Voilà quelques courts extraits de différents romans d'Elie Wiesel. On y retrouve sous différentes formes le même questionnement sous-jacent.


Le mendiant de Jérusalem
Editions du Seuil, Coll. Points Roman n°501, 1968.

        Jérusalem : la face visible et secrète, le sang et la sève dde ce qui nous fait vivre ou renoncer à la vie. L'étincelle qui jaillit dans le noir, le murmure qui traverse les clameurs d'allégresse, de bonheur. Pour les exilés, une prière. Pour les autres, une promesse. Jérusalem : cité qui miraculeusement transforme tout homme en pèlerin ; nul ne peut la visiter et s'en aller inchangé.
        Pour moi, c'est aussi un petit bourg perdu quelque part en Transylvanie, au fond des Carpathes, où un enfant juif, épris de mystère autant que de vérité, apprend le Talmud qui l'éblouit par la richesse, la mélancolie de son univers de légende.
        Katriel m'avait demandé :
- Tu connais Jérusalem ?
- Je crois que oui.
- La vieille ville aussi ?
- Aussi.
- Quand y as-tu été ?
- Il y a longtemps.
        Rabbi Nacham de Bratzlav, le conteur visionnaire du hassidisme ukrainien, aimait à dire qu'il lui suffisait de marcher n'importe où pour se diriger vers Jérusalem. Moi, c'est dans le verbe sacré que je la découvrais. Sans bouger.
pp.19-20

L'oublié
Editions du Seuil, Coll. Points Roman n°428, 1989.

        Enfant, Elhanan se demandait où disparaissaitent les paroles prononcées, les lueurs allumées, les silences partagés. Les prières non reçues du fidèle, qui les recueillait ? Les regrets du mourant, à qui appartenaient-ils après sa mort ?
        Il se posait pas mal de questions, Elhanan. Elles portaient sur le mystère de la vie et celui des ténèbres. Pourquoi vivre, si c'est pour cesser de vivre ? Pourquoi bâtir, si c'est pour se réveiller sur des ruines ? Son père essayait de lui expliquer que certaines choses demeurent inexplicables. Ses maîtres s'efforçaient de lui faire comprendre que, parfois, il valait mieux ne pas chercher à comprendre.
        Que la vie était belle en ce temps là. Bien réglée, rythmée, intégrée dans la mémoire de Dieu, elle permettait aux pauvres de se mettre en route en chantant, aux prisonnier de s'endormir et aux enfants de s'aventurer sur des sentiers inconnus.
p.36

Le testament d'un poète juif assassiné
Editions du Seuil, Coll. Points Roman n°135, 1980.

        La vie n'est pas un poème. Je ne sais pas ce qu'est la vie, et je vais mourir sans le savoir.
        Mon père, dont tu portes le nom, le savait, lui. Mais il est mort. C'est pourquoi je ne peux que te dire : souviens-toi qu'il savait, lui, ce que son fils ignore.
        J'ai cherché. Si j'ai le temps, je raconterai comment. Que je te dise au moins ceci : ne suis pas ma voie ; elle ne mène pas à la vérité. La vérité, pour un Juif, c'est de rester parmi ses frères. Lie ton destin à celui de ton peuple, sinon tu n'iras nulle part.
        Non que j'aie honte d'avoir cru un jour en la Révolution. Elle a permis l'espoir à des masses d'affamés et de persécutés. Mais je vois à quoi elle a aboutit, et je n'y crois plus. Les grands bouleversements de l'histoire, ses accélérations dramati-ques... tout compte fait, je préfère les mystiques aux politiques.
        Je vais mourir dans un mois, dans un an, et j'aimerais vivre. Avec toi, pour toi. Pour te faire rencontrer les personnages qui, dans cette cellule, partagent mon attente.
        Sache que dans ma confession, je me reconnais coupable. Oui, coupable. Mais pas au sens où l'entend l'accusation. Au contraire : coupable de ne pas avoir vécu comme mon père. Voilà l'ironie, mon fils : j'ai vécu en communiste, je meurs juif.
        La tempête a soufflé et les êtres ne sont plus ce qu'ils étaient. J'ai grandi, j'ai mûri. J'ai marché dans la forêt, je me suis égaré. Trop tard pour revenir en arrière. La vie, c'est cela : un impossible retour.
pp.88-89

Les portes de la forêt
Editions du Seuil, Coll. Points Roman n°216, 1964.

        Il y a dans la séparation, le même mystère que dans la rencontre. Dans les deux cas, une porte s'ouvre. Dans le premier, elle s'ouvre sur le passé ; dans le second, sur l'avenir. La porte reste la même.
p.99



Une nouvelle entière d'Elie Wiesel


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