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Je vous livre ici l'intégralité d'une nouvelle d'Elie Wiesel, parue dans son recueil intitulé "le
chant des morts", qui n'a, je crois, jamais été republié depuis sa première parution en 1966. C'est
une histoire qui m'a toujours fasciné, où il est question de mémoire, de racines et de retrouvailles... Passez en plein écran pour une lecture plus facile... |
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Le testament d'un juif de Saragosse, in Le chant des morts , pp. 87-98, Editions du Seuil, 1966. |
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Le grand rabbi Israël Baal Shem-Tov ordonna un jour à son fidèle cocher d'atteler au plus vite et de le
conduire de l'autre côté de la montagne. - Dépêche-toi, mon bon Alexei, j'ai rendez-vous. Ils firent halte dans une épaisse forêt. Le saint homme mit pied à terre, alla s'appuyer contre un chêne, se recueillit un instant et remonta en voiture. - Allons, Alexei, dit-il en souriant, nous pouvons rentrer. Habitué à ne pas comprendre le comportement de son maître, faiseur de miracles, le cocher eut tout de même le courage de s'étonner: - Mais votre rendez-vous? Vous l'avez manqué? Vous qui arrivez toujours à temps, vous qui ne décevez personne ? On est venu pour rien ? - Mais non, mon brave Alexei, on n'est pas venu pour rien de si loin. J'ai tenu mon rendez-vous. Et comme toujours après avoir ôté un peu de misère au monde, le visage du rabbi rayonnait de bonheur. Selon la tradition hassidique, il n'est pas donné à l'homme de mesurer le prolongement de ses actes ni la portée de ses prières, de même qu'il est refusé au voyageur de prévoir le but précis de ses voyages: c'est là l'un des secrets de la notion du Tikoum - la réparation - qui domine l'action kabbalistique. Le vagabond qui, pour purifier son amour ou pour s'en défaire, parcourt la terre, ne sait point qu'il est partout attendu. Chacune de ses rencontres, chacun de ses arrêts, à son insu, s'inscrivent quelque part et il n'est pas libre de choisir les routes qui l'y conduisent. Les âmes mortes et oubliées reviennent ici-bas mendier leur part de grâce, d'éternité; elles ont besoin des vivants pour se tirer du néant. Un geste suffirait, une larme, une étincelle. Car chaque être participe au mystère renouvelé de la création; chaque homme possède, au moins une fois dans son existence, le pouvoir absolu du Tzadik, le privilège irrévocable du Juste de rétablir l'équilibre, |
de réparer la faute, d'agir
sur les absents. Condamné à continuellement se dépasser, l'homme y parvient sans s'en rendre compte et ne
comprend son rôle qu'après coup. Et maintenant, je vous raconterai une histoire. Elle se situe en Espagne. En la traversant pour la première fois, j'eus l'étrange impression que je me promenais en pays connu. Le ciel ensoleillé, l'éclat tourmenté des regards: paysages et visages familiers, déjà vus. Les badauds sur les ramblas à Barcelone, les passants et leurs enfants dans les ruelles de Tolède: comment deviner lequel d'entre eux avait du sang juif dans les veines, lequel descendait des célèbres Marranos ? A tout moment, je m'attendais à voir surgir d'un portique riche en couleurs un Shmuel Hanagid, Ibn Ezra, Don Itzchak Abarbanel, Yehuda Halevi, ces princes et poètes de la légende qui avaient formé et chanté l'âge d'or de la pensée de mon peuple. Ils visitaient mes lectures et s'introduisaient dans mes rêves. La période de l'Inquisition avait exercé un attrait particulier sur mon imagination. Je trouvais fascinants ces prêtres énigmatiques qui, au nom de l'Amour et pour la sainte gloire d'un jeune Juif de Galilée, avaient torturé et soumis à la mort lente ceux qui préféraient le Père au Fils. Leurs victimes, je les enviais. Pour elles, le choix s'était posé en termes si simples - Dieu ou le bûcher, le reniement ou l'exil. Beaucoup ont choisi l'exil, mais je n'ai jamais condamné les Marranos, ces malheureux convertis qui, clandestinement et bravant le danger, demeuraient fidèles à la foi de leurs ancêtres. Je les admirais. Pour leur faiblesse, pour leur défi. Partir avec la communauté eût été plus facile; rompre les liens, plus commode. En décidant de se maintenir sur les deux plans à la fois, ils vivaient sur le fil de l'épée, dans l'abnégation de chaque instant. Je l'ignorais en me rendant en Espagne, mais on m'y attendait. |
C'était à Saragosse. En bon touriste consciencieux, j'explorais attentivement la cathédrale, lorsqu'un habitant m'aborda et s'offrit de me servir de guide. Pourquoi ? Pourquoi pas ? Il aimait les étrangers. Le prix ? Rien. Il ne faisait pas ce travail pour de l'argent. Seulement pour le plaisir de faire admirer sa ville. Il m'en parla avec enthousiasme. Et avec éloquence. Tout y passa: histoire, architecture, mœurs. Puis, devant un verre, il poussa l'amabilité jusqu'à s'intéresser aussi à ma personne: d'où je venais, où j'allais, si j'étais marié et si je croyais en Dieu. Je répondis: je viens de loin, le chemin devant moi sera long. J'éludai les autres questions. Il n'insista pas. - Ainsi, vous voyagez beaucoup, dit-il poliment. Oui, beaucoup. - Trop, peut-être ? - Peut-être. - Cela vous donne quoi ? - Des souvenirs, des amis. - C'est tout ? Pourquoi ne les cherchez-vous pas chez vous ? - Pour le plaisir du retour sans doute. Avec, comme bagages, quelques mots que je ne connaissais pas auparavant. - Lesquels ? - Je ne saurais vous répondre. Pas encore. Je n'ai pas encore de bagages. Nous trinquâmes. J'espérais qu'il changerait de sujet, mais il y revint : - A propos des mots: vous devez parler beaucoup de langues, n'est-ce pas ? - Trop, dis-je. Je les lui énumérai: yiddish, allemand, hongrois, français, anglais et hébreu. - Hébreu ? fit-il en dressant l'oreille Hebreo ? Cela existe ? - Cela existe, dis-je en riant. - Langue difficile, non ? |
- Pas pour les Juifs. - Ah, je vois, excusez-moi. Vous êtes Juif. - Cela existe, dis-je en riant. Convaincu d'avoir gaffé, il chercha le moyen de s'en sortir. Il réfléchit un moment avant de poursuivre, embarrassé: - L'hébreu s'écrit comment ? Comme l'arabe ? - Comme l'arabe. De droite à gauche. Une idée lui traversa l'esprit, mais il hésita à m'en faire part. Je l'encourageai: - Encore des questions ? Ne vous gênez pas. Il rougit, mais se décida: - Puis-je vous demander une faveur ? Une grande faveur ? - Bien sûr, dis-je. - Venez... Venez avec moi. C'était inattendu. - Avec vous ? m'exclamai-je. Où cela ? Pour quoi faire ? - Venez. Nous en aurons pour quelques minutes. C'est peut-être important pour moi. Je vous en prie, venez. Il y avait une telle insistance dans sa voix que je ne pouvais me dérober. D'ailleurs, la curiosité prenait le dessus. Je me rappelai soudain que Saragosse occupe elle aussi une place dans l'histoire juive. C'est là que naquit et grandit le mystique Abraham Aboulefia qui avait nourri le projet de convertir au judaïsme le pape Nicolas III lui-même. Dans cette ville, tout pouvait donc arriver. Je suivis mon guide jusque chez lui. Son appartement, situé au second étage, ne comportait que deux pièces minuscules meublées pauvrement, mais avec goût. Une lampe à pétrole éclairait par en dessous un portrait de la Vierge. Un Christ crucifié lui faisait face. L'Espagnol m'invita à m'asseoir: - Pardonnez-moi, je n'en ai que pour un instant. |
Il disparut dans l'autre pièce et revint au bout de quelques minutes. Il tenait un morceau de parchemin jauni
qu'il me tendit: - C'est de l'hébreu ? Regardez. Je pris le parchemin et l'ouvris. Du coup, l'émotion me subjugua, mes yeux s'embuèrent. Mes doigts palpaient une relique sacrée, fragment d'un testament rédigé des siècles auparavant. - Oui, dis-je d'une voix étranglée. C'est de l'hébreu. Je ne pouvais empêcher ma main de trembler. Il s'en aperçut. - Lisez, m'ordonna-t-il sur un ton qui ne souffrait pas de refus. Avec un effort considérable, je réussis à déchiffrer les caractères estompés par quelque quatre cents ans : " Moi, Moshe, fils d'Abraham, contraint à rompre les liens avec mon peuple et ma foi, je laisse ces lignes aux enfants de mes enfants et aux leurs, afin que le jour où Israël pourra marcher à nouveau sous le soleil la tête haute, sans crainte et sans remords, ils sachent où plongent leurs racines. Fait à Saragosse, ce neuvième jour du mois d'Av, dans l'année du châtiment et de l'exil. " - A haute voix, s'impatienta l'Espagnol. Lisez à haute voix. Je dus m'éclaircir la gorge: - Oh, c'est un document. Un très vieux document. Je vous l'achète. - Non, fit-il sur un ton coupant. - Je vous paierai un bon prix. - N'insistez pas, c'est non. - Je le regrette. Cet objet n'est pas à vendre, vous dis-je ! Je ne comprenais pas son comportement: - Ne vous fâchez pas, je n'avais pas l'intention de vous vexer. Simplement, ce parchemin a pour moi une valeur historique et religieuse; pour moi, c'est plus qu'un souvenir, c'est plutôt un signe, un... - Pour moi aussi! cria-t-il. |
Je ne comprenais toujours pas. Pourquoi s'était-il durci subitement ? - Pour vous aussi ? De quelle manière ? Il m'expliqua brièvement: il était de tradition dans sa famille de se transmettre cet objet de père en fils. Ils le considéraient comme une amulette dont la disparition appellerait la malédiction. - Je comprends, murmurai-je, oui, je comprends. Un cercle que l'histoire venait de fermer. Il avait fallu quatre siècles au message de Moshe fils d'Abraham pour parvenir à destination. Je devais avoir une expression bizarre, car l'Espagnol m'en demanda la raison. - Que se passe-t-il ? voulut-il savoir. Vous ne dites rien, vous me dissimulez vos pensées, vous m'offensez. Allez, dites quelque chose! Ce n'est pas parce que je ne vous vends pas l'amulette que vous avez le droit de m'en vouloir, non ? Rouge d'indignation, d'inquiétude peut-être, il avait soudain l'air méchant, sournois. Deux plis apparurent sur son visage. C'était donc lui qui m'attendait ici. J'étais porteur de son Tikoum, de sa réparation, et il ne s'en doutait guère. Je me demandai comment le lui révéler. Finalement, ne trouvant rien de mieux, je le fixai droit dans les yeux et lui dis : - Il ne se passe rien, rien du tout. Je ne vous en veux nullement. Sachez seulement ceci: vous êtes Juif. Et je répétai aussitôt les derniers mots: Oui, vous êtes Juif. Judeo. Vous. Il blêmit. La parole lui manqua. Il s'étrangla, dut se retenir pour ne pas me sauter à la gorge et me jeter dehors. Judeo est une insulte, ce terme évoque le diable. Offensé, l'Espagnol allait m'infliger une correction pour l'avoir atteint dans son honneur. Puis la colère en lui fit place à la stupeur. Il me regarda comme s'il me voyait pour la première fois, comme si j'appartenais à un autre siècle, à une tribu au langage inconnu. Il attendait que je lui dise que ce n'était pas vrai, que je me moquais de lui, mais je gardai le silence. Tout était dit. Depuis longtemps. Ce qui suivra n'aura que la portée du commentaire. Avec difficulté, mon hôte finit par se maîtriser et se pencha plus près de moi. |
- Parlez, dit-il. Lentement, accentuant chaque syllabe, chaque mot, je me mis à lui lire le document en hébreu, puis à le lui traduire. Son visage se crispait à chacune des phrases comme si ç'avait été autant de brûlures. - C'est tout ? m'interrogea-t-il lorsque j'eus terminé. - C'est tout. Il plissa les yeux, ouvrit la bouche comme pour happer l'air avidement. Un instant, je craignis qu'il ne s'évanouît. Mais il se ressaisit, rejeta la tête en arrière comme pour voir, derrière moi, sur le mur, la douleur figée de la Vierge, puis tourna à nouveau son attention vers moi. - Non, dit-il, résolu. Ce n'est pas tout. Continuez. - Je vous ai donné une traduction complète du parchemin. Je n'en ai omis aucun mot. - Continuez, continuez, vous dis-je. Ne vous arrêtez pas au milieu, allez, je vous écoute. Je lui obéis. Je revins en arrière et lui brossai un tableau de l'Espagne à la fin du quinzième siècle, alors que Thomas de Torquemada, natif de Valladolid, grand inquisiteur de la gracieuse reine Isabelle la Catholique, transformait le pays en un gigantesque bûcher afin de sauver les Juifs en les brûlant, pour que fût entendue et répandue, pour que fût aimée et acceptée la parole de Jésus-Christ - Amen. L'Espagnol ne larda pas à avoir les larmes aux yeux. Il ne connaissait pas ce chapitre de son histoire. Il ne savait pas que les juifs avaient été si intimement liés à la grandeur de son pays avant d'en être chassés. Pour lui, les Juifs faisaient partie de la mythologie, il ignorait que " cela existait". - Continuez, me supplia-t-il. Continuez, ne vous arrêtez pas. Je dus remonter jusqu'aux sources: le royaume de Judée, les prophètes, les guerres offensives et défensives, le premier temple, la diaspora babylonienne, le second temple, les sièges de Jérusalem et de Massada, la résistance armée à l'occupation romaine, l'exil et puis la longue attente à travers les âges, l'attente du Messie douloureusement présent et douloureusement lointain; je lui racontai |
Auschwitz ainsi
que la renaissance d'Israël. Tout ce que contenait ma mémoire, je dus lui en faire part. Et lui m'écoutait
sans m'interrompre, sauf pour dire: " Encore, encore. " Puis, je m'arrêtai. Je n'avais plus rien à ajouter.
Comme toujours lorsque je parle trop, je me sentis mal à l'aise, soudain importun. Je me levai: - Maintenant, il faut que je parte, je suis en retard. La voiture devait m'attendre sur la place de la Cathédrale. L'Espagnol m'y conduisit, tête basse, attentif à ses propres pas. La place était déserte: pas de voiture en vue. Je rassurai mon guide: il n'y avait pas lieu de s'inquiéter, elle ne partirait pas sans moi. Nous fîmes le tour de l'édifice une fois, deux fois, et mon guide, revenu à ses fonctions, me fournit des explications supplémentaires sur la cathédrale de Notre-Dame del Pilar. Puis, sous l'effet de la fatigue, nous nous retrouvâmes à l'intérieur, assis sur un banc, et là, dans cette tranquille pénombre où rien ne semble plus exister, il me pria de lui lire une dernière fois le testament qu'un Juif de Saragosse avait écrit naguère en songeant à lui. Quelques années plus tard, de passage à Jérusalem, je me dirigeai vers la Knesset où se déroulait une séance parlementaire particulièrement orageuse au sujet de la politique d'Israël à l'égard de l'Allemagne. A l'angle de la rue King-George, un passant m'accosta: - Un instant, attendez. Sa rudesse me déplut. Je ne le connaissais pas. De plus, je n'avais ni le temps ni l'envie de faire sa connaissance. - Excusez-moi, dis-je, mais je suis pressé. Il s'accrocha à mon bras. - Ne partez pas, dit-il d'un ton impérieux. Pas encore. J'ai à vous parler. Il s'exprimait en un hébreu hésitant. Sans doute un touriste ou un immigrant récemment arrivé. Un fou peut-être, un visionnaire ou un mendiant: il n'en manque pas dans la ville éternelle. J'essayai de |
me
dégager, mais il ne lâcha pas prise: - J'ai une question à vous poser. - Allez-y, mais faites vite. - Vous vous souvenez de moi ? Soucieux de ne pas arriver en retard, je me hâtai de répondre qu'il faisait sûrement erreur et me confondait avec quelqu'un d'autre. Il me repoussa d'un mouvement violent: - Vous n'avez pas honte ? - Pas le moins du monde. Que voulez-vous, ma mémoire n'est pas infaillible. Et d'après ce que je vois, la vôtre non plus. Je m'apprêtais à partir quand, dans un souffle, l'homme prononça un seul mot. " Saragosse. " Je demeurai cloué au sol, incrédule, incapable d'aucune pensée, d'aucun geste. Lui ici ? En face de moi, avec moi ? J'évoluais dans un monde où l'hallucination semblait la règle. J'assistais, comme du dehors, à la rencontre de deux villes, de deux époques intemporelles et, pour me convaincre que je ne rêvais pas, je répétai dix fois le même mot: " Saragosse, Saragosse. " - Venez, me dit l'homme. J'ai quelque chose à vous montrer. Cet après-midi-là, je ne pensai plus à la Knesset ni au débat qui pendant longtemps encore pèsera sur la conscience politique du pays. Je suivis l'Espagnol chez lui. Ici aussi, il occupait un modeste appartement de deux pièces. Mais il n'y avait rien sur les murs. - Attendez, dit mon hôte. Je me laissai choir dans un fauteuil tandis qu'il passait dans l'autre chambre. Il réapparut aussitôt, avec à la main une sorte de sous-verre contenant un morceau de parchemin jauni. - Voyez, dit l'homme. J'ai appris à lire. Nous restâmes ensemble jusqu'à la tombée de la nuit. Nous bûmes du vin, nous bavardâmes. Il me parla de ses amis, de son travail, de ses premières impressions du pays. Moi je lui racontai mes |
voyages, mes
découvertes. Je lui dis: - J'ai honte d'avoir oublié. Un sourire indulgent illumina sa face: - Peut-être avez-vous besoin, vous aussi, d'une amulette comme la mienne; elle vous empêchera d'oublier. - Je vous l'achète. - Impossible, puisque c'est vous qui me l'avez donnée. Je me levai pour prendre congé. Ce ne fut qu'au moment de nous quitter que mon hôte, en me serrant la main, me dit d'un air amusé: - Au fait, je ne vous ai pas encore dit mon nom. Il attendit quelques secondes pour marquer l'effet, tandis qu'une lueur chaude et espiègle animait son regard: - Je m'appelle Moshe ben Abraham, Moshe fils d'Abraham. |