbres ou de lointains appels de cloches. " Et elle ajoute : " J'ai souvenir d'un après midi neigeux en Isère où le soleil illuminait le paysage enneigé et où retentissait, ouaté par la distance et la neige, le chant d'un coq. J'ai aussi souvenir de vents dont les noms étaient Lautaret, et La Lombarde dans le Briançonnais. Oui, marcher, c'est une grande fête. "

p. 287

...Les autres voyageurs...
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Jean-Claude Bourlès   Véronique Choppinet   André Mabille
Joshua Slocum   Cilette Ofaire   Aurores boréales
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