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| Je n'ai trouvé aucune indication biographique sur Craig Lesley. Je ne peux donc rien dire de cet auteur. Mais son livre est très évocateur. Il raconte l'histoire d'un fils découvrant la vérité sur la mort de son père au cours de son adolescence et de l'amitié qui l'unit à son oncle. Roman d'initiation et de croissance, avec un beau rendu des atmosphères, des lieux et des personnes. |
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La constellation du pêcheur,
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Dominique Rinaudo, Ed. Albin Michel (coll. 10/18, n° 3066), 1997. |
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Parfois je contemplais la grande photo noir et blanc de Jake
avec mon père et ma mère, qui était affichée au mur derrière la caisse. A leurs pieds, étaient
étalés à plat sur une porte de grange renversée soixante poissons, le maximum que l'on puisse
pêcher en deux jours. C'était une variété de la région, de grosses truites arc-en-ciel qui
s'étaient nourries tout l'été de mouches à saumon et d'écrevisses. Les deux frères portaient des chapeaux de paille avachis aux bords desquels ils avaient accroché des leurres, et ma mère un feutre un peu trop habillé pour la circonstance. Campée devant la caméra, elle semblait sincèrement heureuse. Avec son chapeau rabattu sur les yeux, Jake avait un petit air désinvolte. Mon père avait levé une main en écran près de sa joue pour se protéger du soleil. Il avait le visage dans l'ombre, mais on voyait bien ses yeux, qui semblaient fixés sur quelque chose, au loin, que les autres ne voyaient pas. La première fois que j'avais décroché la photo pour la regarder de près, j'avais frissonné. Mon père avait marqué au crayon « Une belle prise » ; à côté, de la main plus élégante de ma mère : « Merveilleux souvenir d'une journée parfaite ! » D'après la date, inscrite en petit dans le coin, la photo avait été prise à l'automne ayant précédé la noyade de mon père. Parfois, quand j'étais seul au magasin, je scrutais le visage de mon père pour tenter d'en déchiffrer l'expression. Ce n'est que beaucoup plus tard que j'établis la ressemblance avec les portraits des lycéens morts avant la fin de leurs études, portraits reproduits à la page « Souvenons-nous » de l'annuaire de l'école. Victimes d'accidents de voiture ou de maladies mystérieuses dépassant les compétences des médecins des petites villes, ces jeunes gens ont les regards perdus dans un avenir qu'ils ne partageront pas avec ceux qui les entourent. p. 59-60.
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Nous terminions notre petit déjeûner quand mon oncle posa sur
un rocher une assiette de crêpes et de saucisses et une tasse de café. « C'est
prêt ! » hurla-t-il. Et, café mis à part, je crus qu'il s'adressaient aux pies qui se
bagarraient dans un genévrier fendu.
Un vieil indien surgit des buissons situés près de la cabane.
Il portait une cane à pêche et un sac de couchage léger. Deux paniers lui pendaient aux épaules,
tellement pleins que les queues des poissons dépassaient et qu'il n'avait pas pu nouer les
lanières de cuir. Il souriait à Jake, mais ses yeux se cachaient derrière des lunettes de soleil
rondes et sombres. « J'ai bien pensé que c'était toi, dit Jake. Tu as toujours aimé te balader par ici. Culver, je te présente Sylvester Silvertooth, l'un des hommes les plus important de la réserve. Pêcheur fort honorable de surcroît. - Enchanté » dis-je. Sylvester me serra la main et se mit à manger. « Ton oncle, lui, est un fort honorable cuisinier, dit-il. Il ferait une bonne petite épouse s'il n'était pas laid comme un singe.» Fort absorbé par le contenu de son assiette, il ne dit plus mot tant qu'il ne l'eut pas quasiment terminée. « Moi, je n'ai que du pemmican et des barres de Hershey. Et ce foutu chocolat a fondu. - tu pourrais taper dedans » dit Jake en désignant les poissons du menton. Le vieil homme secoua la tête. « Ceux-là, c'est pour le restaurant. Les touristes les veulent encore frétillants, et pêchés par un véritable Indien.» Il sourit de toutes ses dents. « Moi tout craché. Cent pour cent indien. » Sylvester ramassa ses paniers. « Bon. Je vais porter mes poissons tant qu'ils sont encore frais. Merci, Jake. « Il disparut entre les buissons de sauges. « Comment savais-tu qu'il était là ? demandai-je à Jake. - Chuuut. Ecoute. » Nous gardâmes le silence pendant deux bonnes minutes. Je n'entendais rien que la rivière et des pies qui jacassaient en aval. « Je n'entends pas, dis-je. - Je ne savais pas que c'était Sylvester, mais je savais que quelqu'un venait, dit Jake. D'abord, il y a ce que tu n'entends pas. D'un côté, tout se tait. Les grenouilles ne coassent plus. Les merles ne sifflent plus. Quelque chose approche. Ensuite, les pies commencent à jacasser et alors, tu sais que tu as de la compagnie. p. 89-91.
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En voyant le pick-up vide de mon oncle dont le pare-brise
reflétait le phénix en néon clignotant, je me sentis seul et triste. Je me rendais compte que ma
mère et moi étions des nouveaux venus à Gateway, et que mon oncle était notre unique lien avec la
ville. Ce soir là, je marchai longtemps pour épuiser ma colère et mon sentiment de désarroi. Je me retrouvai à l'intérieur du dépôt ferroviaire où je trainai en écoutant le clic-clac du clavier du télégraphiste, dans l'odeur des mégots de cigare et du tabac de chique qui montait des crachoirs de bronze. A onze heures quarante, le fret de nuit passa et je sortis regarder les wagons, guettant des hobos par les portes ouvertes. Dans la lumière de la - presque- pleine lune, j'aperçu un plateau qui transportait trois tracteurs John Deere solidement arrimés. Il y avait bel et bien un vagabond perché sur un siège, et qui faisait semblant de conduire ; dans la lumière incertaine, il ressemblait à mon père. Ses longs cheveux flottaient au vent, et il souriait comme si le monde lui appartenait. Au passage, il me fit un signe de la main, en agitant ses doigts qui sortaient de ses gants troués. p. 56.
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