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Voici un auteur qui m'était absolument inconnu jusqu'à ce que son petit-fils passe par cette page et me
fournisse les renseignements biographiques qui me manquaient : né en 1886 et mort en 1969, André Mabille
de Poncheville s'est
consacré à son métier de journaliste, collaborant à "La Voix du Nord" ou à "La Libre Belgique".
C'était un écrivain essentiellement "régional" puisqu'il s'est
attaché à décrire l'Artois, le Nord-Pas-de-Calais, soit à peu près l'ancien Comté de Flandres. Membre
de l'Académie Royale de Belgique, il était aussi poète et ami de Verhaeren, Maurois, Bernanos...
Le livre dont il s'agit cependant ici relate son pélérinage à Saint-Jacques, qu'il a effectué à une époque (1927-28)
où plus personne ne marchait vers Compostelle et où le chemin était presque totalement déserté de ses
pèlerins... Ce qui donne un aspect unique à son récit.
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Le chemin de saint Jacques, Editions Kim, Rosendaël-lez-Dunkerke, 1989
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J'achève la journée dans le petit cimetière qui surplombe le ravin où l'Ouche s'écoule en torrent, ainsi que l'Anio dans la gorge de Subiaco où saint Benoît se retira du monde. C'est toujours le même sauvage beauté qui attire les solitaires, et à leur suite une foule d'autant plus ardente à les découvrir qu'ils ont pris plus de soin de se cacher. Je reconnais ce murmure d'eau, ces rochers, ces bois. La masse de l'église abbatiale est encore visible, cette grande et sobre architecture monacale, fille de Cluny. Il n'est plus de moines ici, et pourtant j'ai cru entendre un chœur psalmodier. Etait-ce seulement le torrent qui bruissait au fond de l'abîme ? Je revois Dadon, ermite semblable à un berger, tel qu'il est représenté au portail. Appuyé sur sa crosse rustique, avec quel air de bonté simple il sourit dans sa barbe ! Père, aide-moi ! Que ce bâton aussi me soutienne et me guide. Le ciel se remplit de nuées grises, les monts entrent dans la nuit.
p. 77
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Quand je quitte Villadangos, la route est baignée d'une lumière égale qui correspond à la joie intime et paisible que cette messe du matin à versée en moi. La souffrance causée par mon pied blessé s'efface, je me sens soutenu et comme porté par d'invisibles mains. La route est mienne, qui s'allonge tout droit. Le pèlerin s'y sent chez lui, s'étant voué à elle. C'est pour son plaisir que l'alouette chante en le précédant, et il jubile avec le cœur léger de l'oiseau. A droite, les montagnes cantabriques apparaissent roses aux premiers contreforts, d'un bleu sombre vers leurs cimes qui se perdent dans le bleu plus clair du ciel. Les éteules blondes alternent avec les champs dont la charrue a retourné le sol ; puis ce sont des pâturages au milieu desquels l'enceinte où l'on renferme les troupeaux, construite de mottes carrées semblables à des blocs de pierre jaune, ressemble à une forteresse. San Martin, le nom de ce village est à lui seul une aide, et il me rappelle mon hôte excellent d'Itero. J'y passe un rio couleur bleu de Prusse, tant l'eau qui y sinue entre des graviers calcinés par le soleil réfléchit dans sa limpidité l'azur ardent du zénith. Le pont est moderne, mais à deux pas se montre l'ancien, construit en dos d'âne. Il conduisait à un hôpital où s'attarda jadis plus d'un jacobite pour y guérir ou y mourir. La route traverse maintenant une grande plaine fertile, semée de meules où s'échafaudes les plants de haricots récemment arrachés, mais sans nulle ombre que celle des poteaux télégraphiques. Le soleil de midi me brûle et m'altère : là-bas, sur le coteau, je me reconnaîtrai le droit de déboucher ma gourde.
p. 260-261
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En approchant, je vois une petite troupe d'hommes et de femmes égaillée dans les vignes. Installé non loin d'eux sur le bord du chemin, je m'apprête à casser la croûte. Rien d'autre, en effet, qu'un morceau de pain assez sec dans la musette qui me sert de garde manger. Baste ! Un peu d'eau fraîche le fera passer. Mais du groupe des vendangeurs se détache une petite fille. Ecartant parfois de sa menotte brune les cheveux qui lui retombent sur le front, elle s'avance à travers les ceps chargés de grappes, et, quand elle est parvenue au talus qui me fait face, j'entends sa voix claire s'élever dans le grand silence de midi : Una grappa d'uvas... Chargée de cette commission qu'elle accomplit sans timidité, l'innocente m'offre des raisins, tandis que sa famille la regarde et sourit. Una grappa d'uvas... J'entendrai toujours, tant que je vive, ces trois mots tomber comme trois notes d'argent dans l'azur liquéfié de midi.
p. 261
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