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| Thomas McGuane fait partie du mouvement littéraire connu sous le nom d'école du Montana. C'est une littérature au style très particulier. Elle ne s'embarrasse pas de formes très élaborées et se caractérise par un style haché et brut. Ses personnages sont souvent étranges et légèrement allumés. Je dois avouer être parfois agacé par les caractères souvent excessifs et à l'emporte-pièce des personnages, mais c'est aussi ce qui fait tout leur charme... Ce sont toujours des hommes qui cherchent tant bien que mal à trouver un fil conducteur dans le chaos de leur existence. A vous de juger, donc ! |
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La source chaude,
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Guiloineau, Ed. Christian Bourgeois (coll. 10/18, n°2974), 1994. |
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Quand Lucien était jeune, il lisait tous les magazines de chasse ;
et l'un d'eux, il s'en souvenait
maintenant, contenait une rubrique intitulée : « Ceci m'est arrivé », dans laquelle des
choses horribles arrivaient à des chasseurs à cause de la glace, des à-pics et des animaux sauvages,
des choses vraiment terribles auxquelles les chasseurs survivaient en trouvant rapidement une
solution au bon moment. Ou bien ils étaient sauvés par quelque chose d'inexplicable. Par exemple,
l'ours polaire voit son compagnon qui passe sur un iceberg et il vous lâche le crâne. Cela
ressemblait tout à fait à une intervention divine et cela avait pour but de vous faire croire que le
chasseur est celui qui risque le plus de ressentir la grande roue, l'engrenage éternel. Ce qui
donnait sa qualité sulfureuse à « Ceci m'est arrivé », en plus des illustrations représentants
des chasseurs qui se balançaient au dessus d'un précipice, qui glissaient ou qu'on poursuivait,
c'était que chaque article était signé par le survivant. Pendant longtemps, Lucien s'identifia avec
ces hommes presque anonymes et il commença à rechercher des façons de vivre qui engendraient des versions
civiles de « Ceci m'est arrivé », en combinant l'histoire anecdotique et épisodique et
surtout cette odeur profonde et permanente de soufre. Quand il essayait de s'en éloigner, il s'en
sentait incapable ; quand il s'y abandonnait, il trouvait que cela exigeait de lui un effort immense
pour produire un véritable effet « Ceci m'est arrivé », comme aux chasseurs, dans une
atmosphère authentiquement sulfureuse. Maintenant, plongé dans les conséquences, il ne souhaitait plus que cela lui arrive. Il n'avait pas de remèdes familiers sous la main. Aussi, passa-t-il tout son temps sur la ferme, dont les hauts pâturages étaient brisés par d'anciennes failles de tremblements de terre et par des canyons remplis de broussailes qui s'enroulaient sur eux-mêmes comme des coquillages. Dans ces canyons, le soleil ou la lune s'élevait ou descendait en une heure seulement ; l'ombre courait derrière vous telle une guillotine. Les insectes étaient agrandis dans la lumière oblique, les parois rocheuses semblaient nettoyées de vinaigre. Des coyottes traversaient furtivement ces Byzance retirées, sans savoir que Lucien était là, en train de manger de la truite froide dans ces journées d'une heure d'où il sortait dans un jour plus vaste, avec le sentiment d'avoir volé du temps. p. 79-80.
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Rien que du ciel bleu,
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent, Ed. Christian Bourgeois (coll. 10/18, n°2834), 1994. |
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Fanck continuait de regarder Gracie étendre son linge. Cela
signifiait-il qu'elle ne possédait pas de sêcheuse ? Peut-être Edward aimait-il l'odeur de l'air
frais sur ses vêtements. Les gens étaient aujourd'hui prêts à tout pour satisfaire leur vision d'une
Amérique plus simple. Franck regardait les pinces à linge en se demandant combien de temps elles dureraient. Il observait Gracie, dont il admirait inlassablement la concentration, sa manière de se dresser sur la pointe des pieds et, le plus insupportable de tout, le geste qu'elle eut, quand elle vint à bout de sa tâche, pour repousser ses cheveux derrière ses oreilles avec les pouces ; ou encore sa façon de le regarder pendant qu'il l'observait. L'espace d'un instant, tout parut s'arrêter, comme si tout deux, silencieux avaient cessé de respirer. Puis, tout revint en force : l'homme qu'il croyait être, la femme qu'il croyait qu'elle était, la femme qu'elle croyait être, l'homme qu'elle croyait qu'il était ; comment, dans le meilleur des cas, tout cela était derrière eux, la terre plate où quasiment tout est irrévocable. Même ces mauvaises années, pensa-t-il, même toutes ces années de psychodrames et de rêglements de compte à cause des rêves de la nuit précédente. Il avait méprisé tous ces livres poétiques consacrés à la nature, que Gracie lisait, avec des sujets comme « la pêche aux clams » en tant qu'exercice spirituel. Elle lui rétorquait qu'il ne défendait aucune valeur, même pas celles des hippies, qu'il venait d'un monde fait de bière Grain Belt, de sexualité malsaine et de culte des voitures, d'une ville ringarde dans un Etat ringard. « Nous ne sommes pas des gens, pensait-il, nous sommes des envoyés diplomatiques. Tâche de gagner du temps. » Néanmoins, quand elle fut devant lui, tout près, si prèsqu'il aurait pu la toucher, elle lui dit sans lever les yeux : - Fank, si je te demandais un service, tu accepterais de me le rendre ? - Oui, j'accepterais. - N'importe quel service ? Fank sentit son coeur s'arrêter. - N'importe lequel, dit-il. Gracie leva son visage et le regarda dans les yeux. « N'importe lequel », pensa-t-il. - Il faut que je parte, dit-elle. - Une minute, qu'attends-tu de moi ? - Tu m'as déjà répondu que tu acceptais. - Mais de quoi s'agit-il ? - Frank, je veux que tu vois Edward. Je crois que tu as besoin de remplir toutes les cases vides. Je crois que tu perds les pédales, Frank. Je crois que tu ferais mieux de regarder la réalité en face et de repartir de là. Tu m'as déjà répondu, dit Gracie, avec une petite révérence. Maintenant, au revoir. Elle rentra dans la maison, s'arrêtant sur le seuil pour ajouter : - Rapelle-toi que j'ai été rudement chic de te laisser baiser cette sale pute dans mon lit de jeune fille. Frank ouvrit la bouche pour répondre, mais la porte était maintenant fermée. Au lieu d'une arcade romantique pour abriter leur conversation, il affrontait la façade hermétique d'une maison. Et l'avenir était hélas clair comme le jour. p. 394-395
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