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Et c'est alors que la chose se produisit. Loulou s'était éloigné d'eux. Il venait de traverser d'épais halliers lorsqu'il buta sur un mur de pierres sèches derrière un taillis de cornouillers qui passaient fleur. Il le suivit, trouva une brèche et aperçut, au milieu d'un bourrelet de ronces, un terrain de terre labourée d'où émergeait, encore valide, une grande et vieille maison de pierre grise. Et au milieu de ce labour : une fille. Des filles comme celle-là, il n'en avait jamais vu. Elle piochait, brisait vaillamment les mottes. Ses cheveux, qui s'échappaient d'un mouchoir noué à la biscancorne, étaient de la couleur de la belle terre qu'elle remuait ; ils volaient à chaque coup de pioche et lui faisaient comme une auréole mouvante. Ses bras - Ah, ses bras ! - nus jusqu'à l'épaule étaient dorés, ronds et lisses ; on n'y lisait aucun muscle, pas plus que sur ses jambes, bien campées dans le sol. Il la regarda un instant, saisi par une immobilité étrange, comme en catalepsie. Tout à coup, elle se releva et elle le regarda. Ils étaient à trente mètres l'un de l'autre. Il sortait à peine de la stupeur de son vice, mais cela le réveilla tout à fait. Elle essuya d'un revers de bras la sueur de son front, lui sourit un peu, puis fut comme prise de honte et baissa vivement les yeux. Non, il n'avait jamais vu ça. C'était tout autre chose que les viragos de la faculté ou les figures de carnaval de la rue parisienne. Il se surprit à dire bonjour. Un mot qu'il n'avait pas prononcé depuis peut-être trois ans. Elle lui répondit, et sa voix réveilla dans son cœur des souvenirs de plusieurs millénaires. Il enjamba la brèche, s'approcha et se présenta.
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